Aimer, boire et chanter. Alain Resnais

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Alain Resnais, tout juste disparu, a laissé un dernier film très léché, plein de fantaisie et d’inventivité. Mais qui peine à convaincre.

L’histoire ? Issue d’une pièce d’Alan Ayckbourn, elle met en scène dans la campagne anglaise trois couples qui se retrouvent pour répéter une pièce, alors qu’un de leurs amis, George, dont on ne verra pas le moindre cheveu, est condamné à mourir bientôt.

George l’invisible devient alors, pendant les quelques mois qui lui restent à vivre, le personnage le plus présent de la troupe : petit à petit, on apprend que ces dames en sont dingues ; corrélativement, leurs maris, chers amis de George, commencent à blêmir de jalousie.

Dans ce vaudeville, les personnages, bien campés, sont interprétés à la perfection – à condition que l’on accepte le « sur-jeu » théâtral voulu par Resnais – par quelques uns des comédiens fétiches du cinéaste, au premier rang desquels la toujours pétillante Sabine Azéma. Hippolyte Girardot joue son très complémentaire époux, un maniaque tristounet mais finalement solide. Michel Vuillermoz fait un Jack réjouissant (le mari de Tamara, impeccable Caroline Silhol), avec tout le panache qui sied à ce jouisseur tout de même plus fragile qu’il n’y paraît.

A l’instar de l’interprétation, le décor joue à fond la carte du théâtre, et les dessins de Blutch ajoutent une note de poésie. Quant à la morale de l’histoire, qui voit à côté de l’implacable camarde le triomphe de l’amour, elle ne peut que réjouir.

Bref, tous les ingrédients d’un film réussi sont réunis. D’où la question : comment se fait-il que de bout en bout on s’y ennuie à périr ? Les excès de joliesse, de brio et d’artifices ont-ils eu raison de l’émotion ? L’intrigue vaut-elle finalement tout un film ? Ou l’ensemble n’est-il pas un peu vieillot ?

Pas question pour autant d’oublier de saluer le talent et la carrière de l’immense Alain Resnais, dont la filmographie se situe bien au-dessus de ce dernier tour de piste.

Aimer, boire et chanter

Un film d’Alain Resnais

Avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol, Michel Vuillermoz, Sandrine Kiberlain, André Dussolier

Durée 1 h 48

Sorti le 26 mars 2014

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Cyrano de Bergerac à la Comédie-Française

cyrano Cyrano de Bergerac, la célèbre pièce d’Edmond Rostand méritait bien le bichonnage que lui a réservé le Français.
Denis Podalydès, entouré d’Emmanuel Bourdieu (le réalisateur notamment du film Les amitiés maléfiques) pour la dramaturgie, servi par une troupe exemplaire costumée par Christian Lacroix, évoluant dans les décors d’Eric Ruf, s’est emparé de ce grand classique du patrimoine dramatique français pour réaliser une mise en scène qui fera date.

La truculence, le panache du texte, qui ont valu à la pièce, depuis sa création en 1897 un grand succès populaire, donnent toujours son régal au spectateur.
Mais toute l’intelligence de Denis Podalydès est d’avoir pris le parti, avec beaucoup de finesse, de la profondeur onirique de la pièce, avec son lot de chimères, d’espoirs et d’illusions.
A chaque acte, la mise en scène et les décors débordent d’inventivité, de poésie et de beauté.
Peu importe que Roxane soit un peu fade, voire exagérément gnan-gnan, tous les autres comédiens, des rôles principaux aux secondaires, sont plus que convaincants ; les cadets de Gascogne ont la grâce, Michel Vuillermoz, amusant, bouleversant plus encore, nous éblouit de mille facettes.

Durant 3h1/4 , on reste pendu aux lèvres des comédiens, transporté par les sublimes décors, surpris par les idées de mise en scène …
On en sort absolument ravi … et avec l’heureuse envie de revenir au théâtre.

Montée au printemps dernier, la pièce a été reprise cette automne et se jouera jusqu’au 30 avril 2007.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand
Mise en scène : Denis Podalydès
Avec Michel Vuillermoz, Eric Ruf, Françoise Gillard …
Comédie-Française, salle Richelieu
Place Colette – Paris 1er
M° Palais-Royal
A 20h30, 14h le week-end
Durée 3h15
Places de 5 à 35 €

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