Des vents contraires. Olivier Adam

Des vents contraires, Olivier Adam, Editions de l'OlivierDans un passage Des vents contraires, Paul, le narrateur, dit à son frère Alex qu’il a rendez-vous avec un producteur de cinéma pour une commande sur les derniers jours de Nino Ferrer. "Ben c’est gai encore ton truc" lui fait remarquer Alex. "C’est pour ça qu’il ont pensé à moi" répond Paul. Clin d’œil d’auto dérision de la part d’Olivier Adam, écrivain et scénariste lui même connu et reconnu pour ses sujets pas drôles…

Mais, dans ce tout dernier roman, Olivier Adam réchauffe le froid tranchant du malheur d’une flamme douce et nouvelle.
La femme de Paul a disparu depuis plus d’un an sans qu’aucune explication ni trace n’ait pu être trouvée, et Paul se retrouve seul avec ses enfants, ses questions sans réponse et sa souffrance. Il décide de quitter le cadre francilien du bonheur passé pour s’installer avec ses deux petits à Saint-Malo, la ville de son enfance. Là, il se fait embaucher par son frère qui a repris l’auto-école familiale. Cet emploi de dépannage sera pour lui davantage l’occasion de rencontres et d’embardées au bord de l’eau que de leçons de conduite.

Des vents contraires est l’un des plus beaux romans d’Olivier Adam, qui explore avec bonheur la relation fusionnelle d’un père avec ses enfants. Son narrateur est profondément singulier en ceci qu’il est à la fois très "mec", fort comme un bœuf, toujours prêt à se défouler sur le sac de sable pendu dans le garage ou à en coller une à celui qui le cherche, à fumer des cigares, à picoler jusqu’à plus soif, surtout des alcools forts… mais il est en même temps un papa-poule incroyable, ultra attentif au silence de son fils, à la tristesse de la petite dernière, à leur sommeil, à leur appétit, à leurs envies, à leurs angoisses. Pour voir des étoiles dans leurs yeux, il leur fait louper une après-midi d’école, construit une balançoire au prix d’une nuit sans sommeil de plus, monte dans des manèges qui ne sont plus de son âge, dévalise les magasins de jouets, dort avec eux à même le tapis. La souffrance de ses enfants privés de leur mère lui fait oublier sa propre souffrance. Leur joie lui fait croire à un retour possible.

Et puis il y a toutes ces rencontres, le déménageur, la voisine, les élèves, l’inspecteur de police, des êtres ordinaires, avec leurs poids de malheur, leurs vieux trucs qui les lestent. Des semblables que Paul aide comme il peut et qui le détournent de son chagrin. Face à la dureté sociale, à l’aveuglement administratif, aux jugements péremptoires du monde enseignant, surgissent alors des moments d’une chaleur inattendue, magnifique.

Sans angélisme, et de son écriture toujours aussi efficace et incisive, mais teintée d’une poésie des plus inspirées pour décrire l’ambiance et les lumières d’une Saint-Malo hors saison, Olivier Adam fait rougeoyer sur son petit monde un doux soleil d’hiver. Il parvient même à contrarier enfin les vents glacés du malheur, par la grâce de la tendresse, de l’amour et de la fraternité.

Des vents contraires
Olivier Adam
Éditions de l’Olivier (janvier 2009), 256 p., 20 €

Des vents contraires est le sixième roman d’Olivier Adam. Il a reçu les prix Goncourt de la nouvelle en 2004 pour Passer l’hiver, France Télévisions 2007 pour Falaises et Jean-Amila-Mecker 2008 pour A l’abri de rien. Il est également l’auteur et le scénariste du roman (2000) et du film (2006) Je vais bien ne t’en fais pas

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A l'abri de rien. Olivier Adam

A l'abri de rien, Olivier Adam, l'OlivierOlivier Adam a l’art de décrire les souffrances intimes, les moments de vide, la solitude, la détresse, l’errance, la perte de soi. Il le fait avec finesse, sobriété, de son écriture courte qui oscille entre délicatesse et coup de poing.
Dans son dernier roman, A l’abri de rien, il prend une nouvelle fois le chemin des écorchures et des drames mais surtout celui de l’ordinaire et des médiocrités de l’existence.
Dans un village du bord de la mer du Nord, malgré l’amour de son mari et de ses deux jeunes enfants, Marie est en train de perdre le goût à la vie. Elle contemple son pavillon acheté à crédit, les enseignes lumineuses des centres commerciaux, son couple dont la passion a disparu sous les problèmes du quotidien, ses congénères et leur sort ordinaire semblable au sien, sans plus trouver sa place dans ce qui est sa vie.
Un soir où elle est venue se garer tout près de la mer, au pied de l’immeuble de son enfance, et penser en fumant à ses bonheurs perdus, elle croise les silhouettes erratiques et abîmées de réfugiés clandestins. Elle va aussitôt s’engouffrer auprès d’eux, les aider en leur donnant tout ce qu’elle peut, et bien au-delà.

Comme les précédents romans d’Olivier Adam, A l’abri de rien est un livre poignant. Mais cette fois certains passages sont moins convaincants, notamment lorsque Marie se trouve près des malheureux "kosovars". L’auteur mêle à la description de ses gestes de plus en plus fous les réflexions qu’il lui prête et qui sont elles très censées. Le lecteur a du mal à y croire car l’état psychologique de son personnage semble incompatible avec de telles analyses.
La lecture terminée, l’on a l’impression que l’histoire de l’aide aux réfugiés était un prétexte. Un prétexte pour réussir à décrire, ici encore, à travers cette femme, mère et épouse qui perd pied, une sorte de perdition de l’âme et du corps, une violence contre soi et l’impossibilité de communiquer avec l’autre.

A l’abri de rien. Olivier Adam
Editions de l’Olivier
228 p., 18 €

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