L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d’époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l’Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d’hommes fumant et jouant devant un café ; scène d’école, où une poignée d’enfants sont assis par terre autour d’un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l’air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu’ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l’objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c’est certainement parce que qu’elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l’époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l’art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l’objectif…

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d’autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l’on sait et de l’aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.

(1) Papier sensibilisé aux sels d’argent dispersés dans une couche de blanc d’œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s’emploiera jusqu’à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.

L’aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d’Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu’au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L’aventure orientale de Alain Fleig, publié à l’occasion de l’exposition aux éditions « D’une certaine manière », 19 €.

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Aux origines du livre, conférence à la BNF

minidanseDépart pour un lointain voyage avec une conservatrice de la Bibliothèque nationale de France … C’était mardi dernier, et il y en aura d’autres …

Attention ! avertit d’emblée Annie Berthier, l’histoire du livre n’est pas celle de l’écriture : point de livre sans support répondant à des critères précis.
Mais tout le monde est d’accord : il a bien fallu commencer par l’écriture avant d’inventer le livre.

L’écriture est née en Mésopotamie et en Egypte autour de 3300/3200 av. J.-C.
C’est alors l’un des éléments d’une série d’innovations majeures, au nombre desquelles la sédentarisation, le développement des villes, de l’architecture, etc. : le début de la civilisation historique.

L’histoire du livre – on y arrive – c’est ensuite et surtout celle du support du livre. A cet égard, l’invention du livre est caractérisée par des invariants. Le premier est que, pour fabriquer un livre, on se sert de ce qu’on a autour de soi.
Dans le bassin méditerranéen, ce sera le papyrus, fait avec la moelle du roseau aquatique du même nom.
Certes, on a pu d’abord graver sur des stèles. Mais une stèle gravée n’est pas un livre : on ne peut pas la porter !

C’est quoi, alors, un livre ? Un livre (en grec, on dira biblion, en latin liber), c’est : un assemblage portatif d’éléments présentant une surface plane sur laquelle il peut être écrit de façon durable.

Le texte était d’abord écrit sur des tablettes recouvertes de cire, sur lesquelles on gravait à l’aide d’un stylet. Il était ensuite recopié à l’encre sur le papyrus.
Le livre a eu ainsi d’abord la forme du rouleau.
Le parchemin , peau d’animal dépilée et effleurée, est arrivé très tôt aussi, à Pergame (d’où l’origine du nom). On a tendance à croire que le parchemin a remplacé le papyrus. En réalité, les deux ont coexisté pendant très longtemps.
La forme a ensuite évolué. Du rouleau, on est passé au codex : le livre est formé de feuilles pliées et assemblées en un ou plusieurs cahiers cousus et couvert d’une reliure.
C’est la forme que nous connaissons aujourd’hui.

Si le papyrus, le livre et la bibliothèque – avec la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie qui en –50 contenait 700 000 volumes – viennent du Proche-Orient, le papier est en revanche un apport de l’Orient : la Chine a inventé le papier au X° siècle avant J.-C., et l’a utilisé dès le Ier siècle de notre ère. De ce point de vue, « l’avance » de l’Orient est énorme : en Occident, au Moyen-Age, on en était encore au parchemin…


La question de Mag :

Le support est-il important ? François Weyergans a fait cette sage réponse à un journaliste qui lui demandait avec affolement son avis sur le « livre électronique »:
« On a lu sur des parchemins, on a lu sur des peaux de chèvres, on pourra bien lire sur un livre électronique. Personnellement, je préfère le papier, mais je ne vais pas imposer mon amour du papier à la terre entière. Ce qui compte, ce n’est pas sur quoi on lit, c’est ce qui se passe dans la tête du lecteur au moment où il lit. »

Oui. Mais si on s’est mis au papier avec tellement de retard, peut-être peut-on profiter encore un peu de sa douceur … et laisser aux Chinois la primeur du livre électronique ?

Tous les renseignements sur les conférences sont sur le site de la BNF

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