Le Pérugin, maître de Raphaël

Le Pérugin, Saint Jérôme pénitent, Fin du XV siècle, Huile sur bois, 29,7 x 22,5 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie © Kunsthistorisches Museum Vienna
Le Pérugin, Saint Jérôme pénitent, Fin du XV siècle, Huile sur bois, 29,7 x 22,5 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie © Kunsthistorisches Museum Vienna

L’art a ceci de merveilleux qu’il ne finit jamais de nous révéler ses splendeurs, et notamment celles issues des grands maîtres du passé que les siècles ont quelque peu éclipsées.

Tel est le cas du Pérugin, de son vrai nom Pietro di Christoforo Vannucci, né vers 1450 près de Pérouse et mort en 1523, grand peintre de la Renaissance italienne dont le musée Jacquemart-André a réuni une cinquantaine d’œuvres.

Si la plupart des tableaux ont été prêtés par de grandes institutions italiennes, d’autres viennent de Washington (magnifique Vierge à l’enfant), du Royaume-Uni, de musées français, notamment du Louvre, comme un Apollon et Daphnis, longtemps attribué à tort à Raphaël. D’ailleurs, le musée Jacquemart-André donne en quelque sorte tout son sens à cette confusion, en soulignant, en fin de parcours, l’influence du Pérugin sur le jeune Raphaël, dont on ne ne sait pas s’il fut directement le maître, mais dont l’héritage est visible à travers les dix œuvres de Raffaello Sanzio exposées. On admire notamment une douceur des traits qui semble relever d’une commune parenté. Si par la suite Raphaël ira plus loin dans ce soin apporté au dessin des visages et des corps, Pérugin n’est pas allé jusqu’à cette idéalisation, privilégiant quant à lui un certain naturel. Et c’est tant mieux ! Malgré les nombreuses influences des artistes entre eux à cette époque d’ébullition artistique, d’échanges, d’enrichissements mutuels et d’émulation, chacun a développé son art, son propre style.

Celui de Il Perugino, tel que le restitue la très belle exposition concoctée par Vittoria Garibaldi, ex directrice de la Galleria Nazionale d’Ombrie, apparaît comme une heureuse synthèse des différents apports du Quattrocento renaissant. La perspective et le recours à l’architecture initié par Piero della Francesca et des maîtres florentins, le modelé de Botticelli, le sfumato des paysages de Léonard, la lumière et les gammes chromatiques des Vénitiens et notamment de Bellini… et même la virtuosité que permettait l’usage de la peinture à l’huile venue des maîtres flamands.

Le Pérugin Sainte Marie Madeleine, Vers 1500-1502, Huile sur bois, 47 x 35 cm, Florence, Galleria Palatina, Palazzo Pitti © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della Città di Firenze
Le Pérugin Sainte Marie Madeleine, Vers 1500-1502, Huile sur bois, 47 x 35 cm, Florence, Galleria Palatina, Palazzo Pitti © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della Città di Firenze

Avec  cela, un sens de la composition tout en souplesse et une expressivité des traits tout humaine. Pas étonnant qu’il ait été, au tournant du XVI° siècle, le peintre de la péninsule le plus admiré de ses contemporains. Laurent de Medicis et Isabelle d’Este furent de ses nombreux commanditaires. Le pape lui-même, Sixte IV, le fit venir à Rome sur le grand chantier de la chapelle Sixtine, où il peint des épisodes de la Vie de Moïse et de la Vie du Christ, œuvres dont témoigne un petit film en introduction à l’exposition. En témoignent également à leur façon les portraits exécutés par certains des peintres ayant participé avec lui à la décoration de la célèbre chapelle de Saint-Pierre-de-Rome : Botticelli et Rosselli. Ils sont présentés à côté de portraits du Pérugin, parmi lesquels celui représentant Francesco delle Opere, dont il place avec modernité une main sur le bord du tableau. Le spectateur ne saurait en être plus près.

Huit salles, dont les dernières sont plus spécifiquement consacrées au rapprochement avec Raphaël, retracent les grandes étapes de la carrière du peintre de Pérouse. Des vierges pleines de grâce et de douceur sur arrière-fonds paysagers empreints de sérénité. Une Marie-Madeleine on ne peut plus méditative. Un diptyque composé d’un Christ en couronne d’épine et d’une Vierge d’une remarquable efficacité : simplicité, beauté, émotion, tout y est. Des saints poignants, tels ce Saint-Jérôme pénitent. Citons encore le splendide polyptyque de San Pietro, qui réunit avec bonheur des tableaux venus de Nantes et de Rouen, notamment un Baptême et une Résurrection dont la clarté, l’harmonie des couleurs, l’humanité des expressions et la perfection de la composition n’en finissent pas d’enchanter le regard.

 

Le Pérugin, maître de Raphaël
Jusqu’au 19 janvier 2015
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Pompéi, un art de vivre. Musée Maillol

Exposition Pompéi au Musée Maillo, tête de femmeDonner aux visiteurs l’impression de découvrir une domus pompeiana telle qu’elle était il y a 2000 ans, juste avant que l’éruption du Vésuve en 79 ne la fige pour l’éternité : tel est le propos de l’exposition du Musée Maillol, à voir jusqu’au 12 février prochain.
Salle après salle, y sont reconstitués les différents espaces de vie d’une maison aisée de Pompéi, ville "ordinaire" de l’Empire Romain.

Le visiteur commence par latrium où le maître des lieux accueillait ses hôtes et traitait ses affaires. Table de marbre, fresques aux murs, coffre-fort, fontaine sculptée, divinités de la maison : les éléments présentés donnent d’emblée une idée du statut social du propriétaire. Au fond, le triclinium est destiné aux banquets. Il est orné de fresques aux tons rouge-orangé représentant des épisodes de la vie des Dieux, quand à côté, dans le lararium, lieu de prière, un très beau panneau d’Iphigénie et Tauride réunit finesse, équilibre de la composition et puissance d’expression. Après avoir été saisi d’effroi, une fois de plus, devant les moulages des corps des victimes de l’éruption, l’on accède à la culina, où sont présentés de nombreux objets mobiliers servant à la préparation des repas et à la conservation des aliments : amphores, moules à gâteaux, louches, poêle, balance et poids, gril, four portatif, rien ne manque ! A l’étage, une galerie expose des pièces de vaisselle en argent, bronze, terre cuite et verre, ainsi que des lampes et des candélabres. Que ce soit sur bronze ou terre sigillée, la finesse des motifs mythologiques, animaliers ou végétaux et le raffinement des ornements sont tout autant admirables. Puis l’on passe aux objets associés aux thermes et aux soins cosmétiques, avec une baignoire, des miroirs, des fioles à parfum, des coupes, bouteilles et brocs en verre transparent, bleu ou vert, ainsi que des bijoux aussi simples que beaux. Une autre pièce nous donne une idée de l’importance de la sexualité et de ses représentations : c’est cru et sans détour, mais ce décorum reflétant les mœurs de l’époque était l’ordinaire de la ville ; même les murs extérieurs, dans les rues, donc à la vue de tous, en étaient ornés !
On finit avec une évocation du jardin et de ses péristyles, où la richesse des décors montre que cette partie de la villa était traitée avec autant de soin que les autres pièces: fresques splendides, bassins et tables en marbre sculptées, bouches de fontaine en forme de tortue, de dauphin ou de grenouille, sans compter la très belle fontaine en mosaïque, dont le motif lui-même reprend celui d’une fontaine ou les oiseaux viennent boire…

Exposition Pompéi au Musée Maillo, fresque tricliniumOn l’aura compris, la visite de l’exposition est un pur plaisir. Le principe d’évolution de pièce en pièce concilie la clarté d’une approche thématique à l’agrément d’une progression dynamique. La muséographie est belle, simple et efficace, avec ses couleurs délimitant les différents espaces de la maison. Enfin et surtout, les œuvres, presque toutes venue de Naples naturellement, sont extraordinaires.
L’absence d’accumulation (qui est le propre, l’intérêt, mais aussi l’inconvénient des musées archéologiques) permet au visiteur d’admirer tranquillement et isolément chaque objet, tandis que les explications générales lui permettent de les intégrer dans le mode de vie d’un riche Pompéien.
Une grande réussite, signée Valeria Sampaolo, Antonio Varone et Stefano De Caro, commissaires de l’exposition et respectivement directrice du Musée archéologique national de Naples, directeur des fouilles de Pompéi et professeur à l’Université de Naples, ainsi que Patrizia Nitti, directrice artistique du Musée Maillol, et Hubert le Gall à la scénographie.

Pompéi, un art de vivre
Jusqu’au 12 février 2012
Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle – Paris 7°
M° rue du Bac
TLJ de 10h30 à 19h, le ven. jusqu’à 21h30
Entrée 11 € (TR 9 €)

Images :
Œnochoé en forme de tête de femme Première moitié du Ier siècle après J.-C., Bronze incrusté d’argent et de cuivre H. 13,7 ; L. de 6 à 9 cm Fouilles d’Herculanum, réserves archéologiques Inv. 77839 © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei
Murs du triclinium de la villa de Carmiano, Période flavienne, Enduit peint à la fresque, H. 265 ; murs est et ouest, L. 546 ; murs sud et nord, L. 482 cm, Fouilles de Castellammare di Stabia, réserves archéologiques Inv. 63683 ; 63684 ; 63685 ; 63686 ; 63687 © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei/Fotografica Foglia

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