Avec quelques 240 tirages originaux ou d’époque, l’exposition présentée au Grand Palais jusqu’au 17 juin 2012 est la première grande rétrospective consacrée en France au célèbre photographe de mode et de stars Helmut Newton.
Mort en 2004, Helmut Newton est né en 1920 dans une famille juive de la haute bourgeoisie de Berlin, qu’il a dû fuir à l’âge de 18 ans avec l’arrivée du nazisme.
Après un détour par l’Asie et l’Australie (dont il adopta la nationalité et où il rencontra son épouse June Browne), puis par Londres, c’est à Paris que le couple s’installe dans les années 1950, où Newton mène une brillante carrière en travaillant pour l’édition française de Vogue, pour Elle, la revue Egoïste…
Dans les années 1970, il invente le porno-chic, promis à de nombreux développements au cours des décennies suivantes. En 1981, il s’établit définitivement à Monaco, toujours accompagné de son épouse qui mena elle aussi une carrière de photographe – sous le nom d’Alice Springs – et aujourd’hui gardienne du temple Newton depuis le rocher doré.
A la visite de l’exposition, 4 grands thèmes se dégagent : la mode, les portraits, le sexe tendance sado-maso, et les grands nus des années 1980. Tout est diablement chic, plus que soigné : à la fois audacieux et sophistiqué à l’extrême.
Si son style n’avait eu autant d’influence chez ses contemporains et ses successeurs, on pourrait même dire : c’est précisément à cette luxueuse et sulfureuse esthétique qu’on le reconnaît. Mais le fait est que si sa phrase fameuse "Je suis attiré par le mauvais goût, beaucoup plus excitant que le prétendu bon goût, qui n’est qu’une normalisation du regard" se comprend bien tant l’on voit encore à quel point Helmut Newton a brisé pas mal de codes et de tabous, en revanche après plus de trente ans de diffusion du porno-chic, qui oserait qualifier ses photos de mauvais goût ?
Du coup, le regard porté aujourd’hui sur l’œuvre de celui qui fut très longtemps boudé par les musées français révèle davantage la beauté formelle, classique en quelque sorte de ses clichés que leur aspect provocateur et choquant. La plastique des mannequins qu’il choisissait n’est pas étranger à cette impression : ce sont des corps magnifiquement architecturés – comme l’étaient à leur façon les nus antiques -, aux jambes interminables que prolongent encore de vertigineux talons, aux attraits généreux, aux épaules et aux visages volontaires. Les femmes sont le sujet et la structure plastique des images, mais dans lesquelles rien de ce qui les entoure n’est laissé au hasard, qu’il s’agisse des extérieurs nocturnes inspirés de Brassaï dans les rues de Paris, ou des décors luxueux des palaces. Les lignes sont impeccables, les perspectives somptueuses, les mouvements élégamment orchestrés.
Toutes ou presque d’une classe folle, ces photographies auraient sans doute mérité une mis en espace différente. Il flotte en effet dans l’exposition comme une ambiance de hall de gare par jour de grands départs. L’ensemble semble avoir été accroché au chausse-pied et peu pensé, sinon comme reposant uniquement sur le côté tape-à-l’oeil des images pour compenser tout autre exigence. Le public erre à la hâte, cherche en vain des repères, des endroits pour se poser. Dommage, davantage d’espace et un véritable parcours auraient été à la hauteur de l’ambition affichée du Grand Palais, celle de reconnaissance pleine et entière de l’œuvre de l’un des photographes les plus marquants de la deuxième moitié du XXème siècle.
Helmut Newton
Grand Palais
Galerie Sud-Est, av. Winston Churchill – Paris 8ème
M°Champs-Elysées Clemenceau ou Franklin-Roosvelt
TLJ de 10 h à 22 h sf le mar. et le 1er mai
Entrée 11 € (TR 8 €)
Certaines images peuvent heurter la sensibilité du jeune public
Après les riches expositions consacrées à
Il faut absolument aller voir l’exposition proposée par le musée Guimet jusqu’au 25 juin prochain, non seulement en raison de sa rareté, mais aussi et peut-être surtout pour le surprenant bienfait régénératif qu’elle apporte.
La suite de la visite, présentant les objets utilisés par les lettrés (repose-pinceaux, pots à pinceaux, pierres à encre, presse-papiers, mobilier) ainsi que quelques œuvres graphiques anciennes est l’occasion de relier ces pierres au contexte de leur utilisation. L’on comprend alors que dans ces "retraites à demi" les lettrés chinois n’étaient pas forcément seuls, pouvant aussi s’adonner aux joies de la conversation pure. Des dessins le révèlent, ainsi que les "sceptres" (souvent faits avec de noueuses racines polies) qui étaient en réalité des objets de discours.

Il s’agit assurément de l’une des plus belles expositions de ce début de printemps. Degas et le nu est une merveilleuse façon de traverser le parcours de cet artiste majeur du XIXème siècle (1834-1917) qui a fait la transition entre l’Académisme et la modernité avec une extraordinaire souplesse.
Puis, de plus en plus, sur dessins, monotypes et pastels, Degas travaille le thème des baigneuses, avec une prédilection pour les femmes se coiffant. Il atteint dans ce registre, et en utilisant à merveille le pastel, une maîtrise éblouissante, livrant dans les années 1880 une multitude de chefs d’oeuvres sur papier – dont il faut profiter ici pleinement, car leur fragilité ne permet pas au musée de les exposer fréquemment.
La première est le choix des lettres blanches sur fond bleu clair pour les cartels (le même bleu habille l’ensemble des murs) : alors que pour bien des œuvres présentées, le titre prolonge l’esthétique du tableau ou de l’objet, renvoyant en lui-même bien souvent à la musique de Debussy et inversement, les titres sont quasiment illisibles ! Un autre point laisse tout aussi perplexe : la section consacrée à l’Art nouveau et au japonisme est abritée derrière un filet noir certes très fin mais qui devient d’autant plus visible que l’on se rapproche des œuvres… faites de mille détails comme on sait ! Le même voile noir nous tient également à distance de La Petite Châtelaine et des Implorantes de Camille Claudel… dommage de réduire ainsi des sculptures à une double dimension seulement ! Choix d’autant plus mystérieux que l’on ne saurait reprocher à Guy Cogeval, président du Musée d’Orsay et de celui de l’Orangerie, de ne pas savoir mettre en valeur les œuvres : sa récente et excellente rénovation du Musée d’Orsay démontre l’exact contraire.

Les couleurs qu’il passait ensuite avec un soin toujours aussi poussé sur un papier buriné par la pointe de sa plume sur-appuyée sont splendides, chaudes, faites de jaunes, d’oranges, de rouges et de violines chatoyants.
Vivante ! Tel est le mot qui qualifie le mieux l’exposition tout juste commencée à l’espace Dalí haut perché sur la butte Montmartre.
L’image publique du mégalomane se pavanant tel un paon faisant la roue est remise à sa juste place derrière le témoignage d’Enrique Sabater qui révèle combien cette attitude était calculée : "Dalí et Gala étaient des gens simples. Leur vie à Port Lligat, c’était la routine : Dalí peignait durant de longues heures et Gala lui lisait ses textes préférés pour le relaxer. Dalí me demandait toujours de lui rappeler la visite d’un journaliste cinq minutes avant, pour qu’il mette son "costume d’interview". Dès qu’il était en présence d’un inconnu, son ton changeait, il se métamorphosait pour interpréter son rôle".