« Ma passion n’a jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s’oubliant soi-même, d’enregistrer dans une fraction de seconde l’émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c’est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui est offert.
Le tir photographique est un de mes carnets de croquis. »
(HCB, 8 février 1994)
L’exposition réunit cent vingt tirages parmi les quelques trois cent quarante du fonds détenu par la Maison européenne de la photographie. On ne peut que la conseiller, tant Henri Cartier-Bresson (1908-2004) reste le plus grand et le plus émouvant des photographes du XXème siècle.
Un grand nombre des clichés présentés ici, appartenant aux séries Les Européens et Paris sont très connus, comme celle de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts en 1946, Giacometti traversant le passage clouté de la rue d’Alésia sous la pluie en 1961, ou encore les photos des bords de Marne à l’époque des premiers congés payés.
Pour autant, on ne se lasse pas de les regarder.
Muni de son Leica, celui qui fonda avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger l’agence Magnum en 1947 est allé partout dans le monde, au Mexique, en Europe de l’Est, aux Etats-Unis, en Afrique, en Extrême-Orient. Il était en Inde lorsque Gandhi fut assassiné, en Indonésie durant l’indépendance, en Chine au moment de l’avènement de la République Populaire.
En 1954, après la mort de Staline, il fut le premier photographe étranger à se rendre à Moscou. Sur ses photos de centres de vacances organisés par les usines, on voit de petites filles courir à la douche et s’amuser dans un décor constitué d’immenses portraits des hommes forts du régime soviétique.
Aux quatre coins de l’Europe, à Dublin, à Séville, à Varsovie comme à Aubervilliers, le pionnier du photojournalisme a montré la misère, les maisons dénudées, les baraquements de fortune. Il a photographié les rues et ceux qui s’y trouvaient, révélant, sans juger, les inégalités ; là, des enfants pauvres, ici, les privilégiés de la bonne société. Et partout, l’humain dans sa vérité et son émotion, comme ces visages bouleversés, pris de très près, aux funérailles de victimes de Charonne à Paris en 1962.
Henri Cartier-Bresson a témoigné des guerres, des déchirements du siècle dernier, en mettant toujours l’homme au centre de son objectif, comme ces hommes dans Berlin coupée en deux, hissés pour voir « de l’autre côté », ou encore cette fameuse photo prise à la libération d’un camp de déportés en Allemagne où une femme reconnaît l’indicatrice de la Gestapo qui l’a dénoncée. Tout un pan de l’histoire de l’Europe à nouveau éclairé, et, une fois encore, le sentiment que les photographies de celui que Pierre Assouline a baptisé « l’œil du siècle » ne sont pas usées, qu’elles n’ont en rien fini de parler.
Henri Cartier-Bresson à vue d’œil
Jusqu’au 30 août 2009
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul et Pont-Marie
Du mer. au dim. de 11 h à 20 h
Entrée 6,50 € (TR 3,50 €), gratuit le mercredi à partir de 17 h
Les actes du colloque Revoir Henri Cartier-Bresson, publiés aux éditions Textuel, accompagnent l’exposition.
A voir aussi bientôt : Henri Cartier-Bresson, l’imaginaire d’après nature, une exposition présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris du 19 juin au 13 septembre 2009.
Image : Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Très sympathique soirée au théâtre des Bouffes du Nord où, après le succès de En attendant le Songe la saison dernière, Irina Brook revient avec sa troupe pour nous proposer cette fois une version totalement libre et déjantée du Don Quichotte.
La pièce entre au répertoire de la Comédie Française cette saison.
Un petit poisson rouge du genre féminin vivait en eau profonde avec ses sœurs et sa mère, enfermées dans un royaume sur lequel régnait un savant un peu fou. Ennemi des hommes, il préparait le retour du monde marin sur la terre et surveillait de près ses nombreuses créatures.
Le pan de l’histoire de l’art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd’hui a pour cadre la ville de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
De ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la composition.
Adapté du très beau roman de Pascal Quignard, Villa Amalia est l’histoire d’une jeune femme qui, après avoir aperçu derrière les grilles et les feuillages d’un jardin l’homme de sa vie embrasser une autre femme, décide "d’éteindre sa vie".
La mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se développer au cours des siècles suivants.
Pour autant, l’exposition réserve bien des surprises. L’une de ses révélations est la singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un rendu de la lumière du sud tel que l’on croit la "sentir", mais aussi des contrastes d’une remarquable précision. L’architecture et les perspectives en sont encore magnifiées. L’on y découvre aussi des photos et des peintures d’une grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait extraordinaires.
Pour compléter l’exposition
Cette présentation d’œuvres du peintre Ernest Hébert (1817-1908) est l’une des manifestations dédiées à l’Italie à voir en ce moment au musée d’Orsay autour de l’exposition
Ce récit autobiographique a au début le goût un peu amer du bonheur gâché : Emmanuel Carrère passe avec sa compagne et leurs enfants respectifs des vacances dans un hôtel luxueux au Sri Lanka.