Dans la brume électrique. Bertrand Tavernier

Dans la brume électrique, Bertrand TavernierBertrand Tavernier est allé en Louisiane pour tourner son dernier film, et il y a mis tout ce qui fait l’histoire et l’essence des Etats-Unis : la guerre de Sécession, la justice privée, les armes, les inégalités sociales, les rapports raciaux, l’alcool, la drogue, la mafia, le cinéma, l’argent, la prostitution, l’immigration mexicaine, les flics et le FBI.

Et, sur le bayou, pour accompagner son héros, inspecteur aux prises d’une méchante enquête criminelle, interprété par Tommy Lee Jones, il y a ajouté les fantômes.
Brumeuse, troublante communication avec les morts. Ce n’est pas pour rien si "dans les temps anciens, les gens mettaient des pierres sur la tête des mourants". Même bien plus tard, on n’est jamais à l’abri de la visite d’un défunt.

L’assemblage de tant d’éléments aurait pu donner un film brouillon, frôlant tous les thèmes sans en aborder aucun et assommant pour le spectateur.
Il n’en est rien. Dès les premières scènes, dès les premiers mots de la voix off – le récit de l’inspecteur Robicheaux – le plaisir de cinéma est là. La fluidité et l’efficacité de la caméra de Bertrand Tavernier embarquent immédiatement dans le "ici et maintenant" du film, à savoir l’enquête de Robicheaux, mais aussi son passé, son règlement avec les morts. Autant dire qu’il est difficile de démêler ce qui captive le plus, de la macabre énigme – crimes atroces commis contre de jeunes femmes belles et pauvres -, ou du cheminement personnel de l’enquêteur.
Plus encore, il est impossible, après avoir suivi passionnément Tommy Lee Jones pendant deux heures, d’imaginer une seule seconde un autre acteur dans la peau de Robicheaux.
Poliment, il est dit ici que le comédien a collaboré de façon très serrée non seulement à la manière de jouer, mais aussi au scénario du film de Tavernier. Ailleurs, on comprend qu’il a été des plus pénibles à diriger. Ce que l’on voit à l’écran est une interprétation qui semble aller de soi, magnifique, juste, émouvante. Elle est au service d’un vrai regard de cinéaste, original, humaniste, et, visiblement, envers et contre tout, amoureux fou des Etats-Unis.

Dans la brume électrique
Un film de Bertrand Tavernier
Adapté du roman de James Lee Burke
Avec Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard
Durée : 1 h 57

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Elégance et modernité 1908-1958 : un Renouveau à la Française

Les amateurs d’arts décoratifs ne peuvent que trouver leur bonheur dans la nouvelle exposition visible depuis le 5 mai à la Galerie des Gobelins. La quatrième depuis sa réouverture en 2007 et, une fois de plus, une démonstration de la richesse et de la qualité du fonds détenu par le Mobilier national et les Manufactures nationales.

Avec Elégance et modernité 1908-1958, la sélection embrasse cinquante ans de production mobilière, période passionnante puisqu’elle fut celle d’une étroite collaboration entre les trois établissements des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie (réunis administrativement en 1937 seulement). De plus, phénomène tout aussi nouveau, l’association entre les artistes qui dessinèrent les meubles et ceux qui en réalisèrent la « peinture » en tapisserie fut également très forte.

Ce processus créatif a eu pour résultat une nette cohérence entre la forme et le motif. D’où l’élégance parfaite des meubles, un régal pour l’œil, qui tourne autour des dossiers finement sculptés, descend vers les pieds délicatement courbés, caresse les laques et les essences de bois précieux, flatte la marqueterie, la dorure, le galuchat et la patine.
Ces joliesses constituent l’écrin de pièces de tapisseries tout aussi recherchées. Car à partir de 1908, le directeur des Gobelins, puis celui de Beauvais en 1917, et ensuite leurs successeurs ont initié un renouvellement des motifs pour ce mobilier destiné à orner les palais de la République, demeures présidentielles et ambassades.
Représenter le savoir-faire et le bon goût français encore et toujours, mais en le modernisant. On fait appel aux grands décorateurs de l’époque pour créer les cartons : Raoul Dufy, Paul Vera, Odilon Redon, André Groult, proches du monde de la haute-couture et du luxe national.
Avec Paris, ensemble composé d’un spectaculaire paravent et de multiples sièges, Dufy réalise un tableau de la capitale des plus bucoliques, où les monuments les plus célèbres sont magnifiés dans un décor tout de rose, de bleu et de mauve, réalisé sur un tissage extrêmement serré, héritage de la finesse de travail atteinte au XIXème siècle.

Ce renouveau thématique est visible tout au long de l’exposition. On représente (en poétisant beaucoup) les régions de France, les Pyrénées, la Provence…, les fleuves, mais aussi des oiseaux exotiques et des scènes arabes ; on illustre les contes de fées ; on montre les villes et la nature à la manière des peintres. En haut de l’escalier d’honneur, il ne faut pas manquer (sa pâleur pourrait la faire passer inaperçue, à côté d’une profusion de couleurs) « l’adaptation tapissière » des Nymphéas de Monet : quelle délicatesse, quel fondu, et quel contraste aussi entre la transparence du motif et la chaleur du support !
La production du Mobilier national reflète aussi les aspirations de son temps. Apparaissent ainsi les thèmes du sport et des loisirs, vogues nées dans cette première moitié du XXème siècle. Dans ce registre, au rez-de-chaussée, l’on découvre avec ravissement, sur canapé et fauteuils, Les beaux dimanches de Paul Vera et René Prou, ode nette et pimpante à l’heureux temps des loisirs, ou encore le surprenant Plaisirs de la plage, où modernité et histoire se mêlent : sur un divan aux formes pures et contemporaines, dans des coloris très clairs et lumineux, les plaisirs de la plage prennent les traits de figures mythologiques, comme pour faire un dernier clin d’œil à la tradition du noble motif…

Galerie des Gobelins
42, av. des Gobelins – Paris XIIIème
Jusqu’au 26 juillet 2009
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Visite avec conférencier les mer., ven. et sam. à 15 h 30 et 17 h (10 €, TR 7,50 €)
Gratuité le dernier dimanche de chaque mois

Images : Augustin HANICOTTE et Eric BAGGE, Les Pyrénées, paravent, 1926 © Isabelle Bideau / Mobilier national
et CHOUASNARD, sac à main, 1928, © Isabelle Bideau / Mobilier national

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Henri Cartier-Bresson à vue d'oeil. MEP, Paris.

HCB à vue d'oeil à la MEP, Berlin« Ma passion n’a jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s’oubliant soi-même, d’enregistrer dans une fraction de seconde l’émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c’est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui est offert.
Le tir photographique est un de mes carnets de croquis. »
(HCB, 8 février 1994)

L’exposition réunit cent vingt tirages parmi les quelques trois cent quarante du fonds détenu par la Maison européenne de la photographie. On ne peut que la conseiller, tant Henri Cartier-Bresson (1908-2004) reste le plus grand et le plus émouvant des photographes du XXème siècle.

Un grand nombre des clichés présentés ici, appartenant aux séries Les Européens et Paris sont très connus, comme celle de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts en 1946, Giacometti traversant le passage clouté de la rue d’Alésia sous la pluie en 1961, ou encore les photos des bords de Marne à l’époque des premiers congés payés.
Pour autant, on ne se lasse pas de les regarder.

Muni de son Leica, celui qui fonda avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger l’agence Magnum en 1947 est allé partout dans le monde, au Mexique, en Europe de l’Est, aux Etats-Unis, en Afrique, en Extrême-Orient. Il était en Inde lorsque Gandhi fut assassiné, en Indonésie durant l’indépendance, en Chine au moment de l’avènement de la République Populaire.
En 1954, après la mort de Staline, il fut le premier photographe étranger à se rendre à Moscou. Sur ses photos de centres de vacances organisés par les usines, on voit de petites filles courir à la douche et s’amuser dans un décor constitué d’immenses portraits des hommes forts du régime soviétique.

Aux quatre coins de l’Europe, à Dublin, à Séville, à Varsovie comme à Aubervilliers, le pionnier du photojournalisme a montré la misère, les maisons dénudées, les baraquements de fortune. Il a photographié les rues et ceux qui s’y trouvaient, révélant, sans juger, les inégalités ; là, des enfants pauvres, ici, les privilégiés de la bonne société. Et partout, l’humain dans sa vérité et son émotion, comme ces visages bouleversés, pris de très près, aux funérailles de victimes de Charonne à Paris en 1962.

Henri Cartier-Bresson a témoigné des guerres, des déchirements du siècle dernier, en mettant toujours l’homme au centre de son objectif, comme ces hommes dans Berlin coupée en deux, hissés pour voir « de l’autre côté », ou encore cette fameuse photo prise à la libération d’un camp de déportés en Allemagne où une femme reconnaît l’indicatrice de la Gestapo qui l’a dénoncée. Tout un pan de l’histoire de l’Europe à nouveau éclairé, et, une fois encore, le sentiment que les photographies de celui que Pierre Assouline a baptisé « l’œil du siècle » ne sont pas usées, qu’elles n’ont en rien fini de parler.

Henri Cartier-Bresson à vue d’œil
Jusqu’au 30 août 2009
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul et Pont-Marie
Du mer. au dim. de 11 h à 20 h
Entrée 6,50 € (TR 3,50 €), gratuit le mercredi à partir de 17 h
Les actes du colloque Revoir Henri Cartier-Bresson, publiés aux éditions Textuel, accompagnent l’exposition.

A voir aussi bientôt : Henri Cartier-Bresson, l’imaginaire d’après nature, une exposition présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris du 19 juin au 13 septembre 2009.

Image : Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

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Somewhere… la Mancha. Théâtre des Bouffes du Nord

Somewhere... la mancha, théâtre des Bouffes du NordTrès sympathique soirée au théâtre des Bouffes du Nord où, après le succès de En attendant le Songe la saison dernière, Irina Brook revient avec sa troupe pour nous proposer cette fois une version totalement libre et déjantée du Don Quichotte.

La fille de Peter Brook a transposé le grand roman de Cervantès aux Etats-Unis, transformant l’épopée espagnole en un road movie, où une valise à roulettes fait office de monture de Don Quichotte et un caddie chargé à ras bords de mulet de son écuyer.
Au fil de cette fameuse route 66, vont se succéder des rencontres typiques du mythe américain. Voici une danseuse de flamenco qui ondule sous un air de country, un gang de motards, des mexicains hystériques, des divas de la disco en auto-stop,… notre chevalier à la triste figure et son fidèle Sancho Panza prendront plus de coups qu’ils n’en donneront.

Le spectacle regorge d’humour décalé, de musique, de danse et de chants, menés tambour battant par une troupe endiablée. Mais il est aussi une mine de références, musicales bien sûr mais aussi cinématographiques et littéraires. Le personnage de Sancho Panza en comédien raté et réaliste mais à qui le noble chevalier a su redonner espoir, est particulièrement convaincant, plein d’énergie et attachant.
Mais on regrette un peu que le héros de Cervantès, au début bien posé dans son rêve de combat contre les géants du capitalisme, s’efface trop vite du premier plan, et avec lui son idéalisme si émouvant.

Somewhere… la Mancha, d’après Don Quichotte de Cervantès
Mise en scène : Irina Brook
Assistée de : Marie-Paule Ramo
Avec : Lorie Baghdasarian, Jerry Di Giacomo, Gérald Papasian, Christian Pélissier, Augustin Ruhabura, Bartlomiej Soroczynski
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, boulevard de la Chapelle – 75010 Paris
Réservations au théâtre, sur le site Internet et par téléphone au 01 46 07 34 50
Jusqu’au 9 mai 2009
A 21 heures, les samedis à 15 h 30, relâche les dimanche et lundi
Durée : 2 heures
Places de 12 € à 26 €

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L'Ordinaire à la Comédie Française

L'Ordinaire de Michel Vinaver à la Comédie FrançaiseLa pièce entre au répertoire de la Comédie Française cette saison.
L’entrée est double pour son auteur, Michel Vinaver (né en 1927), qui en assure également la mise en scène, avec la collaboration de Gilone Brun.

Michel Vinaver a fait le choix de l’épure, où seuls les vêtements et quelques accessoires tiennent lieu de décor. La scène, avancée vers l’orchestre, amène les acteurs au plus près du public. Le dispositif n’est pas artifice mais au contraire cohérent avec l’option de l’auteur-metteur en scène : porter le texte au spectateur. Non pas le lancer, comme on le voit trop souvent. On est davantage dans l’offrande que dans la projection.
Dans ces circonstances, tout paraît reposer sur les épaules des comédiens. Ils sont tous très bons, voire même excellents – en particulier Léonie Simaga dans le rôle de Sue, Elsa Lepoivre dans celui de Pat, Sylvia Bergé dans celui de Bess ou encore Jean-Baptiste Malatre qui interprète Bob.
Mais ce serait faire fi de la direction d’acteurs, précise, réfléchie, pleine de sens. La troupe semble se l’être appropriée corps et âme.
L’on sent un plaisir, une conviction, et ceux-ci sont totalement partagés avec le public.

Le texte (dont la lecture seule vaut déjà le coup) prend sa source dans une histoire réelle qui a marqué les esprits : celle d’un avion tombé dans la neige de la cordillère des Andes et dont les rescapés ont dû, pour survivre, se résoudre au cannibalisme.
Michel Vinaver a transposé l’histoire dans le monde de l’entreprise – dont il est familier en sa qualité d’ancien PDG de la société Gillette. Le groupe de survivants compte le président de l’entreprise Housies, spécialisée dans l’implantation de logements préfabriqués, sa secrétaire, son épouse, ses vices-présidents, la fille de l’un d’eux et la maîtresse d’un autre. Autrement dit, à la fois la classe décidante et un cercle aux contours plus fluctuant qui gravite autour.
La pièce est passionnante en ce qu’elle montre ce que devient cette structure ultra établie et rigide une fois transposée en conditions extrêmes. Où l’on voit que l’obsession de ceux qui ont le pouvoir n’est autre que de le conserver tandis que la priorité de ceux qui ne l’ont pas (ou plutôt de celles qui ne l’ont pas, puisque bien sûr il s’agit des femmes) est de vivre, voire de vivre mieux, en trouvant apaisement ou épanouissement. La situation d’isolement, de danger, de manque et d’incertitude dans laquelle les protagonistes se trouvent est traitée sans détours ni pathos. L’Ordinaire a près de trente ans, mais, hormis le contexte politique – on était sous l’ère Reagan – le texte paraît bien peu daté.

L’audace de Michel Vinaver d’avoir monté la pièce avec tant de sobriété et de confiance dans la troupe est admirable. On se demande comment ça tient.
C’est que, pendant 2 h 30, sur ce proscénium pentu et dénudé, les comédiens, par la seule force de la langue, créent le froid, la faim, la soif, la neige, la carlingue de l’avion et la chaîne rocheuse. Un brin d’éclairage, une couverture et une tranche de viande font le reste. Il y a de la magie dans ce théâtre là, qui prend le texte à bras-le-corps sans craindre de jouer grand et franc, mais sans cri, presque tranquillement.

L’Ordinaire
Pièce en sept morceaux de Michel Vinaver
Mise en scène de Michel Vinaver et Gilone Brun
Avec Sylvia Bergé, Bess – Jean-Baptiste Malartre, Bob – Elsa Lepoivre, Pat –
Christian Gonon, Jack – Nicolas Lormeau, Joe – Léonie Simaga, Sue – Grégory Gadebois, Jim – Pierre Louis-Calixte, Dick – Gilles David, Ed – Priscilla Bescond, Nan – Gilles Janeyrand, Bill
Comédie Française
Salle Richelieu – Place Colette 75001 Paris
Jusqu’au 19 mai 2009
En matinée à 14 h et en soirée à 20 h 30
Places de 5 € à 37 €
Renseignements et location : TLJ de 11 h à 18 h aux guichets du théâtre, par téléphone au 0825 10 16 80 (0,15 € la minute) et sur le site internet

La pièce est publiée chez Actes Sud (Babel, janvier 2009, 255 p., 7,50 €)

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Ponyo sur la falaise. Hayao Miyazaki

Ponyo sur la falaise, MiyazakiUn petit poisson rouge du genre féminin vivait en eau profonde avec ses sœurs et sa mère, enfermées dans un royaume sur lequel régnait un savant un peu fou. Ennemi des hommes, il préparait le retour du monde marin sur la terre et surveillait de près ses nombreuses créatures.
Juste de l’autre côté du rivage, tout en haut de la falaise, vivaient le petit Sosuke et sa jeune maman, toute énergique et très aimante de ses prochains. Quant au papa, on ne le voyait jamais que sur son bateau, d’où il envoyait des mots tendres, en morse, à Lisa son épouse et à leur fils.

Mais le destin de nos deux petits êtres changea le jour où, aventurée hors de sa prison dorée, le petit poisson rouge rencontra Sosuke sur la plage. Ils s’aimèrent immédiatement et n’envisagèrent plus de se quitter. C’était oublier le vieux luné des fonds marins qui n’escomptait pas laisser son poisson hors de l’eau où, rebaptisée Ponyo, elle deviendrait une petite fille…

Bienvenue dans un monde où le quotidien côtoie le merveilleux, le prosaïque le magique et la modernité de notre temps l’imaginaire le plus débridé. Au fil d’une narration qui captive petits et grands de bout en bout, Miyazaki nous plonge dans un très bel univers, débordant de couleurs et accueillant.
Il dessine des personnages singuliers, totalement incarnés, auxquels il attache le spectateur sans que son histoire ne frôle la mièvrerie.
Il suffit d’aimer les grands contes pour abandonner sa raison et se laisser embarquer, deux heures durant, dans ce voyage japonais où l’amour et l’authenticité rendent la grâce possible. A coup sûr qu’à tout âge, on en reviendra enchanté.

Ponyo sur la falaise De Hayao Miyazaki
Avec les voix de Tomoko Yamaguchi, Hiroki Doi, Kazushige Nagashima…
Durée : 1 h 41 min
Film pour enfants à partir de 6 ans

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Filippo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato

Exposition Lippi au Luxembourg, NativitéLe pan de l’histoire de l’art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd’hui a pour cadre la ville de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
Pourtant, Prato connut son heure de gloire, du milieu du XIVème au XVème siècle, époque où le commerce de tissus et de la soie vint enrichir la cité. Pour manifester ce faste, on fit élever un duomo et passa des commandes pour décorer églises et couvents.

C’est dans ce contexte que le florentin Filippo Lippi (1406–1469) fit son entrée à Prato, sollicité par la ville pour orner la cathédrale.
Les commandes se multiplièrent et l’atelier de ce frère carmélite compta de nombreux disciples.
Certes, ce foisonnement artistique ne dura guère – dès le début du XVIème siècle, Prato fut écrasée par sa grande rivale Florence sous la férule des Médicis – mais il donna naissance à des œuvres magnifiques. L’exposition du Luxembourg en témoigne.

Y sont réunis une soixantaine de tableaux et sculptures, issus en grande partie du musée de Prato (en cours de rénovation) et montrés en France pour la première fois.
Si ces œuvres permettent de se rendre compte de l’intense activité artistique de Prato à cette époque, elles révèlent également l’importance des échanges avec les artistes florentins. La présence d’Uccello, de Fra Angelico – maître de Filippo Lippi -, de Botticelli – dont Lippi père fut le maître avant que Lippi fils en deviennent l’élève – montre les influence entre ces deux cités, il est vrai séparées d’une quinzaine de kilomètres seulement.

Exposition au musée du Luxembourg, Lippi, Vierge à la ceintureDe ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la composition.
Les trois grands tableaux religieux que Lippi a exécutés avec son élève et ami Fra Diamante, présentés côte à côte sont à cet égard des merveilles : La Présentation au Temple, avec ses éléments d’architecture très Renaissance ainsi que La nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, où l’artiste a multiplié les groupes de personnages à différents plans : anges, musiciens, enfants, et enfin les saints tout devant, réunis autour d’une scène très familière, pleine de tendresse et d’humanité. Les deux peintures entourent le clou de l’exposition : la Vierge à la Ceinture.
Cette splendide composition, comme les autres éclatante de couleurs, fourmillant de détails, de riches étoffes, mais aussi pleine de délicatesse dans les traits, de transparence dans les chairs, est une évocation de l’histoire de la ville. Selon la légende en effet, la ceinture de la Vierge lui appartient depuis qu’un marchand de Prato l’a ramenée de Terre Sainte au XIIème siècle.
Mais la Vierge à la ceinture rappelle également la vie de Filippo Lippi. Celui-ci a peint ce tableau pour le couvent Sainte-Marguerite en donnant à la sainte les traits de sa belle, Lucrezia Buti, une nonne échappée du couvent. De cette scandaleuse aventure, en 1457, naquit Filippino Lippi, peintre comme son père, et dont les œuvres présentes ici soulignent l’influence de son maître Botticelli.

Filipo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard – Paris 6ème
Jusqu’au 2 août 2009
Ouvert TLJ
Lundi et vendredi de 10 h 30 à 22 h
Mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10 h 30 à 19 h
Dimanche et jours fériés de 9 h 30 à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 € et 6 €)

Images : Filippo Lippi, Fra Diamante, Nativité (ou Adoration de l’Enfant) avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, c. 1456, Détrempe sur panneau, 158 x 168 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato
et Filippo Lippi, Fra Diamante, Vierge à la Ceinture entre saint Thomas et la commanditaire Bartolomea de ‘Bovacchiesi et les saints Grégoire, Augustin, Tobie, Marguerite et l’archange Raphaël c. 1456-1465 Détrempe sur panneau, 199 x 191 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato

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Villa Amalia. Benoît Jacquot

Villa Amalia, Benoît JacquotAdapté du très beau roman de Pascal Quignard, Villa Amalia est l’histoire d’une jeune femme qui, après avoir aperçu derrière les grilles et les feuillages d’un jardin l’homme de sa vie embrasser une autre femme, décide "d’éteindre sa vie".
Mourir ? Non, tout au contraire, il s’agit plutôt d’une renaissance. Un effacement, une disparition, pour partir et faire autre chose. Ou, plus simplement, pour "être".
Dans une scène de la première partie du film, celle où Ann organise minutieusement, presque scientifiquement son "extinction", elle demande à son compagnon de quitter le domicile conjugal sur le champ. Celui-ci lui dit que ce n’est pas possible, qu’il ne peut pas partir comme ça du jour au lendemain. Ann lui répond : "Si, tu dois t’en aller ; l’appartement est à moi. Et d’ailleurs, ma vie aussi m’appartient".
Il y a chez Ann le désir impérieux, irrésistible de se dessaisir de tout ce qu’elle a construit, de le raser, pour ne poursuivre qu’avec elle-même. Juste avec son corps, pourrait-on dire. De ses vêtements, elle se dépouille progressivement au fil du voyage qui la mènera vers la Villa Amalia, une petite bâtisse perchée sur une île du sud de l’Italie. Ses cheveux, elle les écourte sans hésitation. Quant à l’intérieur de sa tête, nul ne sait ce qui s’y passe. L’une des réussites de Benoît Jacquot est d’ailleurs d’avoir respecté l’absence de psychologie du roman de Quignard. Comme l’auteur de Tous les matins du monde, il se contente de suivre et montrer son personnage au plus près.
Isabelle Huppert semble ici au delà de toutes les déclinaisons du jeu d’acteur. Elle interprète ce rôle avec une telle simplicité, un tel naturel, qu’elle est Ann, cette femme qui longtemps fut pianiste reconnue, parisienne chic et femme d’un autre, pour devenir étrangère dans un coin perdu et sauvage, un corps qui nage jusqu’à l’épuisement sur une mer nouvelle, une âme qui s’attache à une jeune italienne rencontrée là.
Dans le rôle de l’ami de passage qui l’aide matériellement à passer, justement, dans cet autre monde, celui où elle n’est plus connue de personne, et d’elle ignoré, Jean-Hugues Anglade est magnifique de sensibilité, de discrétion et de sincérité.
Tout en sobriété, en profondeur et en finesse, comme l’est cette Villa Amalia qui, à l’écran comme sur la page, à travers l’histoire d’Ann, semble être celle d’un rêve ancien et enfoui, et peut-être l’un des mieux partagés.

Villa Amalia
Un film de Benoît Jacquot
Avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois
Durée 1 h 31

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Voir l'Italie et mourir, au musée d'Orsay

Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, la place saint marc au clair de luneLa mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se développer au cours des siècles suivants.

Il s’agissait, pour les membres de la bonne société, de parfaire leur éducation en accomplissant le Grand Tour, lequel passait inévitablement par l’Italie, où l’on allait, comme on le fait encore aujourd’hui, se cultiver et se pâmer devant les ruines antiques et les œuvres de la Renaissance.
La vogue connut un souffle nouveau au XIXème siècle, à la suite des fouilles des sites de Pompéi et Herculanum, mais aussi avec l’invention de la photographie.

A travers une large sélection de peintures, dessins, sculptures et surtout photos, l’exposition du musée d’Orsay éclaire un pan – celui du XIXème siècle – de l’histoire de cette inlassable attrait des Européens pour l’Italie. Le parcours est conçu comme un petit voyage en soi – déambulation entre diverses salles aux volumes différents et peu séparées les unes des autres. L’espace central est surplombé d’un faux plafond reproduisant en maxi-format des fresques italiennes. De petites statues typiques des personnages de la tradition – musiciens en particulier – œuvres de Carpeaux notamment, placés au milieu des salles viennent figurer le centre d’imaginaires petites places, alors que les murs prennent de douces teintes vertes et taupes.
Le charme est complet, d’autant que sur les murs s’étale une succession de splendeurs architecturales. Du Duomo Santa Maria di Fiore à la Basilique Saint-Marc, de Santa Maria de la Salute à la basilique Saint-Pierre, du Grand Canal au Colisée en passant par la cathédrale de Prato, sont ici réunies des vues de voyages dont campaniles, coupoles et arcs antiques ont été les étapes.

Voir l'Italie et mourir, Musée d'Orsay, CorotPour autant, l’exposition réserve bien des surprises. L’une de ses révélations est la singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un rendu de la lumière du sud tel que l’on croit la "sentir", mais aussi des contrastes d’une remarquable précision. L’architecture et les perspectives en sont encore magnifiées. L’on y découvre aussi des photos et des peintures d’une grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait extraordinaires.
Beaucoup moins romantiques, mais très inattendus, sont les clichés des moulages effectués dans les empreintes des cadavres retrouvés avec la découverte des sites de Pompéi et Herculanum. Face à ces corps immobilisés en plein mouvement, on saisit toute l’horreur de ces hommes et ces femmes pris vifs dans la lave du Vésuve, autre motif de fascination pour les Européens voyageurs du XIXème siècle qui eux, découvraient alors cette tragédie de l’histoire.

Voir l’Italie et mourir. Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siècle
Jusqu’au 19 juillet 2009
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Images : Friedrich Nerly, Venise, la place Saint Marc au clair de lune, vers 1842, huile sur toile, 58,5 x 46,5 cm, Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum (inv. PNM 971) © Niedersächsisches Landesmuseum, Hannover
et Camille Corot, La Vasque de l’Académie de France à Rome, 1826-1827, huile sur toile, 25 x 38 cm, Beauvais, musée départemental de l’Oise © RMN / Hervé Lewandowski

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L'Italie des architectes : du relevé à l'invention. Musée d'Orsay

L'Italie des architectes au Musée d'OrsayPour compléter l’exposition Voir l’Italie et mourir, un accrochage de quelques soixante-dix dessins met en évidence l’importance de l’architecture italienne dans la formation des architectes français.

Depuis 1663, aux lauréats du Grand Prix de Rome, revenait le privilège de passer plusieurs années à l’Académie de France à Rome. Mais avec le développement des moyens de communication et de l’intérêt pour l’archéologie, les architectes furent au XIXème siècle de plus en plus nombreux à accomplir leur "Grand Tour" pour découvrir de visu les bâtiments qu’ils avaient étudié dans les livres.

Les deux salles réunissent ainsi des dessins des plus grands architectes français de l’époque, Charles Garnier, Eugène Viollet-le-Duc ou Hector Lefuel, mais également de très belles aquarelles – traduisant l’influence de la peinture chez les architectes français, souvent venus en Italie, il est vrai, accompagnés d’amis peintres.

Une belle place est faite à Louis Boitte qui, outre l’Italie, eu également la possibilité de visiter la Grèce. Le futur architecte du château de Fontainebleau passa cinq ans à la Villa Médicis et a laissé un fonds de quelques huit cents documents de toutes natures, études, relevés archéologiques, croquis, photographies, dont on voit ici d’instructifs échantillons, y compris des dessins de sa participation au concours ouvert en 1883 par l’Etat italien pour le monument dédié à la mémoire de Victor-Emmanuel II.

L’Italie des architectes : du relevé à l’invention
Dessins d’architecture de la collection du musée d’Orsay
Jusqu’au 19 juillet 2009
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Eugène Viollet-le-Duc (Paris 1814 – Lausanne 1879), Fragment d’architecture pompéienne pour " Histoire d’un dessinateur ", crayon et aquarelle, H. 0.17 x L. 0.108m, musée d’Orsay, Paris, (c) musée d’Orsay / Patrice Schmidt

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