A la recherche du temps perdu. Mère et fille, délicatesse et fidélité

proust2On sait à quel point le narrateur est attaché à sa grand’mère maternelle, qui est la délicatesse même.

La scène au cours de laquelle il s’aperçoit que sa grand’mère est malade, lors d’une promenade aux Champs-Elysées est des plus émouvantes (billet du 13 avril dernier).

De retour à la maison, ils sont reçus par la mère du narrateur. Ce passage, non moins poignant, est l’occasion de mesurer l’adoration que celle-ci voue à sa propre mère (1) :

Je lui avais enveloppé à demi la tête avec une mantille en dentelle blanche, lui disant que c’était pour qu’elle n’eût pas froid dans l’escalier. Je ne voulais pas que ma mère ne remarquât trop l’altération du visage, la déviation de la bouche ; ma précaution était inutile : ma mère s’approcha de grand’mère, embrassa sa main comme celle de son Dieu, la soutint, la souleva jusqu’à l’ascenseur, avec des précautions infinies où il y avait, avec la peur d’être maladroite et de lui faire mal, l’humilité de qui se sent indigne de toucher ce qu’il connaît de plus précieux, mais pas une fois elle ne ne leva les yeux et ne regarda le visage de la malade. Peut-être fut-ce pour que celle-ci ne s’attristât pas en pensant que sa vue avait pu inquiéter sa fille. Peut-être par crainte d’une douleur trop forte qu’elle n’osa pas affronter. Peut-être par respect, parce qu’elle ne croyait pas qu’il lui fût permis sans impiété de constater la trace de quelque affaiblissement intellectuel dans le visage vénéré. Peut-être pour mieux garder plus tard intact l’image du vrai visage de sa mère, rayonnant d’esprit et de bonté. Ainsi montèrent-elles l’une à côté de l’autre, ma grand’mère à demi cachée dans sa mantille, ma mère détournant les yeux.

Après la mort de la grand’mère, la mère du narrateur témoignera une fidélité absolue à sa mémoire.
On a vu l’estime que la grand’mère portait à la littérature, en particulier aux Lettres de Mme de Sévigné (billet du 6 avril).
La fidélité de la mère du narrateur à sa maman disparue prend dans cet extrait un goût particulièrement savoureux (2) :

Parmi les causes qui faisaient que maman m’envoyait tous les jours une lettre, et une lettre où n’était jamais absente quelque citation de Mme de Sévigné, il y avait le souvenir de ma grand’mère. Maman m’écrivait : « Mme Sazerat nous a donné un de ces petits déjeuners dont elle a le secret et qui, comme eût dit ta pauvre grand’mère citant Mme de Sévigné, nous enlèvent à la solitude sans nous apporter de société. » Dans mes premières réponses, j’eus la bêtise d’écrire à maman : « A ces citations, ta mère te reconnaîtrait tout de suite. » Ce qui me valut, trois jours après, ce mot : « Mon pauvre fils, si c’était pour parler de ma mère, tu invoques bien mal à propos Mme de Sévigné. Elle t’aurait répondu comme elle fit à Mme de Grignan : « Elle ne vous était donc rien ? Je vous croyais parents. »

Bonnes lectures.

(1) Dans Le côté de Guermantes
(2) Dans La prisionnière

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Un jeu d'enfant La philosophie. Raphaël Enthoven

un jeu d'enfantContrairement à ce que son titre pourrait laisser supposer, Un jeu d’enfant La philosophie n’est pas un manuel de philosophie, une sorte de digest de Apprendre à vivre de Luc Ferry.

Mélange de récit autobiographique et de discours sur quelques philosophes, Raphaël Enthoven y raconte comment il en est arrivé à se destiner à cette discipline : presque par un jeu d’enfant.

Entre ses morceaux de vie choisis, il intercale les réflexions que tel ou tel auteur lui inspire.

Pour qu’un tel exercice donne au lecteur une impression d’harmonie, l’idée d’un tout – correspondances entre l’homme qui se décrit et les philosophies qui l’ont nourri – peut-être faut-il un peu plus de recul sur sa vie et sur la discipline qu’on a fait sienne.
Ou peut-être développer davantage les deux, les creuser, pour qu’un relief, une personnalité intéressante ressortent.

On en est loin, finalement, avec Raphaël Enthoven.
Et on le regrette, car son "essai-récit" séduit autant qu’il irrite.

Les souvenirs d’adolescence qu’il relate ont quelque chose qui sonne juste, qui rendent son auteur attachant : à certains moments, Enthoven parvient à souligner – peut-être à son insu – la part de posture dont il semble être victime.

Mais que dire des conversations avec son fils de 5 ans ? Des échanges avec son "amour", la célèbre Carla ?
Rien, car ils sont bien peu de choses.

Comment lui pardonner, surtout, d’avoir écrit tranquillement des horreurs, courtes de vue et d’ouïe, sur les accents, du sud de la France ou des Antilles, qui relèvent, au mieux, d’un parisianisme petit-bourgeois périmé, au pire, d’une idéologie nauséabonde ?

D’un autre côté, les commentaires sur certains philosophes s’avèrent pour beaucoup d’entre eux rapidement vains : réduits à des formules, à l’enchaînement d’avis lapidaires, non étayés, ils laissent le lecteur non initié assez éloigné de la matière et des auteurs, ce dont on ne peut le féliciter.

Heureusement, au fil des pages, on a la joie de trouver d’heureuses citations de Clément Rosset, de beaux hommages à Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Vladimir Jankélévitch, et tout à la fin, un passage réussi sur Leibniz et Spinoza, que Raphaël Enthoven affectionne particulièrement : enfin il devient fluide, convaincant, donne envie d’aller au texte. Et cela devient un plaisir.

A son père qui lui disait : "Tu est devenu con, le jour où tu as choisi la philosophie contre la littérature", Raphaël répond qu’il n’a pas choisi.
Visiblement, il n’a pas voulu choisir pour ce texte non plus : ni récit autobiographique, ni essai philosophique.

Dans le même exercice pourtant, d’autres ont réussi – Marcel Conche par exemple avec un très beau Avec des "si", Journal étrange.
Mais eux l’ont fait plus tard.

Un jeu d’enfant La philosophie. Raphaël Enthoven
Fayard, 2007
204 p., 15 €
Raphaêl Enthoven est professeur de philosophie et journaliste. Un jeu d’enfant est son premier livre. Il est le fils de Jean-Paul Enthoven, journaliste et écrivain.

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Volte-Face avec Fabrice Luchini

Fabrice LuchiniTout au long de la saison, le théâtre du Rond-Point et France-Culture proposent des enregistrements publics d’émissions qui feront l’objet de diffusions dans la grille d’été de la station.
Le principe : un invité, en dehors de toute promotion, vient répondre aux questions d’Olivier Barrot.

Sont ainsi venus s’épancher depuis l’automne, Pierre Arditi, Denis Podalydès, Jean-Louis Trintignant notamment.

Lundi 2 avril, ce fut au tour de Fabriche Luchini de se livrer au face-à-face avec le journaliste, sous les yeux d’un public fourni, dans la grande salle Renaud Barrault.

L’interview consistera, selon un style qui lui est traditionnel, mais peut-être davantage encore qu’à accoutumée, en l’envoi de longues citations de la part d’Olivier Barrot.

Fabrice Luchini laissera la plupart d’entre elles sans suite.
D’autres seront l’occasion pour le comédien de parler de son métier ; en particulier de ce qui a fait son succès populaire au théâtre, les lectures de grands textes.

Ainsi, lorsqu’il se souvient qu’il a commencé ses lectures de Voyage au bout de la nuit en 1985, au théâtre du Rond-Point précisément, Olivier Barrot rappelle le commentaire de Michel Bouquet : "Si les lectures inventées par Fabrice Luchini marchent si bien, c’est parce que le public en sort renseigné sur lui-même", citation qui sera l’occasion de réflexions et d’échanges sur l’art, le divertissement, l’abrutissement et le chef d’oeuvre, avec, au passage, le "on va nous divertir jusqu’à l’écoeurement" d’Alain Finkielkraut.

Quant Barrot évoque Laurent Terzieff : "Fabrice a besoin de faire le don de lui-même et ce don passe par le texte (…). Il y a chez lui comme un envahissement de l’être par le verbe", l’artiste commente, plein d’admiration : "Laurent Terzieff m’a fait sortir le meilleur de moi-même ; et en plus, il me rend au meilleur de moi."

Une citation inspira particulièrement Fabrice Luchini, qui actuellement donne dans sa Carte Blanche des lectures de Paul Valéry : "Longtemps, la voix humaine fut base et condition de la littérature".
"Tout est suspect sauf le corps" ajoute-t-il, rappelant ainsi Jouvet.

Plus tard, il reviendra à Jouvet en expliquant :
"C’est quoi d’être sur scène ? C’est être porteur d’une énergie. Jouvet disait "Le succès justifie tout mais n’explique rien". J’essaie de ne pas détruire l’énergie que contient un auteur. je passe de ce qui est imprimé et mort et j’en restitue l’énergie. Pour cela, il ne faut pas que l’acteur s’assouvisse et il ne faut pas non plus qu’il ne soit rien (…). Pour dire un texte, il faut s’être approprié les phrases. Ne pas dire les mots, mais être d’où part le texte. Il faut retrouver l’impulsion organique que l’auteur a eue lorsqu’il a écrit."

Et lorsque le journaliste s’étonne que certains des textes que Fabrice Luchini choisit de porter sur scène ne sont absolument pas dramaturgiques, le comédien a cette réponse :
"Comment oraliser ce qui n’est pas littéraire ? L’écriture de Céline restitue l’oralité…
Mais pour donner de l’intensité dramaturgique à des textes très secs comme ceux de Valéry, il faut oser la pensée dans ce qu’elle a de sec, sans dramatiser ; ensuite, il faut voir comment la pensée peut devenir chair".

En définitive, Fabriche Luchini aura davantage répondu à ses propres interrogations et aux auteurs qui l’inspirent qu’aux questions-fleuves d’Olivier Barrot.
Se méfiant comme de la peste de l’excès de commentaires et de toutes les postures, en particulier intellectuelles, refusant les positionnements imposés, il préfère, en toute liberté, rendre hommage aux textes et aux auteurs qu’il révère, en un mot au "style".
C’est certainement pour ces raisons-là qu’il nous plaît.

Volte-Face avec Fabriche Luchini
Emission diffusée l’été prochain sur France-Culture
Prochain enregistrement public de Volte-Face :
Le 23 avril au Théâtre du Rond-Point avec André Dussolier.
Entrée libre
Réservation indispensable au 01 44 95 58 81

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L'histoire du livre au XIX° siècle. L'essor de la production (3/4)

manuel Roret du ParfumeurAu cours du XIX° siècle, période de la "deuxième révolution" du livre, la production connait un essor considérable et dans le même temps se renouvelle.

Jusqu’au début du XIX°, le tirage moyen d’un livre se situe entre 1000 et 1500 exemplaires, sauf pour certains livres religieux comme les livres de messe par exemple.

Au milieu du siècle, grâce aux collections à bon marché, les ouvrages d’Eugène Sue Les mystères de Paris et Le juif errant seront tirés à 60 000 exemplaires.

Ces tirages s’accompagnent de l’émergence d’une forme nouvelle : la publication en feuilletons…

Mais toutes les œuvres qui font aujourd’hui l’image du XIX° s. n’ont pas connu de tels succès : Le Rouge et le Noir, par exemple, n’est tiré qu’à 750 exemplaires !

Par ailleurs, les contenus sont profondément renouvelés.

Certains domaines sont restés traditionnels, comme l’édition religieuse, dont la production a augmenté comme les autres secteurs, mais a diminué en importance relative. Mais leurs éditeurs ont complété leur production par de la littérature scolaire ainsi que de la littérature pour enfants, bien pensante.
Le domaine de l’histoire a dû résister en tournant ses productions vers les mémoires. Michelet n’a connu de grands tirages que grâce à la publication dans des collections à bon marché.

Dans la littérature, on assiste également à un reclassement des contenus : la poésie perd du terrain ; le théâtre se maintient jusqu’à la fin du XIX° siècle. Mais la production majeure concerne désormais le roman.

Cette période va assister à la floraison d’un nouveau genre : la littérature pratique. Les manuels Roret seront très répandus, tels le Nouveau manuel du limonadier, du glacier, du chocolatier et du confiseur ou encore le Manuel complet de la cuisinière bourgeoise

Suite et fin la semaine prochaine avec les nouvelles stratégies de diffusion du livre …

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d’Eve Netchine,
Service de l’inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007

Image : Manuel du Parfumeur, Marie Armande Jeanne Gacon-Dufour, Manuels Roret, Libr. Encyclopédique Roret, 1825

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L'histoire du livre au XIX° siècle. De nouvelles stratégies de diffusion (4/4 )

affiche librairieProduction industrialisée, essor des tirages, évolution des contenus, apparition des "éditeurs", la révolution que connaît le livre au XIX° siècle se manifeste également dans de nouveaux modes de diffusions, de nouvelles techniques de vente.

En trente ans, entre 1870 et la fin du siècle, le réseau traditionnel de colportage, hérité de l’Ancien Régime, va disparaître.

Les librairies, de leur côté, évoluent considérablement : on passe du comptoir auquel on doit s’adresser et qui empêche de circuler entre les rayons, à des librairies d’un type complètement neuf, où les clients peuvent circuler librement, feuilleter les libres exposés sur des tables… Il s’agit d’un nouveau monde du commerce, un monde de sociabilité , où on peut rentrer pour acheter, ou ne pas acheter.
C’est toute l’ambiance que Zola a décrite dans Le Bonheur des Dames.

Les libraires se mettent à afficher des publicités de livres (les lithographies mises au point par Jules Chéret notamment). Les catalogues se transforment, pour devenir de véritables vitrines de l’offre de livres.

Les éditeurs peaufinent également leur stratégie pour vendre directement au client. Ils promettent par exemple des cadeaux de fidélité à ceux qui achèteront une série complète (flacon de parfum, montre …).
Bien entendu, ces procédés déclencheront l’ire des libraires …

A côté des "nouvelles" librairies, subsistent les cabinets de lecture, institués au XVIIème siècle. Ce sont des boutiques de livres, qui permettent soit d’acheter, soit d’emprunter, soit de lire sur place un livre.
Cabinets privés, ils sont en général tenus par des libraires. Leur clientèle est constituée de la petite bourgeoisie, artisans, commerçants, rentiers modestes. Leur offre fait une belle part au roman, leurs horaires sont très étendus ; ils ont joué un grand rôle dans le développement de la lecture à une époque où les bibliothèques ne pouvaient proposer une offre suffisante.

Mais ces lieux, tout comme le colportage, étaient considérés comme dangereux par les autorités, car on y trouvait "le meilleur comme le pire".
Les pouvoirs publics se sont alors servi des écoles, des instituteurs et des enfants, pour mettre en place les bibliothèques d’école et y diffuser des livres spécialement édités pour cet usage …

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d’Eve Netchine,
Service de l’inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : Librairie Sagot, lithographie de Jules Chéret (1891)

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L'histoire du livre au XIX° siècle. L'industrialisation de la production (1/4)

rotatives MarinoniAu XIXème siècle a lieu ce qu’on a l’habitude d’appeler la "deuxième révolution du livre", après celle de Gutemberg.

Mais il s’agit d’une révolution progressive, qui s’est étendue de 1840 à 1870.

De nouvelles technologies sont avant tout mises en œuvre.
Elles concernent d’abord le papier, qui pesait alors très lourd dans le prix du livre.
En 1799, Nicolas Robert a déposé le brevet du papier en rouleau, remplaçant le "feuille à feuille" : il permet d’importantes économies, en particulier de main d’œuvre.
Par ailleurs, le chiffon est remplacé par d’autres matières premières, notamment la paille.
Surtout, à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1867, la profession entérine l’usage du bois, qui plus tard sera rentabilisé par l’utilisation de nouvelles machines.
Le domaine de l’imprimerie n’avait en effet pas connu d’innovation majeure depuis Gutemberg : au début du XIX° siècle, on se servait toujours de presses à bras…
Vont être mises en œuvre au cours du siècle la stéréotypie (1), la presse hand scope, en métal, qui, avec son large plateau permet de tirer de grands formats et donc d’augmenter de façon importante la production (une centaine de feuilles à l’heure).
Mais l’innovation la plus marquante est la mise au point de la rotative, en 1872. Cette technique, qui permet de rendre mille feuilles à l’heure, a d’abord été utilisée pour la production de journaux, le Times notamment. C’est d’ailleurs pour cette raison que le terme de presse a fini par désigner aussi les journaux !

Les procédés évoluent également du point de vue de l’image, avec la mise en place de la lithographie : elle permet à l’artiste de graver directement, d’où une plus grande expression personnelle.
Agrandissant les formats, Jules Chéret adapte la technique de la lithographie à l’affiche : il met ainsi la lithographie à la disposition des publicités, en particulier pour les livres, qui seront installées dans les librairies.
Son style aurait inspiré Vuillard, Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec.

Avec cet ensemble d’innovations, le monde du livre a changé d’échelle au XIX° siècle : on est passé de petits ateliers à de véritables usines.
La profession va considérablement évoluer elle aussi, avec l’apparition de nouveaux personnages : ce sera "Le temps des éditeurs."
A suivre …

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
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Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d’Eve Netchine,
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Conférence du 5 avril 2007

(1) La stéréotypie consiste à mouler, dans de l’argile par exemple, les caractères. A partir de ces moules, on réalisait des plaques en plomb, qui pouvaient être conservées et réutilisées. Mais la stéréotypie sera "tuée" par la rotative.

Image : rotative Marinoni.

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L'histoire du livre au XIX° siècle. Le temps des éditeurs (2/4)

CharpentierDans un contexte d’industrialisation de la production du livre, de nouvelles personnalités font leur apparition : les éditeurs, autour desquels la production se réorganise.

Jusqu’au XVIII° siècle, on ne distinguait pas, dans les professions, entre éditeurs et libraires.
La situation change radicalement au XIX° siècle : le rôle de l’éditeur se transforme, il devient le lien entre auteurs, imprimeurs, libraires et lecteurs.
Il a recours à des moyens financiers importants, notamment par l’emprunt. Il construit désormais une véritable politique éditoriale.

Ainsi, au cours du siècle, apparaissent de grands noms encore très connus aujourd’hui : Calmann-Lévy, Louis Hachette, Casterman …

Mais le père de l’édition moderne est Gervais Charpentier. Il fut l’un des premiers à décider de produire des livres à bon marché. Il réduit les formats, fait imprimer sur deux colonnes, et parvient ainsi à diviser le prix du livre par quatre.

Michel Lévy – et à sa mort, Calmann-Lévy -, continue les coups de génie de Charpentier. Au départ éditeur de théâtre, il se lance dans la littérature avec des contrats très longs lui permettant de s’attacher les auteurs (George Sand, Zola notamment), finissant par acheter l’exclusivité des droits d’Alexandre Dumas. En outre, pour un même titre, il multipliait les collections en échelonnant les prix.

D’un autre genre, Louis Hachette, après avoir acquis un petit fonds dans le quartier latin, a misé sur des domaines en extension : la littérature pour enfants avec les Bibliothèques Rose et Verte, les livres scolaires (grâce à des contrats avec le ministère de l’instruction) ; il a également suivi le développement du réseau des chemins de fer en mettant à la disposition des voyageurs toutes sortes de livres, y compris des guides des voyage.

C’est ainsi qu’en concentrant bien des rôles entre ses mains, ce qui est nouveau, l’éditeur devient le maillon central de la chaîne du livre.
Rôle qui aura d’autant plus de portée que le XIX° siècle connaîtra un essor considérable de la production de livres.
A suivre …

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d’Eve Netchine,
Service de l’inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007

Image : Scènes de la vie de province, Honoré de Balzac. Paris, Charpentier, 1839

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J'attends quelqu'un. Jérôme Bonnell

j'attends quelqu'unJ’attends quelqu’un se passe dans une petite ville de province ; dans un petit bar-restaurant, Le café de la paix ; dans une voiture ; dans une petite chambre d’hôtel ; au seuil des maisons, parfois à l’intérieur, lorsque l’intimité s’installe, et le danger qui va avec …

Des personnages s’y croisent, s’y rencontrent, peuvent s’y aimer.

Hormis Stéphane, le plus jeune mais pas le moins mélancolique, tous sont ordinaires, installés dans "quelque chose" ; et ce quelque chose, c’est leur vie.

Petit à petit, Jérôme Bonnell nous fait découvrir ces vies-là, ces personnages banals et pourtant infiniment singuliers, les liens qui les unissent et ce qui les sépare.
Ce sont précisément ces liens-là, tels qu’ils sont tracés, mais aussi dans ce qu’ils ont de mouvants, qui vont révéler les failles et les manques.

Car sans se plaindre une seule seconde, ils semblent pourtant tous espérer quelque chose de plus. Ou autre chose. Ou différemment. Quelqu’un.

Le scénario de J’attends … est impossible à raconter mais tient la route de bout en bout.
Jérôme Bonnell évite tous les écueils dans lesquels ce film choral aurait pu tomber, le côté tribu-tous ensemble, la démagogie générationnelle, le tableau de province éculé, les bons sentiments…

Rien de torturé pourtant, rien d’excessif, simplement de la sensibilité, de la joie, de l’attente et de l’espoir, des sourires, des rires, des yeux qui se baissent et d’autres regards qui se croisent, des larmes qui montent aux yeux et parfois débordent.
La vie, fraîche et mélancolique, telle qu’elle est.


Coup de coeur : 

Pour les comédiens, extraordinaires de justesse : Jean-Pierre Darroussin, Emmanuelle Devos, Eric Caravaca et, encore à part, Florence Loiret-Caille

J’attends quelqu’un. Jérôme Bonnell
Avec Jean-Pierre Darroussin, Emmanuelle Devos, Eric Caravaca, Florence Loiret-Caille, Sylvain Dieuaide …
Durée : 1h 36min.

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Nouveau Réalisme. Galeries du Grand Palais

nouveau réalismeLa trajectoire individuelle de certains d’entre eux leur a valu une large renommée : César et ses compressions, Christo et ses empaquetages, Niki de Saint Phalle et ses Nanas …
D’autres sont moins connus, tels Martial Raysse, Dufrêne, Rotella, …

Tous sont réunis aux Galeries nationales du Grand Palais autour de l’exposition Nouveau Réalisme, nom qu’en 1960 le critique d’art Pierre Restany donna a ce mouvement qui ne dura qu’une petite dizaine d’années, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960.

Leur crédo ? Renouveler le langage plastique à une époque où l’abstraction lyrique règne, en puisant leur inspiration dans l’univers quotidien et urbain, loin de la palette et du pinceau.

Ils vont ainsi créer à partir d’objets de consommation courante – ce qui est aussi une marque de l’époque qui assiste à la montée du consumérisme –, organiser des manifestations-spectacles … et, semble-t-il, s’amuser comme des petits fous.

Villeglé lacère des affiches, évide les motifs, crée le relief, joue avec les couleurs juxtaposées, réduisant les mots et les images à des fragments, dans une inspiration très Pop Art.
Une désorientation dans la ville que Christo utilise aussi, lorsqu’en 1962, il coupe la rue Visconti à Paris pendant 8 heures, en réaction à la construction du mur de Berlin l’année précédente.

L’objet est au centre de toutes leurs créations, qu’il s’agisse de l’empaqueter (Christo), le photographier (Daniel Spoerri va ainsi photographier pendant 10 ans toutes les toilettes où il se rend, en hommage à Marcel Duchamp, le père du ready-made mort en 1968), le brûler ou le détruire (Arman avec sa Vision calcinée ou encore le piano détruit), le démonter pour mieux le rassembler (les folles machines de Tanguely), le compresser, (César) …
Quant à Yves Klein, il joue avec la couleur (son bleu fameux), le vide, les corps (on retrouve, entre autres, ses anthropométries).

Autant dire que, dans la veine pleine de fantaisie et d’inventivité du surréalisme, les néo-réalistes s’appliquèrent à n’accepter aucune limite.

Et c’est avec une curiosité enjouée qu’on revisite ces artistes dans un parcours riche en surprises, débordant d’audace, d’insolence enfantine et de bonne humeur.

Galeries nationales du Grand-Palais
Square Jean-Perrin – Paris 8ème
M° Champs-Elysées-Clémenceau
Jusqu’au 2 juillet 2007
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 20 h, sauf le mercredi jusqu’à 22 h
Entrée 10 € (TR : 8 €)
Catalogue de l’exposition, 352 p., 45 €
Egalement, la réédition du Manifeste des Nouveaux Réalistes
par Pierre Restany, (Dilecta, 14 p., 8 €)

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L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d’époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l’Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d’hommes fumant et jouant devant un café ; scène d’école, où une poignée d’enfants sont assis par terre autour d’un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l’air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu’ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l’objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c’est certainement parce que qu’elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l’époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l’art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l’objectif…

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d’autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l’on sait et de l’aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.

(1) Papier sensibilisé aux sels d’argent dispersés dans une couche de blanc d’œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s’emploiera jusqu’à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.

L’aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d’Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu’au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L’aventure orientale de Alain Fleig, publié à l’occasion de l’exposition aux éditions « D’une certaine manière », 19 €.

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