Calamity Jane ou les Légendes de l'Ouest

Calamity JaneFemme de légende, Calamity Jane l’était, mais peut-être pas tout à fait celle qu’on a longtemps cru.

Née en 1856 (?) dans une ferme du Missouri, elle se retrouve vite dans le Montana où la petite famille, attirée par l’or, a émigré.

Mais sa mère meurt alors qu’elle est encore toute jeune, avant que son père ne les quitte à son tour : Martha Jane Canary, de son vrai nom, prend alors en charge ses frères et soeurs.

Le monde sauvage du grand Ouest n’est pourtant pas fait pour les femmes seules. Alors Martha s’y adapte ; elle apprend à monter à cheval, manier le lasso, vivre au jour le jour, sillonnant les Etats du Wioming, du Montana, du Sud Dakota …

Et pour se faire respecter dans ce monde d’hommes, elle se comporte comme eux : elle boit, fume, jure, s’habille comme les hommes, et aime à se trouver parmi eux.

En 1875, elle fait partie de la mission géologique envoyée par le gouvernement dans les Black Hills (Collines noires) du Dakota pour vérifier qu’il y a bien de l’or, comme la rumeur le prétend.
Si différentes versions s’opposent sur l’origine du nom de Calamity Jane, c’est à ce moment qu’il apparaît pour la première fois.

Ruée vers l’or, batailles de l’homme blanc contre l’homme rouge, grandes expéditions à la découverte de terres nouvelles à conquérir … , ainsi naît la légende de Calamity Jane, première femme libérée venue s’immiscer dans ce monde dur régi par les hommes.

Entière, excessive même, son alcoolisme est notoire ; pourtant, Calamity Jane était aussi un cœur tendre.
Elle eut de nombreuses aventures, aima profondément, se maria même peut-être plusieurs fois.
Ceux qui l’ont côtoyée s’accordent à dire qu’elle était surtout très généreuse, toujours prête à aider les plus faibles, et vouant une affection toute particulière aux enfants.
Les enfants ? Nous y voilà.

La légende de Calamity Jane, qui a commencé de son vivant – dès la fin du XIX°, on vendait des livres très populaires et jouait des pièces mettant en scène ses exploits –, a été bâtie sur l’image d’une femme vivant à la dure dans un monde violent. Un mode de vie hors norme qui, pour une femme, ne permettait d’envisager une quelconque famille.

Or, le 8 mai 1941, coup de théâtre : Jean McCormick, 68 ans, invitée sur une émission de la radio CBS de New-York à l’occasion de la fête des mères, déclare être la fille de Calamity Jane. Pour preuves : les lettres que sa mère lui a écrites durant 25 ans sans jamais les lui envoyer !
Ces lettres viennent d’être rééditées dans une collection de poche, enrichie et corrigée¹.

On peut aussi les voir au Musée des Lettres et des Manuscrits de Paris, où une exposition est consacrée à la vie de Calamity Jane et aux Légendes de l’Ouest jusqu’à la fin du mois².
Parmi les nombreux documents, une lettre que Calamity Jane à écrite en 1898 à Jim O’Neil, le père adoptif de sa fille :  » Elle était si petite Jim et sa vie si elle était restée à mes côtés, aurait été sans avenir … lorsque j’aurai rendu l’âme, gardez bien les petites affaires pour Janey (…). Je n’ai pas peur de mourir, mais je ne veux pas mourir seule. »

En revisitant cette légende admirable, on découvre le destin poignant de celle qui, en 1903, mourut sans le sou et seule, sans avoir expédié les lettres adressées à sa fille ; mais qui a fait en sorte qu’un jour sa petite Jean sache qui était sa mère, et trouve, dans ses mots, les preuves de son amour.

Calamity Jane ou les Légendes de l’Ouest
Une exposition conçue et réalisée par Gregory Monro
Prolongée jusqu’au 13 mai 2007
Musée des Lettres et des Manuscrits
8 rue de Nesle – Paris 6ème
Du mardi au vendredi de 10 h à 20h, samedi et dimanche de 10h à 18h.
M° Odéon, Saint-Michel ou Pont Neuf, bus 58 ou 70
www.museedeslettres.fr

(1) Lettres à sa fille. Calamity Jane
Rivages, collection Poche Bibliothèque étrangère (janv. 2007)
113 p., 5,95 €
(2) L’exposition au Musée des Lettres et des Manuscrits est prolongée jusqu’au 13 mai 2007, ainsi que Gregory Monro me l’a gentiment signalé.

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