Juste la fin du monde à la Comédie Française

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce au Français
Jean-Luc Lagarce a écrit Juste la fin du monde en 1990 alors qu’il se savait atteint du sida, auquel il allait succomber quelques années plus tard, à l’âge de 38 ans. Ce n’est qu’après sa disparition que la pièce a attiré metteurs en scène et public, au point d’entrer en 2008 au répertoire de la Comédie-Française, où elle est reprise cette saison.

Ecrite dans une langue simple et en même temps très fine, mêlant prosaïsme et rythme poétique, le texte ne raconte pas une histoire mais invente une situation et les dialogues qui en découlent : Louis, 34 ans, se sachant condamné, revient dans la maison familiale après des années d’absence pour annoncer sa mort prochaine. Tant de rancœurs l’accueillent à son arrivée qu’il repartira sans avoir réussi à dire la raison de son retour.

D’emblée, la mise en scène de Michel Raskine met en évidence l’inconfort de la position de Louis : alors qu’il est debout sur la scène, sa mère, sa sœur, son frère et sa belle-sœur sont assis sur une estrade. Scène de tribunal à la vérité, dont Louis demeure le seul accusé. Tour à tour, au fil de longs monologues aux accents de réquisitoires, chacun exprime sa souffrance, lui faisant reproche de son abandon.
Mais derrière cette absence, accusée sous un débordement de mots, c’est de silence dont il s’agit. Le silence de celui qui est parti sans livrer d’explication ; le même, qui, devenu écrivain, se contente d’envoyer de temps en temps quelques lignes laconiques et banales sur une carte postale, et qui, enfin revenu, continue de se taire, un léger sourire sur les lèvres, "replié sur ton infinie douleur intérieure dont je ne saurais pas même imaginer le début du début", comme lui reproche son frère cadet.
La famille s’accommode mal du silence ; l’extrême sensibilité des liens familiaux fait jaillir les mots comme ils viennent, mais dans une poignante recherche du mot juste.

Sur la complexité des rapports entre frères, entre sœur et frères et les douloureux positionnements dans le groupe familial, Jean-Luc Lagarce est d’une précision et d’une force extraordinaires. L’acuité – la cruauté, même – de son regard met en lumière les besoins d’amour, de reconnaissance, et en même temps de singularité et de liberté de chacun des membre de cette communauté.
Impressionnants, les comédiens du Français choisis pour la pièce ont fait leurs les personnages et la langue de Lagarce ; leur jeu est si subtil que l’on se demande parfois à quoi il tient. Ils évoluent à l’avant du rideau de scène, dans un espace imprécis, restituant merveilleusement l’universalité de cette pièce bouleversante.

Juste la fin du monde
Une pièce de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène par Michel Raskine
Avec Catherine Ferran, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Julie Sicard
et Pierre Louis-Calixte
Comédie-Française
Salle Richelieu, place Colette, Paris-1er, M°Palais-Royal
A 20 h 30 ou 14 heures, en alternance jusqu’au 3 janvier 2010
Durée 2 h 05 sans entracte
De 5 € à 37 €

Image : © Pacome POIRIER/Wikispectacle

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