Marcel Duchamp. La peinture même. Centre Pompidou

Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q, 1919, readymade rectifié© Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q, 1919, readymade rectifié© Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, un billet écrit par Andreossi, dont on conclut que la visite de l’exposition Duchamp à Beaubourg est vivement recommandée… vite, vite, elle se termine le 5 janvier !

Une exposition d’œuvres entretient avec l’artiste qui les a travaillées un rapport plus ou moins étroit avec sa biographie. Marcel Duchamp. La peinture même oblige le visiteur à s’intéresser à l’homme Duchamp autant qu’à l’artiste, pour une raison qui tient d’abord à lui : sa vie, dans ses modes d’expression, dans les valeurs qu’il a défendues, dans la délicate relation qu’il a entretenue entre son personnage public et sa personne, relève elle-même de l’art.

A 25 ans, peintre très doué né au milieu d’une fratrie de peintres, passé par la caricature, le fauvisme, le symbolisme, le cubisme, il a fait le tour de son art. Habilement, ses tableaux de jeunesse ne sont pas forcément présentés au tout début de l’exposition. Lorsqu’on découvre que Marcel Duchamp a peint, comme tant d’autres, des membres de sa famille, on reçoit un choc : cet homme, auteur de LHOOQ (La Joconde moustachue et barbue) de Fountain (l’urinoir), de Porte-bouteilles (un porte- bouteille) nous présente son père dans une attitude familière, ses sœurs et sa mère dans leur salon jouant de leurs instruments. Où est l’iconoclaste qui a tué la peinture ?

La vie de Duchamp s’inscrit totalement dans son temps : quelle peinture est possible à côté de la photographie, du cinéma, de la machine ? Il s’est intéressé à tout cela, a participé à des recherches sur le mouvement. Son  Nu descendant l’escalier, et d’autres œuvres qui s’attachent à représenter l’action attestent de sa tentative de tirer l’art vers le maximum de ses possibilités dans ce registre : le thème des « nus vite », la représentation de la machine (même s’il s’agit de broyer du chocolat), ses notes concernant la géométrie et les mathématiques, participent de cette fascination jusqu’au-boutiste.

Mais le pan principal de son œuvre à venir montre que pour lui l’art offrait encore des possibilités d’expression dans un domaine bien précis : l’érotisme. Les arts « mécaniques » comme la photographie et le cinéma ne peuvent tout dire du mystère de l’érotisme. Le « grand verre » (La mariée mise à nu par ses célibataires, même), est le contraire des ready-made, dans le sens où, peinture inachevée, loin de se donner comme « tout fait » (il a demandé des années d’élaboration), nécessite un « discours d’accompagnement ». En cela Duchamp est aussi très novateur : aujourd’hui la plupart des œuvres contemporaines sont accompagnées d’un discours de l’artiste, qui commente lui-même son travail.

L’exposition du Centre Pompidou est une magnifique exposition, à la fois pour découvrir Duchamp et pour compléter sa connaissance de l’artiste. Dans le premier cas on est amené à se convaincre que derrière l’urinoir se cache un artiste sincère, d’une grande honnêteté dans ses recherches. Dans le second cas, même si beaucoup d’interrogations demeurent, on est séduit par la grande cohérence qui relie les nus fauves de ses débuts à l’installation Etant donnés 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage, dont on nous présente ici une maquette. Marcel Duchamp nous a donné quelques réponses à la question : qu’est- ce que voir ?

 

Marcel Duchamp. La peinture même

Centre Pompidou

Jusqu’au 5 janvier 2015

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