L’épervier de Maheux. Jean Carrière

carriere_epervier_de_maheuxAndreossi nous livre le 18ème épisode du feuilleton des Goncourt, avec le prix 1972… Du rural, du rude… Bonne lecture ! Mag

Le Goncourt ne fait pas que des heureux, et ce parmi les auteurs récompensés eux-mêmes. Tel a été le cas de Jean Carrière après son succès de 1972 pour « l’Epervier de Maheux ». Il l’a raconté après des années de crise personnelle dans « Le prix d’un Goncourt » : « Le Goncourt est l’archétype de l’arme à double tranchant et la tâche la plus urgente pour un écrivain qui l’a connu est de s’en faire blanchir par l’oubli ». Sortons tout de même ce roman de l’oubli pour suivre les péripéties de la vie de la famille Reilhan, accrochée à ses Cévennes.

Le père Reilhan a conquis le cœur de son épouse en signant de beaux poèmes copiés sur la Veillée des Chaumières ! Il est trop tard quand elle s’aperçoit de la supercherie : elle est déjà installée à Maheux, mariée à ce protestant rigoriste, particulièrement taciturne, et bientôt mère de deux garçons. L’aîné Abel a hérité du caractère du père, plutôt en pire ; le second, Joseph, par la grâce d’un accident qui le laisse boiteux et par la volonté de la mère, parvient à s’échapper de la misère cévenole, trouve un travail en ville auprès d’un pasteur, et le roman le laisse assez rapidement en Suisse, vivant une vraie vie grâce au réconfort de prostituées.

Abel se marie à son tour, bien que davantage passionné par la vie dans les bois que par la vie domestique. Sa femme se plaint bientôt de l’inconfort de la maison des Maheux, qui n’a même pas l’eau à l’évier. Elle a presque convaincu Abel de partir ailleurs mais la guerre arrive, et lui se cache dans la forêt, son vrai royaume. A la Libération, les problèmes d’accès à l’eau sont toujours là et Abel se met en tête de trouver la source miraculeuse en creusant la montagne. L’obsession tourne vite à la folie et au départ de l’épouse.

L’ambiance de la montagne cévenole est particulièrement sinistre et nous sommes loin de la joie de la vie champêtre. Jean Carrière a des formules heureuses pour décrire la misère sous toutes ses formes, ainsi celle des femmes : « Elles passent sans transition d’une adolescence fanée, comme recuite par un mauvais soleil ou mangée par une fièvre, à une sécheresse active et sans âge. Sur le tard, elles ne tiennent pas plus de place dans la maison qu’un tabouret ; on les loge dans un coin et l’on n’y touche plus jusqu’à ce qu’elles s’éclipsent sans cérémonie ». Par contre un usage excessif de métaphores est parfois lassant : « Le ciel au bleu vif découpait violemment la housse pailletée des toits, d’une épaisseur laiteuse et succulente à l’œil, et qui évoquait plus qu’autre chose la souplesse craquante de la meringue et les douceurs de la crème chantilly ».

Ce roman s’inscrit dans la tradition bien établie de descriptions du monde rural sous ses aspects les plus sombres, peuplé d’êtres médiocres, tels « ces joueurs de boule en pantoufles et en tricot de peau, eux et leur accent débraillé, traîne-pisse, dont la fausse bonhomie ne cachait qu’à moitié la lâcheté, la petitesse, l’égoïsme … Eux et leur haleine anisée, mégotière… ».

Pourquoi tant de mépris ?

Andreossi

L’épervier de Maheux, Jean Carrière, Jean-Jacques Pauvert

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