Rabevel ou le mal des ardents. Lucien Fabre

rabevelAlors que le prix Goncourt 2016 a été décerné cette semaine à Leïla Slimani pour « Chanson douce » (Gallimard), Andreossi a poursuivi pour nous la relecture des anciens Goncourt, avec le prix 1923.

A lire son billet, peut-être vaut-il mieux tenter cette effrayante « Chanson douce »?!…

Mag

Bernard Rabevel, orphelin, est élevé dans la famille modeste de ses oncles. Dans la jeune IIIème République des années 1870 l’instituteur est enthousiaste : «Quelques-uns d’entre vous sont nés dans des pays étrangers mais ils sont en France et seront Français, citoyens du premier des pays libres (…) Vous pouvez devenir ce qu’il vous plaira de devenir. Enfants du peuple, vous pourrez commander un régiment, conduire un cuirassé, devenir banquiers, notaires, armateurs, députés, ministres. La République aime pareillement tous ses fils, juifs ou chrétiens, nobles ou roturiers, pauvres ou riches ».

Le lauréat du prix Goncourt 1923 imagine la fulgurante ascension sociale de Rabevel, dans un parcours où les valeurs de la République sont en fait bien bousculées : c’est grâce à un cynisme radical, aux mensonges, manipulations et trahisons les plus viles qu’il parvient en quelques semaines à obtenir richesse et pouvoir. Au point qu’à la fin du roman un industriel floué peut s’écrier avec le lecteur : « Cochon (…) bougre de cochon ! Il a fait ça à vingt ans ! Qu’est-ce qu’il saura faire à cinquante, le salaud ! ».

Hélas, même si Lucien Fabre a donné une suite à ce roman (en deux autres volumes) nous ne sommes guère incités à poursuivre la lecture des aventures de Rabevel. Peut-être le personnage est-il trop caricaturé : manques affectifs, violence enfantine, revanche sociale ne suffisent pas à dresser un portrait convaincant. On ne sent pas assez « de l’intérieur » ce qui se passe en lui, malgré quelques tentatives de psychologie descriptive : « Il se découvrait une duplicité profonde, insoupçonnable ; à chacune des traverses où s’engageait sa pensée il reconnaissait deux figures opposées propices à la jouissance et au remords (…) Il sentait comme ces horribles penchants lui étaient intimes et naturels ».

De même l’ambiance sociale et politique est stéréotypée : les prolétaires naïfs, les avocats sans honneur, les industriels prêts à tout pour gagner de l’argent constituent un monde sans surprise dans lequel Rabevel peut déployer ses talents. L’éducation républicaine est balayée à l’occasion de l’achat du syndicaliste pour assurer le silence des ouvriers bernés : «il pensa à son grand-père, à ses oncles, au maître Lazare ; voilà ce qu’étaient les représentants de ces braves gens naïfs, honnêtes et si parfaitement droits à tous égards. Bah ! pensa-t-il, c’est la vie ; cet individu va au marché pour se vendre ; si je ne l’achète pas, un autre l’achètera ; il n’y a rien à faire là contre ».

Le style est assez banal, et la matière fait davantage penser à un roman écrit à l’époque où se passe l’action (dernière partie du XIXe siècle) qu’à une œuvre de l’entre -deux guerres.

Andreossi

Rabevel ou le mal des ardents, Lucien Fabre

 

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