Ingrid Caven, Jean-Jacques Schuhl

Le Goncourt de l’an 2000 n’a pas inauguré une nouvelle ère de la littérature : on a du mal à s’intéresser à ces personnages publics des années 70, artistes qui ont certes marqué leur temps mais dont les anecdotes qui les font vivre sous nos yeux ne réussissent pas à réaliser des portraits qui les rendent vraiment attachants.

Ingrid Caven est au centre du livre, comédienne et chanteuse allemande, qui a tourné avec des réalisateurs de renom dont Rainer Fassbinder qui a été son époux. Des éléments biographiques sont dispersés dans ce « roman », ce qui permet d’évoquer l’Allemagne nazie, car Ingrid a chanté à l’âge de quatre ans devant des officiers nazis et de terminer par les tours de chants des années 90, lorsqu’elle était suivie par son second mari qui n’est autre que notre romancier Jean-Jacques Schuhl, également auteur de certaines de ses chansons.

Entre temps des épisodes liés à la vie de Fassbinder ont été dévoilés, Yves Saint Laurent l’a couverte d’une robe dont elle n’a plus pu se défaire, et nous découvrons tout un milieu de flambeurs, d’amateurs des drogues les plus diverses, qui gravite autour du couple. On y rencontre même des membres de la Fraction Armée Rouge. Tout cela frise parfois l’ambiance d’un magazine people et ne peut éventuellement passionner que les fans de la chanteuse Caven et du cinéaste Fassbinder.

Très justement l’auteur pose la grave question des virgules : « On ne sait jamais qui coupe qui, il y avait… enfin… je… j’avais mis une virgule, pas un point… Tu as cru que c’était un point, alors tu as parlé, or, c’était une virgule, donc tu m’as coupé. » Au-delà des virgules de conversation, si l’on peut dire, Schuhl s’assure dans le livre de ne point être coupé : le nombre de virgules y est particulièrement impressionnant, certaines pages peuvent en compter jusqu’à une cinquantaine ! D’où un style souvent haché, qui ne donne pas le temps de s’attarder sur les traits de son héroïne.

De temps en temps nous lui reconnaissons tout de même le sens de la formule : « Ce qui fascinait Charles chez les types, c’étaient les mâchoires, le maxillaire inférieur, volontaire, le maxillaire américain, c’était celui du clan Kennedy, les hommes : Joseph, Joe, Jack, Bob, Ted, eux aussi du Massachusetts, peut-être était-ce le maxillaire de l’Etat, la mâchoire du Massachusetts, ça avait quelque chose d’une machine-outil ».

Andreossi

Ingrid Caven, Jean-Jacques Schuhl

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