De Goupil à Margot, Louis Pergaud

Les histoires de bêtes de Louis Pergaud (prix Goncourt 1910) ne sont pas des fables. Il nous conte la vie des animaux dans leur cadre naturel, confrontés à leurs semblables ou aux humains, dans un monde où règne la sauvagerie, à peu près la même qui a fait perdre la vie à Pergaud à Verdun, en 1915.

Si les animaux restent des animaux dans les caractères mêmes de leur espèce, ils sont spécifiés par un nom propre, comme les humains, et la description de leurs coutumes, de leur habitat, est précise, dans un style qui séduit le lecteur dès les premières lignes du livre : « C’était un soir de printemps, un soir tiède de mars que rien ne distinguait des autres, un soir de pleine lune et de grand vent qui maintenait dans leur prison de gomme, sous la menace d’une gelée possible, les bourgeons hésitants ».

La violence vient parfois des congénères, ainsi pour le lièvre Roussard, émasculé par les jeunes lapins, ou bien par les autres espèces, comme Rana qui se fait avaler par la couleuvre, mais qui en ressort grâce à la buse géante capturant à son tour le serpent. Etonnant est le récit du viol de la taupe Nyctalette : « En un bond il est sur elle ; il la tient ; il lui serre entre ses petites dents la peau du cou moite de sueur, et tandis qu’elle jette aux sombres échos des souterrains des appels désespérés, un sexe barbelé, comme une épée de feu, lui perfore les flancs pour le viol, le viol éternel et sombre que toutes les Nyctalettes subissent quand les sèves montantes ont enfiévré dans leur veines le sang ardent des mâles féroces aux sexes cruels, par qui se perpétue l’œuvre auguste des maternités douloureuses ».

Mais l’homme n’est pas le moindre des ennemis cruels. Le renard Goupil en fait l’expérience qui se voit affublé d’un grelot comme un chien, et se voit ainsi évité de toute la société animale. Aussi la pie Margot, capturée, mise en cage, dont on coupe les ailes, que l’on s’amuse à faire boire du vin, puis de l’alcool jusqu’à ce qu’elle en meure. L’homme apparaît plus bête que méchant dans un rapport à la nature fait de toute puissance, aveugle à ses méfaits : « Au loin, grandissant par degré, énorme, monstrueux, l’humain approche, vingt fois plus haut que Margot, masse horrible, fantastique, dont les pas ébranlent le sol qui s’écrase en mottelettes, et font sur son passage destructeur un large sillon sombre entre les berges rutilantes des diamants évanescents de rosée, scintillant aux doigts fluets des herbes rases du gazon dégarni ».

Andreossi

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