Monsieur des Lourdines. Alphonse de Chateaubriant

Un Goncourt 1911 bien plaisant à lire, aux métaphores souvent originales et au vocabulaire parfois agréablement vieillot : « L’unique étage s’allongeait sous la carapace ensellée d’une haute et molle toiture, dont l’ardoise, niellée de verdures et de lichens safranés, venait faire visière sur des fenêtres à petits carreaux ; et les murailles étaient tout à fait de la couleur des vieux chemins ».

C’est donc d’abord pour l’écriture que l’on s’attache à ce roman, car les descriptions sont très exactement évocatrices, comme l’abattage de cet ormeau : « Maintenant les cognées se portaient en dessous avec ce bruit caverneux que répand une voix dans une maison vide. (…) Les hommes, attelés à la corde à court intervalle les uns des autres, arc-boutés dans les trous de l’herbage, tiraient à l’unisson. (…) Alors quelque chose d’insolite se passa dans l’ormeau. Puis, avec indifférence, sa cime oscilla, parut se déplacer. Un craquement parti de la base, guère plus fort que le pétillement dans le feu d’un bois sec, se reproduisit plus profond, se multiplia, éclata dans un déchirement sinistre, foudroya l’air ; et l’arbre, en silence, décrivit son immense quart de cercle ».

Il en est de même pour camper les personnes. Ainsi ce magistrat : « C’était un pur bonnet carré, tout droit canon et tout hermine, et qui, dans l’exercice de ses fonctions, passait pour aussi tranchant qu’un canif ouvert de toutes ses lames ». Ainsi les pleurs de Célestin : « Célestin pleurait, non pas avec des larmes, mais de tous les muscles de son visage, ainsi que pleurent les paysans ».

Mais l’histoire ? C’est celle d’un gentilhomme campagnard du Poitou, vers la fin du XIXème siècle. Il est très attaché à sa terre, qu’il parcourt avec la passion d’un amoureux de la nature. Il a peu de contact avec « le monde » comme on disait à l’époque, et ne s’éloigne pas de son épouse malade. Son seul souci est son fils, qui vit à Paris et dépense sans compter l’argent que lui alloue son père.

Cette aide ne lui suffit pas d’ailleurs puisqu’un jour son père reçoit de la part d’un usurier la demande d’une très forte somme d’argent à rembourser. Le père doit vendre une grande partie des biens pour éviter la prison à son fils. La mère meurt d’inquiétude et le fils revient. Retournera-t-il à Paris ou restera-t-il auprès de son père pour sauver le domaine qui a pu être préservé?

Andreossi

Monsieur des Lourdines. Alphonse de Chateaubriant

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