Faux passeports. Charles Plisnier

Premier écrivain Belge à obtenir le Goncourt en 1937, Charles Plisnier se lit aujourd’hui avec intérêt : même si on est peu sensible aux problèmes du militantisme communiste des années 1920-30, les cinq portraits qu’il nous présente sont impressionnants. Ils nous montrent comment l’engagement idéologique peut conduire au fanatisme autodestructeur.

Dans les trois premières histoires ce sont des femmes qui sont mises au premier plan. Pilar, grande bourgeoise andalouse, prend le parti des opprimés (et il en était dans l’Andalousie de l’époque !) et devient la compagne d’un militant anarcho-syndicaliste. Lorsqu’il est recherché après un attentat elle l’accompagne dans ses pérégrinations militantes, mais peu à peu ne suit plus son compagnon radical : « Je ne crois pas, disait-il, en ceux qui ont une maison, un lit, une famille, des amis ».

Ditka, militante Serbe, « sorte de sainte sans espoir », connaît les prisons, les tortures et les mutilations (image terrible). L’auteur continue à traquer la part de sentiment chez ces épris de libération des peuples avec l’exemple de Carlotta, envoyée par Moscou pour juger les traîtres : qu’elle soit amoureuse de l’un deux ne changera rien, il sera exécuté. Mais qu’en est-il du courage dans cette guerre, souvent de l’ombre ? Deux hommes sont opposés : Saurat, grande gueule qui ne recule devant aucune mission dangereuse, et Cordevise, plus effacé. Pourtant le second sauvera le premier : il y a quelque chose qui est plus humain en lui.

Le dernier portrait est celui de Iégor, cadre russe du Parti, qui exclut sans pitié ceux qui ne restent pas sur la ligne exacte (Plisnier lui-même a connu une telle mésaventure en 1928). Le narrateur, militant chassé, essaie de comprendre ce personnage, stalinien pur jus : « Etre un véritable bolchevik, cela signifie-t-il faire bon marché du juste et de l’injuste, de la dignité de l’homme, de l’honneur d’une âme ? Iégor rit franchement. –Ce qui m’étonne, dit-il, c’est que pendant dix ans, tout habitué de ces billevesées bourgeoises, vous vous soyez conduit à peu près comme si vous aviez été un vrai bolchevik ».

Ce Iégor reste fidèle jusqu’au bout : il ne sauve pas le frère de sa compagne de l’exécution, et lui-même s’accuse des pires trahisons aux procès de Moscou de 1936. Sa compagne témoigne : « Iégorouchka ne sait pas ce que signifient la vie et la mort. Le sait-il vraiment ? Le croyez-vous ? Il ne le sait pas, je vous le jure. C’est un petit enfant. C’est un petit enfant ».

Andreossi

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