Les Loups. Guy Mazeline

Parce que les jurés du Goncourt 1932 ont choisi « Les Loups » plutôt que « Voyage au bout de la nuit » de Céline, entré depuis dans l’histoire de la littérature, faut-il en refuser la lecture ? Le roman de Guy Mazeline est certes d’une écriture assez ordinaire, mais ce premier volume de la saga familiale des Jobourg se lit sans déplaisir et l’évocation du milieu havrais de la fin du XIXème siècle paraît vraisemblable.

Le port du Havre est omniprésent dans le roman : « L’avant- port était à peu près désert. L’eau calme et moirée, d’une densité de métal, donnait à ce paysage un air d’épuisement et ce vol de mouette en paraissait, même, plus lourd ». C’est qu’en effet l’ambiance est plutôt lourde dans la famille de Maximilien Jobourg. Ce dernier, héritier nonchalant d’une entreprise industrielle bien établie dans la ville perd peu à peu pouvoir et réputation, tant vis-à-vis de sa famille que du côté de la bourgeoisie locale.

Nous suivons cette évolution à travers le destin de ses enfants : si les filles de la maisonnée parviennent à se marier avant la déroute (avec un arriviste ou un homme riche), le sort des fils est moins tracé : l’aîné est pris dans un dilemme (partir sur les bateaux ou rester pour la belle Elisabeth), le deuxième, « boiteux », a du mal à se sortir d’un gros sentiment de frustration, et le dernier plein de santé, viril, accumule les bêtises.

C’est l’arrivée de la Martinique d’une fille secrète de Maximilien qui déclenche l’essentiel de l’intrigue. Que faire de cette jeune fille, Valérie, surgie d’un passé amoureux auquel il est resté attaché ? Le père reproduit le comportement de Virginie, sa propre mère : un attachement exclusif, pathologique, qui conduit Virginie à des manipulations fatales qui provoquent le suicide, et de Valérie et de Maximilien.

Les personnages sont travaillés, même ceux qui sont secondaires, et leurs portraits font image : « Ils ne pouvaient souffrir le son de cette voix, ce regard coulant sous les paupières bridées, ce visage de buis creusé qui donnait au lieutenant les allures d’un alchimiste de foire ». Les péripéties familiales s’inscrivent toujours dans un paysage : « Car dans l’impossibilité où l’on se trouvait de reconnaître l’horizon, il fallait pour en imaginer la présence lointaine, suivre longtemps des yeux le falot d’une barque ou les feux d’un navire qui semblait monter vers une région indéterminée du ciel ».

Ce choix des Goncourt peut être considéré comme un ratage, certes, mais ce n’est sans doute pas le plus gros.

Andreossi

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