www.maglm.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - documentaire

Fil des billets - Fil des commentaires

dimanche 25 janvier 2009

Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard. Alain Fleischer

Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, Alain FleischerLorsqu'on annonce Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, on voit les yeux de ses interlocuteurs s'arrondir comme sous l'effet d'une trouble frayeur. Si le cinéaste a sa renommée, l'homme a aussi la sienne, et elle moins flatteuse que la première. Alain Fleischer n'en a eu cure, qui est allé "s'y coller", recueillir auprès du grand maître, à sa demande, ses réflexions sur le cinéma et l'image.

Le premier mérite d'Alain Fleischer, cinéaste, photographe, écrivain et directeur de l'école d'art audiovisuel du Fresnoy à Tourcoing, qui n'ose pas appeler "film" son documentaire, est de n'avoir pas voulu retirer son pied, une fois glissé dans la porte de M. Godard. Le tournage a duré un an et demi, dans des conditions pas toujours faciles, avec un refus de la part de l'artiste de tout dispositif cinématographique autour de lui. L'image est donc brute, presque artisanale.

Mais le plus grand mérite de l'opiniâtre Fleischer est d'avoir réussi, malgré l'aspect parfois décousu de son film, et malgré les difficultés inhérentes au discours même de Godard, souvent plein de détours, à réaliser un documentaire passionnant même pour les non-initiés. Cette réussite tient sans doute à la distance, intellectuelle comme affective, que le réalisateur a su garder vis-à-vis de son personnage, évitant l'exercice d'admiration comme la facilité d'un portrait à charge.

Jean-Luc Godard est successivement dans sa maison et dans son studio en Suisse, puis au Fresnoy, visitant une exposition d'installations vidéos des étudiants de l'école, et enfin dans sa propre exposition (avortée) au Centre Pompidou en 2006.
Evidemment, il délivre sa vérité, fait la leçon à des étudiants tour à tour captivés et perplexes, martelant entre deux tétées de cigare que le cinéma est ce qui doit montrer ce que seule la caméra peut montrer ; que le cinéma doit révéler de l'Homme un aspect jusqu'alors inconnu à lui-même ; que la caméra n'est pas une certitude mais un doute, etc. Cahin-caha, il y a toujours à prendre et à apprendre chez cet immense théoricien.

Au cours de conversations avec le producteur Dominique Païni, les critiques Jean Narboni et Christophe Kantcheff, les cinéastes Jean-Marie Straub, Danièle Huillet et André S. Labarthe, l'on aime écouter le brillant orateur et penseur, l'on s'amuse aussi à relever ses contradictions ou son chic pour "botter en touche" sans en avoir l'air lorsqu'il se sent pris dans le filet de son interlocuteur.
Car en définitive, c'est un Godard très humain, voire émouvant qu'Alain Fleischer nous donne à voir et à entendre, doutant plus qu'il n'y paraît (malgré ses jugements tranchants), y compris de son propre travail ; ne cessant de réfléchir et de créer ; homme âgé constatant le passage à une époque qui ne lui appartient plus ; rendant hommage aux pionniers du cinéma et à l'Histoire ; et, à la toute fin du film, regrettant, dans les larmes, de n'avoir pas été suffisamment compris et "reconnu"...

Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard
Filmés par Alain Fleischer
Durée 2 h 05
Photos et extraits sur www.editionsmontparnasse.fr

Au Reflet-Medicis - 3, rue Champollion - Paris 5°
Séance tous les soir jusqu'au 3 février
puis hebdomadaire du 4 février au 12 mars
Séance du jeudi suivie d'un débat pendant les 2 mois de programmation :
29 janvier : Arnaud des Pallières, cinéaste
5 février : André S. Labarthe, cinéaste
12 février : Catherine Millet et Jacques Henric, écrivains
19 février : Sarkis, artiste
26 février : Nicole Brenez, essayiste, réalisatrice et professeur de cinéma
5 mars : Alain Bergala, essayiste, réalisateur et professeur de cinéma
En mars : Jean Nouvel, architecte

Au Fresnoy à Tourcoing, semaine du 4 février

Au Cratère à Toulouse, semaine du 4 mars
rencontre prévue le 7 mars avec Dominique Païni et Alain Fleischer

A l'Institut de l'Image à Aix-en-Provence, séance spéciale le 9 mars
présentée par Marc Cerisuelo, professeur d'histoire et d'esthétique du cinéma à l'Université de Provence

A venir :
Au Concorde à Nantes Au Café des Images à Hérouville Saint-Clair
Au CNP Odéon à Lyon...

jeudi 15 janvier 2009

Raymond Depardon - Paul Virilio. Terre natale

Raymond Depardon, Paul Virilio à la Fondation CartierQue sont nos racines devenues ? Pourront-elles résister encore demain ?
Dans ses trois documentaires (dont le dernier en date La vie moderne) consacrés au monde paysan, Raymond Depardon montrait des éleveurs de moyenne montagne en voie de disparition.

L'exposition visible à la Fondation Cartier jusqu'au 15 mars 2009 permet de prolonger et d'élargir la réflexion sur le maintien des peuples minoritaires sur leur terre natale. Dans un documentaire de 33 minutes, le photographe et cinéaste (accompagné de Claudine Nougaret à la prise de son) a donné la parole à ceux qui, au Brésil, au Chili, en Bolivie, en Afrique et même en France, en Bretagne et en Occitanie (où l'on retrouve Raymond Privat) voient leur enracinement menacé, et par là même leur langue maternelle.

Le film est saisissant - son impact est en outre renforcé par le dispositif de projection sur un écran monumental de huit mètres sur dix -, donnant à voir des visages immenses au regard franc, et à entendre des langues auxquelles l'on ne comprend goutte mais à la portée universelle. Dans la forêt amazonienne, deux très jeunes femmes répètent "Je veux protéger ma terre-forêt". Elles sont calmes et dignes, des victimes en résistance. Comme si elles puisaient leur force - impressionnantes de détermination - de leur terre et l'entretenaient avec leurs mots. Mais en creux, de façon poignante, on entend cette question : "Que nous restera-t-il si on nous enlève notre terre et notre langue ?". Plus loin, au Chili, bout de continent battu par les vents, une femme mapuche, seule avec ses enfants raconte combien il est difficile pour elle de survivre, combien bien peu de son peuple sont encore près d'elle. Elle sourit, serre ses filles autour d'elle, et puis pleure, se tait, s'excuse : "Je n'ai plus de mots". Et c'est, précisément, le plus bouleversant.

En écho à ces témoignages, la seconde partie de l'exposition est une interpellation de l'urbaniste et philosophe Paul Virilio sur les risques qui menacent à l'échelle planétaire. A travers des installations video, Paul Virilio dénonce l'importance des mouvements migratoires, actuels et plus encore des décennies à venir, liés à la mondialisation et aux changements climatiques. L'exode rural fait place à l'exode urbain, qui fait enfler les gares et les aéroports, lieux "d'outre-ville", de départs. Les villes moyennes disparaissent au profit de mégapoles de plusieurs dizaines de millions d'habitants. Les camps de réfugiés se multiplient et grossissent. "Le nomade est celui qui n'est nulle part chez lui", tandis que le sédentaire devient celui qui "très mobile, est partout chez lui, avec son téléphone mobile et son ordinateur portable".

Ces réflexions entrent en résonance avec l'autre documentaire de Raymond Depardon présenté en première partie du parcours, montrant l'extraordinaire rapidité avec laquelle on peut faire le tour de la planète, en passant par ses grands centres urbains - pour y voir une uniformisation effrayante. Ou comment la question des racines est ici mise en perspective, de façon vertigineuse, avec celle des distances et du devenir de l'espace géographique même.

Raymond Depardon - Paul Virilio
Terre natale - Ailleurs commence ici
Jusqu'au 15 mars 2009
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, boulevard Raspail - 75014 Paris
TLJ sauf le lundi, de 11 h à 20 h, nocturne le mardi jusqu´à 22 h
M° 4 et 6, Raspail ou Denfert-Rochereau, bus 38 ou 68, RER B, Denfert-Rochereau
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Accès libre pour les moins de 18 ans le mercredi de 14 h à 18 h

samedi 29 novembre 2008

La vie moderne. Raymond Depardon

La vie moderne, Raymond DepardonCe sont des routes désertées, au milieu de paysages magnifiques mais qui ne sont pas là pour ça. Au bout du bout, ce sont des hameaux de pierre qui semblent avoir été toujours là.
Le jour tombe, Marcel rentre ses brebis, appelle sa chienne en patois ; comme hier, comme avant-hier, comme chaque soir depuis combien de temps ?
Il est l'aîné des deux frères Privat, quatre-vingt ans bien sonnés chacun, restés à la ferme du Villaret dans les Cévennes après leurs parents, et restés célibataires aussi.
Leur neveu Alain vient de se marier avec Cécile, venue du Pas-de-Calais. Active et souriante, elle dit bien s'adapter ; sa fille Camille, quinze ans, taiseuse, se tient bien sur la roue du tracteur et pourrait devenir agricultrice plus tard. La relève assurée, enfin ? Les choses ne vont pas de soi. "Conflit de génération ?" demande Depardon. "Non !", s'exclame Raymond, le cadet des deux oncles, à la fois passionné et réfléchi. "Le métier a évolué. je me souviens de ma mère qui se levait à 6 heures du matin pour faire le feu et préparer le café. Il n'y avait pas d'électricité. On n'était pas bien moins que les autres. C'était comme ça chez tout le monde. Alors elle se levait à 6 heures et elle allumait le feu. Nos parents, c'était autre chose."
Ainsi Raymond Privat répond à Raymond Depardon sur la question du conflit des générations : pas à côté, mais "de côté". A l'image de la façon dont Depardon le filme, magnifique : en léger contre-champ, de trois-quart, assis à la table de la cuisine. Son frère Marcel est en face de lui, un peu de biais aussi. Plus "rouscagneur" que bavard, il est plus direct aussi, plus à vif : "Je n'aime pas qu'on me marche sur les pieds et les gens qui n'aiment pas qu'on leur marche sur les pieds. Voilà." Toujours au sujet de la belle-nièce toute neuve. Ce sera à peu près tout pour Marcel.
Depardon questionne encore : "Et la succession ?" "C'est là que le bât blesse" résume Raymond. "C'est là que le bât blesse" répète-t-il.
C'est dire le climat de confiance qui s'est installé entre le documentariste et ces paysans de moyenne montagne, dans les Cévennes ou en Haute-Loire, là ou les terrains accidentés ne permettent que l'élevage. Depardon les a parcourus pendant dix ans pour aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui vivent "loin de tout", mais si présents à leur terre, à leur bétail, à leurs pierres.

Raymond Depardon vient de ce monde-là, l'a quitté à l'âge de seize ans, est devenu reporter et a parcouru le monde. Plus de quarante ans après, alors que ses parents ne sont plus, il revient vers leur/son milieu. Et s'il filme ce qui évolue dans ce monde à part, il filme aussi ce qui n'a pas changé. Au Villaret par exemple, où il revient à différentes saisons, il montre à plusieurs reprises le perron de la maison : trois-quatre marches de pierres, une porte ouverte. De longs plans fixes, sans personne ou avec l'un des frères ou encore la chienne qui passe. Cela suffit pour se dire que depuis quatre-vingt et quelques années, chaque jour, plusieurs fois par jour, Raymond et Marcel ont marché sur ces pierres, ont franchi ce seuil. Tous les jours, depuis si longtemps.
"Apaisé" confie Raymond Depardon en conclusion de son documentaire. Il a tant bougé ; comme tant de gens au cours de ce XXème siècle. L'exode rural a bien continué. Mais il s'en est trouvé qui sont restés, et il en restera encore peut-être demain. Même si Marcel, à la fin du film, ne peut plus sortir ses brebis : il a quatre-vingt-huit ans, il est malade ; il ne peut plus. "C'est comme ça, dit-il, c'est pour tout le monde pareil, quand on ne peut pas, on ne peut pas." Toujours laconique, sans gras.

En filmant les frères Privat et bien d'autres tout aussi passionnants à écouter, Depardon a trouvé la distance et les mots justes pour les faire parler avec naturel, en demeurant toujours à mille lieux du folklore ou du pittoresque.
Il était à la recherche de quelque chose qu'il connaissait, qu'il avait peut-être peur d'avoir oublié mais qu'il a su retrouver, avec obstination et délicatesse, et surtout un respect infini.
Alors, après le déchirement de voir Marcel ne plus pouvoir sortir ses bêtes et sa vie peut-être bientôt se conclure, Depardon, dans la scène finale, très belle, montre la silhouette de Raymond, au loin sur le col, qui, lui, est encore là-haut ; on pense aussi aux enfants, prêts à reprendre plus tard.
La caméra de Depardon s'éloigne, c'est un au-revoir. On aime et on croit en cet "apaisé" ; on aime par dessus tout chez lui ce qu'il semble avoir inventé, qui pourtant ne s'invente pas, et qui a pour nom la finesse. Et il en fallait pour réaliser ces deux Profils paysans puis cette Vie moderne, des oeuvres rares, précieuses qui avec beaucoup de silences en disent bien long.

La vie moderne
Un documentaire de Raymond Depardon
Durée 1 h 30

Les deux premiers volets de cette trilogie sur le monde paysan sont Profils paysans - L'approche (2001) et Profils paysans - La vie quotidienne (2005)

dimanche 20 juillet 2008

Valse avec Bachir. Ari Folman

Valse avec Bachir, Ari FolmanComment traverser Valse avec Bachir sans être profondément ému par l'histoire singulière que le documentaire raconte, celle du massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth-Ouest, mais aussi par la portée universelle qu'elle contient ?

En septembre 1982, quelques jours après l'assassinat du président libanais Bachir Gemayel, les Phalangistes chrétiens entrent dans les camps de réfugiés palestiniens Sabra et Chatila au motif d'en éliminer les éléments terroristes. Le lendemain, l'on découvre qu'un véritable massacre a été perpétré, y compris contre de nombreux civils, hommes, femmes et enfants. Aux portes des camps, des soldats israéliens sécurisaient l'intervention. Au fil des heures, certains ont compris qu'une tuerie se déroulait à l'intérieur.

Le narrateur faisait partie de ces soldats israéliens en poste devant les camps. Plus de vingt après, il réalise qu'il a tout oublié de la période de la guerre du Liban.
Une scène vient pourtant le hanter : dans la nuit éclairée par des fusées, il se retrouve avec d'autres soldats, nus dans la mer au pied d'immeubles criblés de balles. Lui et ses camarades sortent lentement de l'eau, remettent leur kaki et reviennent vers la ville en guerre.
A partir de cette image, il essaie de reconstituer les évènements auxquels il a participé et les actes qu'il a commis, se faisant aider par un ami psychanalyste, allant à la rencontre des hommes qui étaient avec lui, les interrogeant, écoutant leurs souvenirs.

Tout à fait original (premier documentaire d'animation), Valse avec Bachir est d'une esthétique remarquable. Le jaune et le noir de la scène fondamentale - celle qui n'a jamais existé réellement, mais révélatrice de la peur et de la culpabilité encaissées - marquent durablement. Au dessin, sobre et stylisé, poussant parfois jusqu'à la poésie et l'onirisme, Ari Folman associe des musiques évocatrices de la jeunesse des années 1980 avec beaucoup de justesse, et suit de bout en bout une narration impeccablement écrite.

Mais son film est aussi admirable en ce qu'il dépasse l'histoire (de Sabra et Chatila) pour porter à l'écran toutes les histoires, celles des victimes des guerres, mais aussi celles de tous ces soldats, gamins de 17, 18 ou 19 ans qui y ont été impliqués, dans un mélange d'inconscience et de "peur incontrôlée", et se retrouvent vingt, vingt-cinq après, à devoir porter ces actes dont ils ne sont pas responsables mais dont ils se sentent coupables.
Valse avec Bachir est enfin un film sur le travail de mémoire, ses blancs, ses "arrangements" et sa reconstitution ; il en est en même temps le résultat magnifique et bouleversant.

Valse avec Bachir
Ari Folman
Durée : 1 h 27 mn
Année de production : 2008
Titre original : Waltz with Bashir
Distribué par Le Pacte

jeudi 21 février 2008

La Semaine du documentaire chilien à Paris

Patricio Guzman, Le cas PinochetLa Semaine du documentaire chilien s'est ouverte mardi 19 février avec Actores secundarios, un flash-back plein de vie et passionnant sur les révoltes lycéennes pendant la dictature (de Pachi Bustos et Jorge Leiva).
Elle se poursuit jusqu'au 26 février, au cinéma Le Latina, rue du Temple dans le 4ème arrondissement à Paris.

La sélection de cette deuxième édition a été confiée au réalisateur Patricio Guzmán, réunissant douze films sous le thème Documentaire, dictature, démocratie.

Ce soir à 19 h, temps fort de la manifestation avec la projection du Cas Pinochet, sur l'arrestation du dictateur chilien, en présence de son réalisateur Patricio Guzmán. Le Cas Pinochet sera également projeté demain vendredi 22 à 14 h.

Né en 1941 à Santiago du Chili, Patricio Guzmán est l'auteur de nombreux documentaires sur l'histoire du Chili, régulièrement récompensés.
Après le coup d'Etat, en 1973, il a quitté son pays pour Cuba puis l'Espagne, avant de s'installer à Paris. La Bataille du Chili (1973), trilogie de cinq heures sur la fin du gouvernement de Salvador Allende a remporté six grands prix en Europe et en Amérique latine. Salvador Allende (2004), a été sélectionné au festival de Cannes 2004 et a reçu le Prix Goya du meilleur documentaire.

La fille de Patricio Guzmán, Camila Guzmán Urzúa, de son côté, a réalisé le très beau Rideau de sucre (El telón de azúcar, 2007), documentaire très personnel sur Cuba, où elle a passé son enfance avec sa mère.

La Semaine du documentaire chilien à Paris se clôturera mardi prochain avec Cofralandes, rapsodia chilena de Raúl Ruiz (2002), puis Perspecplejia (contraction de trois mots signifiant personne, perspective et paraplégie en espagnol), documentaire sur les handicapés, dans lequel son réalisateur David Albala, lui-même paraplégique, découvre une façon d'accepter et de vaincre ses limites, le tout filmé avec, paraît-il sincérité, spontanéité et ... une bonne dose d'humour.

Le documentaire chilien à Paris
Du 19 février au 26 février 2008
Le Latina
20 rue du Temple - Paris 4ème
M° Hôtel de Ville, Rambuteau
Entrée 8 €, TR 6,50 €, abonnement pour 5 entrées (valable toute l'année) 28 €

mercredi 10 octobre 2007

Le Rideau de Sucre. Camila Guzmán Urzúa

Le rideau de sucre de Camila GuzmanLe Paradis. Tel est le pays où Camila Guzmán Urzúa dit avoir grandi : Cuba, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, alors que le régime castriste triomphait.

Née au Chili en 1971, ses parents fuient la dictature de Pinochet alors que Camila n'a que deux ans.
Jusqu'à son départ de l'île à l'âge de 19 ans, Cuba est son pays, le seul dont elle se souvient.

En 2002, après avoir vécu en Espagne, en Angleterre, au Chili et à Paris, où elle réside désormais depuis sept ans, Camila Guzmán revient à Cuba tourner son premier film.

Dans ce documentaire autobiographique, réalisé dans des conditions artisanales, la fille du cinéaste chilien Patricio Guzmán raconte son enfance à Cuba, son paradis donc, difficile à imaginer pour nous aujourd'hui.

Elle montre pourtant l'évidence du bonheur de sa génération : du travail et un toit pour tous, le confort matériel, l'absence de la valeur argent, la solidarité.
L'école pourvoit à tout, des stylos aux livres en passant par les loisirs au vert ou encore ces goûters faits de biscuits, de chocolat, de bonbons, de glaces et de boissons à volonté.
L'alphabétisation à fond de train pour mieux réaliser un idéal : bâtir la société de demain.
Camila et ses contemporains étaient des Pionniers qui avaient pour père Che Guevara. Tout leur semblait possible. Il faisait chaud, ils n'avaient pas faim ; ils n'avaient qu'à rêver.

En grandissant, des choses ont commencé à les "gêner" (le manque de tolérance, les fiches, la délation).
Camila Guzmán est partie voir ailleurs.
Entre-temps, le mur de Berlin était tombé. L'île n'a plus été approvisionnée par l'URSS. Les Cubains ont connu la faim, les soucis quotidiens, le besoin d'argent.
Beaucoup ont émigré. Certains sont restés. Aujourd'hui, ils se souviennent et racontent sous l'oeil d'une caméra amie.

"Je me demande si tout cela a réellement existé" s'interroge Camila Guzmán en évoquant ce bonheur passé.
Porté par son regard d'enfant, c'est la magie d'une utopie vécue que son film restitue. Il en est magnifique et troublant.

Le Rideau de sucre (El telón de azúcar)
Un film documentaire de Camila Guzmán Urzúa
France, durée 1 h 20
Distribution Epicentre Films

Le Rideau de Sucre a reçu notamment le Prix SIGNIS (Rencontres Cinéma d'Amérique Latine Toulouse 2007), le Prix LOUIS MARCORELLES (Cinéma du Réel Paris 2007) et le Prix FIPRESCI BAFICI (Buenos Aires 2007).

lundi 9 juillet 2007

Et si on allumait la télé en juillet ?

l'homme qui danseLe programme peut commencer dès ce soir, mais sans aucune obligation....

Un lundi pourtant susceptible de satisfaire au moins deux générations. Les baby-boomers nostalgiques seront rivés sur France 2 de 21 h à plus de minuit : le diptyque de Denys Arcand sur les soixante-huitards-que-sont-ils-devenus, bavard et d'une complaisance à peine dissimulée, est diffusé ce soir, le deuxième (Les invasions barbares, 2003) en premier et le premier (Le déclin de l'empire américain, 1985) en dernier.

Leurs enfants se rabattront-ils sur M6, qui propose, à 22 h 15, Nos enfants chéris (2003), comédie de Benoît Cohen, avec Mathieu Demy et Romane Boringher entre autres ? Film générationnel aussi, où des trentenaires, qui avec son conjoint, qui avec ses gosses et qui avec son célibat, se retrouvent l'été dans une grande maison de famille. Je te trompe, tu me trompes, je pédale et je m'embrouille... à l'époque, un joli succès public mais certainement pas un immense souvenir de cinéma aujourd'hui.

Il faudra patienter jusqu'à mardi minuit pour être bousculé, avec le Je t'aime moi non plus (1975) de Serge Gainsbourg diffusé sur Arte.

Mercredi à 21 h 45, on fera un petit tour à Avignon pour voir L'acte inconnu, une pièce de Valère Novarina, en direct du Palais des Papes.
Les plus aventureux pourront enchaîner avec, toujours sur Arte, Ma mère (2003), le 2ème long métrage de Christophe Honoré, le réalisateur de Dans Paris et des Chansons d'amour, sur une mère qui initie son fils à la perversité.

Soirée cinéma à nouveau jeudi : en première partie, Tatie Danielle (1990) d'Etienne Chatillez sur France 3 concurrence à elle seule Marcello Mastroianni, Michel Picoli et Philippe Noiret dans La grande bouffe (1973), tandis qu'en deuxième partie de soirée L. 627 (1992) de Bertrand Tavernier sera diffusé sur France 3.

Mais c'est vendredi 13 que la journée promet d'être aussi épuisante que passionnante. Début du voyage à 14 h 15 avec France 5 qui nous fait vivre La conquête du K 2, ou comment, il y a plus de cinquante ans, le 31 juillet 1954, une équipe italienne réalisa la première du terrible K 2, le 2ème sommet du monde après l'Everest.
On pourra ensuite passer la soirée au théâtre : après Terrasse des festivals, le magazine de Philippe Lefait consacré cette semaine au festival d'Avignon, France 2 diffusera L'homme qui danse : la naissance de Ferdinand, captation du formidable spectacle de Philippe Caubère.
Des réjouissances d'ailleurs à suivre puisque la chaîne diffusera l'intégralité des six volets de L'homme qui danse tout au long de l'été .
On n'est pas couché ...

P.S. : Autre rendez-vous à ne pas manquer, le 31 juillet, France 2 consacrera une soirée spéciale aux Chorégies d'Orange, avec la retransmission, depuis le théâtre antique, du Trouvère de Verdi, avec Roberto Alagna dans le rôle-titre et l'orchestre national de France.

Image : Philippe Caubère

mardi 3 avril 2007

L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d'époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l'Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d'hommes fumant et jouant devant un café ; scène d'école, où une poignée d'enfants sont assis par terre autour d'un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l'air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu'ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l'objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c'est certainement parce que qu'elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l'époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l'art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l'objectif...

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d'autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l'on sait et de l'aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.


(1) Papier sensibilisé aux sels d'argent dispersés dans une couche de blanc d'œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s'emploiera jusqu'à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.


L'aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d'Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu'au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L'aventure orientale de Alain Fleig, publié à l'occasion de l'exposition aux éditions « D'une certaine manière », 19 €.

mercredi 7 février 2007

Henri Cartier-Bresson. Les films

DVD HCBHenri Cartier-Bresson (1908-2004) n'était pas seulement un immense photographe.

Des années 1930 aux années 1970, il a également réalisé des documentaires qui, comme son œuvre photographique, témoignent de la précision et de la sensibilité de ce regard unique :« l'œil du siècle », pour reprendre le titre de la biographie que lui a consacré Pierre Assouline.

Cinq de ses œuvres cinématographiques ont été réunies par Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, dans un double coffret DVD édité par MK2. Il comprend aussi des documentaires consacrés à l'artiste.

Parmi les films d'Henri Cartier-Bresson, figurent deux documentaires en couleur, assez peu connus, tournés en 1970 pour le compte de la chaîne de télévision CBS News. Dans Southern Exposures, celui qui fut l'un des pionniers du photo-journalisme montre, sans ajouter de commentaire, la société américaine telle une mosaïque composées de groupes sociaux bien distincts. L'égale sobriété dans sa façon de filmer fait ressortir de façon criante ce que la société a de contrasté, y compris dans ses excès.

Parmi les documentaires dédiés à l'artiste, Caroline Thiénot Barbey a filmé, en 1989 (mais réalisé en 2005 seulement) Une journée dans l'atelier d'Henri Cartier-Bresson
L'homme, alors âgé, dessine et peint en silence un nu féminin. Il est sérieux, appliqué. Il estompe le trait, crée le modelé, restitue le délié des muscles, la détente, la beauté des traits du jeune modèle.
Malgré son apparente impassibilité, son plaisir à dessiner et à peindre est perceptible.
De temps à autre, il livre ses réflexions et c'est toujours un grand plaisir de l'écouter :

Ce qui compte, ce n'est pas la photo, c'est le regard. (...)
Le dessin est une sorte de méditation, alors que la photo est une action immédiate, c'est presque une éjaculation (...)
Je photographie comme un dessinateur ; maintenant il y a des photographes qui photographient comme des philosophes, ou comme des psychanalystes. (...)
Les photographes sont obsédés par la photo ; ils ne comprennent pas que chez moi il n'y ait pas de photo. (...)
Les gens veulent absolument que je sois photographe ; j'aurai l'étiquette de photographe jusqu'à la fin de mes jours ...

Sans même laisser échapper un soupir, il gardait ce calme, ce naturel et cette simplicité, que son immense et juste renommée rend encore plus admirables.


Henri Cartier-Bresson
Coffret double DVD accompagné d'un livre
MK2, 50 €
Par ailleurs, à lire :
L'oeil du siècle
biographie de Pierre Assouline
Plon, 374 p., 19 €
Folio, 428 p., 8 €
A visiter :
Le site de la Fondation Henri Cartier-Bresson