Le festival ImageSingulières à Sète

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que l’on revient à ImageSingulières, le festival de photographie documentaire organisé tous les ans à Sète. Commencer par découvrir le regard porté sur la ville par l’artiste invité à résidence, présenté à la Chapelle du Quartier Haut, demeure une belle entrée en matière.

Pour cette 9ème édition, l’Américaine Anne Rearick nous montre Sète avec une somptueuse série de personnages bien révélatrice de la diversité de ses habitants.

Ici une vieille dame –  que l’on retrouve d’ailleurs un peu plus loin dans un café – là un homme dont on ne voit pas le visage arborant son tatouage. Mais aussi un boucher en plein effort,  des pêcheurs, un couple qui danse dans un bal de rue… Le format carré est identique, le noir et blanc fait ressortir de splendides jeux de lumières, le cadrage est libre de toute convention. Une beauté formelle loin de tourner à vide : tous ces personnages débordent de naturel, de simplicité, de sincérité, dans le droit fil d’une photographie humaniste qu’on aime retrouver.

Certains des clichés d’Anne Rearick ne sont pas sans rappeler le reportage effectué en 1931 par François Kollar, « La France travaille », exposé à la nouvelle Maison de l’Image Documentaire. Publiées à partir de 1932 en quinze fasicules, ces photos nous montrent avec une grande humanité également des hommes et des femmes en plein effort – ouvriers, paysans, repasseuses… – ou encore lors d’un moment de répit. Ce qui frappe le plus dans cet ample et très beau travail documentaire est le calme, la concentration mais aussi la dignité dont sont empreints les personnages.

A découvrir également à côté de bien d’autres propositions, l’aboutissement du projet participatif « La France vue d’ici » mené depuis trois ans en partenariat avec Mediapart, qui réunit plusieurs centaines de photos prises par plus de trente de photographes. De quoi suivre longuement le fil rouge de ce festival ImageSingulières 2017 : la France.

ImageSingulières

Accès libre

Sète, jusqu’au 11 juin 2017

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Septièmes ImageSingulières à Sète

imagessingulieres_curtisNous avons déjà parlé ici de ce festival de photographie documentaire aussi attachant que passionnant, qui se déroule chaque année dans la belle ville de Sète. C’était il y a quatre ans. Désormais, ces rendez-vous photographiques en sont à leur 7ème édition : elle permet de vérifier que la mobilisation ne faiblit décidément pas.

On retrouve les attraits désormais bien connus d’ImageSinguières : la gratuité de toutes les manifestations, regroupant une quinzaine d’expositions, projections et rencontres (seul le programme est, pour la première fois, devenu payant – 1 euro !) ; la diversité (et bien souvent l’originalité) des lieux d’exposition (du Centre régional d’art contemporain au Boulodrome, en passant par la gare SNCF) ; la richesse et la qualité des sélections bien sûr ; le travail d’un photographe invité enfin.

imagesingulieres_bieke_depoorterCette année, l’artiste invitée à résidence est la Belge Bieke Depoorter, pensionnaire de l’agence Magnum âgée de moins de trente ans. On découvre ses vues de Sète dans la toujours aussi chouette chapelle du Quartier Haut. En fait, en première approche, Sète ne se voit pas du tout ! Et pour cause, Bieke Depoorter ne s’intéresse qu’aux intérieurs nuit… Il n’empêche : c’est superbe. Les personnes photographiées dans leur univers ne posent pas – ou alors avec un naturel fou – et il s’en dégage une sensibilité extraordinaire. Gens simples au sens social, mais dont l’intérieur est déjà un monde : un piano faiblement éclairé sur lequel une très vieille femme se courbe pour jouer, une femme sans son bain comme dans un refuge, un vieil homme en chemise de nuit écossaise et chaussettes, très soigné, dans son salon chargé d’étoffes et de tableaux… Soudain, l’endroit où ils vivent semble les définir autant que leurs visages (que l’on ne voit pas toujours, du reste) : ce sont deux intériorités qui se rejoignent et, à travers elles, c’est bien une certaine image de Sète que l’on croit percevoir.

imagesingulieres_brezillonSi aux Chais des Moulins est présentée une exposition collective de photographes chiliens du Festival de Valparaiso, avec lequel ImageSingulières initie un partenariat, la Maison de l’Image documentaire fait place à l’Amérique du Nord : à l’étage, des portraits de Stéphane Lavoué (1) réalisés dans le Vermont succèdent à deux très émouvants ensembles de photographies d’Indiens. D’un côté, celles d’Edward Curtis, vieilles d’un siècle, somptueuses (quel dommage de les avoir accrochées dans l’escalier !), d’un autre celles, contemporaines, de Jérôme Brézillon, prises dans la réserve de Pine Ridge (Dakota) : en couleurs, dépourvues de l’esthétique des premières, elles ne permettent aucune prise de distance au spectateur et en sont d’autant plus déchirantes.

 

ImageSingulières

A Sète dans l’Hérault (34)

Jusqu’au 31 mai 2015

(1) L’exposition de Stéphane Lavoué sera visible LEICA STORE, 105-109 rue du Faubourg Saint Honoré – Paris 8° du 18 juin au 30 septembre 2015

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