Fêter Le Nôtre au jardin des Tuileries

André Le Nôtre, jardin des TuileriesVersailles, Chantilly, Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau, les Tuileries : voici cinq jardins rendus célèbres par leur auteur André Le Nôtre (1613-1700), jardinier-paysagiste du Roi Soleil.

Pour fêter le 400ème anniversaire de sa naissance, des manifestations sont organisées cet été sur différents sites. Aux Tuileries à Paris, jusqu’au 30 septembre prochain, une promenade invite à découvrir l’histoire du jardin.

Son origine remonte à celle de la construction du Palais des Tuileries : en 1564, Catherine de Medicis avait fait aménager des jardins avec parterres de broderies, labyrinthes, fontaines, pavillons d’agrément, statues, et même une grotte, "la" grotte de Bernard Palissy…
Un siècle plus tard, André Le Nôtre, fils et petit-fils du jardinier des Tuileries, dessine les plans du jardin de style Classique qui viendra remplacer les jardins Renaissance.
Il ouvre un grand axe d’est en ouest, lancement de la perspective qui se déploiera après lui bien au-delà des Tuileries côté ouest – de son temps, les Champs-Elysées n’étaient encore que des champs… Il crée des terrasses, au nord la terrasse "des Feuillants" et au sud, côté Seine, la terrasse "du Bord de l’eau". Côté est, deux petits bassins symétriques et le grand bassin rond au centre. Côté ouest, le grand bassin octogonal et les terrasses en belvédère auxquelles on accède par des rampes en fer à cheval – alors dépourvues de garde-corps précise un cartel du parcours.
Entre ces deux extrêmes, le "Grand Couvert", la zone boisée la plus dense, quinconces de marronniers et de tilleuls. A l’origine, il s’agissait de bosquets indépendants. Les explications données laissent à penser que sur les quelques 25 hectares du jardin, l’accent était davantage mis sur l’eau et le minéral que sur le végétal, comme si André Le Nôtre avait fait plus œuvre d’architecte que de jardinier.

Aujourd’hui, il est toujours aussi agréable de s’y promener, que ce soit sur sa grande allée pour profiter de sa magnifique perspective, ou sur ses voies moins centrales pour plus de calme, d’y prendre le soleil au bord d’un bassin, ou encore un verre à l’ombre des feuillages. En plein cœur de Paris, le long de l’artère rouge qu’est la rue de Rivoli, on s’y trouve à l’abri du bruit de la circulation et, en le parcourant comme s’il s’agissait d’un musée, on y admire statues de différentes époques et massifs fleuris. En ce moment, c’est un chatoiement de mauves et de violines que quelques touches de jaune viennent flatter. Des massifs sans doute pas tout à fait dans le style Grand Siècle de Monsieur Le Nôtre, mais qu’on aurait bien mauvaise grâce de regretter…

Promenade André Le Nôtre
Jardin des Tuileries
Place de la Concorde – Paris 1er
Entrée libre
Jusqu’au 30 septembre 2013

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Marie-Antoinette au Grand Palais

Exposition Marie-Antoinette au Grand Palais : portrait de la ReineJamais exposition au Grand Palais n’avait, semble-t-il, été à ce point mise en scène.
Le propos est affiché d’emblée : une pièce en trois actes.
Le fait est que l’ensemble est pour le moins théâtral ; c’est même à une tragédie qu’il nous est donné d’assister.

La vie, la personnalité et le goût de Marie-Antoinette devenue Reine de France en 1774 sont ainsi présentés en trois grandes parties.

Premier acte : la vie très encadrée de l’archiduchesse d’Autriche, de la dauphine de France et de la Reine.
Deuxième : le temps des libertés, des choix de décors, avec en point d’orgue Le Petit Trianon.
Troisième acte : le temps du destin, dénoué place de la Concorde un certain 16 octobre 1793.

Le visiteur verra ainsi quelques trois cents tableaux, sculptures, dessins, manuscrits, meubles et objets décoratifs. Pour l’accompagner, une discrète musique classique qui varie d’un espace à l’autre, tout comme les couleurs : rouge pour l’enfance autrichienne, bleu pour les débuts à la cour, vert pour la période des libertés. Naturellement la partie consacrée à l’enfermement au Temple, à la critique et à la fin de Marie-Antoinette le plonge dans une obscurité quasi-complète.

Scénographie réussie et façon agréable de suivre l’itinéraire de Marie-Antoinette, même si l’on apprend rien de vraiment frappant au fil de l’exposition.
Ceci dit, et pour l’anecdote, à regarder les bustes sculptés par Boizot, et autres Lemoyne, et les innombrables tableaux – y compris celui peint par Elisabeth Vigée-Le Brun, le premier jugé digne d’être envoyé à sa mère par la Reine – on s’aperçoit que celle que les Français avait surnommée lAutrichienne était loin d’incarner la grâce. Menton effacé et double-menton pesant, nez fort et yeux globuleux, ovale peu dessiné : si Marie-Antoinette était, selon Vigée-Le Brun exceptionnelle par l’éclat de son teint, elle ne brillait guère en revanche par la finesse de ses traits.

Exposition Marie-Antoinette au Grand Palais : gobelet pour la Laiterie de RambouilletGrande beauté en revanche autour d’elle sur le plan des arts décoratifs : le goût éclectique et raffiné de la Reine associé au savoir-faire des artisans de l’époque – et à des dépenses inconsidérées ! – est l’occasion d’admirer aujourd’hui des pièces exceptionnelles.
Il faut dire que la petite Marie-Antoinette a grandi au milieu de mobiliers et objets de choix ; les goûts de sa mère l’impératrice Marie-Thérèse se portant sur des meubles en marqueterie de style Boulle, des porcelaines chinoises et japonaises, des laques d’orient, des services rocaille d’une grande finesse… dont on peut découvrir plusieurs exemples remarquables.

Plus loin, on admirera l’adorable coffret à bijoux sur pieds créé par Martin Carlin (placage et marqueterie de bois de rose, filets de buis et d’ébène, porcelaine de Sèvres, bronze doré, velours et soie), offert à Marie-Antoinette pour son mariage : bouquets de fleurs polychrome, frise vert émeraude et or, splendeur de "simplicité" si l’on ose dire.
A cligner des yeux également, le secrétaire à cylindre et la table en auge de Riesener, décorés de nacre découpée en losange et enserrée dans une résille de laiton. Ils ornaient le boudoir de Fontenaibleau, en harmonie avec les murs d’or et d’argent semés de fleurs.
A défaut de pouvoir tous les citer, à signaler aussi, les chefs d’oeuvre de la Manufacture royale de Sèvres, avec notamment ce service "riche en couleurs et riche en or". Polychromie des motifs de roses et de végétaux, fond marine sur lequel se détachent les rubans de perles, associé à une abondance de l’or, simplicité des formes, formats relativement réduits des pièces, cet ensemble est une merveille d’équilibre. Il s’agissait du service dont la Reine se servait pendant son séjour forcé aux Tuileries, alors contrainte à un style de vie plus sobre qu’à Versailles…

Marie-Antoinette
Galeries nationales du Grand Palais
(entrée par le square Jean Perrin)
Jusqu’au 30 juin 2008
Tous les jours de 10 h à 22 h, sauf le jeudi jusqu’à 20 h
Fermé le mardi
Entrée 10 € (TR 8 €)
Audioguide en français, anglais et japonais (5 €)

Images : Portrait de la reine Marie-Antoinette, dit « à la rose », Elizabeth Louise Vigée-Le Brun, Versailles © Photo Rmn
Gobelet du service de la Laiterie de Rambouillet, Manufacture royale de Sèvres, Porcelaine, 11 x 10 x 11,5 cm, Musée national de Céramique © Photo RMN / Martine Beck-Coppola

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Le Musée des Arts décoratifs

lanvinLe Musée des Arts décoratifs a rouvert récemment, après une totale réhabilitation.
Le résultat est très réussi et mérite une bonne visite.

En suivant le parcours chronologique, on embrasse en quelques heures l’évolution des arts décoratifs du Moyen-Age aux années 2000.

L’équipe du musée a fait des choix d’exposition (6 000 pièces sur les 150 000 que comptent les collections), évitant ainsi de surcharger les salles, ce qui accroît la limpidité et le plaisir de la visite.

Toutes les périodes sont bien représentées ; mais, évidemment, une grande place est faite au magnifique dix-huitième siècle, particulièrement fécond.
Certaines salles méritent vraiment une pause : notamment celle consacrée à l’inénarrable style « Rocaille ». Sous le règne de Louis XV, il brise le carcan du style « Grand Siècle » de Louis XIV : tout à coup, les lignes prennent vie, ondulent, on ose l’asymétrie, l’exubérance ; des motifs de fleurs, de coquillages se posent ça et là … Un style un peu chargé mais dont on apprécie la fantaisie, dont on s’amuse à observer les détails.

Au fil du parcours, des « period rooms » donnent une idée de l’ensemble du décor d’une pièce à une époque donnée : de la chambre à coucher d’un aristocrate de la fin du XV° siècle, qui était alors un véritable lieu de vie et de réception, avec lit imposant et coffre sculpté, tapisseries … à l’appartement de Jeanne Lanvin dans les années 20 (photo), tout de soie, stuc, marbre, cristal avec son petit boudoir à vitrines, en passant par le goût néo-renaissance d’une chambre Louis Philippe… que de chemin parcouru !


Les coups de coeur Mag :

Bien sûr, de très belles pièces Art Nouveau et Art Déco.
Mais aussi les Chinoiseries, qui suscitent l’engouement en France sous Louis XVI : d’adorables petits meubles se parent de panneaux de laque, et deviennent de véritables « peintures », la porcelaine est finement décorée de scènes de la vie chinoise ; délicatesse des formes, des motifs, des couleurs … un véritablement ravissement face à ces « petites choses » qu’on ne se lasse pas de détailler.

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli – Paris 1er
Du mardi au vendredi de 11h à 18h
Samedi et dimanche de 10h à 18 h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
M° Palais-Royal, Pyramides, Tuileries
Tarif : 8 € (TR : 6,5 €)

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