
On l'aimait déjà beaucoup, notre musée d'Orsay. Nous les Français, mais
aussi les visiteurs étrangers, pour lesquels il constitue une étape
incontournable, notamment ses salles dédiées aux impressionnistes.
Mais la conception d'origine, qui remontait à 1986, avait vieilli. Les espaces
de circulation n'étaient plus adaptés à la fréquentation de 3 millions de
visiteurs par an. Les éclairages et les fonds rendaient pâlottes certaines
couleurs, gommaient certains contrastes. Enfin, l'enchaînement de
l'impressionnisme et du post-impressionnisme reléguait certaines œuvres comme
celles de Toulouse-Lautrec dans des espaces confinés.
Il fallait revoir tout cela et Guy Cogeval, le directeur du musée, aidé d'architectes talentueux et de designers inspirés a mené à bien l'entreprise. Celle-ci ne s'est pas limitée à de simples aménagements puisque quelques 1200 m2 de surfaces supplémentaires ont été dégagées.
Le résultat, visible depuis le 20 octobre dernier, est très
convaincant.
Le volet le plus audacieux du projet est certainement la rénovation du pavillon
Amont - l'ancienne salle des machines de la gare - placé au fond à gauche de la
nef.
Introduisant le violet et le rouge cardinal à Orsay, il consacre aux grands
formats de Courbet (L'atelier, Un enterrement à Ornans,
L'hallali du cerf...) la salle du rez-de-chaussée, quand les étages
jouent la carte de l'innovation. En effet, pour permettre au public de profiter
de sa riche collection d'objets d'art et de mobilier jusqu'à présent en grande
partie remisée dans ses réserves, tout en plaçant la peinture dans son époque
et son contexte "domestique", Guy Cogeval a installé de toutes nouvelles salles
où l'une et l'autre disciplines cohabitent en se complétant
naturellement.
L'on trouve ainsi au 2ème étage les décors et peintures modernes français de la
fin du XIXème et du début du XXème siècles, incarnés par les Nabis, et aux 3ème
et 4ème étages l'Art nouveau et ses développements en Europe et aux
Etats-Unis.
Les plafonds sont resserrés, les couleurs chics, les œuvres groupées par
artistes ; c'est lisible, harmonieux, très cosy.
Le 5ème niveau débouche sur un vaste pallier dépourvu d'œuvres - si ce n'est le canapé de repos, L'étoile de mer, dessiné par les brésiliens Humberto et Fernando Campana, également auteurs de la réfection du café de l'Horloge, qui évoque des fonds sous-marins où étincellerait le soleil, au bout de la galerie des impressionnistes. Mais avant de la traverser, le visiteur peut se clarifier l'esprit en faisant étape dans cet espace de respiration offrant une vue magnifique sur la Seine et les grands monuments de Paris. Une nouvelle boutique est installée à proximité.

Puis l'on aborde les Impressionnistes, dans une galerie entièrement rénovée. Les tons beiges et l'éclairage naturel parfois blafard ont cédé la place à des teintes sombres au sol (parquet) et aux murs, et la lumière de la verrière complétée de projecteurs soigneusement disposés. Des bancs en verre blanc du designer japonais Tokujin Yoshioka ont été installés. L'accrochage a lui aussi été repensé et fait de la "traversée" un enchantement de chaque instant. La plus-value en termes d'élégance est évidente. Mais surtout, les couleurs des toiles de Van Gogh, Gauguin, Manet, Monet et autres Degas, plus belles que jamais, gagnent considérablement en éclat et en nuances.
Côté rue de Lille, la galerie post impressionniste au niveau médian (désormais galerie Françoise Cachin), de même que la galerie symboliste, répondent aux mêmes objectifs de gagner en fluidité dans l'enchaînement des périodes et dans la circulation, et de plus grande mise en valeur des œuvres avec des cimaises aux couleurs profondes.
Au total, 7000 m2 ont été rénovés et un millier d'œuvres sur les 1850
exposées ont été déplacées ou réaccrochées, pour un coût total de 20 million
d'euros.
Plus qu'une remise en beauté, c'est avec un supplément d'art que le musée
d'Orsay s'apprête à fêter, le 1er décembre prochain, son vingt-cinquième
anniversaire.
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion-d'honneur - Paris 7ème
TJL de 9 h 30 à 18 h, sf le lundi et jusqu'à 21 h 45 le jeudi
Entrée 8 € (TR 5,5 €)
A voir également en ce moment au musée d'Orsay : l'exposition Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde jusqu'au 15 janvier 2012
Photos © Musée d'Orsay Sophie Boegly

Deux
ans après la magnifique exposition
Autres
genres très prisés, celui des scènes domestiques, très présent dans
l'exposition avec notamment Metsu (Femme préparant des crêpes avec un jeune
garçon) et Hooch (Homme lisant une lettre à une femme), ainsi que
celui des paysages et des animaux. Admirez le soyeux des plumages des
gallinacées des Volailles attaquées par un renard de Luyckx ou la
douceur des pelages des animaux de ferme de Weenix dans ses Personnages et
bétail parmi les ruines ! Les Hollandais se plaisaient à peindre les
objets, les matières et leurs contrastes : leurs tableaux sont souvent
très tactiles et peuvent dégager une sensualité bien indépendante de leurs
sujets.
Pour le
public parisien, l'exposition ouverte ce mois-ci au Musée de l'Orangerie relève
en grande partie de la découverte.
Mais
l'approche la plus intéressante de l'exposition est celle faisant, au
contraire, toute leur place aux spécificités de la peinture ibérique, où l'on
voit tantôt comment ces artistes se sont approprié en le modernisant
fondamentalement le riche héritage des grands maîtres espagnols, tantôt
comment, continuateurs de la peinture moderne européenne, ils ont profondément
inscrit celle-ci dans la tradition de leur culture nationale.
D'autres
peintres apparaissent plus directement comme les héritiers de leurs aînés
ibériques. La marque du Gréco et de Goya est très présente chez les artistes
que l'exposition désigne comme révélateurs de "l'Espagne noire" (alors que les
précédents appartiennent selon ce classement à "l'Espagne blanche", mais ce
parti pris ne s'avère pas toujours évident au fil de la visite) : tableaux
magnifiques et impressionnants, où domine une palette sombre parfois éclairée
de rouge sang, tels le Portrait de Maurice Barrès devant Tolède de
Ignacio Zuloaga, son Anachorète, aussi tordu par le
vent sous un ciel tourmenté que les cyprès en arrière-plan, mais aussi la
Paloma et les Deux gitanes au visage émacié de Isidre
Nonell, ou encore les peintures de la période bleue de Picasso tel
L'enterrement de Casagemas.
Donner aux
visiteurs l'impression de découvrir une domus pompeiana telle qu'elle
était il y a 2000 ans, juste avant que l'éruption du Vésuve en 79 ne la fige
pour l'éternité : tel est le propos de l'exposition du Musée Maillol, à
voir jusqu'au 12 février prochain.
On l'aura
compris, la visite de l'exposition est un pur plaisir. Le principe d'évolution
de pièce en pièce concilie la clarté d'une approche thématique à l'agrément
d'une progression dynamique. La muséographie est belle, simple et efficace,
avec ses couleurs délimitant les différents espaces de la maison. Enfin et
surtout, les œuvres, presque toutes venue de Naples naturellement, sont
extraordinaires.
Nous nous retrouvons au
"cabaret" du théâtre Essaïon, à dire vrai une cave, avec ses murs nus
et son odeur de pierre, une poignée de fauteuils rouges et une scène comme un
mouchoir de poche à même le sol, sur laquelle trône un immense fauteuil sans
âge.
Opéra-bouffe,
définition : opéra dont les personnages et le sujet sont empruntés à la
comédie.
Ils y sont tous et toute
ressemblance avec des personnages connus est parfaitement réussie. Le spectacle
passe en revue tous les grands moments de l'actualité "politique" de ces cinq
dernières années et n'épargne personne, à droite comme à gauche.
Giacometti
et les Étrusques : le rapprochement ne dérange pas, bien au contraire. Les
statuettes en bronze filiformes des uns et de l'autre présentent des plastiques
si proches que le premier coup d'œil suffit à accepter la réunion, en
un même lieu, de ces œuvres séparées de plus de deux millénaires.
Passionnante
en revanche est la question soulevée par Genet, et rappelée à la Pinacothèque,
du rapport de Giacometti à la mort à travers ses œuvres :
"Giacometti me dit qu'autrefois il eut l'idée de modeler une statue en
terre et de l'enterrer (...) non pour qu'on la découvre, ou alors bien plus
tard, quand lui-même et jusqu'au souvenir de son nom aurait disparu", se
souvient l'écrivain dramaturge. Ce désir de rendre ses œuvres à l'éternité
trouve naturellement grand écho dans cette exposition, où ses bouleversantes
peintures et sculptures cohabitent avec les urnes cinéraires et les objets
funéraires destinés à accompagner les défunts.
Esthétiquement,
on l'a dit, tout se répond, des sculptures en bronze vert-de-gris longilignes
et isolées, à la réunion dans une même vitrine de petits groupes de statuettes,
tels ces Trois hommes qui marchent (1948) côtoyant quatre statuettes
de la période hellénistique.
L'aesthetic
movement, qui se déploya en Angleterre des années 1860 jusqu'à la fin du
règne de la reine Victoria, fut un mouvement artistique global, porté par la
peinture, la littérature et tout autant par les arts décoratifs.
Côté décoration
intérieure, les meubles se transforment, adoptant des lignes simples et légères
(Edward William Godwin réalise une synthèse des styles anglais et japonais en
un buffet d'une incroyable modernité), des paravents semblent droits venus du
pays du Soleil levant, les faïences blanches et bleues font l'objet de
collectionites aiguës, les théières font la révolution (magnifiques modèles
design de Christopher Dresser), les papiers peints s'ornent de motifs floraux,
végétaux et animaux inédits, merveilleusement stylisés sous les pinceaux de
William Morris ou Walter Crane, les intérieurs se couvrent de verts et de bleus
sourds chicissimes.
Et côté
littérature ? Oscar Wilde of course ! Certes, parmi bien d'autres,
mais quand même en avant de tous les autres. Chef de file de ce dandysme autant
adoré qu'honni, il accompagne l'exposition à travers livres précieusement
décorés (couverture du Sphinx par Charles Ricketts), photos de
Napoléon Sarony et moult citations que l'on retrouve toujours avec le sourire.
Exemple : "A quoi diable cela nous servirait-il à nous autres hommes ,
de nous parer de pureté et d'innocence ? Une fleur à la boutonnière,
choisie avec discernement, fait beaucoup plus d'effet"...
A l'heure où l'on
quitte, gonflé de regrets, ses vagues, ses cimes et ses feuillages, d'autres
font chauffer les salles parisiennes pour nous préparer une rentrée tout en
douceur : c'est l'équipe du Festival d'Automne qui, pour sa 40ème édition,
nous a concocté cette année encore un programme aussi riche que pointu.
Pour son
quatrième solo, voici une Michèle Guigon effectivement pieds nus sur scène, au
propre comme au figuré ; une Michèle Guigon désarmée, au sens le plus
noble, pacifique du terme.
Découvrir le
premier roman de Don DeLillo - publié en 1971 - après la lecture de