Les bas-fonds du baroque. Petit Palais

Bartolomeo Manfredi, Bacchus et un buveur, vers 1621, Rome, Galleria nazionale di Arte antica in Palazzo Barberini © Sopraintendenza Speciale per il Patrimonio Storico, Artistico ed etnoantropologico e per Pollo Museale della citta di Roma.
Bartolomeo Manfredi, Bacchus et un buveur, vers 1621, Rome, Galleria nazionale di Arte antica in Palazzo Barberini © Sopraintendenza Speciale per il Patrimonio Storico, Artistico ed etnoantropologico e per Pollo Museale della citta di Roma.

L’exposition qui a ouvert ses portes le 24 février au Petit Palais à Paris après avoir été montrée à la Villa Medicis à Rome attire déjà les foules.

Ce n’est que justice car le thème, en soi inédit, est traité de façon convaincante et, pour ne rien gâcher, présenté dans une scénographie des plus réussies.

De la Rome baroque, on connaît le faste, les grands et beaux édifices religieux et civils, la théâtralité jusque dans les tableaux et les sculptures. On pense cité papale triomphale, on pense au Bernin et à Borromini.

L’exposition nous fait découvrir une autre facette de la ville où, en ce début du XVII° siècle, affluent des peintres venus de toute l’Europe pour y étudier les chefs d’œuvres de l’Antiquité et ceux de la Renaissance, mais aussi pour essayer de profiter des commandes que promettent les chantiers en cours.

Un certain nombre d’entre eux, les Bentvueghels (un surnom qui signifie « oiseaux de la bande » en néerlandais), artistes de l’Europe septentrionale, y mènent une vie de bohème débridée qu’ils se plaisent, non sans esprit de provocation, à mettre en scène dans leurs tableaux. Beuverie, jeu, sorcellerie, luxure, prostitution, rixes, brigandage, crimes… tout y passe. L’intronisation d’un nouveau, par exemple, donne lieu à un baptême sacrilège placé sous la protection de Bacchus.

Pour autant, on a du mal à ne voir dans ces œuvres qu’une mise en abyme de la vie d’artiste. En effet, se trouvent réunis ici des peintres extrêmement différents, de la clique des Nordiques précitée (au premier rang desquels leur chef de file Peter van Lear) aux Français Simon Vouet, Le Lorrain ou Valentin de Boulogne, en passant par les Italiens Manfredi ou Caroselli, dont on a du mal à penser qu’ils menaient tous l’existence de débauche et de vice que l’on voit sur les toiles. C’est là l’un des mystères de ces œuvres, toujours quelque part entre la réalité et la fiction. Un autre est l’interprétation du message des artistes : revendication d’un mode de vie transgressif, description sociale, dénonciation morale de mœurs dépravées ? Ces mystères, l’exposition ne les éclaircit pas, laissant le visiteur à sa propre lecture. Et c’est très bien ainsi.

La diversité des artistes représentés ici est d’ailleurs l’un des atouts considérables de l’exposition où, aux côtés de tableaux très caravagesques on trouve des palettes beaucoup plus claires, comme celles de Sébastien Bourdon ou de Jan Miel, mais aussi, succédant à des compositions très théâtrales, des portraits beaucoup plus naturalistes, comme le Mendiant de l’Espagnol Ribera, sans doute l’œuvre la plus touchante de la sélection.

Valentin de Boulogne, Concert au Bas-relief, vers 1620-25, © Musée du Louvre, dist. R M N - Grand Palais / Martine Beck-Cppola.
Valentin de Boulogne, Concert au Bas-relief, vers 1620-25, © Musée du Louvre, dist. R M N – Grand Palais / Martine Beck-Cppola.

Aussi cohérents soient-ils, les motifs ne jouent pas la répétition. Loin d’enfermer le spectateur dans de nocturnes Bacchanales ou entre les mains de diseuses de bonne aventure, le parcours lui permet de découvrir aussi une autre façon de représenter la Ville éternelle : celle où, au pied des vestiges antiques ou des chefs d’œuvres de la Renaissance, grouille tout un bas-peuple sans sou, morale ni manière (voir par exemple la Trinité-des-Monts rayonnante, mais avec une scène de prostitution dans l’obscurité, peinte par Le Lorrain). Une cohabitation saisissante, loin de la splendeur habituelle des vues de paysages romains !

La dernière partie de l’exposition est tout aussi intéressante. On y retrouve des scènes de taverne de la même veine picturale que celles du début, mais dans une atmosphère tout autre. Ici, les protagonistes ont fini de s’amuser. Les visages expriment une grande mélancolie. Les regards sont hagards ou interrogent le spectateur avec une once de philosophie. Et les verres dans lesquels ils ont bu semblent tout à coup briller de l’éclat de la vanité.

Les Bas-fonds du Baroque: la Rome du vice et de la misère

Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Avenue Winston-Churchill – Paris 8°

Du mardi au dimanche de 10 h à 18h, le vendredi jusqu’à 21 h

Jusqu’au 24 mai 2015

 

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Les expos à Paris au mois d'août

1900_expositionQue voir à Paris au mois d’août ? La ville, bien sûr, un magnifique spectacle en soi ! Mais si on a envie de découvrir des expositions, les propositions ne manquent pas. Voici une petite sélection… pas eu le temps de les voir toutes, loin de là :

Paris 1900 au Petit Palais jusqu’au 17 août (vue, non chroniquée, mais tout à fait conseillée !)

Unedited History (Iran 1960-2014) au Musée d’art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 24 août

L’Orient-express à l’Institut du Monde arabe jusqu’au 31 août

Le mythe Cléopâtre à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 7 septembre

L’Envol du dragon – Art royal du Vietnam au Musée Guimet jusqu’au 15 septembre

Mapplethorpe-Rodin au Musée Rodin jusqu’au 21 septembre

Masques, mascarades et mascarons au Musée du Louvre jusqu’au 22 septembre

Martial Raysse au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre

Libération de Paris : août 1944, Le combat pour la liberté, à l’Hôtel de Ville jusqu’au 27 septembre

Les plages à Paris selon Daumier – Parisiens en Seine d’hier à aujourd’hui à la Maison de Balzac jusqu’au 28 septembre

Jean-Baptiste Carpeaux au Musée d’Orsay jusqu’au 30 septembre

Les années 1950 au Palais Galliera jusqu’au 2 novembre

Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé au Musée Carnavalet jusqu’au 8 février 2015

Liste non exhaustive bien sûr…

Très bel été à tous, à Paris ou ailleurs !

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Carl Larsson, L'imagier de la Suède

 

 Carl Larsson, Le peintre en plein air, 1886, huile sur toile © Nationalmuseum, Stockholm

Carl Larsson, Le peintre en plein air, 1886, huile sur toile
© Nationalmuseum, Stockholm

Quelle découverte merveilleuse ! Carl Larsson (1853-1919), grand peintre suédois, fait pour la première fois l’objet d’une rétrospective en France. Elle est présentée au Petit Palais à Paris, « en contre-point de l’exposition Paris 1900 » ainsi que le souligne le musée.

Mais attention, si cette dernière exposition, qui rencontre un grand succès est visible jusqu’au 17 août, en revanche celle dédiée à Carl Larsson s’achève dès le 7 juin.

Cent vingt œuvres sont réunies, en majorité des aquarelles, mais aussi des peintures à l’huile, des dessins préparatoires et quelques eaux-fortes. Tout enchante. Carl Larsson, qui fit ses débuts dans la peinture d’histoire et dans l’illustration de presse, manifestant d’emblée un don pour le dessin évident, s’installa en France dès 1877 et pour une bonne dizaine d’années, espérant s’y faire connaître. Il passa quelques temps avec l’école de Barbizon et fréquenta la colonie d’artistes anglo-saxons et scandinaves établie à Grez-sur-Loing près de Fontainebleau. Mais ses espoirs furent déçus : ce n’est pas en France qu’il connut le succès.

 Carl Larsson, Dans le jardin potager, 1883, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm
Carl Larsson, Dans le jardin potager, 1883, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm

L’exposition s’ouvre avec ces tableaux, peintures à l’huile et surtout aquarelles, exécutés France. Ce sont des scènes d’extérieur montrant des paysans et des potagers, peints d’une main douce et vaporeuse, avec des teintes printanières claires et gaies, que les touches blanches d’une coiffe ou d’un tablier font joliment twister.

Déjà, on remarque le regard respectueux, presque aimant, de ce peintre d’extraction très modeste à l’égard des travailleurs. On admire aussi dès le début le sens de la composition et le cadrage moderne de l’artiste suédois – cadrage qui deviendra de plus en plus audacieux avec le temps. Le superbe Le peintre en plein air réalisé en Suède en témoigne. La perspective de cette scène de neige est construite en douce diagonale, qui permet de montrer le peintre entouré des siens sur le côté, tout près du spectateur, et en même temps la profondeur du paysage si simple et si beau qu’il s’apprête à peindre. Ce que l’on découvre enfin dès ces premières oeuvres est la façon dont Carl Larsson donne vie à tout ce qu’il représente. Il est en cela un illustrateur extraordinaire. Avec lui, on n’est jamais dans la théorie ou la poésie. Les personnages, personnes pour la plupart mais aussi animaux domestiques, sont vibrants de vie. Leurs regards parlent – il n’a pas son pareil pour restituer la naïveté ou l’espièglerie dans les yeux d’un enfant -, leurs corps expriment l’abandon du repos ou l’attention soutenue de l’activité qui les anime. Les portraits, tels l’impressionnant dessin au fusain d’August Strindberg, son vieil ami devenu ennemi, ou celui, ô combien touchant de son menuisier, sont ceux de personnalités qu’il nous semble pouvoir connaître.

 Carl Larsson, "Murre". Casimir Laurin, 1900, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm
Carl Larsson, « Murre ». Casimir Laurin, 1900, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm

La suite de l’exposition confirme ces talents, magnifiquement épanouis dans le genre qui lui valu un très grand succès dans son pays et en Allemagne : la peinture d’intérieur. Sur ses aquarelles d’une grande finesse s’étale le bonheur familial du peintre à l’enfance malheureuse, entouré de son épouse, de leurs enfants, de leurs domestiques, sans oublier ni le chien ni le chat. Un film de cette vie-là montré vers la fin du parcours confirme l’ambiance gaie et apaisante des scènes représentées par Carl Larsson. Mièvre ? Pas du tout ! D’abord parce que comme on l’a dit, tout cela regorge de vie, mais aussi parce que les intérieurs – à savoir la maison de campagne de la famille – sont très surprenants. Ce sont des meubles aux couleurs vives (orange, vert, bleu), des murs aux décors plein de fantaisie (et néanmoins très harmonieux), des tissus clairs et modernes, des plantes souples et des fleurs du jardin en veux-tu en voilà… bref, tout sauf les atmosphères bourgeoises confinées voire étouffantes de l’époque.

Il faut dire que Mme Karin Larsson – peintre elle-même avant son mariage – était également dotée d’un grand sens artistique. Elle tissait ses propres tissus, dessinait des meubles (son support à plantes n’est-il pas extra ?), composait de splendides bouquets. Tout cela fait le cadre frais et chaleureux d’une vie domestique calme et joyeuse, si brillamment exécutée que l’on se demande pourquoi la France a boudé – ou tout au moins ignoré –  l’œuvre de Carl Larsson si longtemps.

Carl Larsson, L’imagier de la Suède

Petit Palais

Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

Tous les jours sauf lundi et jours fériés, 10h-18h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h

Entrée : 8€ / 6€ / 4€ (gratuit jusqu’à 13 ans)

Jusqu’au 7 juin 2014

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Le Petit Palais du XIXème siècle

Petit Palais, GalerieConstruit comme le Grand Palais qui lui fait face et le pont Alexandre III à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, le Petit Palais abrite depuis 1902 le musée des Beaux Arts de la Ville de Paris. L’art moderne ayant été transféré en 1937 au Palais de Tokyo, il est depuis consacré aux œuvres anciennes, dont beaucoup acquises par donations. Ainsi, y cohabitent des pièces de l’Antiquité, du Moyen-Age, de la Renaissance… jusqu’au XIXème siècle, fort bien représenté.

Un peu Néo-baroque, un peu Néo-classique, l’architecture du Petit Palais ne peut être rattachée qu’à l’éclectisme, style qui à force d’en mélanger plusieurs finit par en inventer un. A l’époque, l’édifice se démarque de ce qui avait constitué la signature des précédentes Expositions Universelles : le tout métallique, dont le symbole parisien est bien sûr la tour Eiffel, édifiée en 1889.
Pour autant, les façades en pierre cachent quelque peu leur jeu : l’ossature est elle métallique. Dessiné par l’architecte Charles Girault, le bâtiment est tout autant l’oeuvre d’ingénieurs. Il est à ce titre bien de son temps.

Malgré la richesses des fonds d’Antiques, d’icônes médiévales, de peinture XVIIème ou encore de mobilier du XVIIIème, le Petit Palais apparaît avant tout comme un musée du XIXème, et plus encore du second XIXème siècle.

Le début du parcours montre la montée en puissance du Naturalisme, en sculpture avec Aimé-Jules Dalou, comme en peinture, avec comme point de départ le réalisme de Courbet, dont on découvre une œuvre exceptionnelle, car non destinée au Salon : l’audacieux Sommeil, placé – comme un clin d’œil – à côté des Demoiselles du bord de Seine. Tandis que pour traiter la réalité Courbet cherchait à montrer la densité de la matière, les Naturalistes à sa suite se sont plutôt appliqués à faire appel à la sentimentalité du public : les tableaux sur le monde ouvrier de Jules Adler en sont un bel exemple. Le triomphe du Naturalisme aboutit en définitive à un résultat opposé à celui de Courbet, avec les palettes très claires (et la manière quelque peu assommante) d’un Léon Bonat ou d’un William Bouguereau.

Ce ne sont pas ces derniers qui attirent le regard dans le fond de cette salle, mais un immense tableau très sombre, illustratif du second Romantisme du XIXème : La Vallée de larmes, signé Gustave Doré. Il s’agit d’une rareté dans les collections françaises, car nous connaissons surtout Doré pour son travail d’illustrateur. En fait, il a réalisé aussi des peintures de dimensions monumentales, des thèmes religieux ou des paysages, mais qui ont été acquises par des Américains et se trouvent depuis de l’autre côté de l’Atlantique.

Petit Palais, escalierDe cette somptueuse Vallée de larmes, l’on passe à la peinture de paysage, lame de fond du XIXème à côté de la peinture d’histoire : ici se côtoient des peintres aussi différents que Sisley, Jongkind, Pissarro ou encore Monet. Leur point commun : l’abandon du paysage composé, au profit d’un paysage naturalise, parfois très influencé par la peinture hollandaise du XVIIème, comme le montrent les petits formats de G. Michel et de Jongkind.

Avec les Impressionnistes, l’objet du paysage évolue : alors que les peintres de l’école de Barbizon cherchaient une nature vierge, sans présence humaine, les Impressionnistes représentent des cadres davantage urbanisés : des banlieues desservies par des chemins de fer, des ports… avec eux, c’est l’idée même de nature pure qui a cessé de se manifester.
Si Monet va très loin dans la dé-construction du tableau, jusqu’à s’affranchir, avec les Nymphéas, de toute notion de structure, on assiste en revanche dans les années 1880 à un retour en force du dessin, notamment avec Renoir bien sûr, mais aussi avec les Néo-impressionnistes aux paysages très structurés comme Pissarro.

La salle suivante entraîne vers un autre mouvement : celui de la peinture décorative, avec Gauguin, Maurice Denis et les Nabis. Ici règne le culte des grands aplats et des effets de rythme ondulants et chatoyants…
Poursuivez l’exploration du XIXème au niveau inférieur, avec notamment la sculpture néo-baroque de Carpeaux, les portraits réalistes de Courbet et de Daumier (en profiter pour y voir une de ses rares peintures : L’amateur d’estampes).

Et si vous ne l’avez pas fait en début de visite, n’oubliez pas de vous arrêter devant les pièces Art nouveau, en particulier de Lalique et de Gallé : elles déploient leurs merveilleuses couleurs, leurs verres opalescents et leurs reflets irisés dans la galerie de façade, en hommage au "moment 1900", qui est celui de l’édification de ce très séduisant Petit Palais.

Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé le lundi et les jours fériés
Nocturnes le jeudi jusqu’à 20h uniquement pour les expositions temporaires
Accès gratuit aux collections permanentes
Entrée payante pour les expositions temporaires

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Goya graveur au Petit Palais

Goya graveur au Petit Palais à ParisArtiste des Lumières, peintre à la cour d’Espagne, Francisco de Goya (1746-1828) donne dans la gravure libre cours à son imagination.
Devenu sourd en 1792, il commence alors la série des Caprices, souhaitant par cette composition de fantaisie en vogue au XVIIIème (dans la veine des vénitiens Tiepolo et Piranese notamment) "bannir de nuisibles croyances communes et perpétuer le solide témoignage de la vérité".
L’artiste y dénonce l’hypocrisie de la société espagnole, les excès de la religion, le sort fait aux femmes, la vanité, l’ignorance, l’obscurantisme. Caractère universel du propos, langage très personnel fait de monstres, d’hommes et de bêtes mêlés dans un imaginaire singulier, compositions épurées toutes concentrées sur les personnages ; virtuosité, finesse, maîtrise des jeux de lumière et de mouvements : la série des Caprices est aussi admirable que fascinante.

Homme du XIXème siècle également, Goya a connu l’invasion des troupes napoléoniennes et les ravages de la guerre dans son pays. Il en témoigne dans les Désastres de la guerre, titrant "J’ai vu cela" l’une des gravures de la série et attaquant avec une violence inouïe l’absurdité de la guerre, la brutalité, la famine, la maladie, le viol, la cruauté. Ces gravures d’une actualité captivante remplissent d’effroi.

Enfant d’Espagne passionné de tauromachie, aficionado, Goya rend à cet art un hommage appuyé à travers trois séries : une histoire (plus ou moins inventée) de la tauromachie ; des scènes d’arène dans lesquelles il met en valeur l’audace des grands toreros ; et enfin la série dite des Taureaux de Bordeaux, quatre magnifiques lithographies exécutées à la toute fin de sa vie, alors qu’il était exilé en France.

Partie la plus énigmatique du parcours, Les Disparates, série inachevée dans laquelle Goya semble s’être affranchi de tout souci de réalisme et de lisibilité, place le spectateur déboussolé dans le domaine du rêve, du fantastique, voire de la folie. Ces gravures passionnantes permettent de retrouver presque tous les thèmes explorés par l’artiste dans ses oeuvres précédentes : le ridicule, la bêtise, le vice, l’ignorance, la guerre, la violence.

Voici enfin, dans la dernière salle, perdue au milieu d’oeuvres d’artistes symbolistes, la célèbre planche des Caprices, Le sommeil de la raison. Son titre complet, L’imagination abandonnée par la raison engendre des monstres impossibles ; mais elle est aussi mère des arts et origine de leurs merveilles pourrait être la belle et ambigüe conclusion de cette exposition exceptionnelle où se retrouvent tout à la fois l’humour, la beauté, l’intelligence et la lucidité de l’oeuvre de Francisco de Goya.

Goya graveur
Jusqu’au 8 juin
Petit Palais – musée des Beaux-arts de la ville de Paris
Avenue Winston Churchill – Paris (8e)
TLJ de 10 à 18h, sauf les lundis et jours fériés
Nocturne le jeudi jusqu’à 20h
Entrée : 9 € (TR 6 €)

Image : Le sommeil de la raison engendre des monstres, planche 43 des Caprices

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Pas la couleur, rien que la nuance !

Exposition pas la couleur aux Musées des Augustins à ToulouseLa peinture, c’est le jeu des couleurs, des contrastes, des éclats lumineux ? Pas toujours. Le monochrome, le camaïeu, la grisaille, ont leur propre beauté. La preuve est donnée dans cette exposition à la thématique rarement rassemblée.

Oh, les artistes n’ont pas tout de suite trouvé une légitimité esthétique à se passer de couleurs.
Jusqu’au début du XVIIe siècle, les œuvres grises qui nous sont parvenues sont essentiellement des travaux préparatoires à des réalisations plus définitives : par exemple pour la gravure (l’inquiétant Les Morts sortent de leurs tombeaux de Barendsz), ou des maquettes pour de grandes compositions (La Résurrection de Rubens), ou encore des modèles pour la tapisserie (une bataille de Quellinus).

Puis une mode se répand : l’imitation de la sculpture par le pinceau. L’utilisation des gris est alors évidente, avec une extraordinaire variété de nuances. Le Massacre des Innocents de Jacques Stella est très représentatif de ces performances. Certains vont nettement jusqu’au trompe l’œil : imitation de bas relief de pierre, mais aussi de bronze patiné, avec de belles gradations de jaunes et de verts chez Piat-Joseph Sauvage, ou encore de vieil or chez Alexandre François Desportes.
Bien des fois l’artiste a réussi une œuvre originale alors qu’elle ne se voulait que le moyen d’en préparer une autre. Ainsi Gabriel François Doyen dans sa préparation au fameux Miracle des Ardents de l’église Saint Roch à Paris : après des esquisses en couleur, il réalise une grisaille où les nuances disent l’essentiel.

pas_la_couleur_carpeaux.jpgMais c’est au XIXe siècle que l’on assume totalement l’intérêt de la grisaille ou de la monochromie comme méthode à effet esthétique à part entière. Et l’on découvre ici de belles œuvres de Puvis de Chavannes, des deux Gustave, Doré et Moreau, de Benjamin Constant. Un des tableaux les plus étonnant est celui de Jean-Baptiste Carpeaux : cette Scène d’accouchement toute en suggestion de violence, souffrance et délivrance est très impressionnante.

Même si quelques unes de cette soixantaine d’œuvre ont traversé les frontières pour venir à Toulouse, on remarque que les musées des villes en région constituent l’essentiel de l’exposition, et l’on se dit : que de tours de France à projeter à la découverte de ces trésors, de Dieppe à Albi, de Castres à Douai, de Reims à La Rochelle !

Pas la couleur, rien que la nuance !
Trompe-l’oeil et grisailles de Rubens à Toulouse-Lautrec
Jusqu’au 15 juin 2008
Musée des Augustins – Musée des Beaux-Arts de Toulouse
21, rue de Metz – Toulouse
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le mercredi jusqu’à 21 h
Entrée : 6 € (TR : 4 € et gratuit pour les moins de 18 ans)

Images : Ce que font les gens pour de l’argent, Adriaen Van de Venne (1589-1662), H. s. bois (Lons-le-Saunier, musée des Beaux-Arts Photo © Lons-le-Saunier, musée)
et Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), H. s. t. (Paris, musée du Petit Palais © Paris, musée du Petit Palais, photo : Roger-Viollet)

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