Moi, Auguste, empereur de Rome. Grand Palais

Auguste, Camée Blacas, vers 14-20 ap. J.-C. Sardonyx, H. 12,8  l. 9,3 cm, Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN - Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Auguste, Camée Blacas, vers 14-20 ap. J.-C. Sardonyx, H. 12,8 l. 9,3 cm, Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN – Grand Palais / The Trustees of the British Museum

A l’occasion du bimillénaire de la mort d’Auguste, et en association avec le Musée du Louvre, les musées du Capitole et l’Azienda Speciale Palaexpo – Scuderie del Quirinale où elle était présentée cet hiver, les Galeries nationales du Grand Palais organisent une passionnante exposition sur le célèbre empereur romain.

Né en -63, il s’éteint en 14 de notre ère, après plus de quarante ans de règne. Laissant le pouvoir à Tibère, il est divinisé : la dernière statue du parcours, un nu héroïque monumental, témoigne du culte officiel dont il est alors l’objet et dont son épouse Livie est la prêtresse (belle statue de cette dernière également dans cette même salle).

C’est qu’Auguste a fortement marqué de son empreinte la Rome Antique. Jules César – son grand-oncle et père adoptif, qui lui lègue le pouvoir à sa mort – a laissé la capitale de l’Empire en proie à des querelles intestines. Pour venger son assassinat, Auguste, qui est encore Octave, constitue le deuxième triumvirat avec Lépide et Antoine, dix-sept ans après le premier formé par César, Pompée et Crassus. Les premiers pas du parcours rappellent ce contexte et ces moments politiques, autour d’une fresque historique et des portraits sculptés des différents protagonistes.

Pendant dix ans, Octave, Lépide et Antoine se partagent le pouvoir, jusqu’à la célèbre bataille d’Actium en -31 (racontée sur un magnifique ensemble de bas-reliefs), qui voit la défaite navale d’Antoine face à Octave grâce à l’aide de son ami Agrippa, suivie du suicide d’Antoine et de son épouse Cléopâtre.

En -27, Octave est sacré Augustus, c’est-à-dire vénérable, majestueux. Diplomate, il façonne l’Empire romain en le pacifiant, laissant la bride plus ou moins longue selon le contexte des provinces romanisées. Il s’applique à populariser son image, à travers sculptures et pièces de monnaies à son effigie. Autre vecteur de communication efficace : les copies du bouclier d’or (à voir dans l’exposition) décerné par le Sénat lorsqu’il est reconnu Augustus, et sur lequel sont inscrites les qualités du Princeps : vaillance, clémence, sens de la justice, sens du devoir envers les dieux et la patrie.

Relief avec personnification d'une province soumise, début du Ier s., marbre blanc, Naples, Musée archéologique national
Relief avec personnification d’une province soumise, début du Ier s., marbre blanc, Naples, Musée archéologique national

En parallèle, Auguste rénove la ville (ne se vantait-il pas, au sujet de Rome de l’avoir « trouvé de brique et laissé de marbre » ?), fait construire cirque et forum, tout en affichant un train de vie modeste, choisissant un habitat simple sur le mont Palatin. Il autorise le rétablissement du culte des Lares (divinités protectrices des foyers, d’origine étrusque), sans s’oublier pour autant : ainsi, sont réunies des statuettes en bronze de Lares et d’Auguste afin de rappeler que, comme le pater familias protège les siens, l’Empereur protège les citoyens.

Sous son principat, marqué par la paix et traditionnellement désigné comme « Age d’or » par les historiens, c’est également tout un art qui se déploie, dans l’aristocratie romaine mais aussi chez les affranchis et dans les provinces. Sous influence égyptienne et plus encore grecque, l’art romain sous Auguste voit, outre la reproduction (ou la récupération) de statues du siècle de Périclès, la ré-interprétation de cet art et la multiplication des savoir-faire. Les objets présentés, en métal repoussé, en verre, les splendides camées en sont autant de preuves éclatantes. Les motifs de rinceaux végétaux, typiques de l’Ara Pacis se multiplient, en frise sur les édifices publics mais aussi sur les objets d’arts décoratifs, comme on peut voir par exemple sur un beau cratère de marbre blanc qui devait orner quelque jardin aristocratique.

Venues du Louvre, de Naples, de Londres, ou encore de Rome bien sûr, les quelques 300 pièces exposées sont de haut vol et même souvent exceptionnelles. Elles sont mises en valeur au fil d’un parcours clair et didactique qui n’exclut ni les reconstitutions vidéo en trois dimensions ni les bonnes vieilles cartes. Le public est ainsi pris en main de bout en bout pour revisiter agréablement ce moment fort de l’histoire de l’Antiquité romaine que fut l’Empire d’Auguste il y a plus de deux mille ans.

 

Moi, Auguste, empereur de Rome

Galeries nationales du Grand Palais

Entrée Clemenceau, avenue Georges-Clemenceau, Paris 8e

Tous les jours de 10 heures à 20 heures, le mercredi jusqu’à 22 heures

Entrée de 9 € à 13 €, gratuit pour les moins de 16 ans

Jusqu’au 19 juillet 2014

 

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Le printemps de la Renaissance au musée du Louvre

Le printemps de la Renaissance au Musée du LouvreParmi toutes les expositions vues à Paris depuis la rentrée, plus belles les unes que les autres, celle du Louvre tient une place à part.
Tant par la qualité des œuvres présentées que par la clarté du propos qui se manifeste aussi bien à travers la mise en espace que les textes d’accompagnement, cette exposition joue dans une autre division. Nous sommes ici en effet dans le très haut de gamme, où tout converge pour donner au public les plus grands plaisirs, esthétiques comme intellectuels. Jusqu’à l’éclairage, qui permet de profiter des œuvres à plein – surtout quand il n’y a pas foule, comme en l’un de ces derniers mercredis en soirée. Si on se rappelle qu’il est plus facile d’éclairer des sculptures que des peintures – et pire encore, des dessins – beaucoup plus fragiles et sensibles à la lumière, encore faut-il savoir le faire. Et encore faut-il choisir les bons espacements entre les œuvres, les meilleures perspectives entre elles et présenter les sculptures de manière à ce que l’on puisse si besoin en faire le tour (c’est hélas loin d’être toujours le cas).

En collaboration avec le Musée National du Bargello et la Fondation du Palazzo Strozzi, le Musée du Louvre s’est saisi d’un moment fondamental de l’histoire de l’art – l’éclosion de la Renaissance à Florence au début du Quattrocento – et l’a traité de façon magistrale. Les deux commissaires Marc Bormand, conservateur en chef au département des sculptures du Louvre et Beatrice Paolozzi Strozzi, directrice du Musée du Bargello ont mis en place un parcours cohérent et varié à la fois, ont choisi les artistes les plus significatifs de leur temps et des œuvres parmi les plus belles de ces nouveaux maîtres. Enfin, ils ont rédigé des textes limpides et riches qui permettent de comprendre quelles ont été les innovations de la Renaissance et dans quel contexte elles ont pu naître et se développer. Le tout en 140 pièces, des sculptures essentiellement mais également des peintures, des dessins, des objets d’art décoratif et des maquettes.

Deux têtes de cheval, Antique et RenaissanceLa Renaissance, c’est un bouleversement artistique qui voit l’individu mis au centre des préoccupations dans le courant des idées humanistes, de la redécouverte des Antiquités grecque et romaine, aussi bien dans le domaine politique que formel (les deux n’étant pas dénués de liens), mais aussi dans le contexte de recherches et de découvertes plus techniques comme celle de la perspective linéaire.
Tous ces éléments s’émulsionnent à Florence qui bénéficie à l’aube du XV° siècle d’une conjoncture sociale, économique et culturelle florissante. La tradition fixe d’ailleurs le début de la Renaissance à Florence en 1401, date du concours pour le décor des secondes portes du baptistère San Giovanni placé devant le Duomo Santa Maria del Fiore, sur le thème du sacrifice d’Isaac.
Sont ici présentés les deux reliefs qui ont inauguré le nouveau style : celui de Brunelleschi et celui de Ghiberti, lauréat du concours. Tous deux ont puisé dans le répertoire antique : le Tireur d’épines pour le premier et Le torse de Centaure pour le deuxième.

De Brunelleschi, l’on découvre dans la même salle la maquette de la fameuse coupole du Duomo de Florence puis, plus loin, une délicieuse Vierge à l’Enfant en terre cuite décorée. Ces œuvres du même artiste sont significatives de l’évolution qui s’est faite au premier Quattrocento : au début du siècle, les commandes sont publiques (la cité est alors une République fondée sur l’idéal républicain romain), portant sur des sculptures monumentales à destination religieuse et civique. Les deux chefs d’œuvres que sont les immenses statues de Saint Louis de Toulouse en bonze doré (Donatello) et Saint Matthieu (Ghiberti) également en bronze, destinées à orner l’extérieur de l’église Orsanmichele en témoignent.
Puis la bourgeoisie marchande se met à passer de plus en plus de commandes, portant sur des œuvres plus petites et à usage privé. Les Vierges à l’Enfant se multiplient, en marbre mais aussi en terre cuite émaillée, technique mise au point par Luca della Robbia et dont on voit également de splendides exemplaires.

Les autres thèmes sont aussi bien étayés et illustrés, en particulier l’influence de la sculpture sur la peinture (superbes fresques déposées à l’appui) ; la réinvention des Spiritelli (petits anges ou petits génies) par un Donatello représentatif de ce mouvement de synthèse entre les sources antiques et la chrétienté réalisé par les artistes de la Renaissance ; la redécouverte de la statue équestre (ici aussi, parallèle est fait entre l’Antique et le Quattrocento, avec notamment une tête de cheval hellénistique placée en contre-point d’une monumentale tête de cheval de Donatello) ; celle des bustes à la Romaine (les Médicis qui forgeaient déjà leur future cour – et suprématie – en étaient friands)…
Citons pour finir une autres innovation tout aussi passionnante : la découverte de la perspective à travers la sculpture, que l’on peut admirer notamment sur les bas-reliefs de Donatello, Saint Georges et le dragon et Le banquet d’Hérode : pour figurer l’éloignement il réduit progressivement la profondeur de son incision. On appelle cette technique le stiacciato (le très bas-relief) et son résultat, d’une finesse extraordinaire, sur un marbre dont l’éclairage fait ressortir la délicatesse de la gravure et les veinures soyeuses, est tout simplement merveilleux.

Le printemps de la Renaissance
La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460
Musée du Louvre
Paris – 1er
TLJ sauf le mardi, de 9 h à 18 h, nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
Entrée 13 €
Jusqu’au 6 janvier 2014

Images :
Donatello, Spiritelli de la Cantoria de la cathédrale de Florence, Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André© 2013 Musée du Louvre / Philippe Fuzeau

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Un Allemand à la cour de Louis XIV. Musée du Louvre

Durer, vue du val DEverhard Jabach (1618-1695) est un nom qui compte dans l’histoire des collections du Louvre.
Riche banquier d’origine colonaise, il vécut à Paris où il réunit l’une des plus grandes collection d’art de son temps.
En 1662 puis en 1771, en besoin de fonds, il vendit à Louis XIV une grande partie de sa collection, grâce à laquelle (grossie des œuvres acquises à sa mort, car il avait entre temps retrouvé fortune et poursuivi ses achats) s’est fondée la collection royale, dont est issue celle du musée du Louvre.

Tourné naturellement vers l’art italien conformément au goût de l’époque, Everhard Jabach ne négligea pas pour autant les peintres de l’Ecole du Nord, celle des maîtres anciens comme celle, "moderne", des artistes du XVIIème siècle.
C’est cette partie-là que le musée met à l’honneur à travers un accrochage de dessins et de peintures lui appartenant, à l’exception du portrait de Jabach par Antoon Van Dyck, prêté par un collectionneur privé. Ce choix reflète la spécificité de la collection de ce négociant éclairé qu’était Jabach : son ascendance germanique et ses liens d’affaires avec l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Allemagne le conduisirent à s’intéresser plus que tout autre à l’art des pays du Nord.

L’exposition montre majoritairement des dessins ; la facture des peintures présentées fait regretter qu’elles ne soient pas plus nombreuses. La monumentale et somptueuse nature morte Le dessert de Davidsz de Heem (1640) nous saisit d’emblée par sa richesse. Comment ne pas tomber "en appétit" devant ces fruits, ce bout de gâteau, cette coupe d’eau citronnée ? La vaisselle et les étoffes brillent de mille feux, le tout dans l’atmosphère sombre propre au genre. D’autres joyaux jalonnent le parcours, tel le portrait de profil d‘Érasme écrivant (1523) par Hans Holbein, le portrait du collectionneur à l’âge de dix-huit ans portant le deuil de son père (1636, voir plus-haut), ou encore la Vue du val d’Arco (1495), petite et délicieuse aquarelle de Dürer.

Côté dessins, on admire notamment des paysages de Bril, dont Jabach était fort friand ou encore des dessins "italiens" que Rubens réalisait à partir de copies de dessins de Michel-Ange, par lui-même ou achetés, et qu’il retouchait et complétait. Comme s’il était bien difficile d’oublier complètement l’Italie…

Un Allemand à la cour de Louis XIV
De Dürer à Van Dyck, la collection nordique d’Everhard Jabach
Musée du Louvre
Paris 1er
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi
Nocturne le mercredi et le vendredi jusqu’à 21h45
Accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €
Jusqu’au 16 Septembre 2013

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Giotto e compagni. Musée du Louvre

Giotto e compagni au LouvreOrganiser une exposition autour de Giotto di Bondone (vers 1267-1337) ne doit pas être une entreprise aisée.
Les œuvres qu’il a laissées sont en majeure partie des fresques – église de l’Arena à Padoue ainsi que celles illustrant la Vie de saint François à Assise et à Florence – donc fixées à demeure. Seulement trois peintures sont signées de sa main, dont le Saint François d’Assise recevant les stigmates du Louvre, et il faut tenir compte des querelles d’attribution dont nombre d’œuvres sont encore l’objet.

De fait, Giotto ayant imprimé un nouveau style – souvent qualifié de révolutionnaire – et ayant rencontré un grand succès, il a ouvert un atelier dans lequel beaucoup de disciples travaillaient en même temps que le maître et/ou sous ses directives. Dans ces conditions, comme le souligne le Musée, la distinction entre les œuvres de la seule main de l’artiste et celles issues de son atelier est assez peu pertinente.
Cela étant, à force de recherches et de rapprochements, désormais davantage fondés sur les études stylistiques que techniques, la création giottesque, caractérisée par un grand soin accordé aux détails des visages et des corps, à "l’humanité" des expressions, à la clarté de la lumière, à quelques tentatives de rendu, sinon de la perspective au moins de la profondeur est aujourd’hui beaucoup mieux cernée.

Le Musée du Louvre, riche de plusieurs œuvres, a bénéficié de prêts de pièces majeures venues des Etats-Unis, de Londres et de Florence. Il a ajouté à celles-ci des tableaux issus de son atelier ainsi que des exemples de l’art encore très hiératique du style byzantin que Giotto a totalement bouleversé. Enfin, le panorama est complété par des oeuvres d’artistes contemporains mais au coup de pinceau sensiblement différent.

Le tout est didactique, clair, cohérent, et très enrichissant. On laissera le visiteur se rendre compte par lui-même : à côté de l’école traditionnelle du Trecento, la manière de Giotto semble soudain faire apparaître non plus des figures mais des personnes. Délicatesse et expressivité des traits, précision des attitudes, inventivité dans la façon de représenter les scènes traditionnelles de la peinture religieuse – telle la Vierge à gauche du Christ dans la grande Croix du Louvre, qui tourne son visage de l’autre côté : nul doute qu’il y a bien eu un avant et un après Giotto.

Giotto e compagni
Musée du Louvre
Salle de la Chapelle
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi
Nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
Accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €
Jusqu’au 15 juillet 2013

Image : Element de predelle, St François prêchant aux oiseaux, Bois © RMN – Grand Palais -Michel Urtado

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Raphaël, les dernières années. Musée du Louvre

Donna Velata, RaphaëlEn une petite centaine d’œuvres, dont plus de la moitié de tableaux, l’exposition du Louvre se concentre sur les dernière partie de la riche carrière de Raphaël (1483-1520), de 1513 à sa mort.
Y sont également montrées des œuvres de ses élèves les plus actifs, Giulio Romano et Gian Francesco Penni. En effet, Raphaël, alors au faîte de son art et de sa célébrité, était à la tête d’un atelier d’une cinquantaine de collaborateurs. S’il se faisait beaucoup aider afin de répondre à ses innombrables commandes, il demeurait toutefois le seul inventeur des œuvres. Et même sur celles qu’il faisait exécuter, il apportait sa touche finale afin de les parfaire. La confrontation des peintures du maître à celle de ses élèves grâce à ce très beau parcours est déterminante sur ce point : aucun d’eux ne l’égala en finesse de touche, en douceur d’expression, en présence du sujet. Les sections consacrées à Romano comme à Penni, si elles réservent de belles surprises, font surtout ressortir, en définitive, la perfection de l’art de Raphaël.

Après un apprentissage auprès du Pérugin à Pérouse, dont il a appris et ennobli la manière dans le rendu si doux des visages, en 1504 Raffaello Santi part à Florence compléter sa formation, où il admire l’art de ses aînés, Michel-Ange et Léonard de Vinci qui y sont au même moment, et se jure de les égaler.
Mais dès 1508, le pape Jules II fait venir le jeune Raphaël à Rome pour décorer les nouvelles chambres du Palais du Vatican. A la mort de Jules II en 1513, son successeur Jean de Médicis – Léon X – reconduit l’artiste pour poursuivre la décoration du Vatican tant son travail séduit.

Si le pape est son principal mécène, bien d’autres commanditaires se pressent autour de lui, pour des retables et autres panneaux religieux, mais aussi pour des portraits. Conformément à la conception humaniste, Raphaël était un artiste complet qui, loin de limiter son art à la peinture, l’exerçait également dans l’architecture ou encore la tapisserie. L’exposition présente d’ailleurs de magnifiques exemplaires de tapisseries conçues par Raphaël, telles Dieu le Père, l’une des trois réalisées pour le décor du lit d’apparat du pape, venue de Madrid – hélas, dans un espace un peu trop réduit qui ne permet pas toujours d’admirer ces œuvres immenses avec le recul nécessaire.

L’exposition permet de vérifier le propos de Vasari, comparant Raphaël à une éponge : outre l’influence de son maître le Pérugin, celle de Léonard de Vinci est d’autant plus remarquée que l’on a encore frais à l’esprit le souvenir de la fameuse Sainte-Anne, objet d’une éblouissante exposition au Louvre cette année également, dont Raphaël semble s’être grandement inspiré pour un certain nombre de ses Madones. Et, face à ses portraits, comment ne pas penser aussi au Titien : l’on retrouve dans les compositions en buste de trois-quarts devenues classiques et dans le soin rendu au soyeux et à la finesse des étoffes le souvenir du maître vénitien que Raphaël n’a pas dû manquer d’admirer.

Raphaël, Madone à la roseC’est d’ailleurs dans ces deux sections, l’une consacrée aux Vierges et l’autre aux portraits que l’on retrouve les œuvres à la fois les plus belles et les plus touchantes de Raphaël : la Madone à la rose du Prado (partenaire de l’exposition) et surtout l’inoubliable Madone de l’Amour divin du musée Capodimonte à Naples. Outre leur perfection esthétique, ces tableaux véhiculent, à travers l’expression des visages, les mouvements des corps et les couleurs, d’immenses sentiments de tendresse.

Côté portraits, l’on retrouve ceux du Louvre, comme le célèbre Balthazar Castiglione, copié par les plus grands, ou encore le mystérieux Portrait de l’artiste avec un ami auteur, mais l’on découvre aussi, venu de Washington, l’audacieux portrait de trois-quart dos du jeune banquier florentin Bindo Altoviti et surtout la splendide Donna velata, peut-être amante du peintre, conservée à Florence.

De quoi prolonger encore l’immense admiration que l’un des artistes les plus connus, les plus reproduits au monde suscitait déjà de son vivant, au point qu’il fut l’un des rares artistes enterrés au Panthéon à Rome, avec pour épitaphe, signée du cardinal Bembo : "Ci-gît Raphaël, qui durant sa vie fit craindre à la Nature d’être maîtrisée par lui et, lorsqu’il mourut, de mourir avec lui."

Raphaël, les dernières années
Musée du Louvre
De 9 h à 18 h lun., jeu., sam., dim. ; mer. et ven. jusqu’à 21 h 45
Entrée pour l’exposition : 12 euros
Jusqu’au 14 janvier 2013

Images :
Raphaël, Portrait de femme, dit La Donna Velata, vers 1512-1518. Huile sur toile. H. 82 ; l. 60,5 cm. Florence, Galleria Palatina, Palazzo Pitti, inv. Pal. no. 245 © 2012 Photo Scala, Florence – courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali
Raphaël, La Sainte Famille avec le petit saint Jean Baptiste, dite Madone à la rose, vers 1516. Huile sur bois transposée sur toile. H. 103 ; l. 84 cm. Madrid, Museo Nacional del Prado, P-302 © Museo nacional del Prado, Madrid

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Sainte Anne, l'ultime chef-d'œuvre de Léonard de Vinci

Sainte-Anne, ultime chef d'oeuvre de VinciSi la collection de la Reine d’Angleterre est la plus fournie en dessins de Léonard de Vinci, c’est au Louvre que se concentre le plus important ensemble de peintures du maître de la Renaissance : la Joconde bien évidemment, mais aussi notamment la Vierge aux rochers, le Saint-Jean-Baptiste et… la Sainte-Anne.

Sainte-Anne, tableau célèbre, énormément copié au XVIème siècle, inspirant Delacroix au XIXème, puis au XXème Max Ernst (Le baiser, 1927) et même Freud, qui commis une étude à partir de la détection d’un vautour sur le tableau (formé par les jambes un bras de la Vierge) relié à un rêve que Léonard aurait fait dans son enfance… pour ne citer que quelques exemples de sa renommée.

Malgré tout, cette Anne trinitaire demeurait quelque peu en retrait au Louvre : plus exactement, elle se trouvait dans l’ombre que l’épreuve cruelle du temps lui avait infligée au fil des cinq siècles qui nous séparent du moment de sa création : jaunissement et microfissures du vernis, multiplication des couches de peintures liées aux restaurations, sans parler des vilaines taches noires qui constellaient sa surface. Elle était devenue une bien pauvre trinité, salie, aux couleurs pâlottes et aux contours imprécis.

Il a donc fallu prendre le taureau par les cornes pour rendre à Sainte-Anne, à la Vierge, à l’enfant Jésus et même à l’agneau et aux montagnes toute leur dignité.
Mais la prudence s’imposait, les restaurations de chefs-d’œuvre pouvant parfois susciter le scandale (voir la restauration de la chapelle Sixtine dans les années 1980, jugée trop "lumineuse" par certains…). Fut donc mise en place une commission scientifique de haut vol, tandis que Vincent Delieuvin, conservateur au département des Peintures du musée, se lançait dès 2006 dans une passionnante enquête sur l’histoire de ce tableau que Léonard de Vinci commença en 1501, travailla près de 20 ans (envisageant successivement pas moins de trois versions) et laissa inachevé à sa mort en 1519.
Les quatre planches de peuplier du grand tableau (1,68 m par 1,30 m) étaient elles soumises non seulement à la loupe mais aux techniques d’imagerie les plus sophistiquées : pas un mm² de peinture qui n’ait été ausculté. Enfin, Cinzia Pasquali, Parisienne d’origine Italienne fut désignée pour passer à l’acte crucial : restaurer le tableau pour le débarrasser de toutes ses scories et lui rendre son éclat originel. Cette ultime étape seule l’occupa près d’un an et demi…

Sainte-Anne, exposition du LouvreNe restait alors plus qu’à valoriser ce travail d’orfèvre et toutes ces recherches, et à partager cette renaissance avec le public. C’est chose faite depuis le 29 mars dernier grâce à l’exposition du Louvre qui restera ouverte jusqu’au 25 juin prochain. De l’histoire du tableau, de ses inspirations, de ses copies, de ses suites et de ses copies, tout nous est dit, tout nous est montré, y compris les questions encore en suspens, y compris les "repentirs" de son auteur Léonard.
Pas moins de 134 œuvres entourent le chef-d’œuvre, dont un bon nombre sont aussi des chefs-d’œuvre… Un seul exemple : cette merveilleuse étude pour la tête de la Vierge, venue du Metropolitan Museum of Art. La reine Elisabeth II a elle aussi prêté son ensemble exceptionnel de dessins. C’est bien simple, c’est la première fois de son histoire que son réunis autour du tableau l’ensemble de ses documents préparatoires et de ses copies.
Et le travail d’exposition est si bien fait que l’on suit le parcours non seulement avec une curiosité de tous les instants, mais aussi avec l’agréable impression de tout saisir de l’histoire dense et pleine de rebondissements de cet inoubliable tableau.

La Sainte Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci
Musée du Louvre
TLJ sauf le mar., de 9 h à 17 h 45, mer. et ven. jsq 21 h 45
Sam. et dim. jsqu 19 h 45
Entrée 11 €
Jusqu’au 25 juin 2012

Images :
Léonard de Vinci, Sainte Anne, vers 1503-1519 © RMN, musée du Louvre / René Gabriel Ojéda
et Léonard de Vinci, Etude pour la tête de la Vierge, vers 1507-1510, New York, The Metropolitan Museum of Art © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN / image of the MMA

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L'Antiquité rêvée au Louvre

Fragonard, Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé

C’est un XVIII° siècle tout en contrastes que l’on parcourt au fil de la riche exposition présentée au Louvre jusqu’au 14 février prochain. Sculptures, peintures, gravures et même mobilier s’y côtoient pour montrer les différents aspects de cet engouement pour l’Antique que l’on a trop souvent, à tort, réduit au "Néo-classicisme".

Longtemps associé aux fouilles de Pompéi et d’Herculanum à partir de 1738, le retour au style de l’art Antique leur est en réalité antérieur, né de la volonté, au début du XVIII° de repousser le style Rocaille, jugé peu sérieux : après ses errements fantaisistes, il est temps de retrouver les canons esthétiques et les lignes architecturales de l’art gréco-romain, ce qui est l’occasion de revenir aussi à son inépuisable source de sujets mythologiques.

Des sculpteurs comme Edmé Bouchardon, Augustin Pajou, Johan Tobias Sergel réinterprètent ainsi les grandes figures du panthéon classique.
L’Amour taillant son arc dans la massue d’Hercule de Bouchardon s’impose par la douceur de son expression, ses textures soignées (le rendu des plumes des ailes donne envie de les toucher), sa pose délicate, l’harmonie de l’ensemble.

Les artistes de l’époque ont presque tous fait leur Grand Tour en Italie, certains s’y sont même installés de nombreuses années, et cela se voit.
Du coup, leurs œuvres, loin d’être toutes néo-classiques, sont pour certaines aussi bien marquées par le baroque. On pense beaucoup au Bernin, face au Neptune de Pajou ou à la Venus marine du britannique John Deare…

Hormis les motifs mythologiques, les peintres se plaisent à figurer les chefs d’œuvre emblématiques de la Rome antique : Hubert Robert a peint le Panthéon, montrant d’ailleurs un intérieur assez curieux, plus ovale que rond, et très éclairé… Il a aussi mis en scène la découverte du Laocoon, en plaçant le célèbre groupe dans une belle et immense galerie sans rapport avec le site sur lequel il a été découvert. Le titre de l’exposition, L’Antiquité rêvée prend tout son sens.

Mais en peinture également, la multiplicité des styles reste le plus frappant : ici chez Greuze pointe l’influence de Poussin (dont est exposé Le Testament d’Eudamides venu de Copenhague), là avec David éclate l’exaltation des vertus classiques (Le serment des Horaces), alors que Füssli et son célèbre Cauchemar annoncent avec quelques autres la tentation du sublime et du fantastique du XIX°.

Où classer dans tout cela le grandiose tableau de Fragonard Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé ? A sa propre et magnifique place où, sur un autel délimité par de larges colonnes antiques, Fragonard raconte la légende de Corésus, grand prêtre du temple de Dionysos qui préfère se donner la mort plutôt que de sacrifier la jeune fille qu’il aime. Lors de sa recension du Salon de 1765, Diderot a longuement évoqué cette œuvre, dans des termes tout à fait oniriques.
Il est vrai qu’avec sa composition époustouflante, sa théâtralité, son étonnante lumière, la délicatesse de ses teintes, la variété et la force de ses expressions, deux siècles et demi après, le tableau ne finit pas de fasciner, tant il est dense de littérature, et d’une richesse picturale inouïe.

L’Antiquité rêvée. Innovations et résistances au XVIIIe siècle
Musée du Louvre
Hall Napoléon
TLJ sf mardi, de 9 h à 18 h, les mercredi et vendredi de 9 h à 22 h
Jusqu’au 14 février 2011
Catalogue, Gallimard/Musée du Louvre, 504 p., 45 €

Jean-Honoré Fragonard (Grasse, 1732 – Paris, 1806), Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé, Salon de 1765 © Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

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Titien, Tintoret, Véronèse – Rivalités à Venise

Rivalités à Venise, Titien, Vénus au miroirTitien, Tintoret, Véronèse, mais aussi Bassano, que l’on connaît moins : c’est à une véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu’au 4 janvier 2010.

Pourquoi faut-il y aller ? Parce que la peinture vénitienne du XVIème siècle ajoute aux acquis de la Renaissance italienne la chaleur de la lumière et la passion de la couleur, et concentre des artistes dont la rivalité a exacerbé le talent.
Le contexte politique vénitien l’explique en partie : alors qu’ailleurs dans la péninsule une seule famille à la tête d’une principauté (comme les Médicis à Florence ou les Gonzagues à Mantoue) privilégie un artiste "officiel" destinataire de l’essentiel des commandes, Venise au contraire est une république où plus d’une centaine de familles de patriciens se partagent le pouvoir. Chacune choisit ses artistes pour asseoir son prestige, multiplie les commandes et favorise la pluralité. Même les institutions jouent sur l’émulation, en attribuant par concours les commandes pour les édifices religieux et publics.
Titien, le patriarche, et le plus renommé d’entre tous bien au delà de la République (l’empereur Charles Quint et son fils le roi Philippe II d’Espagne sont ses amis) ne "régnait" donc pas seul. Malgré ses efforts pour écarter Tintoret de la scène artistique, celui-ci se fit connaître par sa peinture très affirmée et un style bien différent de celui de son aîné. Véronèse en revanche n’a pas eu de mal à décrocher de grandes commandes dès son arrivée à Venise, notamment pour le palais des Doges, car le grand maître le soutenait…

Cette compétition des plus fécondes est parfaitement lisible à travers le parcours, pour lequel les commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert ont choisi des thématiques fortes de la peinture vénitienne et confronté pour chacune d’entre elles des tableaux des différents artistes. Rivalités à Venise réunit ainsi toutes les qualité qu’on voudrait toujours trouver à une exposition : intelligence et clarté du propos, sûreté et audace dans les choix, rythme du parcours, entre rupture et progression des sujets. Qualité des œuvres enfin, puisqu’à ceux du Louvre répondent des chefs d’œuvre venus d’un peu partout, de Vienne, de Londres, du Prado, du Capodimonte à Naples, de Chicago, de Washington…

Sur les mérites respectifs des artistes, chacun se fera son opinion bien sûr, voire verra confortée celle qu’il a déjà. Le fou de Titien le restera et gardera un peu de son dédain pour les démonstratives contorsions des corps de Tintoret. A celle de la pose, on préfère l’apparence du naturel ; aux postures héroïques, les figures de ce monde ; aux musculatures antiques, la délicatesse des chairs ; à la dramaturgie extrême, l’expression toute humaine des sentiments… Comblés donc, les amoureux de Titien observeront l’évolution de sa peinture au fil du temps, grâce à des sujets proches ou identiques traités à différentes époques (Danaé, Tarquin et Lucrèce…).
La virtuosité de Véronèse apparaît de façon éclatante, comme dans le Christ guérissant une femme souffrant d’épanchements de sang de la National Gallery : par l’emploi de couleurs claires et brillantes, il rend parfaitement distincts une foule de personnages, servis par une composition classique superbe, alors que la finesse des traits et l’expression de la femme agenouillée tournant son visage vers le Christ impriment au tableau une grâce inouïe. Harmonie, lumière, richesse de la palette : c’est tout Véronèse et c’est une splendeur.

Rivalités à Venise, Tintoret, Suzanne et les vieillards, ViennePortraits de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus poignants les uns que les autres) … les différentes sections de l’exposition sont tout aussi passionnantes. On s’attarde aussi sur celle consacrée au reflet, qui renvoie notamment à l’un des grands débats esthétiques et théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure d’homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir et une fontaine d’eau (aujourd’hui disparu), les artistes vénitiens se sont surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de représenter tous les aspects d’un personnage sans se déplacer, alors qu’avec une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour… Tintoret a interprété ce thème avec espièglerie (l’humour et la légèreté sont d’autres traits que l’on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l’influence du Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui aussi un grand de Venise.

Titien, Tintoret, Véronèse – Rivalités à Venise
Jusqu’au 4 janvier 2010
Musée du Louvre
Hall Napoléon (accès par la pyramide, la galerie du Carrousel ou le passage Richelieu)
TLJ sf le mar., de 9h à 18h, jusqu’à 20h le sam. et jusqu’à 22h les mer. et ven.
Entrée 11 € (14 € si on veut aussi profiter du Musée)

Images : Titien , Vénus au miroir, National Gallery of Art © Board of the Trustees of the National Gallery, Washington
et Tintoret , Suzanne et les vieillards, © Kunsthistorisches Museum, Vienne

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Les plages d'Agnès. Agnès Varda

Les plages d'Agnès, Agnès VardaCe film ne ressemble à aucun autre. Autobiographie. Mémoires.
Pour tracer les grandes lignes de sa vie, Agnès Varda s’est emparé de ce qui constitue sa plume depuis plus de cinquante ans : la caméra. Pour y placer son sujet devant : elle. Osé.
Le fil est chronologique. Il commence donc par les plages de son enfance, celles de la mer du Nord, dont les noms l’enchantent encore aujourd’hui. Dans une scène d’ouverture magnifique – installation de miroirs anciens sur le sable, alors que le vent agite son écharpe colorée – Agnès Varda plante quelques photos et donne le ton : calme, enjoué, clair. Drôle de projet, confit-elle. "Pas de nostalgie". Ce qui n’empêche pas la passion pour les photographies, même celles de familles inconnues trouvées dans les brocantes.

En 1940, la guerre pousse sa famille de Belgique jusqu’à Sète. Là, pendant quatre ans, les cinq enfants et leur mère vivront à bord d’une péniche, à la Pointe-Courte.
Avec des comédiens d’aujourd’hui et en couleurs, Agnès recrée les scènes, retrouve les blouses et les chants de ses souvenirs, réincarne son passé.
Juste avant la Libération, les Varda "montent" à Paris ("comme si la France était verticale !" souligne joliment la cinéaste) ; pour Agnès, c’est l’école du Louvre, lecture sur les quais et débuts dans la photographie pour le théâtre.

Et puis le cinéma vient vite, alors qu’elle n’a encore vu que neuf ou dix films dans sa vie. Mais elle s’est "lancée" ; dit-elle si simplement. La Pointe-Courte, Cléo de 5 à 7, etc. Sa fille Rosalie ; ses amis artistes ; et puis Jacques Demy, et encore leur fils Mathieu…
Comment raconter cette vie si riche, faite de rencontres, de créations, de voyages ?
En mettant ensemble des bouts de tout cela, sans chercher à leur donner une cohérence. En accolant, comme les pièces d’un puzzle, les photos, les scènes reconstituées, les extraits de films, d’installations et d’expositions, pour donner à voir les lieux qui ont compté, les gens qu’elle a aimés, les oeuvres qu’elle a réalisées.

Le lien se fait comme par magie avec la voix d’Agnès, omniprésente, et son image d’aujourd’hui, celle d’une octogénaire pleine de sagesse et de malice. Ce tout disparate tient parfaitement debout, armuré par un savant montage, mais peut-être plus encore par la simplicité, le naturel et la fantaisie d’Agnès Varda, qui en ne cessant de parler d’elle nous renvoie à des questions qui pourraient être qu’est-ce qu’une vie ?, qu’est-ce qui lui donne une cohérence ?, "qu’est-ce qui "fait" une personne ? qu’est-ce qui lui donne son unité ? Sur les magnifiques plages d’Agnès se trouvent beaucoup de réponses.

Les plages d’Agnès
Un film documentaire d’Agnès Varda
Durée 1 h 50

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Mantegna au musée du Louvre

Exposition Mantegna au LouvreDe l’école de Padoue du milieu du Quattrocento, il a repris ces mille ornementations, guirlandes décoratives, angelots, fruits rebondis et marbres polychromes, autant de petites festivités qui animent le tableau et enchantent le regard.

De l’humeur vénitienne, il a aimé la douceur des personnages belliniens, cet air faussement rêveur d’une Sainte Justine délicieusement drapée d’un vêtement au rose délicat. Devenu l’époux de la fille de Jacopo Bellini, il a entretenu, pendant une petite dizaine d’années, un dialogue fructueux avec son beau-frère Giovanni, autour d’une lumière raffinée, de couleurs vives et d’un sens narratif proche de celui du théâtre.

Mais c’est peut-être du côté de la sculpture qu’il faut chercher l’inspiration la plus déterminante d’Andrea Mantegna (1431-1506). En 1443, Donatello, le plus grand sculpteur de son siècle, le Florentin imprégné des idées humanistes et du retour à l’Antique vient à Padoue pour y déployer son art pendant dix ans. De là peut-être est née chez le jeune Mantegna cette veine sculpturale, monumentale, souvent jugée "sévère", ses mises en perspective et ses décors antiquisants.

De toutes ces inspirations, la magnifique exposition du Louvre rend compte. Elle présente le parcours de Mantegna de façon chronologique mais prend soin d’entourer ses œuvres de celles d’autres peintres de son temps, faisant apparaître les influences réciproques et les modalités de diffusion des styles, grâce à des supports comme la gravure ou la collaboration des artistes avec les artisans, orfèvres, menuisiers, tapissiers, potiers…

Tout autant, ce parcours est un hommage au talent et au succès précoce d’Andrea Mantegna, de ses premières réalisations, notamment pour la chapelle Ovetari alors qu’il n’est âgé que de dix-huit ans, au triptyque de San Zeno de Vérone, resté à son emplacement d’origine mais dont on peut admirer ici réunis les trois panneaux de la prédelle. Ils témoignent d’un sens de la mise en scène qui n’a d’égal que celui du détail, digne des maîtres flamands.
Saint-Sebastien du Louvre, MantegnaPuis, très vite, Mantegna est demandé à la cour des Gonzague à Mantoue, où il s’installe en 1460 pour y rester jusqu’à sa mort.
Les tableaux et décors les plus splendides – et souvent somptueux – se succèdent. Si le célèbre Christ mort de Milan n’a pu faire le déplacement, le musée fait en revanche côtoyer son Saint-Sébastien avec celui de Vienne, moins monumental mais peut-être plus touchant, et plus intrigant aussi avec son cavalier dans les nuages. Avec leur décorum ultra-antique, les deux manifestent la nostalgie d’un âge d’or classique idéalisé.

A tant d’austérité, les dernières toiles apportent un divertissement inattendu : avant le cycle des neuf toiles des Triomphes qui occupèrent ses dernières années, Mantegna dut répondre à la commande d’Isabelle d’Este Gonzague, qui voulait orner son studiolo de peintures de différents artistes, et surtout d’oeuvres novatrices. La Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu offre un ensemble d’êtres étranges symboles de l’avarice, de l’ignorance, de la paresse… : voici un Mantegna à l’imagination prolifique, dont la fantaisie et l’inventivité rappellent celles de certaines de ses gravures, où il trouvait quelque espace de liberté, tels Le Combat des dieux marins, plein de monstres en mouvement.

Andra Mantegna s’éteint au tout début du XVIème siècle, après avoir croisé Léonard de Vinci à Mantoue. Il paraît que les deux artistes ne se comprirent pas. Il faut dire que s’ouvrait alors une autre ère, faite de sfumato et d’expressions de l’âme ; la "modernité" de Mantegna n’était déjà plus.

Mantegna
Musée du Louvre
Jusqu’au 5 janvier 2009
TLJ, sf le mardi, de 9 h à 18 h et jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi
Jusqu’à 20 h tous les samedis, les 27,28,29 décembre et les 3,4,5 janvier
Billet spécifique pour l’exposition Mantegna : 9,50 €

Images : Andrea Mantegna, Sainte Justine (1453-1455), Bois; H. : 1,18 m ; L. : 0,42 m, Milan, Pinacoteca di Brera, inv. 165 © Sovr. Beni artistici e storici, Pinacoteca di Brera, Milan et Saint Sébastien (vers 1478-1480 ?), Tempera sur toile de lin; H. : 2,55 m ; L. : 1,40 m Paris, Musée du Louvre, dép. des Peintures, RF 1766 © 2008 C2RMF/ Jean-Louis Bellec

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