Manuscrits de guerre. Julien Gracq

Julien Gracq, Manuscrits de Guerre, José CortiDeux formes d’écriture pour nous conter l’histoire d’une défaite.
Julien Gracq n’a jamais publié ces manuscrits qui ont attendu sa disparition pour être proposés à la lecture. Peut-être les a-t-il jugés trop proches de lui, car ils mettent en scène le lieutenant Louis Poirier, qui a préféré construire une œuvre sous le nom de Gracq, caractérisée par un imaginaire qui privilégie le fantasmatique des situations plutôt que la référence au réel.

Ici la guerre de 1940 est décrite d’abord par le lieutenant Poirier, au jour le jour, du 10 mai au 2 juin. Le climat de défaitisme y est très précisément décrit. La section que dirige le lieutenant est totalement dépassée par les évènements. Des ordres contradictoires ou pas d’ordre du tout de la part du commandement, des ennemis dont on sent la présence mais souvent invisibles, qui semblent véritablement se promener dans la campagne plutôt que faire la guerre. Lorsque les deux armées s’affrontent, c’est pour s’apercevoir de l’évidente supériorité de l’armée allemande : « J’ai beau faire, je sens en moi-même combien en quelques minutes, sans contact direct, l’ennemi a établi un ascendant brutal sur nous –combien dès ce moment nous nous sentons surclassés (…) il ne nous en faut pas plus pour savoir, au plus intime de nous-mêmes, qu’il suffit d’une pichenette de notre part pour déclencher instantanément chez l’homme d’en face un violent coup de poing ».

Dès la défaite, Poirier interprète les évènements à la manière de Gracq, plus attiré par les logiques cachées et les motivations secrètes que par les rationalisations savantes : « Mais c’était peut-être trop laisser de côté la part obscure du combat : le duel des volontés –et pour l’âme docile au choc si autoritaire des détonations contre le tympan il s’établissait comme en langage chiffré, comme en morse, un dialogue mystique : d’un côté l’âme sage, timide et économe, et de l’autre une volonté sauvage, farouche, d’étouffer, d’écraser, de courber sous son joug l’adversaire, d’avoir à tout prix le dernier mot ».

Aussi ces Souvenirs de guerre en disent tellement sur cette période (qui avait encore en mémoire l’affreuse boucherie de 14-18), que le Récit de Julien Gracq, à la troisième personne, cette fois plus « travaillé », littérairement parlant, ne semble pas apporter grand-chose de plus. Ou alors il ne faut pas lire les deux formes à la suite, ou lire d’abord la seconde. On trouve les phrases trop longues, un abus des deux points. Dans les trente dernières pages, le ton devient plus juste. Il fallait en somme choisir, ou raconter cette guerre ou évoquer le lourd sentiment de défaite par un récit moins situé, plus onirique. Poirier avait choisi Gracq, qui n’avait pas publié.

Manuscrits de guerre
Julien Gracq
José Corti, avril 2011 (19 €)

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L’Art de l’automobile. Chefs-d’œuvre de la collection Ralph Lauren

Alfa Romeo 1938 chez Ralph Lauren

Nul besoin d’être transporté, si l’on ose dire, par les engins mécaniques, pour apprécier l’exposition des dix-sept automobiles issues de la collection de Ralph Lauren, à voir au Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu’au 28 août 2011.

Merveilleusement et simplement mises en valeur, ces voitures de course – certaines dans une version "grand tourisme" – sont de véritables pièces de design, que l’on peut admirer, indifférent aux notions de cylindrée et de vitesse, comme des œuvres d’art.
Présentées par ordre chronologique les exemplaires exposés couvrent essentiellement la période 1929-1960, excepté une Mc Laren F1 LM de 1996.

Ce qui frappe le plus à la découverte de ces modèles d’exception (la plupart n’ont été fabriqués qu’à un nombre très limité d’exemplaires) est la sensualité de leurs lignes, toutes en courbes et délicieusement profilées, sans parler de leur "robe" : impeccablement restaurées et bichonnées, leurs carrosseries et leurs chromes ont la brillance de la soie et leurs intérieurs de cuir sont une invitation à l’abandon… Comment imaginer tant de fureur (les vitesses annoncées dont de l’ordre de 200 voire 250 km/heure) dans la douceur de tels écrins ?

A propos de fureur, on verra l’une des 90 voitures sorties d’usine de la fameuse Porsche 550 Spyder, modèle au volant de laquelle, alors flambant neuve, James Dean a trouvé la mort en 1955.
On pourra aussi regarder longuement le petit bijou qu’est la Bugatti Atlantic (1938) placée en ouverture d’exposition, synonyme de luxe absolu quand on sait qu’il n’en fut construit que quatre exemplaires, et dont les assemblages à rivets ne sont pas sans rappeler la haute-couture.
Conquis par la beauté de ces autos, on finit par jouer à "si j’avais le choix, laquelle je prendrais ?". Réponse : pas une mais deux ! La flamboyante Alpha Romeo 8 C 2900 Mille Miglia de 1938, dont les phares provocants, le rouge clair déraisonnable et les ailes profilées en goutte d’eau semblent dessinés pour déambuler sur la Riviera ; et la très classieuse Jaguar XK120 Roadster (1950), adorée par les stars du cinéma hollywoodien, parfaite pour circuler partout ailleurs où il fait beau.

Chefs d'oeuvre de la collection Ralph Lauren

L’Art de l’automobile. Chefs-d’œuvre de la collection Ralph Lauren
Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli – 75001 Paris
Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Le jeudi : nocturne jusqu’à 21h
Entrée 9 € (TR 7,5 €)
Jusqu’au 28 août 2011

Alfa Romeo 8C 2900 Mille Miglia, 1938 et Jaguar XK120 Roadster, 1950. Collection Ralph Lauren © Photo Michael Furman

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Pater. Alain Cavalier

Pater, Alain Cavalier

Où sommes nous ? Dans un film d’Alain Cavalier ; tourné dans l’appartement d’Alain Cavalier. Que voit-on ? Les mains d’Alain Cavalier servant un repas. Qui tient la caméra ? Vincent Lindon. Qu’est-ce qu’ils font là, tous les deux ? Pour l’instant, ils mangent une assiette d’anti-pasti soigneusement préparée et boivent du vin.
Plus tard, ils poursuivront. Avec d’autres aussi, parfois.
C’est important, ce moment, ce partage. Alain Cavalier qui demande à Vincent Lindon : tu en as assez, je t’en mets un peu plus ? Déjà, un lien se dessine, celui que signe le titre du film : un lien filial, tendre et très fort.

Pendant 1 h 45, on va voir deux hommes qui à la fois jouent à être, l’un président de la République (Cavalier, magnifique) et l’autre son premier ministre (Lindon, impressionnant) et en même temps incarnent ce président et ce premier ministre. Ambiguïté délicieuse qui, loin d’égarer, additionne les bienfaits des deux situations.
Dans l’une, on découvre la complicité de deux artistes cimentée par un projet commun, se passant alternativement la caméra numérique, faisant ensemble du cinéma à faibles moyens et aux très ambitieuses idées.
Dans l’autre, on assiste à la relation respectueuse, amicale, et parfois très dure, entre deux hommes politiques, l’un en fin de parcours, l’autre en pleine ascension. Ce qui les unit ? Un même engagement politique pour une société moins injuste où, "de même qu’il existe un salaire minimum, il existerait un salaire maximum".

Difficile de décrire les sentiments de félicité et de gratitude qui envahissent le spectateur pendant et après le film.
Certainement viennent-ils de cet amour qui se dégage de ces deux êtres et de ces deux personnages ; mais aussi de la clairvoyance d’Alain Cavalier en matière politique (à laquelle se conjugue la vision de Vincent Lindon), qui montre avec une formidable acuité les ressorts de l’engagement dans l’action politique, les ressorts de compétition et les stratégies qu’elle implique. Dans une "sortie" confondante de naturel, Vincent Lindon démontre superbement comment les puissants peuvent être forts avec les faibles et faibles avec les forts. Dans une scène inoubliable, extraordinaire de vérité, de calme et de retenue, les deux hommes et l’un de leur ministre découvrent la photo d’un adversaire en situation compromettante.
En ce sens, ce qu’apporte le film d’Alain Cavalier est un regard qui peut sembler nouveau tant il tranche avec la vision actuelle du politique qui tend à l’assimiler à de la bouillie pour les chats : c’est un regard sur la noblesse de la politique quand elle est choisie pour porter des idées auxquelles on croit. Aux idées qu’il développe, le terme d’humanisme n’est pas étranger ; à la manière de servir, ceux d’intégrité et de dignité ont du sens ; le tout dans un mouvement multiple (politique, personnel, artistique) et totalement sublime de transmission.

Pater
Un film d’Alain Cavalier
Avec Vincent Lindon, Alain Cavalier, Bernard Bureau
Durée 1 h 45
Sorti en salles le 22 juin 2011

Photo © Pathé Distribution

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Minuit à Paris. Woody Allen

Minuit à Paris

En cette semaine de fête du cinéma, qui peut être l’occasion d’entreprendre une "cure" ciné pour profiter de la multitude de propositions actuelles, de qualité inégale il est vrai, que ceux qui n’ont pas encore vu Midnight in Paris ne se sentent pas obligés de s’y précipiter.

On aura rarement vu un tel navet.
L’Europe avait pourtant ces dernières années plutôt réussi à Woody Allen, avec Match Point, Scoop, ou encore l’escapade de Vicky et Cristina à Barcelone.
Il y avait là une fantaisie et une vivacité des acteurs qui balayaient les éventuelles faiblesses scénaristiques.
Hélas, rien ne vient sauver le Paris de Woody.

Mettons un jeune couple d’Américains sur le point de se marier en villégiature à l’hôtel Bristol ; entourons-les des riches et conservateurs parents de mademoiselle, conventionnels et matérialistes, c’est entendu. Ajoutons un autre jeune couple, dont le mâle est la pédanterie intellectuelle et culturelle incarnée. Tout ça se trimbale dans Paris et ses alentours, visite Versailles, Rodin, court l’antiquaire Rive Gauche et les dégustations de Bordeaux habillées. C’est comme on le voit d’ici : personnages archétypaux et et cliché sur cliché.

Mais le jeune homme, prénommé Gil et naturellement écrivain, voit, lui, plus grand que cela : lui voit la beauté du vrai Paris, le Paris de l’entre-deux-guerres, des artistes et de la fête. A tel point que lors d’échappées nocturnes, il se met à vivre son rêve, à rencontrer Hemingway, Buñuel et Picasso (entre autres, mais qu’on se rassure, ils y sont tous).
A ce stade, les ressources du cinéaste new-yorkais pour produire du convenu semblent infinies : c’est à qui ressemblera le plus à sa propre légende. Pour faire bonne mesure, notre Gil tombe amoureux d’une belle, ex de Modigliani, dont le rôle revient en toute logique à Marion Cotillard. Si l’égérie cinématographique française des Américains pouvait un tant soit peu émouvoir, on aurait largement eu le temps de le remarquer.
Quant à ce pauvre Owen Wilson, que s’est-il fourvoyé dans cette affaire, contraint de garder toujours la même moue de poisson rouge, désespéré par ses compatriotes le jour et médusé par le bouillonnement artistique parisien des années folles la nuit ?
Il n’y a rien à faire, avec la meilleure volonté du monde, l’histoire vue de Paris (et non de Cannes !) ne prend pas, les personnages ne s’incarnent pas et la fantaisie de Woody Allen semble noyée sous un amas de vieilles cartes postales.

Minuit à Paris (Midnight in Paris )
Un film de Woody Allen
Avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen
Durée 1 h 34
Date de sortie cinéma : 11 mai 2011

Photo © Mars Distribution

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The Tree of Life. Terrence Malick

Sean Penn in The tree of life, Terrence MalickIl était très attendu cet Arbre de vie.

D’abord parce qu’après des films tels que Les Moissons du ciel et Le Nouveau Monde enchanteurs, grande était l’impatience de découvrir ce qui ne pouvait qu’être un nouveau chef d’œuvre.

Ensuite parce que Terrence Malik était déjà annoncé au Festival de Cannes 2010, avant de déclarer in extremis qu’il préférait en peaufiner encore le montage.

Un an de plus, donc, et le film est au rendez-vous sur la Croisette, où il se voit récompensé de la Palme d’or. Il sort en salles dans la foulée, et les aficionados de s’écrier : « Enfin ! ».

On ne devrait jamais trop anticiper sur son plaisir, telle est la morale de l’histoire.
Car Malik nous déçoit, et par là-même nous laisse dubitatif sur cette année de re-montage du film…

Voici l’histoire, ou ce qui en tient lieu : dans le Texas des années 1950, le bonheur d’une famille de la middle-class est brisé par le décès accidentel du cadet des trois fils, alors âgé de 19 ans.
Devenu adulte, l’aîné – joué par Sean Penn – se remémore son enfance.
Par ailleurs, le monde est créé : l’univers, les planètes, la vie, les poissons qui prennent des pattes pour habiter la terre, les dinosaures etc.
Trois approches, donc, d’inégales durées : le cœur du film, c’est cette famille américaine ; la création du monde et Sean Penn rattrapé par son passé en étant les « périphériques ».
Sur le papier, le tout peut faire craindre l’emphase ; sur la pellicule, c’est pire.
Surtout, l’ensemble ne tient pas et, dès lors, même cette famille des années 1950 paraît théorique.

De là à jeter Terrence Malik avec l’eau de son bain, il y a un pas qu’on ne franchira pas : il fait la preuve une fois de plus de son immense talent de cinéaste, compris comme celui de créer de magnifiques images.

L'arbre de vie de Terrence MalickMais tout se passe comme s’il avait été pris à son propre piège, à son tourbillonnant génie.
Les architectures de verre contemporaines dans lesquelles Sean Penn évolue sont une splendeur. La longue séquence de création du monde, pour peu qu’on s’y laisse guider avec tranquillité, est un merveilleux moment de cinéma, yeux et oreilles comblés. La façon dont il filme la mère, le père, les enfants, l’arbre et la maison de cette famille déchirée, caméra tournoyante et caressante, séduit beaucoup au début.
Hélas cette manière ne résiste pas à la longueur du film pour un si faible contenu.
Pour qu’il fonctionne, l’art de l’ellipse doit permettre de révéler ; s’il n’est pas au service de la suggestion, et en outre insiste, il finit par fatiguer.

Tel est le travers dans lequel est tombé Terrence Malik : l’histoire du petit garçon élevé à la dure par son père, presque amoureusement lié à sa mère, fusionnel avec son frère tragiquement disparu aurait pu être émouvante.
Le réalisateur échoue à ce qu’elle le soit : trop de virtuosité dans le maniement de l’image, trop de souci esthétique passent devant la vibration des chairs et des cœurs. Le lien avec la création de la vie n’apparaît pas ; quant au petit garçon devenu grand architecte souffrant de son passé, il semble tout simplement banal.
Malgré le talent des acteurs et l’indéniable sensibilité du poète Malik, le réalisateur américain nous fait pour la première fois la triste et trop longue démonstration d’une esthétique qui tourne à vide.

The Tree of Life
Un film de Terrence Malick
Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn
Durée 2 h 18
Sorti en salles le 17 mai 2011
Palme d’Or Festival de Cannes 2011

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Un fil à la patte. Jérôme Deschamps

Un fil à la patte, Feydeau, Jérôme DeschampsPourquoi évoquer aujourd’hui un spectacle dont les représentations se sont achevées (à guichets fermés) le 18 juin dernier ?

D’abord, parce qu’on ne peut résister au plaisir de faire partager la joyeuse soirée passée en compagnie de la troupe du Français dirigée par Jérôme Deschamps – qui fut d’ailleurs lui-même dans les années 1970 pensionnaire de la Comédie-Française avant de créer les Deschiens – dans cet inoxydable texte de Georges Feydeau.

Mais surtout, pour signaler que la pièce sera à nouveau donnée dans la salle Richelieu en décembre 2011, avant d’être reprise à l’été 2012.

Dans les vaudevilles de Feydeau, c’est bien connu, tout est affaire de rythme. La situation de départ est classique – ici un Bois d’Enghien désargenté sur le point de faire un mariage de fortune, qui ne sait comment rompre avec sa maîtresse Lucette Gautier, chanteuse de café-concert très éprise.
Mais très vite, l’intrigue se complique de péripéties qui viennent bousculer tant et plus la narration, jusqu’à ne plus savoir, à la fin, comment on en est arrivé là.

Ce rythme trépidant, la mise en scène de Jérôme Deschamps l’imprime parfaitement et l’implacable mécanique roule à merveille.
Quant aux comédiens du Français, ils ont leur très large part dans ce succès. La distribution est parfaitement en place – on a pu entendre des réserves sur Hervé Pierre dans le rôle de Bois d’Enghien à la création de la pièce, mais c’était en décembre dernier et depuis, après plus de six mois de représentations, l’on voit un comédien des plus à son aise dans la puissance comique du Fil à la patte.
Evidemment, c’est Christian Hecq (justement récompensé du Molière du Meilleur comédien 2011) qui remporte les suffrages, mesurés aux éclats de rire et aux applaudissements pendant le spectacle. Jouant de son corps d’une façon étonnante, il fait du rôle de Bouzin – clerc de notaire mesquin et étriqué, à ses heures auteur de pauvres chansons et bouffi de prétentions – le bouffon qui sur scène exaspère son monde et dans la salle dynamite le public.
Florence Vial est une Lucette Gautier délicieuse du naturel qui est le propre du rôle. Ses comparses ne sont pas en reste, que ce soit Dominique Constanza en Baronne qui ne s’en laisse guère conter, mère de la future mariée, ou celle-ci, interprétée par Giorgia Scalett avec tout le mélange de lucidité et de naïveté requis, ou encore Guillaume Galienne, irrésistible en Miss Betting.
Les décors, classiques et lumineux sont tout à fait propos, alors que les costumes – robes longues froufroutantes pour ces dames – achèvent de nous plonger dans la gaité et la frivolité de la Belle Epoque.

Un fil à la patte
de Georges Feydeau
Mise en scène Jérôme Deschamps
Avec Hervé Pierre, Florence Viala, Dominique Constanza, Christian Hecq, Thierry Hancisse, Georgia Scalliet, Guillaume Galienne, Claude Mathieu
Comédie Française
Salle Richelieu – Place Colette 75001 Paris
Du 2 décembre 2011 au 1er janvier 2012 puis du 26 juin au 22 juillet 2012
La pièce a été diffusée le 22 février 2011 en direct sur France 2

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Le Festival ImageSingulières à Sète, entre poésie et violence

Juan Manuel Castro Prieto à Sete

La 3ème édition du festival de photographie documentaire sétois est l’occasion d’exposer les images de l’artiste invité à résidence cette année pour révéler son regard photographique sur la ville-port. Objet d’un nouvel ouvrage de la collection « ImageSingulières » après ceux du Suédois Anders Peterson, du Français Bertrand Meunier et de l’Américaine Juliana Beasley, le travail de l’Espagnol Juan Manuel Castro Prieto est exposé à la Chapelle du Quartier Haut jusqu’au 10 juillet 2011.

Partie de l’ancien couvent des religieuses de Saint-Maur construite au XVIII° siècle, désacralisée au début du XX° pour être transformée en atelier du collège technique, la chapelle est désormais un lieu d’exposition. Avec son beau volume et ses murs patinés, elle constitue l’écrin idéal aux photographies empreintes de mélancolie de Castro Prieto.

L’Espagnol a photographié Sète à l’ancienne, avec une chambre 20 x 25. Ses photos ont des teintes pastels, très douces, parfois presque fanées.
Les objets familiers en tous genres, notamment de ceux exposés au Musée International des Arts Modestes (le MIAM) de Sète y ont une belle place, rappelant la culture populaire de la ville. La barque de pêcheur se découpant au dessus de l’étang de Thau avec le Mont Saint-Clair en arrière-fond semble avoir été là de toute éternité. Un calme formidable se dégage de ces images, qu’il s’agisse de l’intérieur du théâtre Molière vide ou de ces « personnages » locaux impassibles. Même la conversation de deux dames de la Pointe Courte assises l’une près de l’autre ne paraît nullement dérangée, encore moins dérangeante.
Grâce à un flouté cohabitant avec des zones si nettes que l’on croirait pouvoir toucher les objets et les sujets, les photographies de Castro Prieto convoquent tout à la fois le présent le plus immédiat, le passé le plus émouvant et la poésie la plus délicate.

ImageSingulieres 2011, Letizia Bettaglia

Ce sera à peu près le seul moment de quiétude au cœur de la manifestation ImageSingulières qui, elle, finit le 19 juin 2011 : la photographie documentaire présentée à Sète nous montre dans son ensemble un monde d’une violence radicale.
Concentré de ces regards sans fards, l’exposition collective au titre explicite « Mafia(s) » bénéficie elle aussi d’un espace des plus adaptés à son propos.
Dans l’un des anciens chais du Quai des Moulins, une friche industrielle en pleine restauration, des containers installés sur la terre battue humide abritent les photos projetées, quand elle ne le sont pas à même les murs bruts à peine blanchis. Pendant la visite, dans les chais contigus, les bruits des chantiers en cours continuent de résonner…
Telle est l’ambiance générale dans cet étrange cadre. Mais elle est presque poésie à côté des images que l’on découvre. De la violence de la mafia russe à celle du Japon (Bruce Gilden), du Cartucho , quartier de Bogota où vivent des milliers de délinquants et de miséreux, au film « La vida Loca » du photographe et réalisateur Christian Poveda assassiné en 2009 par ceux-là mêmes qui faisaient l’objet de son documentaire, les gangs des Maras du Salvador, qui sèment la terreur en Amérique Centrale, d’un bout à l’autre du globe, c’est la pègre, la violence et la mort toujours recommencées.
Poignants entre tous, le travail d’Elisabeth Cosmi sur les toutes jeunes femmes nigérianes prostituées de force au large de Naples et l’inlassable (et risqué) témoignage de Letizia Battaglia sur les crimes de la mafia sicilienne sont d’autres bourrasques que le visiteur reçoit en pleine face, les yeux décillés sur ce qu’il croit savoir mais ne réalise vraiment que confronté à sa représentation.

ImageSingulières
3ème rendez-vous photographique
Du 2 au 19 juin 2011
Divers lieux de Sète, dans l’Hérault

Photos de Juan Manuel Castro Prieto
Chapelle du Quartier Haut à Sète
Jusqu’au 10 juillet 2011
Catalogue (CéTàVoir / Images en manoeuvre) 96 p., 25 €
www.cetavoir.fr

Photo © Juan Manuel Castro Prieto / VU
et Letizia Battaglia

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Anish Kapoor – Leviathan, Monumenta 2011

Leviathan, Anish Kapoor

Leviathan est la 4ème proposition du cycle Monumenta présenté sous la nef du Grand-Palais depuis 2009.
L’artiste invité à créer une œuvre spécifique pour ce lieu exceptionnel est toujours un grand nom de l’art contemporain, mais sans être pour autant bien connu du grand public. Tel est le cas du britannique d’origine indienne Anish Kapoor, qui succède jusqu’au 23 juin prochain à Anselm Kiefer, Richard Serra et Christian Boltanski.
Autant de souvenirs d’expériences sensorielles et émotionnelles inoubliables, qui désormais créent une attente et une exigence presque aussi élevées que la verrière de la célèbre nef.
La déception n’est pourtant pas pour cette fois.

Avec Leviathan, le spectacle se découpe en deux actes, tout aussi impressionnants l’un que l’autre.
Premier acte au débouché d’un seuil de porte à tambour où, après avoir été brièvement plongé dans l’obscurité complète, l’on se retrouve soudain entièrement immergé dans l’œuvre elle-même, immense volume sombre et parfaitement clos, rouge monochrome dont les nuances ne résulteront que des jeux de la lumière naturelle inondant la nef. Le souffle coupé, le nez en l’air, les yeux écarquillés, il faut de longues minutes pour digérer le choc visuel, avant de se demander de quoi il s’agit : forme ? Matière ? Et d’où viennent ces ombres et ces éclaircies qui se dessinent par moments sous la voûte ?
Petit à petit, l’on comprend mieux ; on reconnaît le découpage de la structure métallique de la verrière dans le jeu d’ombres chinoises, on réalise que cette œuvre gigantesque qui nous accueille en elle est faite d’un même matériau et que les lignes qui la strient ne sont que des motifs soulignant les formes concaves et convexes de la paroi.

Anish Kapoor, Leviathan

Puis, lorsqu’on en a assez de se trouver enfermé dans cette sorte de ventre alors que dehors est la lumière… il est temps de sortir.

C’est ainsi que se découvre, toujours dans la nef, l’extérieur du Leviathan. Il s’agit d’une sorte de PVC gonflé, de couleur rouge sombre, très brillante, formant en plusieurs sphères reliées entre elles une espèce d’organe géant près de toucher le plafond de verre.
Promenade autour, multiplication des points de vue, admiration.
Au caractère proprement inédit de l’expérience, se mêle l’impression de simplicité que dégage cette oeuvre, très corporelle, très humaine, rassurante dans ses courbes, sa texture et sa teinte et, en même temps, occupant tant de place qu’elle en est effrayante…

Monumenta 2011
Anish Kapoor – Leviathan
Nef du Grand Palais – Avenue Winston Churchill 75008 Paris
TLJ sf mar., de 10h à 19h lun. et le mer. et de 10h à minuit du jeu. au dim.
Fermeture des caisses 45 min avant la fermeture de l’exposition
Métro : lignes 1, 9, 13 / Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées-Clemenceau
Bus : lignes 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
Entrée : 5 euros (TR : 2,50 euros)
Le billet d’entrée donne également accès à la programmation culturelle du même jour
A voir jusqu’au 23 juin 2011

Monumenta 2011, Anish Kapoor, Leviathan

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Mille francs de récompense au Théâtre de l'Odéon

Mille francs de récompense mis en scène par Laurent Pelly

Alors que les feux sont braqués sur les écrans cannois, il se passe en ce moment sur les planches parisiennes un grand moment de théâtre, un de ces spectacles intelligents et populaires que l’on attend longtemps et ne vit que trop rarement.

Le texte a près de 150 d’âge et n’est presque jamais joué. Son auteur est pourtant illustre, mais allez savoir pourquoi cette pièce écrite par Victor Hugo en 1865 n’a été éditée qu’en 1934 et montée pour la première fois… en 1961.
Et elle a en tout cas gardé toute sa fraîcheur.

C’est à Laurent Pelly que l’on doit la grâce de (re)découvrir cette œuvre, avec un travail de mise en scène des plus réussis.

Dans cette vaste pièce trépidante, qui tient en quatre actes comme autant d’épisodes d’un feuilleton illustré, l’on croise un député qui parle davantage de finance que de politique, un nouveau riche dégoulinant de vanité qui retourne sa veste à chaque changement de régime, méprisant avec les faibles et obséquieux avec les puissants, un homme né dans le ruisseau qui a tâté trois ans de cachot pour douze sous de forfait et dort depuis à la belle étoile, une fausse veuve-vraie fille, une demoiselle aussi pauvre qu’amoureuse, un huissier vendu au plus offrant, un grand-père malade, musicien, aimant et faussement italien, sans compter un richissime banquier prétendument espagnol et un juge de bois vert…
Avec tout ça, une vraie intrigue, qui tourne autour de mille francs de récompense pour quatre mille à retrouver, mais pour mieux accompagner les véritables questions de la pièce, qui sont celles de la dissimulation, de l’identité et de la fidélité.

La pièce est merveilleusement écrite, pleine d’humour notamment grâce au personnage du vagabond Glapieu qui se fait aussi observateur et commentateur de l’histoire. Victor Hugo, défenseur de la liberté, de l’honneur, du pauvre, de la veuve, du vieux, de la fille et de l’orphelin, y dresse un formidable tableau social du Paris sous la Restauration… dans lequel, hélas, le spectateur de 2011 trouvera bien des thèmes d’actualité.

Ce qu’en fait Laurent Pelly est formidable, à la fois respectueux de l’époque à travers des costumes et des décors impeccables, évitant la surcharge du XIXème dans le premier acte – idée géniale de figurer l’appartement et ses annexes en décor filaire -, faisant tomber la neige nocturne du 2ème sur un somptueux décor, et capable de faire ressortir la modernité de la pièce grâce à un rythme et une direction d’acteurs des plus justes. Tous les comédiens excellent, qui dans l’humour, qui dans l’émotion la plus touchante, tout en mettant en évidence ce que la pièce a de plus classique : cette variété de mensonges petits et grands, bien et mal fondés, ce jeu permanent et cette hypocrisie qui donnent à la vérité toute sa valeur…

Mille francs de récompense
De Victor Hugo
Mise en scène Laurent Pelly
Théâtre de l’Odéon
Jusqu’au 5 juin 2011
Dramaturgie : Agathe Mélinand
Scénographie : Chantal Thomas
Costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam
Son : Aline Loustalot
Avec Vincent Bramoullé, Christine Brücher, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Jérôme Huguet, Pascal Lambert, Eddy Letexier, Laurent Meininger, Jean-Benoît Terral, Émilie Vaudou, avec la participation de François Bombaglia
Durée : 3h15 avec un entracte
Places : 10 euros à 32 euros

Créé le 14 janvier 2010 au TNT – Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, production TNT – Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

photo © Polo Garat-Odessa

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L’Éclat de la Renaissance italienne à la Galerie des Gobelins

Exposition à la Galerie des Gobelins, éclats de la Renaissance italienne

A côté de la peinture, de la sculpture et de l’architecture, les splendeurs de la Renaissance italienne sont aussi à admirer sur de majestueuses tapisseries, à relier naturellement à la grande peinture du XVI° siècle renaissant.

La Galerie des Gobelins, dont on aime suivre régulièrement les expositions, inédites par leur objet et démesurées par la taille des œuvres déployées, nous amène une fois de plus à découvrir ces décors réalisés au fil des siècles pour décorer les demeures des papes et des souverains.

Jusqu’au 24 juillet, sont exposées une vingtaine de pièces issues des manufactures françaises et flamandes aux XVI° et XVII° siècles d’après des cartons ou des peintures de grands artistes de la Renaissance italienne : Raphaël, Giovanni da Udine, Jules Romain , mais aussi Giorgio Vasari et Michelangelo Cinganelli. A l’exception de trois acquises pour le Musée des Gobelins à la fin du XIX° siècle, toutes proviennent de la collection de Louis XIV et servirent d’ameublements jusqu’à la Révolution française.

Pour l’essentiel, ces œuvres sont marquées du sceau de Raphaël (1483-1520), extrêmement admiré dès le XVI° siècle. Il en est ainsi de la tenture des Actes des Apôtres, aux mouvements et aux expressions très accentués, réalisée à la demande du pape Leon X et dont des tissages ont été exécutés tout au long des XVI° et XVII° siècles. Les 4 pièces exposées ornaient à Paris les murs de l’abbaye de Sainte-Geneviève-du-Mont, à l’emplacement de l’actuel lycée Henri IV. La Messe de Bolsène, d’après les fresques des Chambres du Vatican commandées par Jules II, est d’un style assez différent : Raphaël y a majestueusement structuré l’espace grâce à moult éléments d’architecture mais aussi à un recours à la couleur très appuyé.

L’on découvre de nombreuses œuvres réalisées d’après les cartons du plus célèbre élève de Raphaël, Giulo Romano (1499-1546), dit Jules Romain en France. Selon Giorgio Vasari, « Parmi les innombrables élèves de Raphaël d’Urbin qui, pour la plupart, devinrent des artistes de talent, aucun ne l’imita mieux dans son style, son invention, son dessin et son coloris que Jules Romain (…) Raphaël l’aimait comme un fils et le fit collaborer à ses principales œuvres. » C’est lui qui réalisa, avec Fian Francesco Penni La bataille de Constantin, dont l’exécution avait été confiée à Raphaël avant sa mort. La scène représente un moment clé de l’histoire du christianisme, lorsque Constantin, au pont de Milvius, par sa victoire définitive sur Maxence, devint le maître de Rome et fit ainsi cesser les persécutions contre les Chrétiens.

Jules Romain, La bataille de ConstantinToujours d’après des cartons de Jules Romain, sont notamment présentées plusieurs pièces de l’impressionnante Histoire de Scipion : elle retrace l’histoire des campagnes victorieuses que ce jeune patricien romain mena au III° s. avant J.-C. contre Hannibal à Carthage lors de la deuxième guerre punique. Parmi ces pièces, l’on se plaît à détailler Le repas chez Syphax, dans un palais au décor majestueux, dont les nombreuses richesses sont mises en valeur par trois flambeaux éclairant la scène nocturne : nappes, tentures, décors de marbre, vases ornés, vêtements… Jules Romain n’a pas craint l’excès, déployant un univers luxueux scintillant d’ors et de couleurs.

Agréable « récréation » vers une iconographie davantage décorative qu’historique, la série de Giovanni da Udine (1487-1564), autre élève de Raphaël, montre la fantaisie du décor grotesque, imité de la Maison de Néron à Rome. Issues de l’ensemble Le triomphe des Dieux, Le triomphe de Minerve et plus encore Le triomphe de Vénus font toute leur place à la liberté d’invention, à la légèreté de ton, à la respiration. Motifs végétaux et floraux, mélange des règnes humain et animal, ambiance festive, aucune des épreuves traversées ne semble affecter la félicité des dieux triomphants.

L’Éclat de la Renaissance italienne
Galerie des Gobelins
42 avenue des Gobelins 75013 Paris – tél. : 01 44 08 53 49
M° Gobelins / bus 27, 47, 83, 91
Tous les jours, de 11 h à 18h, sauf le lundi
Plein tarif : 6 € (Tarif réduit : 4 €)
Accès gratuit le dernier dimanche de chaque mois
Jusqu’au 24 juillet 2011

Images : partie de Tenture du Triomphe des dieux d’après Giovanni da Udine, Le triomphe de Vénus, Bruxelles, atelier de F. Geubels, tissage du 3e quart du XVIe siècle, 4,95 x 7,22 m, Paris, Mobilier national © P. Sébert
et partie de la Bataille de Constantin, Paris, Manufacture des Gobelins, tissage autour de 1740, dim. 4,85 x 4,55 m, Mobilier national © L. Perquis

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