Rétrospective Anselm Kiefer à Beaubourg

Anselm Kiefer, Resumptio, 1974 — Huile, émulsion et shellac sur toile de jute — 115 x 180 cm Collection particulière
 — Photo : © Atelier Anselm Kiefer
Anselm Kiefer, Resumptio, 1974 — Huile, émulsion et shellac sur toile de jute — 115 x 180 cm Collection particulière
 — Photo : © Atelier Anselm Kiefer

Et le présent dans tout ça ? a-t-on envie de demander en sortant de la vaste rétrospective consacrée à Anselm Kiefer au Centre Georges Pompidou, qui vient merveilleusement compléter celle vue à la Bibliothèque nationale il y a quelques semaines à peine.

Pour l’artiste allemand, le présent ne semble avoir de valeur que comme possibilité d’extraire, sauver, montrer des traces du passé. Mais combien ces traces elles mêmes semblent en péril ! La terre se rétracte en cratères, les fougères, desséchées, sont sur le point de tomber en poussière, l’herbe est une poignée de paille, le fer rouillé, les livres calcinés, la machine à écrire couverte de sable, les graines tombées de la fleur de tournesol et les photos devenues illisibles… tels sont les indices du passé qu’Anselm Kiefer a rassemblés dans un ensemble d’une quarantaine de vitrines placées au cœur de cette magnifique exposition. On est loin des cabinets de curiosités de la Renaissance qui ambitionnaient de réunir l’état de la science…

Anselm Kiefer, Heroisches Sinnbild III (Symbole héroïque III), 1970-1971 Collection Würth
Anselm Kiefer, Heroisches Sinnbild III (Symbole héroïque III), 1970-1971 Collection Würth

Au dessus de ces vitrines, des photos de ruines, comme tachées par l’éclat noir d’une explosion. Des photos qui renvoient à une salle entière de tableaux représentant des ruines, notamment de l’architecture nazi : bien que détruites par les bombardements alliés, Kiefer a voulu ressusciter ces constructions sur de nombreuses toiles. Lesquelles font écho aux premières peintures (et photos d’installations) de l’artiste qui, à la fin des années 1960 a commencé sa carrière en se représentant en tenue vert-de-gris faisant le salut nazi…

Les formats étaient alors encore « raisonnables », mais cela n’a guère duré. Un peu plus loin, c’est sur des tableaux monumentaux que s’étalent, sous l’aspect de champs de labour en plein hiver, ce qui figure plus certainement des champs de bataille. Désolation, paysages sans horizon, couleurs de plomb… la « purge » d’une histoire qui paraît plus que jamais aussi incompréhensible que proche semble n’avoir jamais de fin. Pour Paul Celan : Fleur de cendre (2006), sans doute un des tableaux les plus impressionnants du parcours (et qui l’est assurément par ses dimensions de 7 mètres sur 3), paysage plat et sans vie accrochant quelques livres consumés, nous l’indique bravement.

Die Orden der Nacht [Les Ordres de la nuit] (1996), acrylique, émulsion et Shellac sur toile, 356 x 463 cm, Seattle Art Museum, Photo : © Atelier Anselm Kiefer
Die Orden der Nacht [Les Ordres de la nuit] (1996), acrylique, émulsion et Shellac sur toile, 356 x 463 cm, Seattle Art Museum, Photo : © Atelier Anselm Kiefer
Il est placé en vis-à-vis (bien que dans une salle distincte) du tableau Les Ordres de la nuit (1996) montrant un homme couché sous une forêt de tournesols. Les commentaires évoquent la posture yoguique de shavasana, la philosophie bouddhiste de la renaissance, du cycle du cosmos, le lien entre les astres et la terre symbolisé par le tournesol… Mais qui se contente de regarder peut voir un cadavre dans une forêt calcinée. Et il lui sera impossible de l’oublier.

150 œuvres, dont une soixantaine de tableaux, quelques installations et quelques livres, des photos, des œuvres sur papier (splendides aquarelles)… sur 2000 m², Anselm Kiefer explore l’Histoire, la culture germanique, les poètes, les philosophes, les mythes, y compris la Kabbale. Dans ses créations des années 1970, le motif de la palette revient souvent, à l’exemple de Resumptio (1974), où ce qui semble ainsi figurer l’artiste surplombe une tombe ornée d’une croix. Dans certains de ses paysages de forêt, un chemin se découpe dans l’horizon bouché, comme voulant porter loin le regard, ou au moins l’espoir.

Dans une autre salle, fleurissent enfin de délicats pétales, certains même colorés… Combien de ruines et de cendres l’artiste a-t-il dû remuer pour voir la vie recommencer ? Qu’importe peut-être, puisque ces fleurs sont là et, même si le parcours se termine par une installation présentant des champignons sortis de la pourriture de la guerre et gardant un lit d’hôpital, on n’oubliera pas non plus ces délicates brassées. Chez Anselm Kiefer, ce présent est si rare.

Anselm Kiefer

Centre Georges Pompidou

Jusqu’au 18 avril 2016

Facebooktwittergoogle_plus

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre

anselm_kiefer_nigredoAlors que le Centre Pompidou propose jusqu’au 18 avril une large exposition consacrée à Anselm Kiefer, la Bibliothèque nationale de France organise la première rétrospective relative aux livres du célèbre artiste allemand, installé en France depuis 1993.

Il faut faire vite pour aller la voir, car elle se termine le 7 février. Or, elle est fondamentale pour mieux comprendre l’œuvre de cet immense artiste contemporain, qui avait fait l’objet de la première édition de Monumenta en 2007.

Le livre constitue en effet pour le peintre et plasticien né en 1945 à la fois la source d’inspiration et le travail premier. Même s’il les expose peu, et est bien davantage connu pour ses tableaux et ses sculptures, les livres constituent « la base » de ses productions. C’est par des livres qu’il a commencé à créer, à la fin des années 1960, et il n’a depuis jamais cessé d’en réaliser. Oeuvre autonome ou intégrée à certaines de ses installations et peintures, le livre est omniprésent. Il l’est aussi dans toute sa création en tant que source d’inspiration. Artiste de la littérature et de la mémoire, il puise dans les mythes antiques, l’Ancien Testament, les philosophes, les historiens, les poètes.

anselm_kiefer_nigredo_detailL’exposition de la BNF met magnifiquement en évidence la force du livre chez Anselm Kiefer. L’artiste lui-même en a conçu la scénographie. Elle est très convaincante : on pénètre dans le vaste espace comme dans une basilique. En entrant, tout de suite à droite, un immense tableau (La clairière) et, tout au fond, en vis-à-vis, un autre tout aussi monumental (Le livre) lui répond, placé comme un tableau d’autel. Un livre de plomb ouvert y est accroché, surplombant un paysage maritime, le tout à couper le souffle. Sur le premier tableau, en revanche, les livres qui y sont suspendus sont brûlés… mais l’œuvre, pour enfermante quelle soit avec son paysage de forêt, laisse surgir l’espoir par la lueur d’une clairière scintillante.

Entre ces deux extrémités, dans les « chapelles » sur les côtés, sont d’abord installés deux cabinets de lecture, où l’on découvre les premiers livres d’Anselm Kieffer, qui étaient encore de papier, avec des collages photographiques ; puis des ouvrages récents, où l’on voit des livres de plomb intégrant toutes sortes de matériaux (terre, paille, plantes séchées, bois calcinés, cheveux…).

anselm_kiefer_cabinet_de_lectureY sont ensuite exposées d’époustouflantes sculptures, telles Nigredo (où livres de plomb et chaises de jardin pliées sont superposées et surplombées d’une balance), La vie secrète des plantes (représentation céleste), Sappho, Praxilla et Erinna (femmes en robes d’époque dont les têtes sont des livres), La brisure des vases (bibliothèque de plomb et de verre), Le Rhin (livre monumental ouvert), …

Au milieu, dans « la nef », de nombreux livres, notamment des années 1990 et 2000. Les femmes, la littérature, l’Histoire y occupent une place de choix : Les femmes de la Révolution de Jules Michelet, Les reines de France, Les filles de Lilith, Les femmes des Ruines, ainsi que des dessins en hommage aux dessins érotiques d’Auguste Rodin ; mais aussi les poètes, en particulier Paul Celan (Le champ du Cèdre, évocation des camps de concentration).

anselm_kiefer_le_livreMais Anselm Kiefer n’est pas uniquement l’artiste qui a interrogé la mémoire allemande et la possibilité de créer après l’Holocauste. Il est celui qui embrasse l’Histoire de manière plus universelle, convoquant les éléments (la terre, les végétaux, la mer, les étoiles), les croyances, les savoirs et la littérature. Il sèche, brûle, rouille, brise et montre les ruines, rappelant les destructions passées et les menaces actuelles. Mais dans le même temps, il sauve des traces, transforme, réactive l’espoir et montre la profondeur de la mémoire, l’immensité du monde et la persistance folle de l’écrit.

L’alchimie du livre, Anselm Kiefer

Bibliothèque nationale de France

Site François mitterrand

Mardi – samedi de 10h à 19h
Dimanche de 13h à 19h (fermeture des caisses à 18h)

Entrée 9 €, tarif réduit : 7 €

Jusqu’au 7 février 2016

Facebooktwittergoogle_plus

Monumenta 2014. L'Etrange cité. Ilya et Emilia Kabakov

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, L'étrange cité Photos Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais,
Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, L’étrange cité Photos Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux – Grand Palais

On aime Monumenta pour plein de raisons, à commencer par son annualité, qui en fait une sorte de rituel – en oubliant qu’on en a été privé l’an dernier pour des motifs budgétaires – depuis 2007.

Pour le lieu ensuite, unique, tant par son volume incomparable que par la beauté et la surface de sa verrière.

Pour la surprise, enfin. Chaque fois, carte blanche est donnée à un artiste contemporain différent, d’envergure internationale, qui conçoit une œuvre spécifiquement adaptée au lieu ; pour le grand public, ce peut être ainsi l’occasion de découvrir un grand artiste d’aujourd’hui.

etrange_cite_coupoleL’édition 2014 de Monumenta renoue en quelque sorte avec la première dans le dispositif choisi. Comme Anselm Kiefer – dont Chute d’étoiles semble rétrospectivement le projet le plus abouti et le plus séduisant jusqu’à présent – Kabakov et son épouse ont installé un ensemble architectural dans la cathédrale de verre et d’acier. Aux « maisons » de l’artiste allemand répond L’Etrange cité des Kabakov. Ce n’est pas le seul lien. Là où Kiefer citait Céline et Paul Celan, le couple russe évoque L’Enfer de Dante. Il y ajoute une dimension musicale très forte, avec Wagner ou encore Bach, qui magnifie le tout. On retrouve aussi le lien avec l’histoire de l’art, accueillis aux portes de la cité par une coupole renversée qui rappelle les grands édifices, notamment religieux, et les vitraux multicolores des églises. Les couleurs des vitraux changent en fonction de la musique, selon la théorie de la synesthésie du début du siècle dernier. On parle « d’art total » : bien que l’expression soit un chouia snob aujourd’hui, il s’agit visiblement bien de cela.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa suite de la visite entraîne dans différentes constructions telles que Le musée vide (efficace), Comment rencontrer un ange (forcément poétique), ou encore Les Portails (poignant), qui chacune abrite un monde ou au moins l’expression d’une idée qui suffit à faire monde, et le tout forme l’univers cohérent qu’est cette cité toute blanche ceinte d’un double mur ouvert.

Ilya et Emilia Kabakov y évoquent la Renaissance, la peinture, l’architecture, la sculpture, la science, mais aussi la Bible, les croyances des civilisations anciennes, la mort et le passage dans l’autre monde.

C’est souvent très beau, parfois extrêmement émouvant. On avance doucement, on s’arrête, on revient, on poursuit. Le dispositif de Monumenta par les dimensions qu’il autorise se prête en lui-même à la promenade, on l’a souvent dit ici. L’appel à l’imaginaire et à la spiritualité de l’œuvre des Kabakov favorise particulièrement cette approche très personnelle, intime et méditative. Une très belle expérience que les visiteurs, qui vont d’étonnement en étonnement, vivent dans le calme et le recueillement.

Monumenta 2014

L’Etrange cité d’Ilya et Emilia Kabakov

Grand Palais – avenue Winston Churchill – Paris 8ème

Dim., lun., mer. de 10 h à 19h, du jeu. au sam. de 10 h à minuit

Entrée 6 euros, tarif réduit 3 euros

Jusqu’au 22 juin 2014

Facebooktwittergoogle_plus

Anish Kapoor – Leviathan, Monumenta 2011

Leviathan, Anish Kapoor

Leviathan est la 4ème proposition du cycle Monumenta présenté sous la nef du Grand-Palais depuis 2009.
L’artiste invité à créer une œuvre spécifique pour ce lieu exceptionnel est toujours un grand nom de l’art contemporain, mais sans être pour autant bien connu du grand public. Tel est le cas du britannique d’origine indienne Anish Kapoor, qui succède jusqu’au 23 juin prochain à Anselm Kiefer, Richard Serra et Christian Boltanski.
Autant de souvenirs d’expériences sensorielles et émotionnelles inoubliables, qui désormais créent une attente et une exigence presque aussi élevées que la verrière de la célèbre nef.
La déception n’est pourtant pas pour cette fois.

Avec Leviathan, le spectacle se découpe en deux actes, tout aussi impressionnants l’un que l’autre.
Premier acte au débouché d’un seuil de porte à tambour où, après avoir été brièvement plongé dans l’obscurité complète, l’on se retrouve soudain entièrement immergé dans l’œuvre elle-même, immense volume sombre et parfaitement clos, rouge monochrome dont les nuances ne résulteront que des jeux de la lumière naturelle inondant la nef. Le souffle coupé, le nez en l’air, les yeux écarquillés, il faut de longues minutes pour digérer le choc visuel, avant de se demander de quoi il s’agit : forme ? Matière ? Et d’où viennent ces ombres et ces éclaircies qui se dessinent par moments sous la voûte ?
Petit à petit, l’on comprend mieux ; on reconnaît le découpage de la structure métallique de la verrière dans le jeu d’ombres chinoises, on réalise que cette œuvre gigantesque qui nous accueille en elle est faite d’un même matériau et que les lignes qui la strient ne sont que des motifs soulignant les formes concaves et convexes de la paroi.

Anish Kapoor, Leviathan

Puis, lorsqu’on en a assez de se trouver enfermé dans cette sorte de ventre alors que dehors est la lumière… il est temps de sortir.

C’est ainsi que se découvre, toujours dans la nef, l’extérieur du Leviathan. Il s’agit d’une sorte de PVC gonflé, de couleur rouge sombre, très brillante, formant en plusieurs sphères reliées entre elles une espèce d’organe géant près de toucher le plafond de verre.
Promenade autour, multiplication des points de vue, admiration.
Au caractère proprement inédit de l’expérience, se mêle l’impression de simplicité que dégage cette oeuvre, très corporelle, très humaine, rassurante dans ses courbes, sa texture et sa teinte et, en même temps, occupant tant de place qu’elle en est effrayante…

Monumenta 2011
Anish Kapoor – Leviathan
Nef du Grand Palais – Avenue Winston Churchill 75008 Paris
TLJ sf mar., de 10h à 19h lun. et le mer. et de 10h à minuit du jeu. au dim.
Fermeture des caisses 45 min avant la fermeture de l’exposition
Métro : lignes 1, 9, 13 / Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées-Clemenceau
Bus : lignes 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
Entrée : 5 euros (TR : 2,50 euros)
Le billet d’entrée donne également accès à la programmation culturelle du même jour
A voir jusqu’au 23 juin 2011

Monumenta 2011, Anish Kapoor, Leviathan

Facebooktwittergoogle_plus

Anselm Kiefer au Louvre : Athanor, Hortus Conclusus et Danaé

Athanor, Anselm Kiefer au Louvre, décorRévélé au grand public avec Chute d’étoiles, exposition organisée dans la nef du Grand Palais en juin dernier, Anselm Kiefer a désormais sa place à demeure dans l’immense Palais du musée du Louvre.
L’artiste allemand installé dans le sud de la France depuis de nombreuses années s’inscrit ainsi dans la liste de ceux qui, de Le Brun à Braque, ont orné l’architecture du Palais depuis le XVIIème siècle.

Découvrir Athanor, Hortus Conclusus et Danaé exige de se perdre au préalable dans les salles du département des Antiquités orientales entre Egypte, Mésopotamie et Iran. Puis, en haut de l’escalier nord, l’ensemble composé d’une toile et de deux sculptures se dévoile enfin, isolé de toutes autres œuvres. Le choc n’en est que plus saisissant.

Est-il mort, est-il simplement allongé, les yeux clos, au repos, en méditation ? Son corps est nu, livide, son crâne rasé. Les bras le long du corps, le visage parfaitement tourné à la verticale expriment-ils l’abandon ou au contraire l’extrême concentration sur soi, être dans le monde placé sous la voûte céleste, élément du cosmos ?
Toute l’ambiguïté du tableau Athanor est dans ce personnage, seule partie du tableau à hauteur d’homme, autoportrait de l’artiste qui renvoie le visiteur à lui-même. Le corps repose sur de l’argile rouge, dont la craquelure épaisse évoque l’écorce des arbres anciens. Au dessus, dans la monumentale verticale, un jaillissement de matière blanche, objets célestes, voies lactées, brumes grisâtres. En haut, au centre, on croit apercevoir une nuée dont s’échappe une pluie d’or et l’on imagine un soleil dans la nuit.
Sur chacun des murs latéraux, placées dans des niches, deux sculptures de l’artiste viennent compléter le décor. A gauche, Danaé, empilement de livres de plomb au dessus desquels se dresse une immense tige de tournesol, ensemble monochrome gris clair parsemé de pépites de tournesol tombées sur les livres. On songe évidemment à la pluie d’or du tableau, mais aussi à la magnifique bibliothèque de plomb et de verre de Chute d’étoiles.
A droite, Hortus Conclusus est un bouquet de douze tournesols dont les fleurs desséchées sont tournées vers le bas. Certaines ont la tige brisée. Elles ont poussé sur un sol de glaise, magmaesque, presque un tas de boue. L’impression morbide est très forte.
Chacune de ces sculptures semble répondre à la toile placée au centre : Danaé ajoute le verbe, le récit à la dimension philosophique, spirituelle du tableau ; de l’autre Hortus Conclusus renvoie à l’inévitable évocation de la mort qui se dégage d‘Athanor. Le jeu des lignes horizontales et verticales vient renforcer cette opposition – et cette attirance – entre ce qui gît et ce qui élève, ou ce qui s’élève.
Et cet ensemble de lignes franches s’harmonise parfaitement avec l’architecture monumentale du Palais.

Athanor, Hortus Conclusus et Danaé
Un décor d’Anselm Kiefer
à voir au Musée du Louvre
Aile Sully, escalier Nord, 1er étage de la Colonnade
TLJ sauf le mar., de 10 h à 18 h, nocturne (22 h) mer. et vend.
Entrée 9 €, 6 € après 18 h mer. et vend.
Catalogue Anselm Kiefer au Louvre, coédition Éditions du Regard/musée du Louvre Éditions, 64 pages, 35 €.

Image : Anselm Kiefer, Athanor (2007), émulsion, schellac, huile, craie, plomb, argent et or sur toile de lin © A. Dequier / Musée du Louvre

Facebooktwittergoogle_plus

Monumenta 2007. Chute d'étoiles (Sternenfall), Anselm Kiefer

monumenta.jpgLa nef du Grand Palais accueille jusqu’au 8 juillet 2007 Chute d’étoiles, l’exposition inaugurale de Monumenta, un cycle de manifestations qui invite désormais chaque année un artiste contemporain à présenter un ensemble d’oeuvres spécialement créé pour le lieu. (1)

Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945 et vivant à Barjac dans le Gard depuis une douzaine d’années a merveilleusement investi la cathédrale d’acier et de lumière du Grand Palais.

Il semble même y avoir recréé un monde : sous la haute voûte qui regarde le ciel, Kiefer donne au visiteur l’impression rare d’embrasser l’univers.

Au sentiment de chaos qui le saisit d’emblée, face à l’immense tour de béton brisée, gisant dans les parpaings épars et la poussière, succèdent sept maisons de tôle qui révèlent l’une après l’autre une inspiration différente, mais forment un tout d’une grande cohérence.

On est face à une véritable vision d’artiste, dont les recherches tournent autour de la nature et de ses éléments – le ciel, l’océan, la terre, le végétal – , de ce qui existe de plus ancien – l’herbier de fougères – , de ce qui meurt et renaît – les étoiles.
Son oeuvre aussi singulière qu’universelle, faite autant de « matière » que de peinture, parle de voyages, de cycles et de mouvement, y compris celui de l’Histoire, de ses textes et de ses guerres.

Par cercles concentriques, elle finit par toucher ce qui apparaît comme le "noyau dur" de Chute d’étoiles, la littérature.
La bibliothèque de plomb et de verre, fascinante – point d’orgue de l’ensemble – fait écho aux hommages rendus dans les maisons précédentes au Voyage au bout de la nuit de Céline, au poète Paul Celan et à la poétesse Ingeborg Bachmann.

Chacune de ses créations est surprenante, puissante, immédiatement séduisante.
Malgré les destructions, subsistent des tournesols, sur les immenses champs d’argile poussent des fleurs colorées : le lyrisme des oeuvres d’Anselm Kiefer n’est pas seulement beau et poignant – il est rassurant.

Chute d’étoiles (Sternenfall), Anselm Kiefer
Monumenta 2007
Jusqu’au 8 juillet 2007
Grand Palais, av. Winston Churchill – Paris 8ème
Métro : Franklin Roosevelt, Champs-Elysées-Clémenceau
Bus : 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
Personnes à mobilité réduite : accès avenue Winston Churchill
Ouvert tous les jours sauf le mardi
lundi et mercredi : de 10h à 19h ; jeudi à dimanche : de midi à minuit
Audio guide gratuit, médiateurs spécialistes à disposition
Visites guidées à 10h30 lundi et mercredi, à 13h, 15h et 17h tlj sauf mardi
A 19h les jeudi, vendredi, samedi, dimanche
Entrée 4 € (TR 2 €) ; entrée + visite guidée à heure fixe : 8 €
Catalogue de l’exposition : par Philippe Dagen (Editions du Regard), 72 p., 10 €
Hors-série Art absolument, les cahiers de l’art d’hier et d’aujourd’hui, 58 p., 7,50 €

(1) Le sculpteur américain Richard Serra en 2008 (dont une exposition est présentée au Museum of Modern Art à New-York jusqu’au 10 septembre), puis l’artiste français Christian Boltanski en 2009 succèderont à Anselm Kiefer dans la nef du Grand Palais.

Facebooktwittergoogle_plus