Gilles Clément : une écologie humaniste

Gilles Clément, Louisa Jones, une écologie humanisteComment faire le plus possible avec, le moins possible contre ?
La question évoque l’économie des forces, ou le principe de certains arts martiaux, comme l’aïkido.

Pour Gilles Clément, ce doit être notre façon de faire avec la nature, lorsque nous devons agir avec elle.

Ce jardinier paysagiste a une belle carrière derrière lui : il est le co-auteur du parc André Citroën à Paris, jardin exemplaire de l’art qui sait montrer la diversité des alliances possibles entre le naturel et l’artifice ; il a réalisé un beau festival des graminées au pied du musée des arts premiers dans la même ville ; à Lille, il a eu le culot d’imposer l’île Derborence, refuge inaccessible où la diversité végétale fait ce qu’elle veut, hors de la présence humaine.
Bien d’autres réalisations (ainsi que les projets qui sont restés dans les cartons) sont présentées dans ce beau livre confectionné par Clément et Louisa Jones.

Mais on retiendra surtout la personnalité d’un homme qui ne joue pas à l’artiste, dont le « faire » s’inscrit dans une réflexion très élaborée sur notre place de jardiniers de la planète. Il développe, pratiquement et théoriquement, trois concepts qui aident à saisir dans quelle direction le paysage peut évoluer pour peu qu’on laisse sur la touche le modèle productiviste.

Le « jardin en mouvement » insiste sur le fait que les éléments en présence dans un jardin interagissent à leur manière : telle graine germera à telle place et pas ailleurs, et la fleur qui s’épanouit de cette graine a le droit de vivre là.
Le « jardin planétaire » met l’accent sur la dimension écologique de nos actions sur le vivant : diversité et brassage caractérisent l’histoire de notre planète, et on doit s’appliquer à ne pas interrompre ces processus.
Le « Tiers-Paysage » désigne ces espaces que l’homme a abandonné (friches, talus, marais, rives…) : une « nature » s’y développe à son aise, et devient un réservoir génétique riche d’une diversité qui disparaît à grand pas dans les territoires trop gérés par l’homme.

Les très nombreuses photos de l’ouvrage rendent compte à la fois du travail de Gilles Clément et de ses partis pris de jardinier écologiste humaniste.
On y trouvera même celle du papillon qui porte son nom (Buaenopsis clementi), qu’il a découvert au Cameroun !

Gilles Clément, Louisa Jones une écologie humaniste
Aubanel (2006), 350 p.

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Les chansons de Claude François en BD

Claude François en bande dessinée, petit à petitPourquoi se priver de célébrer, comme tout un chacun, les trente ans de la disparition de Claude François… mais en BD ?

Les lecteurs de maglm connaissent bien ces bandes dessinées, recueils de jeunes dessinateurs, qui mettent régulièrement à l’honneur des pans de notre patrimoine chansonnier (lire le billet sur un tout autre Claude, notre grand Nougaro) mais aussi littéraire (avec les contes notamment) et poétique (cf les poèmes de Jacques Prévert).

Ces BD sont aussi le prétexte pour revisiter en quelques lignes le parcours d’un artiste.
En matière de Claude François, si bon gré mal gré l’on connaît par coeur ses principaux succès, et, depuis le film Podium, l’on tient de la bouche de Benoît Poelvoorde soi-même que Cloclo pratiquait quotidiennement le "yogging", demeuraient encore quelques lacunes.

Avec cette divertissante bande dessinée, voici de quoi apprendre par exemple que Claude François l’Egyptien était un grand pro, qu’il maîtrisait tout artistiquement parlant, de ses disques jusqu’à ses spectacles, des chorégraphies aux costumes, en passant bien sûr par le choix de ses fameuses Clodettes… Bref, il ne laissait rien au hasard ; ce qui rend encore plus cruel son accident fatal dans sa salle de bain.

Trente ans donc qu’il n’est plus là et plus de trente ans que son disco entraînant est de toutes les fêtes ; ça valait bien une BD… lisez-là et écoutez : le disque se met à tourner tout seul dans la tête…

Les chansons de Claude François en BD
Editions petit à petit, 96 p., 15 €

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Le premier venu. Jacques Doillon

Le premier venu, Jacques DoillonCosta, garçon vif et inquiet, débarque du train à Abbeville ; Camille, déterminée et énigmatique ne le lâche pas. Bientôt Cyril, jeune flic souriant et tranquille complètera le trio.

Pourquoi Camille s’obstine-t-elle à coller Costa, ce voyou de petit calibre qui lui a visiblement fait du mal pendant la nuit ? Un viol ou quelque chose qui y ressemble, en tout cas qui mérite des excuses. Elles viennent. Mais cela ne suffit pas. Camille veut aimer ce "premier venu"‘. Et pour l’aimer, il faut qu’il soit "beau" ; sinon elle n’est qu’une pauvre fille. Rendre beau ce gars un peu minable : la jeune femme ne manque pas d’ambition. Mais il faut dire qu’il y a matière à rédemption : Costa a abandonné depuis belle lurette sa femme et leur petite fille. Le rétablissement du lien sera donc le cheval de bataille de Camille.

Variations et multiples reflets des sentiments, mouvement incessant de l’adolescence, lumière fine des paysages maritimes du Nord, ce film porte la grâce infinie de la caméra de Jacques Doillon.
Ses dialogues, dignes d’un travail de haute-couture, ont dans la bouche des personnages, y compris ceux des milieux populaires et à l’accent du Nord bien marqué, un naturel confondant.
Ils sont incarnés à la perfection, avec Gérald Thomassin, que le réalisateur retrouve plus de quinze ans après Le petit criminel ; Clémentine Beaugrand, révélation ultra-convaincante ; mais aussi Guillaume Saurrel (le flic amoureux), Gwendoline Godquin (Gwendoline), Jany Garachana (le père)…

Et, cerise sur le gâteau, plus le film avance, plus il adopte le ton de la comédie. L’on se surprend à rire – d’abord discrètement en se demandant si l’on ne commet pas une faute de goût – puis de plus en plus franchement. Qu’il est beau, léger et élégant, ce cinéma-là.

Le premier venu. Jacques Doillon
Avec Gérald Thomassin, Clémentine Beaugrand, Guillaume Saurrel, Gwendoline Godquin, Jany Garachana, François Damiens…
Durée 2 h

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Le Musée national du Message biblique Marc Chagall

Musée national du Message Biblique Marc Chagall"Depuis ma première jeunesse, j’ai été captivé par la Bible. Il m’a toujours semblé et il me semble encore que c’est la plus grande source de poésie de tous les temps. Depuis lors, j’ai cherché ce reflet dans la vie et dans les Arts (…) Au fur et à mesure de mes forces, au cours de ma vie, bien que parfois j’aie l’impression que le monde est pour moi un grand désert dans lequel mon âme rode comme un flambeau, j’ai fait ces tableaux à l’unisson de ce rêve lointain. J’ai voulu les laisser dans cette maison pour que les hommes essaient d’y trouver une certaine paix, une certaine religiosité, une spiritualité, un sens de la vie (…) Et tous, quelle que soit leur religion, pourront y venir et parler de ce rêve, loin des méchancetés et de l’excitation (…) ; dans l’Art comme dans la vie, tout est possible si, à la base, il y a l’Amour."

Inauguré en 1973, le Musée national du Message biblique à Nice a été conçu par l’architecte André Hermant, en étroite collaboration avec l’artiste, qui décida lui-même de la disposition des tableaux : dix-sept grandes toiles inspirées par la Genèse, l’Exode et le Cantique des Cantiques.
Marc Chagall les a peintes entre 1956 et 1966 et en a fait aussitôt donation à l’Etat. Il a également créé, pour le Musée, bâtiment sobre et moderne, une mosaïque surplombant une pièce d’eau et des vitraux pour l’auditorium.

Le tout est une splendeur absolue ; il ne séduira pas seulement les croyants, tant la beauté des toiles et la sérénité qui se dégage des lieux appellent au recueillement et à la contemplation.
Dans la première salle, l’accrochage des douze peintures illustrant les deux premiers livres de l’Ancien Testament obéit davantage aux rapports de couleurs des tableaux qu’à l’ordre du récit biblique. Les épisodes traités par l’artiste sont très axés sur l’humain et les motifs qui sont siens (personnages mi-hommes, mi-bêtes, oiseaux, poissons volants, hommes et femmes en lévitation, soleil et lune, couples et maternités…) semblent y trouvent leur place naturelle.
L’utilisation des couleurs dans leur complémentarité et leur succession relève de la virtuosité ; les compositions peuplées et vivantes mais jamais surchargées contribuent à conférer à l’ensemble un sentiment d’apesanteur.

Musée national du Message Biblique Marc Chagall, Cantique des CantiquesDans la deuxième salle, beaucoup plus intime, cinq tableaux à dominante rouge sont consacrés au Cantique des Cantiques, autre livre de l’Ancien Testament. Si le caractère sacré est bien présent, notamment avec la représentation de Jérusalem et de David, ces peintures sont avant tout une exaltation de l’amour de l’homme et de la femme, où couples enlacés, colombes, arbres multicolores, ânes paisibles n’évoquent que douceur, sensualité et poésie.

Musée national du Message biblique Marc Chagall
Avenue Docteur Ménard – Nice (bus n° 22)
De mai à octobre de 10 h à18 h
De novembre à avril de 10 h à 17 h
TLJ sauf le mardi
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Gratuit jusqu’à 18 ans et le premier dimanche du mois.

Images : La Création de l’homme’ et Le Cantique des Cantiques II », © ADAGP, Paris, 2002

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La route. Cormac McCarthy

La route, Cormac McCarthy, L'OlivierLa terre est couverte de cadavres et de cendre, et du ciel grisâtre tombe une pluie glacée. La civilisation n’est plus et les survivants s’entre-dévorent.
Dans ce monde d’après-apocalypse, un homme tente avec son fils de continuer à vivre. Contraints de fuir sans cesse, ils avancent vers la côte en poussant un pauvre charriot, y entassant ce qu’ils trouvent.

Il y a celui qui a connu le monde d’avant et essaie de s’adapter à ce qui n’a pas de nom ; et il y a l’enfant qui ne connaît que celui-ci mais a besoin de son père pour le comprendre. Deux êtres démunis face à l’inhumain, face à l’indicible. Pourtant, pour le père comme pour le fils, il s’agit justement de cela : dire.
Comment dire ce qui est quand ce qui est n’est que ravage et barbarie ? Comment montrer ce qui est bon quand le mal l’a de toute évidence emporté ? Comment exprimer les sentiments quand un seul semble subsister : la peur ? Comment transmettre ce qui nous a construit quand de cela plus rien n’est visible ? Et pourquoi choisir de continuer et ne pas accepter la mort qui se présente à chaque pas ?

De toutes ces questions, McCarthy ne fait pas une thèse mais un récit d’une simplicité biblique qui nous tire vers sa fin avec une force inouïe.
L’on en ressort complètement sonné, sonné d’avoir lu l’inimaginable ; sonné par l’émotion finale.
Et sonné par le talent de Cormac McCarthy qui d’une trame mince comme un fil et d’une plume asséchée à l’extrême créé un monde qui s’appelle une histoire, qui a pour nom littérature et dont la puissance et la valeur nous paraissent soudain infinies.

Le monde allait être bientôt peuplé de gens qui mangeraient vos enfants sous vos yeux et les villes elles-mêmes seraient entre les mains de hordes de pillards au visage noirci qui se terraient parmi les ruines et sortaient en rampant des décombres, les dents et les yeux blancs, emportant dans des filets en nylon des boîtes carbonisées et anonymes, tels des acheteurs revenant de leurs courses dans les économats de l’enfer.

La route de Cormac McCarthy
Editions de L’Olivier
256 p., 21 €

L’auteur de Non ce pays n’est pas pour le vieil homme a reçu pour La route le prix Pulitzer 2007.
Ce roman s’est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires aux Etats-Unis.

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Dans la vie. Philippe Faucon

Dans la vie, Philippe FauconCela aurait pu être l’histoire de deux familles, l’une juive, l’autre arabe, hostiles l’une à l’autre ou simplement indifférentes. Parce qu‘"ils n’ont pas la même religion, parce qu’ils ne mangent pas comme nous, parce qu’eux et nous n’avons rien en commun" comme le dit au début du film Halima, la mère musulmane de l’infirmière employée chez Esther, une dame juive devenue handicapée.

Le fils d’Esther, neuropsychiatre, est dépassé. Sa mère qui a encore toute sa tête ne supporte pas d’être clouée dans un fauteuil, ne supporte plus ces dames des compagnie qui se succèdent. Elle préfèrerait mourir, elle aimerait la paix.

La jeune infirmière propose l’aide de sa mère Halima, qui d’abord repousse l’idée, puis l’accepte, puis la fait accepter par son mari, puis l’impose au reste de la famille. Puis, enfin, lève haut le front face au voisinage, à la communauté musulmane, dont il se trouve toujours un membre pour lui demander si elle n’a pas honte de travailler pour une juive, de gagner chez elle l’argent de son pèlerinage à la Mecque.

Alors l’histoire devient celle de deux femmes, deux femmes nées sous le même soleil d’Algérie, qui ont ensuite continué leur vie et élevé leurs enfants à Toulon, chacune dans leurs traditions et leur religion.
Toutes deux découvrent cette autre, que l’on croyait trop Autre pour la fréquenter ; toutes deux échangent des souvenirs, deviennent complices, finalement se mettent à s’aimer.

Dans la vie est un film un peu lent, calme comme l’est le débit des protagonistes. Sur fond de tensions communautaires, Philippe Faucon ne propose pas une vision angélique mais donne voix à deux mères que l’expérience a assagies, qui en viennent à considérer davantage ce qui les unit que ce qui les divise.
Le réalisateur a l’ambition discrète. Il n’assène pas, mais en peu de phrases et quelques scènes, il offre un regard qui sonne juste, équilibré et touchant.

Dans la vie. Philippe Faucon
Avec Sabrina Ben Abdallah, Ariane Jacquot, Zohra Mouffok…
Durée 1 h 13

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A bord du Darjeeling Limited. Wes Anderson

A bord du Darjeeling Limited, Wes AndersonLe Darjeeling Limited est le vieux train bleu turquoise qui emmène trois frangins pour un périple initiatique à travers l’Inde.

L’idée vient de Francis, l’aîné, joué par Owen Wilson, belle gueule cabossée après un accident de voiture : il veut ressouder les liens de la fratrie, un peu distendus depuis le décès de leur père et surtout retrouver la mère devenue nonne dans un orphelinat himalayen.

Les cadets n’ont qu’à suivre : Jack (Jason Schwartzman, également co-scénariste avec un autre bon copain, Roman Coppola), cabossé lui aussi, mais de l’intérieur, après sa rupture avec sa fiancée magnifique et un rien vénéneuse (Natalie Portman, donc tout à fait magnifique) et Peter (Adrien Brody, le beau Pianiste de Roman Polanski, grand brun efflanqué aux yeux verts en amande) qui ne se dépêtre pas du deuil du papa (signe extérieur : les lunettes à la vue dudit paternel toujours sur le front).
Ces trois là, plus leurs névroses, plus le passé familial, plus leurs encombrants bagages orange, plus leurs pilules plus leurs cigarettes, et même un serpent : cela fait beaucoup dans un seul compartiment…

Tant mieux, car c’est chouette comme tout ; loufoque et potache juste ce qu’il faut. Le comique pince-sans-rire de nos apprentis-spirituels est irrésistible et les douleurs qu’il révèle autant qu’il les cache très attachantes.
Tout le monde ne montera pas à bord du Darjeeling Limited, certains se méfieront du côté "luxe" du road-movie. Les autres se laisseront embarquer avec ravissement face à tant de sympathie et de bonne volonté envers et contre tout, et se laisseront peut-être émouvoir par cette histoire de trois grands gamins qui au bout de l’Inde finissent par devenir grands.

A bord du Darjeeling Limited. Wes Anderson
Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Natalie Portman…
Durée 1 h 47

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Bernard Piffaretti en V.O. au Musée Matisse Le Cateau-Cambrésis

Bernard Piffaretti, version originaleL’oeuvre de Bernard Piffaretti s’inscrit à bien des égards dans un jeu de mémoire.
Son processus de création picturale est depuis plus de vingt ans fondé sur la duplication : après avoir divisé la toile en deux et peint d’un côté ou l’autre du large trait vertical, il duplique le motif sur l’autre pan, non pas en le copiant, mais en essayant de retrouver les gestes successifs qui ont guidé le premier acte créatif.
Le résultat n’est donc jamais identique de part et d’autre du trait ; l’impression de double est fausse ; le spectateur se trouve toujours face à un seul tableau. Ou comment "1 + 1 n’égale pas 2, mais 1 + 1 égale 1", comme l’artiste se plaît à le souligner.

Puis, tous les 6, 8 ou 12 mois, il interrompt sa peinture et se met à dessiner ses tableaux peints. Ce travail de duplication n’a rien à voir avec celui qui caractérise l’élaboration des tableaux, et, intervenant a posteriori n’a aucune valeur de genèse. Bernard Piffaretti explique qu’au fil des ans, la reproduction des tableaux en dessins lui est devenue nécessaire, comme d’un temps de "désœuvrement" pour régénérer sa création.
En écho aux oeuvres peintes, de grandes dimensions, ces petits dessins au crayon de couleurs ne manquent pas d’évoquer un album photos, le recueil d’images que l’on constitue à un point d’étape pour tenter de rassembler les enregistrements des épisodes précédents.
A cette remarque l’artiste sourit et approuve, mais rappelle que, comme entre les deux parties du tableau "ici aussi, il y a un écart, le dessin ne peut être la photographie du tableau".
Peut-être une autre façon de dire que rien ne peut être refait à l’identique, mais tout au plus, "fait une nouvelle fois".

Enfin, à travers cette magnifique exposition, Bernard Piffaretti rend hommage à la mémoire d’Henri Matisse, figure fondatrice du Musée.
C’est davantage aux mots de Matisse qu’à sa peinture que l’artiste fait référence, en associant à vingt de ses tableaux déjà peints une phrase extraite des Ecrits et propos sur l’art d’Henri Matisse.
L’idée ? Pas de juxtaposition de phrases aux accrochages, mais un film (présenté en début d’exposition et inséré dans le catalogue) offrant des vues sur les tableaux de Piffaretti et sur lesquelles les phrases de Matisse apparaissent en sous-titrage (d’où le titre de l’expo).
Le résultat est très réussi, d’autant que la résonance de l’influence de Matisse dans les toiles de Piffaretti est tout à fait visible, notamment dans la combinaison des aplats de couleurs vives et du trait noir, dans les motifs de grilles, points et arabesques. Une jolie et originale marque de l’héritage décidément très large laissé par l’enfant du pays.

Bernard Piffaretti V.O. (version originale sous-titrée)
Jusqu’au 15 juin 2008
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon – 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Visites guidées sans réservation le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis
Catalogue : Emilie Ovaere, Bernard Marcadé, Michel Giroud, 120 p. avec le DVD du film, 25 €

Image : Bernard Piffaretti Sans titre, 1993 Acrylique sur toile, 181 x 222 cm Atelier de l’artiste, Paris © ADAGP, Paris 2008 Photo Bertrand Huet/Tutti
Henri Matisse « Les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux au peintre de s’exprimer. S’il a peur de la banalité, il ne l’évitera pas en se représentant par un extérieur étrange, en donnant dans des bizarreries du dessin ou les excentricités de la couleur. »

Toutes les citations d’Henri Matisse sont extraites de Ecrits et propos sur l’art, Editions Hermann, Paris 1972

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Les années. Annie Ernaux

Les années, Annie Ernaux, GallimardLes années est une magnifique et impressionnante fresque déroulant plus de six décennies de la société française.

Annie Ernaux, l’une des pionnières du dévoilement de soi et du je n’emploie ici que la troisième personne. Elle ne cache pas en réalité embrasser sa propre vie, en venant se pencher régulièrement sur une photo, du bébé posé sur un coussin qu’elle était dans les années 1940 à la femme d’âge mûr qu’elle est devenue aujourd’hui.

Mais à partir de ce "elle" qui apparaît sur les clichés de l’album-souvenirs, c’est un "nous" qu’elle évoque, qui renvoie à la collectivité d’un pays, à ses modes de vie successifs, à l’évolution de ses mentalités.
Si les vies qu’elle décrit sont celles de ses congénères, ce "elle" contient aussi le regard que sa génération portait sur celle de ses parents puis sur celle de ses enfants.

Annie Ernaux revient également sur la façon dont la société française envisageait son histoire récente à chacune des époques. Quels souvenirs évoquait-on dans les repas de famille de l’après-guerre, puis dans les années 1960, puis dans les années 1970, et jusqu’à aujourd’hui ? Mais surtout, de quoi ne parlait-on pas ? Et l’adolescente sur la photo, de quelle "histoire" était-elle consciente ? Ce rapport à la mémoire collective inséré dans l’inventaire historique apporte au livre un souffle et une profondeur formidables.
Et sa dissociation de toute entreprise romanesque (contrairement à l’empesé Une vie française de Jean-Paul Dubois) lui confère une ampleur, une légèreté remarquables.

Chacun se retrouvera dans ces années, ou y retrouvera des références. Ceux qui sont nés après l’auteur verront les récits familiaux confirmés, complétés. Certains en ressortiront pris de mélancolie.
Mais si Les années tient du livre d’histoire teinté de sociologie, il est avant tout une très belle oeuvre littéraire, dans laquelle l’on retrouve la sincérité, la simplicité et la frontalité qui font la puissance du style d’Annie Ernaux.

Extrait des années 1970 :

Quelqu’un commençait à jouer de la guitare, à chanter Comme un arbre dans la ville de Maxime Le Forestier et Duerme negrito de Quilapayun – on écoutait les yeux baissés. On allait dormir au petit bonheur sur des lits de camp dans l’ancienne magnanerie, ne sachant pas s’il valait mieux faire l’amour avec son voisin de droite ou de gauche, ou rien. Le sommeil nous prenait avant d’avoir décidé, euphorisés et confortés dans la valeur d’un style de vie dont on s’était offert toute la soirée à nous même le spectacle – loin des "beaufs" entassés dans des campings à Merlin-Plage.

Les années. Annie Ernaux
Gallimard (2008), 242 p., 17 €

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Les 20èmes Rencontres cinémas d'Amérique Latine de Toulouse

Les 20èmes rencontres cinémas d'Amérique Latine de Toulouse Depuis vingt ans désormais, les Rencontres invitent le public à la découverte de la création cinématographique contemporaine, mais aussi à revisiter le patrimoine de l’Amérique Latine à travers les grands réalisateurs qui ont marqué le siècle dernier.

Ouverture de la manifestation ce soir à la Cinémathèque de Toulouse avec la projection en avant-première de Maré, nossa historia de amor de Lúcia Murat (Brésil, 2007).
A signaler, parmi la large programmation qui s’étendra jusqu’au jusqu’au 6 avril :
– dimanche 30 mars, Limite (Brésil, 1931), film muet de Mário Peixoto, plongée dans les fantasmes et angoisses de trois jeunes gens à la dérive au milieu de l’océan. Sa restauration n’aurait pas été possible sans le travail d’archivistes obstinés et l’implication de Walter Salles (le réalisateur de Carnets de voyage), permettant ainsi sa projection en mai dernier lors du 60ème Festival de Cannes.
– jeudi 3 avril, A pedra do reino de Luis Fernando de Carvalho (Brésil, 2007), film fleuve de 3 h 48 qui raconte les mémoires familiales du vieux clown Quaderna. Petit événement technologique aussi puisqu’il s’agira de la 1ère projection en HD numérique de la ville rose…

Le 5 avril, sept prix seront décernés, dont le Grand Prix Coup de Coeur ; sélection de sept longs-métrages dans laquelle le public toulousain choisira également "son" film avec le Prix du Public Intramuros.

Et comme chaque année depuis 7 ans à Toulouse, mais aussi au Festival International de Donostia-San Sébastian, Cinéma en construction réunira des professionnels pour désigner le projet cinématographique en cours qui recevra une aide pour sa finalisation.
Lors du dernier Festival de Cannes, six films issus de Cinéma en construction étaient ainsi présents dans différentes sections, dont El bano del Papa de Enrique Fernández et César Charlone, en ce moment à l’affiche, El Asaltante de Pablo Fendrik (présenté en avant-première mercredi 2 avril), ou encore Párpados azules de Ernesto Contreras.

Programme complet, sélections et ensemble des manifestations :
20èmes Rencontres cinémas d’Amérique Latine de Toulouse

Et sur les 19èmes Rencontres :
billet du 15 mars 2007
Voir aussi le palmarès

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