Le livre au Grand Siècle. L’art du livre (1/4)

discours de la methodeLe « Grand Siècle » évoque les splendeurs de Versailles, le classicisme français, le siècle de Louis XIV, l’apogée du l’absolutisme.

En revanche, le XVII° siècle est du point de vue de l’art du livre un siècle d’austérité.

Cette période n’a connu en ce qui concerne les métiers du livre aucune innovation technologique importante par rapport l’époque de Gutemberg.
L’esthétique du livre est même en retrait par rapport à la Renaissance.

Raison essentielle : le papier, élément important du prix de revient du livre, et dont la France est alors le premier producteur en Europe, se voit lourdement taxé (à hauteur d’environ 30 %) suite à la décision prise par Richelieu en 1630 pour financer la guerre de 30 ans.
En conséquence, on va rogner sur la qualité du papier.

Par ailleurs, se généralise au XVII° siècle une nouvelle technique de gravure : la gravure en taille-douce, qui se fait sur cuivre et donne un rendu plus fin que la gravure sur bois. Mais elle oblige à recourir à la presse en taille-douce, qui demande plus de temps et d’argent.
Dès lors, l’image se raréfie. On assiste à un « divorce » entre le texte et l’image : d’un côté des livres, d’un autre des estampes.

Ainsi, dans la plupart des livres, l’essentiel des images sera constitué soit d’un frontispice (gravure placée en regard du titre), soit de portraits.

En matière typographique, on se contente d’unifier les caractères mis au point au XVI° siècle, à savoir ceux de Claude Garamond.

A cette époque, l’essentiel de l’innovation a en fait lieu dans les Pays-Bas du Nord (Provinces Unies), où les imprimeurs Hollandais fabriquent – selon un procédé tenu secret – une encre de qualité supérieure, plus brillante, nette, propre.
La famille Elzévir, établie à Leyde et Amsterdam, conçoit en outre des caractères qui seront imités en Belgique et en France.
Mais la nouveauté la plus importante tient à la mise en page : afin d’aérer le texte et respecter l’articulation de la pensée, on introduit des alinéas et des paragraphes.
Le pionnier est René Descartes : il insistera pour que les imprimeurs respectent ses paragraphes ; Le Discours de la méthode sera d’ailleurs édité pour la première fois aux Pays-Bas (image).

« Point zéro » de l’art du livre en France, le XVII° siècle est toutefois l’époque au cours de laquelle l’offre d’imprimés va augmenter de façon spectaculaire : on s’achemine alors vers le « livre populaire ».

Tel est le programme de demain…

Le livre au Grand Siècle. Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Jean-Dominique Mellot,
Service de l’inventaire rétrospectif
Conférence du 8 mars 2007
Le découpage et le titre sont le choix de Mag

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Anne, ou quand prime le spirituel. Simone de Beauvoir

AnneLorsqu’en 1937 Simone de Beauvoir termine « La primauté du spirituel » – titre qu’elle avait choisi initialement – elle est âgée d’à peine trente ans.

Ce premier roman est refusé par deux éditeurs, ce dont l’auteur ne s’étonne ni se choque.

Le manuscrit ne sera édité qu’en 1979 et à la demande de deux universitaires américains qui souhaitaient publier des inédits de l’écrivain. Simone de Beauvoir réitère alors dans l’avant-propos du livre le sévère jugement qu’elle porte à sa première œuvre : « Gallimard et Grasset refusèrent le manuscrit : non sans raison ».

La publication du roman se fait dans l’indifférence générale.

L’année dernière, Gallimard a eu l’heureuse initiative de le rééditer dans la collection Folio, le rebaptisant Anne, ou quand prime le spirituel.
Il s’agit d’une très bonne surprise.

On retrouve la belle plume de Simone de Beauvoir, mais délicieusement trempée d’ironie.
Utilisant tantôt le journal, tantôt le récit, elle donne une exquise peinture du milieu bourgeois et catholique, de l’éducation qu’on y dispensait dans les années 1920.
Milieu et éducation qui sont ceux que Simone de Beauvoir a connus dans son enfance et sa jeunesse et qu’elle a ensuite pris en horreur.

Le centre du roman, la mort d’Anne, est une référence à celle de son amie d’enfance, Zaza, épisode trouble, disparition qu’elle n’a jamais acceptée.

Le passage du spirituel au « réel » que suit le personnage de Marguerite n’est pas sans rappeler la propre évolution, pour ne pas dire la révolution que Simone de Beauvoir a connue et qu’elle a relatée dans ses mémoires (cf. Mémoires d’une jeune fille rangée et La Force de l’âge).

Le personnage de Chantal Plattard, jeune professeur enseignant dans une petite ville de province après avoir obtenu son agrégation en Sorbonne renvoie également sans complaisance au portrait que l’auteur a fait d’elle-même dans ses jeunes années.

Ainsi voici Chantal dispensant ses bons conseils à ses élèves pratiquement enamourées :

« Je vous dirai que dans ces occasions-là, je ne m’occupe pas de ce qui se passe autour de moi, dit Plattard. Mes collègues c’est pour moi comme si elles n’existaient pas. Vous leur accordez trop d’importance. »

Chantal voit sa vie comme un roman dont elle serait l’héroïne, se berçant de spiritualité et d’illusions, totalement déconnectée du réel.
Ainsi se pâme-t-elle en flânant dans les rues populaires, les trouvant charmantes ; mais quand la pauvre Andrée lui propose de pénétrer dans un de ses bars, elle rejette avec horreur une telle perspective.
Et lorsque la si poétique et belle Monique tombe enceinte : « Cette boue ! » déclare Chantal…

Anne, ou quand prime le spirituel. Simone de Beauvoir
Folio, 2006
(Gallimard, 1979)
357 p., 6,60 €
Très belle préface signée Danièle Sallenave

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Le côté de Guermantes. Albertine, premier baiser

proust2A la moitié du volume Le côté de Guermantes, le troisième de La Recherche, le narrateur évoque pour la première fois un moment amoureux avec une femme, l’une de ces femmes qui l’a longuement obsédé : Albertine.

Cet instant sera précédé de multiples observations, d’ordre visuel, imaginatif ou purement sensuel :

Mais en laissant mon regard glisser sur le beau globe rose de ses joues, dont les surfaces doucement incurvées venaient mourir aux pieds des premiers plissements de ses beaux cheveux noirs qui couraient en chaînes mouvementées, soulevaient leurs contreforts escarpés et modelaient les ondulations de leurs vallées, je dus me dire : « Enfin, n’y ayant pas réussi à Balbec je vais savoir le goût de la rose inconnue que sont les joues d’Albertine. Et puisque les cercles que nous pouvons faire traverser aux choses et aux êtres, pendant le cours de notre existence, ne sont pas bien nombreux, peut-être pourrai-je considérer la mienne comme en quelque manière accomplie, quand, ayant fait sortir de son cadre lointain le visage fleuri que j’avais choisi entre tous, je l’aurai amené dans ce plan nouveau, où j’aurai enfin de lui la connaissance par les lèvres ».

De longues réflexions pour aboutir soudain au constat :

Mais hélas ! – car pour le baiser, nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres, mal faites – tout d’un coup, mes yeux cessèrent de voir, à son tour mon nez, s’écrasant, ne perçut plus aucune odeur, et sans connaître pour cela davantage le goût du rose désiré, j’appris, à ces détestables signes, qu’enfin j’étais en train d’embrasser la joue d’Albertine.

Le narrateur en est tout étonné, puisque lors d’une première tentative d’obtenir d’elle un baiser, à Balbec, Albertine s’était vivement refusée.

Ce fut tout le contraire. Déjà, au moment où je l’avais couchée sur mon lit et où j’avais commencé à la caresser, Albertine avait pris un air que je ne lui connaissais pas, de bonne volonté docile, de simplicité presque puérile. Effaçant d’elle toutes préoccupations, toutes prétentions habituelles, le moment qui précède le plaisir, pareil en cela à celui qui suit la mort, avait rendu à ses traits rajeunis comme l’innocence du premier âge. Et sans doute tout être dont le talent est soudain mis en jeu, devient modeste, appliqué et charmant ; surtout si, par ce talent, il sait nous donner un grand plaisir, il en est lui-même heureux, veut nous le donner bien complet.

Très bon week-end à tous.

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Le côté de Guermantes. L'art dans les salons

proust2Dans Le côté de Guermantes, le narrateur est régulièrement reçu dans le monde aristocratique, les meilleurs salons de Paris, dont celui de la duchesse de Guermantes.

Sa découverte de ces milieux « élevés » est pour lui l’occasion d’apprécier les relations parfois nuancées, parfois grotesques que les gens du monde entretiennent avec l’art.

Dans le salon de Madeleine de Villeparisis, dame de haute noblesse mais simple, par ailleurs amie de la grand-mère du narrateur, et peintre à ses heures, M. de Norpois, interrogé sur l’exposition de peintures de Fantin-Latour, livre sans sourciller sa conviction :

– Elles sont de premier ordre et, comme on dit aujourd’hui, d’un beau peintre, d’un des maîtres de la palette, déclara M. de Norpois ; je trouve cependant qu’elles ne peuvent pas soutenir la comparaison avec celles de Mme de Villeparisis où je reconnais mieux le coloris de la fleur.
Même en supposant que la partialité du vieil amant, l’habitude de flatter, les opinions admises dans une coterie, dictassent ces paroles à l’ancien ambassadeur, celles-ci prouvaient pourtant sur quel néant de goût véritable repose le jugement artistique des gens du monde, si arbitraire qu’un rien peut le faire aller aux pires absurdités, sur le chemin desquelles il ne rencontre pour l’arrêter aucune impression véritablement sentie.

Chez Mme de Guermantes, il n’est pas rare qu’un poète soit invité à la fine table. Voici alors comment le déjeuner se déroule :

Mais le repas continuait, les plats étaient enlevés les uns après les autres, non sans fournir à Mme de Guermantes l’occasion de spirituelles plaisanteries ou de fines historiettes. Cependant le poète mangeait toujours sans que duc ou duchesse eussent eu l’air de se rappeler qu’il était poète. Et bientôt, le déjeuner était fini et on se disait adieu, sans avoir dit un mot de poésie, que tout le monde pourtant aimait mais dont, par une réserve analogue à celle dont Swann m’avait donné l’avant-goût, personne ne parlait. Cette réserve était simplement de bon ton. Mais pour le tiers, s’il y réfléchissait un peu, elle avait quelque chose de fort mélancolique, et les repas du milieu Guermantes faisaient alors penser à ces heures que des amoureux timides passent souvent ensemble à parler de banalités jusqu’au moment de se quitter, et sans que, soit timidité, pudeur ou maladresse, le grand secret qu’ils seraient plus heureux d’avouer ait pu jamais passer de leur cœur à leurs lèvres.

Bon week-end à tous.

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Le côté de Guermantes. Albertine, l'après-première fois

proust2Dans Le côté de Guermantes, le narrateur obtient d’Albertine à Paris ce qu’il avait fortement désiré en vain à Balbec.

A cette première étreinte se succèdent des réactions bien différentes.

Albertine :

Elle semblait gênée de se lever tout de suite après ce qu’elle venait de faire, gênée par bienséance, comme Françoise, quand elle avait cru, sans avoir soif, devoir accepter avec une gaîté décente le verre de vin que Jupien lui offrait, n’aurait pas osé partir aussitôt la dernière gorgée bue, quelque devoir impérieux qui l’eût appelée. Albertine – et c’était peut-être, avec une autre que l’on verra plus tard, une des raisons qui m’avaient à mon insu fait la désirer – était une des incarnations de la petite paysanne française dont le modèle est en Pierre à Saint-André-des-Champs. De Françoise, qui devait pourtant bientôt devenir sa mortelle ennemie, je reconnus en elle la courtoisie envers l’hôte et l’étranger, la décence, le respect de la couche.

Quand est-ce que je vous revois ? ajouta-t-elle comme n’admettant pas que ce que nous venions de faire, puisque c’en est d’habitude le couronnement, ne fût pas au moins le prélude d’une amitié plus grande, d’une amitié préexistante et que nous nous devions de découvrir, de confesser, et qui seule pouvait expliquer ce à quoi nous nous étions livrés.

Comme les courtes relations que nous avions eues tout à l’heure ensemble étaient de celles auxquelles conduisent parfois une intimité absolue et un choix du cœur, Albertine avait cru devoir improviser et ajouter momentanément aux baisers que nous avions échangés sur mon lit, le sentiment dont ils eussent été le signe pour un chevalier et sa dame tels que pouvait les concevoir un jongleur gothique.

Quant au narrateur, voici ce que cette nouvelle situation lui inspire :

C’est la terrible tromperie de l’amour qu’il commence par nous faire jouer avec une femme non du monde extérieur, mais avec une poupée intérieure à notre cerveau, la seule d’ailleurs que nous ayons toujours à notre disposition, la seule que nous posséderons, que l’arbitraire du souvenir, presque aussi absolu que celui de l’imagination, peut avoir faite aussi différente de la femme réelle que du Balbec réel avait été pour moi le Balbec rêvé ; création factice à laquelle peu à peu, pour notre souffrance, nous forcerons la femme réelle à ressembler.

Très bon week-end à tous.

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La musique du hasard. Paul Auster

la musique du hasardAprès le départ de sa femme, Nashe, âgé d’une trentaine d’années laisse sa fille chez sa sœur, quitte son emploi de pompier et, l’héritage de son père en poche, se met à avaler des kilomètres, le volant d’une routière rouge entre les mains.

Il traverse des Etats et encore des Etats. Dans la transe du voyage il ne fait halte que lorsqu’au bord de sa route apparaît une pauvre silhouette, celle de Jack Pozzi, qu’il prend en affection et désignera vite « gosse ».

Avec lui, pour lui, puisqu’il ne sait que faire de lui-même, il va miser le reste de son héritage au jeu. Les deux personnages vont alors pénétrer dans une maison de milliardaires très étrange.

L’un et l’autre n’en sortiront que pour mourir.

La musique du hasard commence en lignes sympathiques, derrière lesquelles se profile de plus en plus d’inquiétude, jusqu’à ce que la peur, d’abord diffuse, puis de plus en plus présente, imprègne complètement l’atmosphère.
L’imaginaire y joue un grand rôle, mais il est également question de liberté, de choix, et, bien sûr, son symétrique : le hasard … Tout à coup, face à l’inutilité de nos choix, faire celui, ultime, du hasard …

Paul Auster est très impressionnant lorsque il décrit l’ambiance fascisante dans laquelle ses personnages finissent par se trouver, à la merci de deux fous furieux milliardaires et policés, impitoyables et épris de perfection.
Mais qui ne sont que deux parvenus qui ont gagné au loto…

Très beaux passages sur la fuite, l’envie, irrésistible, de partir et, par là-même, de disparaître comme on fait disparaître son passé :

Car en réalité personne là-bas ne s’attendait à le revoir avant deux semaines et, puisqu’il avait tout son temps, pourquoi aurait-il dû rentrer ? C’était une perspective vertigineuse – imaginer toute cette liberté, comprendre à quel point ses choix importaient peu. Il pouvait aller où il voulait, faire ce qui lui plaisait, personne au monde ne s’en soucierait. Aussi longtemps qu’il ne prendrait pas le chemin du retour, il pouvait aussi bien être invisible. (…)
Il ressentait avec une satisfaction profonde la témérité et la violence de ces gestes, mais rien n’égalait le simple plaisir de jeter (…) Quand il avait commencé le lendemain après-midi à considérer ses propres possessions, Nashe s’était conduit avec la même brutale intransigeance, traitant son passé comme bric-à-brac bon mettre au rebut.

Les relations père/fils sont également très présentes. Jack Pozzi raconte son enfance à Nashe, décrit l’absence de son père, qu’il n’a vu qu’à de rares occasions. Il reconstitue les pensées qui étaient les siennes lorsqu’il était enfant :

Il pourrait au moins m’écrire. Au lieu de râler, je commence à inventer des histoires pour expliquer pourquoi il se manifeste pas. J’imagine, merde, j’imagine que c’est une espèce de James Bond, un de ces agents secrets qui travaillent pour le gouvernement et qu’il peut pas prendre le risque de se faire reconnaître en venant me voir (…) Bon Dieu, quel foutu imbécile je devais être pour imaginer ça.
– Fallait bien que tu inventes quelque chose. Le vide est inconcevable. L’esprit s’y refuse.

Après avoir écouté l’histoire de Pozzi, Nashe pense à sa propre enfance :

Du moment qu’un homme commence à se reconnaître dans un autre, il ne peut plus considérer cet autre comme un étranger.

La musique du hasard Paul Auster
Babel (Actes Sud), 1991/2005
320 p., 8,50 €

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Triomphe du temps. Quatre contes. Pascal Quignard

triomphe du tempsLes contes s’enchaînent sans aucune frontière matérielle.

La première phrase est « Dans chaque maison, tout recoin a ses larmes ».

Le conteur dit l’histoire d’un homme qui tomba amoureux de la fille de son meilleur ami – La jeune fille elle-même peu à peu s’enflamma d’amour pour cet homme qui l’aimait avec tant de passion. Elle n’y eut aucun mal : son père l’admirait tellement -, l’épousa, lui fit un enfant, la quitta dès que sa mère arriva, la retrouva trente et un an après, et ne la quitta plus.

Dans un autre, Virgile depuis le monde des morts visite Jean Racine enfant qui étudie avec son percepteur Hamon, lequel s’endort au coin de la table, puis se permet de gronder l’enfant.

Nous sommes si peu nombreux à être morts, reprit Virgile. Ce ne serait pas une bonne chose que ce secret fût éventé. Je pense que cela assombrirait les jours de ceux qui vous entourent.
– Je n’éventerai pas votre secret, dit l’enfant. De toute façon, l’éventerais-je que je doute que je fusse cru.
Virgile était assis devant le feu, sur la pierre chaude de l’âtre.
Il étendit les jambes. Il se frotta le gras des genoux.
Il dit encore :
– Et les vivants sont-ils toujours aussi rares sur la terre?
Je ne saurais dire s’ils vivent ; ils dorment sur le coin des tables, murmura Jean Racine.
Mon enfant, d’une part il faut oublier qu’il y a si peu d’ombre chez les ombres. Et d’autre part il faut avoir en mémoire qu’il n’y a pas beaucoup de vivants chez ceux qui vivent sur toute l’étendue où portent les rayons du soleil.

Puis une femme est battue à mort par son mari pour avoir accueilli un mendiant qui revenait du monde des morts, et lui avoir offert de quoi faire le voyage pour apporter des vêtements chauds à sa mère morte qui craignait le froid.

C’était un temps où on disait Monsieur aux mendiants et où on témoignait du respect pour les morts.
Même, il arrivait qu’on leur fît dire des prières.
Même, on rêvait qu’allongés dans la vie éternelle ils reposent.

Triomphe du temps. Quatre contes. Pascal Quignard
Galilée, collection Lignes Fictives
74 p., 15 €
Août 2006

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Rencontres Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse

rencontresLes 19èmes Rencontres Cinémas d’Amérique Latine se dérouleront à Toulouse du vendredi 16 au dimanche 25 mars.

Réunissant professionnels et amateurs, elles mettront en lumière et distingueront des longs métrages inédits en France, des documentaires et des courts-métrages.

Seront ainsi décernés notamment le Grand Prix Coup de Coeur, le Prix Découverte de la critique française de cinéma, le Prix SIGNIS du meilleur documentaire.

Cette année, une rétrospective est consacrée au réalisateur Raoul Ruiz et un hommage est rendu à un autre cinéaste chilien, "disciple" de Ruiz : Cristian Sanchez.

Les projections Noir Brésil mettront à l’honneur les acteurs noirs brésilien, avec un hommage à Lazaro Ramos, le comédien le plus caméléon de sa génération selon un critique de son pays.

Cette fête aux cinémas d’Amérique Latine, qui associe des hauts lieux de l’activité culturelle toulousaine, tels la Cinémathèque de Toulouse, le cinéma ABC, les librairies Terra Nova et Ombres Blanches, l’Instituto Cervantés … sera aussi l’occasion de manifestations autour des cultures sud-américaines : expositions, concerts, rencontres littéraires.

Des Rencontres qui auront lieu au coeur de la ville à plus d’un titre : y participeront activement les étudiants de la ville qui décerneront le Prix Courtoujours, mais aussi tous les toulousains, invités à voter à l’issue de chaque projection pour attribuer le Prix du Public Intramuros à un long métrage de la même section que le Grand Prix.

Rencontres Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse
Du 16 au 25 mars
Programme complet, catalogue et informations pratiques sur :
cinelatino.com
Profiter d’une visite du site pour découvrir la passionnante et nécessaire entreprise :
Cinéma en construction

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La photographie publicitaire en France, de Man Ray à Jean-Paul Goude

publicite_basAvec La photographie publicitaire en France, de Man Ray à Jean-Paul Goude, le musée de la Publicité met à l’honneur un pan de la création photographique relativement méconnu et considéré généralement comme peu noble.

Le parcours chronologique permet d’embrasser les évolutions de la photographie publicitaire – et d’une certaine manière de la publicité – de sa naissance dans les années 1930 jusqu’à la période actuelle.

190 tirages et divers imprimés (annonces de presse, plaquettes, catalogues …) sont exposés dans un espace aéré et surprenant, aux murs anciens et épurés.

Les premières photos publicitaires étaient exclusivement dédiées aux produits de luxe : noir et blanc superbe, angle de vue et cadrage très étudiés, elles érigeaient l’objet en œuvre d’art.

D’un esthétisme raffiné, elles donnent au visiteur une impression de grande actualité, voire de modernité. Ces photographies publicitaires, signées François Kollar, Maurice Tabard ou encore André Vigneau étaient destinées à des brochures de luxe.

Les publicitaires mettront du temps avant de choisir la photographie pour illustrer leurs affiches.
Ce n’est qu’à partir des années 1950 et 1960, avec la montée en puissance progressive de la consommation de masse, que la photographie, venant alors remplacer l’affiche peinte, est utilisée pour vendre des produits de consommation courante.
Les publicitaires ont recours à un procédé de mise en scène inspiré de la mode américaine : montrer non plus l’objet seul, mais tel qu’il pourra être utilisé par le client potentiel.

La période des années 1970 et 1980 met en évidence les recherches créatives des photographes publicitaires contemporains.
On est ainsi passé de la simple représentation de l’objet ou de la situation à la suggestion d’une idée ou d’une sensation (photos de Claude Ferrand, Guy Bourdin), puis à une stylisation encore plus poussée, avec des photos dont la « patte » de tel ou tel publicitaire est aisément identifiable (Serge Lutens, Jean-Paul Goude).


Coups de cœur de Mag :

Les très belles photos de Jean-Loup Sieff (ci-dessus).
L’affiche publicitaire des années 1950 signée Lucien Lorelle, portant le slogan « Dévorez les livres » et montrant le visage du comédien Gérard Philipe croquant à pleines et belles dents dans un livre déjà bien entamé.

La photographie publicitaire en France, de Man Ray à Jean-Paul Goude
Musée de la Publicité
107, rue de Rivoli – Paris 1er
Jusqu’au 25 mars 2007
Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h
Samedi et dimanche de 10 h à 18 h
Jeudi nocturne jusqu’à 21 h
Billet couplé avec le Musée des Arts Décoratifs : 8 € (TR : 6,50 €)

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Carte blanche à Fabrice Luchini

Luchini afficheAprès un voyage au long cours avec Céline, qui emmenait son public sinon au bout de la nuit, au moins au terme d’une excellente soirée, Fabrice Luchini reprend ses lectures pour une Carte blanche originale.

Ouvrages de Paul Valéry et Roland Barthes en main, porté par sa folle énergie, il ose cette fois des choix plus audacieux.

L’artiste ouvre le spectacle avec un extrait de Tel quel, Le pont de Londres de Valéry et des citations qu’il reprendra plusieurs fois au cours de la soirée :

La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même leur tient lieu de définition de la poésie.

Il n’existe pas d’être capable d’aimer un être tel qu’il est. On demande des modifications.

Puis il poursuit avec un décodage des premières pages des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Le ton est celui du professeur idéal, passionné ; la salle s’accroche.

La brèche est ouverte, le comédien lâche ses livres pour se lancer dans son propre texte.
Point de départ : un article dans Le Nouvel Observateur, dans lequel le célèbre essayiste louait le film d’Eric Rohmer Perceval le Gallois.
Le comédien, qui jouait dans le film, se lance dans une évocation de Perceval : le public est d’abord tout aussi perplexe que l’était la salle lors de la première du film.
Mais très vite Luchini-le pitre sort de sa boîte, se met à mimer et à chanter, pour la plus grande joie des spectateurs, rendus carrément hilares.

Il enchaîne avec le récit de sa mémorable rencontre avec Barthes. Façon plus nuancée qu’il n’y paraît de souligner son portrait : à l’immense déférence se mêle une tendre moquerie.

Le programme annonçait aussi du Flaubert : il y en eut deux lignes ; du Molière : il n’y en eut point.
A la place, une fable de La Fontaine avortée puis une autre littéralement abattue…

Fin de spectacle décevante pour une soirée qui avait plutôt bien commencé.
L’extraordinaire énergie semblait épuisée ; le fou de littérature et de scène, fébrile et pressé d’en finir, avait hâte de renvoyer son public – joliment éveillé – à ses livres…

Carte blanche à Fabrice Luchini
Complet au théâtre Paris-Villette
Reprise au Petit Montparnasse à partir du 20 mars

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