Point Omega. Don DeLillo

Don de Lillo, Omega, Actes sudD’abord, après la page de titre, une information : « 2006 Fin d’été/début d’automne ». Le temps de l’action du roman est précis.
Puis une courte partie « Anonymat » datée du 3 septembre.
Ensuite un peu moins de 100 pages d’histoire qui se développe sur les quelques semaines de fin d’été et début d’automne dans le désert de Sonora en Arizona.
On revient en dernière partie à un « Anonymat 2 », court lui aussi, daté du 4 septembre.

Le début et la fin mettent en scène un homme fasciné par une vidéo, montrée au Museum of Modern Art de New York, qui passe à 2 images par seconde (au lieu de 24) le film Psychose d’Hitchcock. Il observe dans la salle deux hommes, un nettement plus âgé que l’autre, qui ne s’attardent pas, le 3 septembre. Le lendemain il y rencontre une femme, avec laquelle il échange quelques phrases, dont il arrive à obtenir le numéro de téléphone.

La partie centrale met en présence (si on veut bien faire cette hypothèse, selon quelques indices glanés ça et là, car l’auteur nous laisse volontiers dans le vague) les trois personnages dont l’attention a été retenue par l’Anonyme. Un jeune homme cinéaste, un universitaire à la retraite qui a travaillé pour le gouvernement des Etats-Unis pendant la guerre d’Irak, la fille de ce dernier. Tous les trois occupent une vieille maison au toit en tôle, sous le soleil de l’Arizona.

Le désert altère le temps. Le soir sur la terrasse les discussions s’éternisent. Le jeune homme est attiré par la jeune femme, mais un jour elle disparaît. Il reste au lecteur à imaginer le rôle de l’Anonyme dans cette disparition.

Et à se laisser fasciner par ces pages où la question de l’intériorité de chacun, et de l’accès à cette intériorité par les autres est posée : « La vraie vie n’est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux » (p. 25).
Le temps intérieur a sa propre dimension, qui peut parfois se marier à celui de l’extérieur, comme le dit le vieil universitaire : « La maison m’appartient désormais et elle se détériore mais je laisse faire. Le temps ralentit quand je suis ici. Le temps devient aveugle. Je ressens le paysage plus que je ne le vois. Je ne sais jamais quel jour on est. Je ne sais jamais s’il s’est écoulé une minute ou un heure. Ici je ne vieillis pas » (p. 33).
Il reste à relire bientôt le livre, car les relations entre le regard de l’Anonyme sur le film d’Hitchcock qui passe au ralenti et les discussions sur la terrasse devant le désert de Sonora seront, sans nul doute, source de bien des découvertes.

Point Omega
Don DeLillo
Actes Sud, 2010
128 p., 14,50 €

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2 réflexions au sujet de « Point Omega. Don DeLillo »

  1. La rencontre avec l’écriture de Don DeLillo fait partie de ces rencontres que l’on ne fait pas tous les jours.
    La précision, l’efficacité, la densité de son écriture sont foudroyantes. En 130 pages à peine, on fait un long et profond voyage qui nous plonge dans une réflexion sur le temps et l’espace : comment l’espace où nous vivons structure temporellement nos vies ? Il y a des passages magnifiques que l’on aimerait citer intégralement. Et, au milieu de ces observations et de ces conversations, surgissent comme des fulgurances des moments d’une poésie extraordinaire.
    Quant à cette façon parfois déliée qu’a le narrateur principal de raconter l’histoire, elle restitue parfaitement le fil de la pensée, qui suit des voies sinueuses et fait parfois des bonds. N’est-ce pas là le propre de la pensée, que de passer ainsi du coq à l’âne ?…
    Lisez sans attendre ce roman, qui donne envie de lire tout Don DeLillo.

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