Après Mai. Olivier Assayas

Apres-MaiAprès Mai est un très beau film, aussi bien écrit qu’il est réalisé et interprété. Portrait d’une adolescence au début des années 1970, il est clairement d’inspiration autobiographique : Olivier Assayas, né en 1955, avait publié en 2005 un court récit sur cette période de sa vie : Une adolescence dans l’après-Mai. (1)

Récompensé du prix du scénario à la Mostra de Venise, ce long-métrage raconte le parcours initiatique de Gilles, de la classe de terminale aux premiers pas de sa vie d’adulte, à une époque où le collectif primait largement sur l’individuel. Et Olivier Assayas réussit merveilleusement à montrer tout à la fois un cheminement personnel – avec ce qu’il comporte d’intime – et le tableau social dans lequel il évolue et doit trouver sa place.

Fils de bourgeois comme tous ses camarades, il veut comme eux faire "La Révolution" – le réalisateur restitue d’ailleurs subtilement et efficacement au début du film l’actif et le passif de Mai 1968 en tant que révolution non aboutie. Mais sur les moyens, les vues divergent assez vite : Gilles, déjà sur une voie artistique, conçoit la révolution à travers celle du langage pictural et cinématographique, quand ses camarades, pris dans les dogmes gauchistes et leurs affrontements internes, ne l’envisagent que dans la radicalité d’une "action" conforme aux "idées".

Si la vision d’Olivier Assayas sonne juste c’est parce qu’il montre autant la liberté de l’époque (ces enfants de bonne famille allaient et venaient au gré de leurs envies, prenant après le bac plutôt la route que la carte d’étudiant) que sa gravité (on cherchera en vain une quelconque forme d’insouciance ou de légèreté chez ces adolescents), ou encore son totalitarisme (voir la mémorable scène dans un van, où un "aîné" reproche vertement à Gilles de lire Les habits neufs du président Mao de Simon Leys, dénonciateur du maoïsme : "tu es jeune, tu devrais surveiller tes lectures"). Et il n’y a finalement dans Après-Mai pas de nostalgie, encore moins d’apologie, ni non plus d’amertume, mais simplement un regard tendre et critique, qui lui donne à la fois sa force romanesque et sa crédibilité historique.

Après Mai
Un film de Olivier Assayas
Avec Clément Métayer, Lola Creton, Félix Armand
Durée 2 h 02
Sorti en salles le 14 novembre 2012

(1) Editions des Cahiers du cinéma, 96 p., 14 euros

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Une réflexion au sujet de « Après Mai. Olivier Assayas »

  1. Un autre point peu développé mais présent dans le film est le miroir tendu sur la place des femmes dans la société post-68. On les voit certes libres, mais quand même moins qu’on n’aurait pu l’imaginer. Ce sont le plus souvent les femmes qui s’activent sur les tâches ménagères, tout en faisant face à une incompréhension au mieux polie quand elles vont participer à une réunion des féministes.

    La réflexion "Tes réunions de lesbiennes" est ainsi emblématique. Elle en dit long sur la "révolution sexuelle" visiblement non synonyme d’une égalité loin d’être acquise (encore aujourd’hui…). Et l’adjectif utilisé de manière péjorative montre la persistance de conventions sociales bien ancrées malgré la liberté et l’ouverture d’esprit auto-proclamées.

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