La pitié de Dieu, Jean Cau

 

la_pitie_de_dieuRetour à la littérature cette semaine, avec le prix Goncourt 1961 : assez difficile « à vendre », il faut le reconnaître ! L’occasion une fois de plus de redécouvrir avec le recul des années les choix du célèbre jury… et de prendre du recul par rapport à ceux-ci ! Bonne lecture quand même !

Mag

Quatre hommes dans une cellule ont permis à Jean Cau d’obtenir le Goncourt 1961. Ces hommes constituent une micro société tout à fait civilisée alors qu’ils semblent auteurs d’assassinats et enfermés pour cela. Tout se passe très bien entre eux, avec de la coopération, voire de l’assistance : l’un, ancien boxeur, s’entraîne pour son prochain combat sous les conseils du grutier qui a, par mégarde ou intention, laissé tomber des poutrelles d’acier sur l’amant supposé de sa femme. Un autre, ancien médecin, qui a peut-être poussé au suicide son épouse, est aidé par le quatrième dans ses « crises » psychiques sévères.

Leur façon de vivre la vie carcérale est le déni sous toutes ses formes. Ils ne sont pas coupés du monde puisque l’un d’entre eux invente les nouvelles radiophoniques tous les jours. Si le boxeur poursuit son entraînement alors qu’il est « condamné à perpète » c’est qu’il doit rencontrer le champion du monde de boxe dans les deux mois. Quant aux éventuelles erreurs de leur vie d’avant, ils font tout pour s’en dédouaner. Leur société est si bien en place que lorsque l’administration leur donne un cinquième détenu dans leur cellule, il se suicide au bout de onze jours.

On comprend que le propos du romancier n’est pas une réflexion sur la vie carcérale mais une fable métaphysique sur la vie en société : « Nous sommes quatre hommes entre quatre murs. Toute la bonté et la sauvagerie du monde brûlent entre ces quatre murs. Nous célébrons la plus solennelle messe du monde, entre ces quatre murs. Nous sommes radieux, couronnés de roses et vêtus de blanc entre ces quatre murs ».

Leurs échanges sur leur vie du dehors ne laissent aucun doute sur leurs souffrances passées. Ils n’ont pas à regretter des parents violents, un adversaire « bicot » (mais on dit plutôt « bic » dans le roman) qui se laisse tuer sous les coups, et surtout les femmes (le roman dit plutôt « ça ») auxquelles on ne comprend rien tant elles sont différentes : « Les femmes, disent Alex et Eugène, ça ressemble aux chats. Tu les balances du quatrième étage et ça retombe sur ses pattes. Tous les deux demandent ensuite si les femmes ‘ça souffre’. Oui, très fort, mais pas longtemps, sinon, avec leur manie de prendre tous les coups, elles finiraient pas en crever ».

Il faut aimer la fable métaphysique pour trouver un intérêt au roman. Dans le cas contraire, qui est le nôtre, on peut se laisser aller à la rêverie et comparer les définitions des années cinquante avec celles d’aujourd’hui : « Qu’est-ce qu’une femme demande Eugène ? – C’est une idée qu’on se fait répond le Docteur. -C’est une salope, dit Alex. –Ça n’existe pas, affirme Match. – Ça existe puisque nous sommes en prison à cause de ça, dit Eugène ».

Andreossi

La pitié de Dieu, Jean Cau

 

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