PHotoEspaña 2009. Madrid

Photoespana 2009, Resiliencia, Instituto CervantesFestival de photographie et d’arts visuels réunissant grands noms et jeunes découvertes, PHotoEspaña célèbre cette année sa 12ème édition.
Le thème choisi, Le quotidien, est une nouvelle occasion d’approcher la photographie sous les angles historique et sociologique, comme c’était déjà le cas en 2005 notamment avec La Ville, sous le commissariat d’Horacio Fernández.

Concentrée à Madrid pour l’essentiel, la manifestation se déroule aussi à Cuenca en Castille et à Lisbonne, dont est originaire le commissaire général 2009, Sérgio Mah.

Selon la directrice actuelle de PHotoEspaña, la française Claude Bussac, Lo cotidiano est une tendance lourde du travail photographique contemporain.
De fait, cette thématique permet de rassembler un grand nombre d’artistes d’hier et d’aujourd’hui, dans une profusion d’expositions soutenues majoritairement par des fonds privés – les institutions publiques, dont la Communauté de Madrid et le ministère de la Culture assurant le tiers du financement.
A Madrid, la manifestation bénéficie d’espaces aux volumes impressionnants. Les œuvres y sont donc abondantes, les présentations claires et les conditions de visite très confortables. Sans compter la gratuité des quelques soixante-dix expositions proposées, leur concentration géographique, la largesse des heures d’ouverture (le plus souvent jusqu’à 21 h)… et la qualité des artistes choisis.
De quoi justifier la popularité du festival qui, en moins de deux mois réunit chaque année plus de 600 000 visiteurs.

Inauguré le 3 juin dernier, PHotoEspaña se clôture officiellement le 26 juillet 2009.
Un certain nombre d’expositions se poursuivront tout de même plus avant dans l’été.
Tel sera le cas de celles de Sergey Bratkov à la Communidad de Madrid et de Gerhard Richter à la Fundación Telefónica, toutes deux visibles jusqu’au 30 août, mais aussi du conceptuel The Atlas Group (1989-2004. Un proyecto de Walid Raad (sur la vie des habitants de Beyrouth entre 1989 et 2004, à voir au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia jusqu’au 31 août).

Côté découvertes, l’exposition collective Resiliencia à l’Instituto Cervantes présente jusqu’au 20 septembre les productions de dix jeunes artistes retenus lors de l’édition 2009 de Descubrimientos PHE en Amérique Latine, dont certains sont particulièrement frappants dans leur façon de révéler les mutations de leur continent.
Dans ses grands clichés, le péruvien Morfi Jiménez a trouvé une distance si juste vis-à-vis de ses sujets, vieillards, enfants, déshérités, avec ce regard respectueux digne des plus grands photographes humanistes, que l’émotion qu’ils procurent feraient presque oublier la superbe esthétique de la photo, ni tout à fait noir et blanc ni tout à fait couleur.

Photoespana 2009, Annie LeibovitzOn pourra également parcourir jusqu’au 6 septembre Vida de una fotógrafa 1990-2005 d’Annie Leibovitz à la Communidad de Madrid, rétrospective de près de 200 photos que les Parisiens ont eu l’occasion de voir à la Maison européenne de la photographie l’été dernier (lire le billet du 20 juin 2008  »Annie Leibovitz, A photographer’s life, 1990-2005 »).

PHotoEspaña 2009
XIIème édition Lo Codidiano
Madrid, Cuenca, Lisbonne, du 3 juin au 26 juillet 2009

Images : Óscar Fernando Gómez Rodríguez, série "La mirada del taxista", 2008 © Óscar Fernando Gómez Rodríguez
et Annie Leibovitz. Nicole Kidman, New York, 2003. From "Annie Leibovitz : A photographer’s Life © Annie Leibovitz

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Henri Cartier-Bresson à vue d'oeil. MEP, Paris.

HCB à vue d'oeil à la MEP, Berlin« Ma passion n’a jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s’oubliant soi-même, d’enregistrer dans une fraction de seconde l’émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c’est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui est offert.
Le tir photographique est un de mes carnets de croquis. »
(HCB, 8 février 1994)

L’exposition réunit cent vingt tirages parmi les quelques trois cent quarante du fonds détenu par la Maison européenne de la photographie. On ne peut que la conseiller, tant Henri Cartier-Bresson (1908-2004) reste le plus grand et le plus émouvant des photographes du XXème siècle.

Un grand nombre des clichés présentés ici, appartenant aux séries Les Européens et Paris sont très connus, comme celle de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts en 1946, Giacometti traversant le passage clouté de la rue d’Alésia sous la pluie en 1961, ou encore les photos des bords de Marne à l’époque des premiers congés payés.
Pour autant, on ne se lasse pas de les regarder.

Muni de son Leica, celui qui fonda avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger l’agence Magnum en 1947 est allé partout dans le monde, au Mexique, en Europe de l’Est, aux Etats-Unis, en Afrique, en Extrême-Orient. Il était en Inde lorsque Gandhi fut assassiné, en Indonésie durant l’indépendance, en Chine au moment de l’avènement de la République Populaire.
En 1954, après la mort de Staline, il fut le premier photographe étranger à se rendre à Moscou. Sur ses photos de centres de vacances organisés par les usines, on voit de petites filles courir à la douche et s’amuser dans un décor constitué d’immenses portraits des hommes forts du régime soviétique.

Aux quatre coins de l’Europe, à Dublin, à Séville, à Varsovie comme à Aubervilliers, le pionnier du photojournalisme a montré la misère, les maisons dénudées, les baraquements de fortune. Il a photographié les rues et ceux qui s’y trouvaient, révélant, sans juger, les inégalités ; là, des enfants pauvres, ici, les privilégiés de la bonne société. Et partout, l’humain dans sa vérité et son émotion, comme ces visages bouleversés, pris de très près, aux funérailles de victimes de Charonne à Paris en 1962.

Henri Cartier-Bresson a témoigné des guerres, des déchirements du siècle dernier, en mettant toujours l’homme au centre de son objectif, comme ces hommes dans Berlin coupée en deux, hissés pour voir « de l’autre côté », ou encore cette fameuse photo prise à la libération d’un camp de déportés en Allemagne où une femme reconnaît l’indicatrice de la Gestapo qui l’a dénoncée. Tout un pan de l’histoire de l’Europe à nouveau éclairé, et, une fois encore, le sentiment que les photographies de celui que Pierre Assouline a baptisé « l’œil du siècle » ne sont pas usées, qu’elles n’ont en rien fini de parler.

Henri Cartier-Bresson à vue d’œil
Jusqu’au 30 août 2009
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul et Pont-Marie
Du mer. au dim. de 11 h à 20 h
Entrée 6,50 € (TR 3,50 €), gratuit le mercredi à partir de 17 h
Les actes du colloque Revoir Henri Cartier-Bresson, publiés aux éditions Textuel, accompagnent l’exposition.

A voir aussi bientôt : Henri Cartier-Bresson, l’imaginaire d’après nature, une exposition présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris du 19 juin au 13 septembre 2009.

Image : Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

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Voir l'Italie et mourir, au musée d'Orsay

Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, la place saint marc au clair de luneLa mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se développer au cours des siècles suivants.

Il s’agissait, pour les membres de la bonne société, de parfaire leur éducation en accomplissant le Grand Tour, lequel passait inévitablement par l’Italie, où l’on allait, comme on le fait encore aujourd’hui, se cultiver et se pâmer devant les ruines antiques et les œuvres de la Renaissance.
La vogue connut un souffle nouveau au XIXème siècle, à la suite des fouilles des sites de Pompéi et Herculanum, mais aussi avec l’invention de la photographie.

A travers une large sélection de peintures, dessins, sculptures et surtout photos, l’exposition du musée d’Orsay éclaire un pan – celui du XIXème siècle – de l’histoire de cette inlassable attrait des Européens pour l’Italie. Le parcours est conçu comme un petit voyage en soi – déambulation entre diverses salles aux volumes différents et peu séparées les unes des autres. L’espace central est surplombé d’un faux plafond reproduisant en maxi-format des fresques italiennes. De petites statues typiques des personnages de la tradition – musiciens en particulier – œuvres de Carpeaux notamment, placés au milieu des salles viennent figurer le centre d’imaginaires petites places, alors que les murs prennent de douces teintes vertes et taupes.
Le charme est complet, d’autant que sur les murs s’étale une succession de splendeurs architecturales. Du Duomo Santa Maria di Fiore à la Basilique Saint-Marc, de Santa Maria de la Salute à la basilique Saint-Pierre, du Grand Canal au Colisée en passant par la cathédrale de Prato, sont ici réunies des vues de voyages dont campaniles, coupoles et arcs antiques ont été les étapes.

Voir l'Italie et mourir, Musée d'Orsay, CorotPour autant, l’exposition réserve bien des surprises. L’une de ses révélations est la singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un rendu de la lumière du sud tel que l’on croit la "sentir", mais aussi des contrastes d’une remarquable précision. L’architecture et les perspectives en sont encore magnifiées. L’on y découvre aussi des photos et des peintures d’une grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait extraordinaires.
Beaucoup moins romantiques, mais très inattendus, sont les clichés des moulages effectués dans les empreintes des cadavres retrouvés avec la découverte des sites de Pompéi et Herculanum. Face à ces corps immobilisés en plein mouvement, on saisit toute l’horreur de ces hommes et ces femmes pris vifs dans la lave du Vésuve, autre motif de fascination pour les Européens voyageurs du XIXème siècle qui eux, découvraient alors cette tragédie de l’histoire.

Voir l’Italie et mourir. Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siècle
Jusqu’au 19 juillet 2009
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Images : Friedrich Nerly, Venise, la place Saint Marc au clair de lune, vers 1842, huile sur toile, 58,5 x 46,5 cm, Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum (inv. PNM 971) © Niedersächsisches Landesmuseum, Hannover
et Camille Corot, La Vasque de l’Académie de France à Rome, 1826-1827, huile sur toile, 25 x 38 cm, Beauvais, musée départemental de l’Oise © RMN / Hervé Lewandowski

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Robert Frank. Paris / Les Américains

Robert Frank, exposition Les Americains, Jeu de PaumeFuyant le confort bourgeois de sa famille installée en Suisse, Robert Frank arrive aux Etats-Unis en 1947, pour y découvrir un monde dominé par l’argent. Embauché pour Harper’s Bazaar, il reçoit quelques années plus tard une bourse de la fondation Guggenheim avec pour objectif d’explorer la civilisation américaine. S’en suit un voyage de près de deux ans, entre 1955 et 1956, au cours duquel il prend quelques vingt mille clichés. Il en sélectionnera quatre-vingt trois (tous exposés ici), réunis dans un livre, Les Américains, édité d’abord en France, puis aux Etats-Unis.

C’était en 1958 et le pays croyait en son rêve de modernité, d’uniformisation des modes de vie, de progrès matériel. Le travail de street photography de Robert Frank choqua cette société toute empreinte du modèle de l‘American way of life, en présentant des images de bords de route, de rues, de cafés, où les sujets semblent se traîner d’ennui, attendre quoi et n’espérer rien. Point de paillettes ni de stars, mais des gens simples, des lieux parfois presque déserts, dans un univers d’immobilité et de silence.
Cinquante ans après, le climat de ces photos touche toujours, tant les sentiments de vide et de résignation qui s’en dégagent peuvent résonner encore aujourd’hui. Les cadrages – admirables – scandalisèrent à l’époque, trop éloignés du canon de la belle photographie léchée. Au contraire, Robert Frank a travaillé sur le vif, d’où des prises de vue et des perspectives audacieuses, dont la spontanéité n’empêche pas de superbes nuances de noir et de blanc.

La deuxième partie de l’exposition présente un aspect totalement différent de l’oeuvre de Robert Frank, avec une cinquantaine de tirages de clichés pris à Paris entre 1949 et 1952. Ici, contrairement aux photos américaines, les contrastes s’estompent, l’ambiance est brumeuse et onirique, et fait ressortir un Paris d’aspect fort ancien. Les rues sont occupées par des petits marchands, de journaux et surtout de fleurs. Des fleurs qui reviennent très souvent dans ces images, comme les petits cailloux d’une promenade personnelle, émue et toute poétique. Comme si le photo-reportage n’était pas encore à l’ordre du jour, mais l’œil, la sensibilité et la singularité déjà tout à fait en place.

Robert Frank. Un regard étranger. Paris / Les Amécains
Jusqu’au 22 mars 2009
Galerie nationale du Jeu de Paume
1, place de la Concorde – Paris 1er
Du mer. au ven. de 12 h à 19h, mar. jusqu’a 21 h
Sam. et dim. de 10 h à 19 h
Entrée 6 € (Tarif réduit 4 €)

Image : Detroit, 1955, Robert Frank © Robert Frank, from The Americans

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Alexandre Trauner et Júlia Vajda à l'Institut Hongrois

Alexandre Trauner, Hôtel du Nord, Institut Hongrois de ParisLa première des deux expositions présentées jusqu’au 28 février à l’Institut Hongrois de Paris (situé à deux pas du jardin du Luxembourg) concerne un artiste dont l’univers nous est bien familier.

Il s’agit du décorateur de cinéma Alexandre Trauner, natif de Budapest (1906), émigré à Paris en 1930, où il a travaillé avec les plus grands réalisateurs, au premier rang desquels Marcel Carné, avant de partir pour les Etats-Unis dans les années 1950 collaborer avec Orson Welles, Howard Hawks, Billy Wilder (Oscar du meilleur décor pour La garçonnière en 1960)… De retour en Europe, il crée notamment les décors de Don Giovanni et Monsieur Klein de Joseph Losey, ou encore de Subway de Luc Besson, qui lui valut un César.

Pour la préparation de ses décors de films, outre les dessins et peintures, exposés dans les années 1980, Alexandre Trauner réalisait également de nombreuses photographies, sans se considérer le moins du monde comme un photographe, lui qui a été l’ami de Brassaï, David Seymour, Doisneau, Willis et Boubat entre autres.
Les photos visibles à l’Institut Hongrois, découvertes après sa mort en 1993 nous plongent avec émotion dans le cadre du célèbre film de Marcel Carné Hôtel du Nord. Ce ne sont pas des vues du tournage, mais de simples photos qu’il a prises en repérage, autour d’un canal Saint-Martin bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. En 1937, il y avait davantage de péniches sur l’eau que de piétons, bicyclettes et autos sur ses berges. Les constructions étaient basses et retirées, l’espace libre offrait de belles perspectives qu’Alexandre Trauner a mis en valeur avec art. La ballade poétique dans le Paris en noir et blanc des années 1930 se poursuit avec des photos d’entrées de métro et de portes Art Nouveau, ou encore des vitrines de cafés ou de petits commerces avec leurs enseignes amusantes telles ce "Fritures et primeurs" ou ce salon de coiffure promettant un "service antiseptique"

Julia Vajda à l'Institut Hongrois de ParisA l’étage, l’autre exposition est consacrée à une artiste hongroise peu connue, Júlia Vajda (1913-1982), épouse du peintre Lajos Vajda. En recherche tout au long de sa vie entièrement dédiée à la peinture, Júlia Vajda a exploré différents styles, y compris durant les longues et souterraines années du Rideau de fer. Aujourd’hui, son pays souhaite faire connaître au public hongrois et étranger cette artiste dont l’oeuvre abondante et singulière s’inscrit, malgré l’isolement, dans les courants picturaux européens de son temps.
L’exposition parisienne montre des collages ainsi que des dessins à l’encre de chine, des aquarelles, tempera et huiles sur carton ou sur papier, où lignes entremêlées, crochets et cascades tracent des univers étranges, parfois tourmentés et souvent oniriques.

Hôtel du Nord.Alexandre Trauner
Paysages intérieurs. Júlia Vajda
Jusqu’au 28 février 2008
Institut Hongrois de Paris
92, rue Bonaparte – Paris 6ème
TLJ sauf dim., du lun. au jeu. de 9 h à 21 h, ven. de 9 h à 19 h, sam. de 14 h à 19 h

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L'Art de Lee Miller au Jeu de Paume

L'art de Lee Miller au Jeu de PaumeElle connaît l’expérience de modèle très tôt, lorsque, adolescente, son père photographe amateur la fait poser nue. Très vite, elle devient mannequin vedette pour Vogue, dont elle fait la couverture en 1927. Les premières photos de cette exposition, qui en compte plus de cent quarante témoignent de la plastique parfaite de Lee Miller, bouche charnue, grands yeux rêveurs en amande, cheveux épais coiffés courts à la mode des années 1920, corps mince et souple magnifiant tous les vêtements. Elle fait craquer les plus grands, comme Steichen, Hors Hoyningen-Huene et surtout Man Ray, qu’elle conquit aussitôt installée à Paris en 1929. Si elle devient sa muse et sa compagne, c’est avec lui qu’elle s’initie à la technique de la photo dès cette époque. On dirait d’ailleurs qu’elle ne doit qu’à elle-même son plus beau portrait, avec cet Autoportrait en serre-tête (publié en 1933), d’une beauté classique et d’une douceur dignes des grands peintres italiens.
Mais son travail n’a pourtant rien de classique : si, lorsqu’elle monte son propre studio à New-York en 1932, ses clients sont les publicitaires et les grandes maisons de cosmétiques, si elle réalise des portraits pour le théâtre et le cinéma (magnifique Charlie Chaplin !), Lee Miller est très influencée par les expériences des surréalistes, notamment par le procédé de la solarisation. Surtout, elle adopte un regard qui lui fait préférer les points de vue les plus inattendus, les angles les plus étranges. Un esprit libre et original qui se lit tout particulièrement dans ses photographies d’Egypte, où la belle a vécu dans les années 1930, un moment l’épouse d’un riche Cairote : point d’image d’Epinal dans ce reportage d’un monde pauvre et déserté, mais l’esthétique d’une grande artiste qui a fréquenté l’avant-garde parisienne, Cocteau (elle a joué pour lui dans Le sang d’un poète), Dora Maar, Max Ernst, Picasso… Une modernité qui crève les clichés.
Rentrée d’Egypte en 1939 pour s’installer à Londres avec le peintre et photographe Roland Penrose, qu’elle épousera en 1947, Lee Miller reste une femme de son temps. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle obtient son accréditation de l’US Army et réalise des reportages en tant que correspondante de guerre en Normandie, à Saint-Malo, à Paris, en Alsace, mais aussi dans l’appartement de Hitler et les camps de concentration de Buchenwald et de Dachau. Des images qui créeront le choc dans l’édition américaine de Vogue en juin 1945.
Sur les exemplaires de la célèbre revue visibles au Jeu de Paume, l’on voit que Lee Miller signait également ses articles, d’une plume brillante, avec une sens du phrasé et de la formule séduisants (voir aussi les titres de certaines de ses photos, notamment celles prises en Egypte).
Pour finir l’exposition, un film documentaire confirme à quel point Lee Miller a su allier une vie de femme bien remplie à une carrière d’artiste accomplie, menant les deux avec un même désir d’indépendance.

L’Art de Lee Miller
Jusqu’au 4 janvier 2009
Galerie nationale du Jeu de Paume
1, place de la Concorde – Paris 1er
Du mer. au ven. de 12 h à 19h, mar. jusqu’a 21 h
Sam. et dim. de 10 h à 19 h
Fermeture le 25 décembre et le 1er janvier
Fermeture exceptionnelle à 18 h les 24 et 31 décembre
Entrée 7 € (Tarif réduit 4 €)

Image : Autoportrait, 1932, Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2008. All rights reserved. www.leemiller.co.uk

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Festival Voies Off. Arles

Edgar Marin, Festival Voies Off, Arles
En parallèle et en complément de la semaine d’ouverture des prestigieuses Rencontres photographiques d’Arles, à partir du 8 juillet, le Festival Voies Off offrira cinq jours de découvertes et de soutien à la jeune photographie française et internationale.

Pour sa treizième édition, cette manifestation constituera une vitrine de choix pour les soixante artistes sélectionnés, à travers des soirées de projections photographiques sur grand écran dans la Cour de l’Archevêché, des ateliers et débats et des lectures de portfolios.

Au cours de la soirée de clôture, samedi 12 juillet, Christophe Laloi, directeur artistique du Festival, présentera un montage réunissant une vingtaine de photographes autour du thème Mutations ainsi que le travail des artistes nominés pour le prix Voies Off. Celui-ci sera ensuite remis au lauréat 2008 en présence du jury.

Pour mémoire, le prix Voies Off 2007 a été remis à Mohamed Bourouissa, exposé ce printemps à la Galerie du Château d’Eau à Toulouse et représenté à Paris à la Galerie des Filles du Calvaire.

Voies Off – Arles
Projections dans la Cour de l’Archevêché les mardi 8 et jeudi 10 juillet de 22 h 30 à minuit
Matinées professionnelles du mercredi 9 au vendredi 11 de 11 h 30 à 12 h
Lectures de portfolios de mercredi à samedi à 14 h
Entrée libre

Image : © Edgar Martins (Royaume-Uni)

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Annie Leibovitz, A photographer's life 1990-2005

Expositon Annie Leibovitz à la Maison européenne de la photographie, ParisAmple, passionnante, l’exposition consacrée à Annie Leibovitz jusqu’au 14 septembre à la Maison européenne de la photographie est aussi très surprenante. La célèbre photographe des couvertures glacées américaines, de Rolling Stone à Vogue en passant par Vanity Fair a choisi de mêler à ses portraits les plus connus toute une série d’images personnelles.

Photos intimes de ses voyages à Venise avec sa grande amie l’écrivaine Susan Sontag, photos de ses enfants, de son frère, de sa mère débordante de vie dans son large maillot, de ses parents endormis, confiants, abandonnés, pris avec une tendresse infinie par le regard de leur fille.
Le regard, regarder : tout est là bien sûr. On dirait qu’il n’y a même que ça : quand Annie Leibovitz tire un portrait, elle ne parvient pas à converser en même temps. « Je suis trop occupée à regarder mon sujet (…). J’ai le même problème avec mes enfants. Je sais que je devrais plus m’impliquer, interragir, mais j’aime tellement les regarder. »
En suivant ses commentaires apposés aux photographies, l’on court de surprise en surprise, tout en comprenant mieux son choix de photos familiales, pleines de mouvements, de plein air et de naturel : « Je ne suis pas une grande portraitiste de studio (…). Je trouve cela faux et artificiel. En même temps, trop de dénuement fait peur. Je ne suis pas faite pour ce genre de travail. » Difficile à croire, tout de même, lorsque l’on revoit les photos des stars américaines, magnifiques, dont ressort un puissant érotisme, presqu’une animalité dans leur extrême sophistication. Ce sont des bombes de sensualité qu’elle photographie le plus souvent étendus ou à demi-couchés sur lits ou divans, comme Scarlett Johansson, Mick Jagger, Brad Pitt, Cindy Crawford, Demi Moore…
Mais les tirages les plus beaux de la sélection sont peut-être ceux du jardin de la maison de Vanessa Bell – la soeur de Virginia Woolf – à Charleston en Grande-Bretagne, jardin tout en fleurs et sauvage, photographies en noir et blanc on ne peut plus simples, mais qui échappent à toute banalité et témoignent une fois encore d’un voyage qu’Annie Leibovitz a fait avec son amie Susan Sontag, fan de Wirginia Woolf.
De son amie disparue en 2004, Annie Leibovitz a choisi, de façon extrêmement émouvante, de montrer la photographie qu’elle a prise d’elle sur son lit de mort, alors qu’elle l’avait revêtue de foulards ramenés de Venise et d’une robe en plissé couleur or « en hommage à Fortuny. »
Elle confesse aussi l’importance de son regard : « Si vous l’accompagniez dans un musée où elle voyait quelque chose qui lui plaisait, elle vous demandait de venir vous placer exactement à l’endroit où elle se tenait pour être sûre que vous voyiez la même chose qu’elle ». Avant d’ajouter, comme une ultime preuve d’amour : « J’ai préparé le livre pour la publication en songeant à elle comme si elle regardait par dessus mon épaule et me dictait mes choix. » (1).

Annie Leibovitz, A photographer’s life, 1990-2005
Maison européenne de la photographie
TLJ sauf lundi, mardi et jours fériés, de 11 h à 20 h
5/7 rue de Fourcy – 75004 Paris
Téléphone: (33) 1 44 78 75 00
Fax: (33) 1 44 78 75 15
M° Saint-Paul
Entrée 6 € (TR 3 €)
Gratuit tous les mercredis de 17 h à 20 h

(1) Annie Leibovitz, La vie d’une photographe, 1990-2005, éditions La Martinière, 480 p., 105 €

Image : Brad Pitt, Las Vegas, 1994

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Le daguerréotype français au Musée d'Orsay

Accrochage au musee d'Orsay, daguérrotypeAvec la très belle exposition autour des premières photographies sur papier britanniques, L’image révélée, le musée d’Orsay rappelle les circonstances de la naissance de la photographie en Europe : presque simultanément, d’un côté de la Manche, Talbot invente un procédé de tirage sur papier alors qu’en France, Daguerre met au point la technique de la photo sur plaque de cuivre.

En parallèle, le musée présente une sélection de quelques soixante-dix daguerréotypes français issus de ses collections. L’accrochage est certes de moindre ampleur que l’exposition organisée en partenariat avec les musées de Washington et de New-York, mais elle a le mérite de mettre en évidence les profondes différences de rendu entre les deux procédés.
Victime de son succès et des conditions économiques favorables que les autorités lui ont accordé en France, le daguerréotype s’est développé un peu dans tous les sens, s’éloignant en cela parfois encore davantage de l’exigence esthétique des Britanniques que le support lui-même ne le faisait à la base. Ainsi, attirés par les perspectives de gains offertes par une large clientèle friande de portraits, les laboratoires de photo se sont multipliés, fournissant à bas prix des portraits aux formats de plus en plus réduits et pas toujours de belle qualité.
La sélection du musée d’Orsay permet de retrouver des personnages familiers : ici le baron Haussmann, là monsieur et madame Victor Hugo (robuste, la dame), plus loin, Alexandre Dumas. Plus émouvant et assez surprenant, un triptyque présentant le portrait d’une femme post-mortem. Emotion encore devant ces deux petites plaques faites en 1848 pendant les journées sanglantes de juin 1848 à Paris, à l’époque publiées dans L’Illustration : c’était la première fois que la photographie servait de support à l’image de presse. Voici encore quelques uns des événements, grands ou ordinaires, marqueurs de ce milieu du XIXème siècle français : l’Exposition Universelle de Paris de 1855, les funérailles du duc d’Orléans, héritier du royaume, à Notre-Dame-de-Paris en 1842, une revue de la Garde au Palais des Tuileries (1845-46), un groupe d’artistes élèves à la Villa Medicis à Rome, mais aussi la gare de l’Est à Paris, alors toute neuve…
Le rendu des plaques daguerréotypes, aussi anciennes soient-elles, certaines un peu abîmées, est difficilement comparable au tirage papier anglais : ici, tout est clair, net et précis ; pas de lignes floues, pas de volumes sombres.
Si l’on est loin de la belle esthétique, voire de l’onirisme britannique, nos daguerréotypes ont leur charme propre que l’accrochage joliment éclairé (dans tous les sens du terme) dans un bel écrin rouge carmin met en valeur avec simplicité et efficacité.

Le daguerréotype français dans les collections du musée d’Orsay
Musée d’Orsay
Jusqu’au 7 septembre 2008
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h et le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)

Image : Louis Adolphe Humbert de Molard (1800-1874), Louis Dodier en prisonnier 1847 (Daguerréotype H. 11,5 ; L. 15,5 cm), Paris, musée d’Orsay, don de la famille Braunschweig en souvenir de la galerie Texbraun par l’intermédiaire de la Société des Amis du Musée d’Orsay, 1988 © photo RMN, Hervé Lewandowski

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L'image révélée au Musée d'Orsay

L'image révélée, photographies britanniques au musée d'OrsayAu moment où, en France, Louis Daguerre mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de l’autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier 1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l’enthousiasme suscita l’émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru d’art à sortir de sa réserve.

Telle est la passionnante histoire que le Musée d’Orsay, en association avec la National Gallery of Art de Washington et le Metropolitan Museum of Art de New-York met en lumière jusqu’au 7 septembre 2008.
Cette exposition de cent vingt photographies britanniques des années 1840-1860 est surtout l’occasion de découvrir des oeuvres magnifiques, pour l’essentiel montrées pour la première fois au public français.

Immédiatement, l’oeil est séduit par le rendu du procédé de Talbot (utilisant un négatif papier à partir duquel un positif en papier également est tiré par contact) : il est à l’opposé de celui des daguerréotypes, métalliques et précis.
La technique anglaise donne un résultat velouté, soyeux, vaporeux, tout en contraste entre éclats de lumière et masses sombres. Grâce est de constater que le nom donné par Talbot à son invention, le calotype, littéralement la belle image n’était pas usurpé.

Les thèmes explorés par le scientifique et ses disciples se prêtent fort bien à cette manière empreinte d’onirisme : végétaux, visions de ruines, simple meule de foin… D’emblée, la photographie naissante semble s’être inscrite dans le mouvement artistique de l’époque, celui de l’idéal de l’harmonie de l’homme avec la nature, du culte des vestiges du Moyen-Age, de toutes ces revisites du passé très XIXème siècle qui ont nourri le romantisme britannique pictural et littéraire.
En même temps, les calotypes anglais et écossais annoncent une vision moderne du paysage, à moins qu’ils ne soient l’écho de l’évolution de la peinture à cette époque. L’impression est saisissante devant la Crique d’Anstey de Benjamin Turner, ou dans un tout autre sujet, le très beau paysage de neige de Queen Street à Bristol.

Expo à Orsay, les calotypes britanniquesLa photographie est aussi le moyen rêvé pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Voyez cet Anglais du chic le plus accompli appuyé contre les ruines à Pompéi, voyez l’émouvante simplicité de ces pots de terre à Nice, voyez l’époustouflant diptyque restituant une vue de Naples, ample et toute blanche ou encore, à côté d’autres clichés plus conventionnels, ces paysages pyrénéens qui tranchent par leur irréalité et leur poésie.
Ce beau voyage dans le temps et les grands espaces se termine par des images du nouvel Empire britannique, en Inde et en Malaisie, avec par exemple la merveilleuse composition montrant une statue de Bouddha, ou les superbes entrées de lumière dans le clair-obscur qui abrite le Trône de cristal du Diwan-i-Khas à Delhi : art, voyage et culture, voilà bien ce que les premières photographies britanniques ont révélé.

L’image révélée : premières photographies sur papier en Grande-Bretagne
(1840-1860)
Jusqu’au 7 septembre 2008
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7ème
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)

Images : John Stewart (1800-1887), Col et pic d’Arrens photographiés depuis le mont Soubé, 1852 (épreuve sur papier salé d’après un négatif papier) National Media Museum, Bradford, UK© The RPS Collection at the National Media Museum, Bradford
Charles Moravia (1821?–1859), Le Trône de Cristal du Diwan-i-Khas, Delhi, 1858 (épreuve albuminée d’après un négatif papier) Collection privée

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