Le musée de la Boutique des colporteurs

Marmotte de colporteur Musée SoueixLe 1er juillet dernier, la commune de Soueix-Rogalle a créé l’événement dans le Haut-Couserans (Ariège) : après sept ans de recherches et deux ans de travaux, le musée de la Boutique des colporteurs a ouvert ses portes au coeur du village.

L’objectif ? Faire revivre un moment fort de l’histoire des vallées pyrénéennes : celui de "l’âge d’or" des colporteurs.
Les colporteurs étaient des vendeurs ambulants qui, dès le Moyen-Age, transportaient leus marchandises dans de petites caisses de bois accrochées autour du cou – d’où le nom de "col-porteurs" – ou sur le dos.
Ici, cet "âge d’or" est en réalité le reflet d’une certaine pauvreté : en raison de la surpopulation pyrénéenne au milieu du XIXème siècle, l’économie agricole ne permettait pas à tous de vivre correctement, poussant les moins fortunés à diversifier leurs moyens de subsistance. Ainsi, à la morte saison, nombreux étaient ceux qui partaient sur les chemins du sud-ouest, voire par-delà les montagnes et les mers jusqu’en Espagne, en Algérie et même au Canada et en Amérique Latine, apportant nouvelles, nouveautés et petits objets dans les coins les plus reculés.
Ils s’approvisionnaient à crédit et remboursaient leurs fournisseurs une fois de retour au pays, en fonction des ventes réalisées, ou même après les récoltes.

Boutique Souquet à SoueixA Soueix, le magasin Souquet était l’un des fournisseurs essentiels des colporteurs de la vallée : en pleine activité de 1824 à 1960, on y trouvait en effet de tout.
Grâce à la donation à la commune du bâtiment qui l’hébergeait par ses héritiers en 2005, puis au travail de reconstitution par une équipe de passionnés, ce pan de l’activité de la population pyrénéenne du XIXème siècle (les colporteurs ont disparu avant la Première Guerre Mondiale) reprend forme et vie dans le Musée.

Dans les pièces adjacentes à la Boutique proprement dite, est racontée la vie des colporteurs : près du cantou (le grand âtre), des voix de souviennent de ce métier qui, durant des mois, était aussi un mode de vie à l’économie. Par exemple, on ne dormait pas à l’auberge, mais chez l’habitant/client en échange de quoi on laissait parfois quelques babioles. En 1852, afin de contrôler cette profession dont les autorités se méfiaient depuis le siècle précédent, a été instauré le permis de colportage. Un exemplaire en est exposé, ainsi que des caïchos ou marmottes (les caisses des colporteurs), remplies de bijoux, d’articles de mercerie, d’objets de dévotion…

La caisse de la Boutique Souquet à SoueixEnfin, on pénètre dans la magnifique Boutique Souquet, une seule pièce couverte du sol au plafond de tiroirs et d’étagères de bois abrités derrière le grand comptoir en U. La caisse trône toujours au centre et, dans la petite pièce à côté, le coffre-fort et les pièces comptables : de grands registres où sont soigneusement consignées, d’une plume déliée et régulière, les commandes, la liste des débiteurs, etc.
On laissera le visiteur s’émerveiller du contenu des rayonnages (ainsi que des surprises sonores en ouvrant les tiroirs) et des cloches de verre posées sur le comptoir : épices, flacons de droguerie, pièces de quincaillerie et de vaisselle, draps, boutons, chapelets et bien d’autres trésors, tous en vente ici-même entre le milieu du XIXème et le milieu du XXème siècle.

Musée des colporteurs
Rue Principale
09140 SOUEIX-ROGALLE
En juillet-août, tous les après-midi de 14h30 à 19h
A côté : « Aux saveurs du terroir » (épicerie fine, petite restauration et salon de thé)
Entrée adulte : 2 €, enfant : 1 €
Pass’patrimoine : 5 €, entrée comprise pour la Boutique des Colporteurs, le Château de Seix et l’Exposition des Montreurs d’ours d’Ercé

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Tsutsugaki au Musée Guimet

Tsutsugaki au Musée GuimetLe Musée Guimet met le Japon à l’honneur cet été avec l’exposition consacrée aux arts de la table autour de l’artiste Rosanjin Kitaoji (1883-1959), poète, céramiste, calligraphe et cuisinier (jusqu’au 9 septembre).

En complément, le Musée présente une exposition dédiée à une autre forme de l’art japonais traditionnel, beaucoup moins connue mais très belle : le tsutsugaki, à fois technique de peinture et œuvres textiles qui en procèdent.

Le tsutsugaki, kézako ?

Par le tsutsugaki (de tsutsu, tube et de gaki, dessin), on apposait sur un tissu de coton ou de lin, à l’aide d’un cône dur, une colle réalisée à base de pâte de riz qui permettait de constituer une réserve avant le bain de teinture d’indigo. Puis on garnissait les motifs ainsi réservés, généralement de couleurs chaudes.
Les pièces de tissu étaient ensuite délicatement assemblées pour réaliser des futons, des kimonos, des paravents, des bannières, parfois de très grande taille, aux coutures invisibles.
Tsutsugaki désigne dès lors aussi ces objets textiles qui apparurent dès le XVIème siècle, connurent leur apogée à la fin de l’ère Edo au XIXème et disparurent progressivement au début du XXème.

A quoi servait le tsutsukaki ?

Art populaire, résultat de savoir-faire associant dessinateurs, artisans et teinturiers, le tsutsugaki avait pour principal objet de porter bonheur à ceux qui le recevaient en cadeau. On en offrait à l’occasion des mariages et des baptêmes, on en ornait les temples lors des fêtes religieuses. Puisqu’on entendait s’assurer de la bonne fortune des bénéficiaires (virilité, descendance, longue vie…), les motifs étaient soigneusement choisis en fonction de leur force symbolique.
Sur de magnifiques fonds indigo, se détachent ainsi en de somptueux jaunes et rouges, des singes, des lions japonais, des dragons, des fleurs de pivoine et de chrysanthème, des branches de prunus…

Une exposition rare

Les pièces présentées, quoiqu’en nombre relativement resserré, sont exceptionnelles : elles proviennent pour partie d’une collection privée japonaise (pour la première fois présentées hors du Japon), pour partie du fonds Krishnā Riboud conservé par le Musée, et complétées d’une oeuvre tsutsugaki que le peintre Léonard Foujita conserva toute sa vie.

Tsutsugaki, textiles indigo du Japon
Une exposition organisée par le musée national des arts asiatiques Guimet et Ueki et Associés
Musée Guimet
6, place d’Iéna- 75116 Paris
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h
Entrée avec le billet des collections permanentes : 7,50 € (TR 5,50€)
Jusqu’au 7 octobre 2013
Visites commentées de l’exposition les sam. et dim. à 14h (durée 1h) sf le 25 août
Plein tarif : 4,20 €, tarif réduit : 3,20 € (hors droit d’entrée), sans réservation dans la limite des places disponibles

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Un Allemand à la cour de Louis XIV. Musée du Louvre

Durer, vue du val DEverhard Jabach (1618-1695) est un nom qui compte dans l’histoire des collections du Louvre.
Riche banquier d’origine colonaise, il vécut à Paris où il réunit l’une des plus grandes collection d’art de son temps.
En 1662 puis en 1771, en besoin de fonds, il vendit à Louis XIV une grande partie de sa collection, grâce à laquelle (grossie des œuvres acquises à sa mort, car il avait entre temps retrouvé fortune et poursuivi ses achats) s’est fondée la collection royale, dont est issue celle du musée du Louvre.

Tourné naturellement vers l’art italien conformément au goût de l’époque, Everhard Jabach ne négligea pas pour autant les peintres de l’Ecole du Nord, celle des maîtres anciens comme celle, "moderne", des artistes du XVIIème siècle.
C’est cette partie-là que le musée met à l’honneur à travers un accrochage de dessins et de peintures lui appartenant, à l’exception du portrait de Jabach par Antoon Van Dyck, prêté par un collectionneur privé. Ce choix reflète la spécificité de la collection de ce négociant éclairé qu’était Jabach : son ascendance germanique et ses liens d’affaires avec l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Allemagne le conduisirent à s’intéresser plus que tout autre à l’art des pays du Nord.

L’exposition montre majoritairement des dessins ; la facture des peintures présentées fait regretter qu’elles ne soient pas plus nombreuses. La monumentale et somptueuse nature morte Le dessert de Davidsz de Heem (1640) nous saisit d’emblée par sa richesse. Comment ne pas tomber "en appétit" devant ces fruits, ce bout de gâteau, cette coupe d’eau citronnée ? La vaisselle et les étoffes brillent de mille feux, le tout dans l’atmosphère sombre propre au genre. D’autres joyaux jalonnent le parcours, tel le portrait de profil d‘Érasme écrivant (1523) par Hans Holbein, le portrait du collectionneur à l’âge de dix-huit ans portant le deuil de son père (1636, voir plus-haut), ou encore la Vue du val d’Arco (1495), petite et délicieuse aquarelle de Dürer.

Côté dessins, on admire notamment des paysages de Bril, dont Jabach était fort friand ou encore des dessins "italiens" que Rubens réalisait à partir de copies de dessins de Michel-Ange, par lui-même ou achetés, et qu’il retouchait et complétait. Comme s’il était bien difficile d’oublier complètement l’Italie…

Un Allemand à la cour de Louis XIV
De Dürer à Van Dyck, la collection nordique d’Everhard Jabach
Musée du Louvre
Paris 1er
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi
Nocturne le mercredi et le vendredi jusqu’à 21h45
Accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €
Jusqu’au 16 Septembre 2013

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Giotto e compagni. Musée du Louvre

Giotto e compagni au LouvreOrganiser une exposition autour de Giotto di Bondone (vers 1267-1337) ne doit pas être une entreprise aisée.
Les œuvres qu’il a laissées sont en majeure partie des fresques – église de l’Arena à Padoue ainsi que celles illustrant la Vie de saint François à Assise et à Florence – donc fixées à demeure. Seulement trois peintures sont signées de sa main, dont le Saint François d’Assise recevant les stigmates du Louvre, et il faut tenir compte des querelles d’attribution dont nombre d’œuvres sont encore l’objet.

De fait, Giotto ayant imprimé un nouveau style – souvent qualifié de révolutionnaire – et ayant rencontré un grand succès, il a ouvert un atelier dans lequel beaucoup de disciples travaillaient en même temps que le maître et/ou sous ses directives. Dans ces conditions, comme le souligne le Musée, la distinction entre les œuvres de la seule main de l’artiste et celles issues de son atelier est assez peu pertinente.
Cela étant, à force de recherches et de rapprochements, désormais davantage fondés sur les études stylistiques que techniques, la création giottesque, caractérisée par un grand soin accordé aux détails des visages et des corps, à "l’humanité" des expressions, à la clarté de la lumière, à quelques tentatives de rendu, sinon de la perspective au moins de la profondeur est aujourd’hui beaucoup mieux cernée.

Le Musée du Louvre, riche de plusieurs œuvres, a bénéficié de prêts de pièces majeures venues des Etats-Unis, de Londres et de Florence. Il a ajouté à celles-ci des tableaux issus de son atelier ainsi que des exemples de l’art encore très hiératique du style byzantin que Giotto a totalement bouleversé. Enfin, le panorama est complété par des oeuvres d’artistes contemporains mais au coup de pinceau sensiblement différent.

Le tout est didactique, clair, cohérent, et très enrichissant. On laissera le visiteur se rendre compte par lui-même : à côté de l’école traditionnelle du Trecento, la manière de Giotto semble soudain faire apparaître non plus des figures mais des personnes. Délicatesse et expressivité des traits, précision des attitudes, inventivité dans la façon de représenter les scènes traditionnelles de la peinture religieuse – telle la Vierge à gauche du Christ dans la grande Croix du Louvre, qui tourne son visage de l’autre côté : nul doute qu’il y a bien eu un avant et un après Giotto.

Giotto e compagni
Musée du Louvre
Salle de la Chapelle
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi
Nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
Accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €
Jusqu’au 15 juillet 2013

Image : Element de predelle, St François prêchant aux oiseaux, Bois © RMN – Grand Palais -Michel Urtado

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Fêter Le Nôtre au jardin des Tuileries

André Le Nôtre, jardin des TuileriesVersailles, Chantilly, Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau, les Tuileries : voici cinq jardins rendus célèbres par leur auteur André Le Nôtre (1613-1700), jardinier-paysagiste du Roi Soleil.

Pour fêter le 400ème anniversaire de sa naissance, des manifestations sont organisées cet été sur différents sites. Aux Tuileries à Paris, jusqu’au 30 septembre prochain, une promenade invite à découvrir l’histoire du jardin.

Son origine remonte à celle de la construction du Palais des Tuileries : en 1564, Catherine de Medicis avait fait aménager des jardins avec parterres de broderies, labyrinthes, fontaines, pavillons d’agrément, statues, et même une grotte, "la" grotte de Bernard Palissy…
Un siècle plus tard, André Le Nôtre, fils et petit-fils du jardinier des Tuileries, dessine les plans du jardin de style Classique qui viendra remplacer les jardins Renaissance.
Il ouvre un grand axe d’est en ouest, lancement de la perspective qui se déploiera après lui bien au-delà des Tuileries côté ouest – de son temps, les Champs-Elysées n’étaient encore que des champs… Il crée des terrasses, au nord la terrasse "des Feuillants" et au sud, côté Seine, la terrasse "du Bord de l’eau". Côté est, deux petits bassins symétriques et le grand bassin rond au centre. Côté ouest, le grand bassin octogonal et les terrasses en belvédère auxquelles on accède par des rampes en fer à cheval – alors dépourvues de garde-corps précise un cartel du parcours.
Entre ces deux extrêmes, le "Grand Couvert", la zone boisée la plus dense, quinconces de marronniers et de tilleuls. A l’origine, il s’agissait de bosquets indépendants. Les explications données laissent à penser que sur les quelques 25 hectares du jardin, l’accent était davantage mis sur l’eau et le minéral que sur le végétal, comme si André Le Nôtre avait fait plus œuvre d’architecte que de jardinier.

Aujourd’hui, il est toujours aussi agréable de s’y promener, que ce soit sur sa grande allée pour profiter de sa magnifique perspective, ou sur ses voies moins centrales pour plus de calme, d’y prendre le soleil au bord d’un bassin, ou encore un verre à l’ombre des feuillages. En plein cœur de Paris, le long de l’artère rouge qu’est la rue de Rivoli, on s’y trouve à l’abri du bruit de la circulation et, en le parcourant comme s’il s’agissait d’un musée, on y admire statues de différentes époques et massifs fleuris. En ce moment, c’est un chatoiement de mauves et de violines que quelques touches de jaune viennent flatter. Des massifs sans doute pas tout à fait dans le style Grand Siècle de Monsieur Le Nôtre, mais qu’on aurait bien mauvaise grâce de regretter…

Promenade André Le Nôtre
Jardin des Tuileries
Place de la Concorde – Paris 1er
Entrée libre
Jusqu’au 30 septembre 2013

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Manila Vice au MIAM à Sète

Ils sont Philippins d’origine ou d’adoption, ils sont nés entre 1956 et 1989 ; certains sont des artistes confirmés, d’autres des nouveaux venus sur la scène de l’art contemporain.
Quand les uns s’inscrivent dans la tradition de l’art populaire, les autres suivent une veine beaucoup plus sophistiquée.

Le Musée International des Arts Modestes, fondé par les artistes Hervé di Rosa et Bernard Belluc en 2000 a eu l’idée géniale de les réunir durant toute la belle saison à Sète, dans une exposition choc conçue par Manuel Ocampo et Pascal Saumade « Manila Vice ».
Les scénographes Isabelle Allégret assistée de Mathilde Grospeaud ont fait le choix d’une ambiance obscure dont émergent avec force des œuvres très colorées, certaines même rutilantes, mais aux thématiques souvent dures.

Les tableaux évoquent la violence – qui se perçoit en écho à l’histoire du pays – mais aussi les pulsions sexuelles avec une grande crudité. Pas de gratuité pour autant, les recherches esthétiques sont souvent extrêmement abouties, dans des compositions figuratives qui évoquent l’abandon (Valeria Cavestany), qui empruntent à l’inconscient (Romeo Lee), ou à l’imagerie moderne de masse pour mieux s’en distancier (Dina Gadia).

Les installations sont très directes, montrant l’importance de la religion catholique, les vestiges de l’histoire contemporaine (jeeps abandonnées par l’armée américaine), les conditions de vie à Manille (baraques de fortune débordant d’objets de récupération).
Quant à « Disco Bomb » de Kawayan de Guia, elle ne laisse pas davantage indifférent : tous couverts de miroirs à facettes, étincelants comme des poissons au rayon du soleil, voici suspendus dans l’air des obus déconcertants. « Une installation spectaculaire où l’absurdité de la guerre et ses conséquences terminales incroyablement présentes dans l’archipel » indique le livret de l’exposition. Manille a visiblement beaucoup à dire ; il faut aller l’écouter à Sète jusqu’au 22 septembre prochain.

« Manila Vice »
MIAM
23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny – 34 200 Sète
TLJ de 9h30 à 19h du 1er avril au 30 septembre
TLJ sf lun. de 10 h à 12h et de 14h à 18 h du 1er octobre au 31 mars
Entrée 5 euros (TR 2 euros)
Jusqu’au 22 septembre 2013

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La Grande Bellezza. Paolo Sorrentino

Paolo Sorrentino, La Grande BellezzaRome, ses précieux vestiges et ses fastueux palais issus d’un passé vénéré, où s’admirent le rouge cardinal et la blancheur des cornettes, le tombé impeccable des costumes et l’éclat des robes du soir. Et encore : la douceur du soleil au couchant, le scintillement des fontaines au midi, l’ombre rassurante des pins des collines.

Si de ce rêve, Paolo Sorrentino fait une parade incroyable, c’est pour mieux révéler l’envers du décor.

Jep Gambardella est un homme à qui la vie a réussi : à 65 ans, il est à Rome le plus grand des mondains. Auteur d’un unique roman il y a plus de quarante ans, il est devenu un grand journaliste culturel dans un quotidien de renom. Richissime, il fréquente tout ce que Rome compte d’argenté, de célèbre et de snob.
Il se couche quand le jour se lève, après avoir devisé cyniquement avec ses amis, dansé un peu, pas mal bu et fumé plus encore, fait l’amour parfois.
Mais de performances artistiques fumeuses en nuits éblouissantes, Jep finit par se retrouvé rattrapé par la superficialité de toute son existence. A l’heure du bilan, quels fruits récolte-t-il de sa vie, qu’a-t-il créé, quelles ont été ses émotions, que laissera-t-il enfin ?

Rarement la vacuité de l’existence aura été montrée avec un tel éclat. Revenu de tout, Jep hante un monde où s’affrontent des ego épuisés de prétention, où seuls l’apparence, l’argent et le sexe font office de valeurs. La religion n’échappe pas à cette mascarade et le mépris de l’humain, de l’effort et des sentiments véritables a quelque chose de glaçant.
Magistralement interprété par Toni Servillo, virtuosement mis en scène par le réalisateur de Il Divo, La Grande Bellezza, conquête chimérique de son héros, est un coup de poing qui frappe d’autant plus fort qu’il a pour décor une Ville Éternelle que l’on croyait intouchable.

La Grande Bellezza
Paolo Sorrentino
Avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli
Durée 2 h 22
Sorti en salles le 22 mai 2013

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Une passion française au Musée d'Orsay

Pierre Bonnard, ParaventRetour – hélas temporaire ! – sur le sol natal pour ce magnifique ensemble de dessins, peintures, sculptures et objets d’art décoratif du XIXème et du début du XXème siècles.

Les époux Hays l’ont patiemment constitué depuis le début des années 1970 ; pour quelques mois ils ont accepté de s’en dessaisir afin de partager leur plaisir avec les visiteurs du Musée d’Orsay.

L’exposition qui les réunit est magnifique. La présentation est simple, d’abord intimiste, ce qui sied fort bien à l’esprit "collectionneur" et aux portraits et dessins exposés ; puis grandiose avec une belle galerie mettant merveilleusement en valeur les grands tableaux décoratifs, le mobilier et les sculptures.

Les œuvres choisies par les époux Hays portent en majorité sur la période post-impressionniste. Elles ont été sélectionnées pour décorer, l’axe est évident : voici le Paris de la Belle Epoque, voici les couleurs chatoyantes des Nabis, voici des pastels de Degas… Tout est agréable, beau, presque rassurant. Et les murs du Musée semblent ici un écrin aussi accueillant et cosy que doivent l’être l’appartement new-yorkais ou les hôtels particuliers des collectionneurs. Les Fillettes se promenant, panneau issu de la série des neuf formant les Jardins publics de Vuillard (dont le Musée possède cinq autres), le Café dans le bois de Bonnard, son Paravent à trois feuilles rouge, ou encore les splendides décorations Automne et Printemps de Denis auraient décidément tout leur sens dans les nouvelles salles du Musée d’Orsay dédiées aux arts décoratifs.

Une passion française – La collection Spencer et Marlene Hays
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur 75007 Paris
Tlj sf lun., de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jsq 21 h 45
Accès avec le billet du musée (9 €, TR 6,50 €)
Jusqu’au 18 août 2013

Image : Paravent à trois feuilles avec grue, faisans et oiseaux, canards et papillons, 1889 – Pierre Bonnard© ADAGP, Paris – 2013

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Fables au théâtre de Belleville

Fables, au théâtre de Belleville

Les Fables de la Fontaine se picorent. Consommées ainsi, elles sont aussi très bonnes. Tel est l’enseignement du délicieux spectacle donné jusqu’au 9 juin au Théâtre de Belleville, à destination de tous les publics, par la Compagnie Tàbola Rassa.

Voici deux compères à l’humour irrésistible, Jean-Baptiste Fontanarosa et Olivier Benoît, parfaitement complémentaires (le jeune naïf et le mûr rusé) qui interprètent des bouts de Fables avec une simplicité, une inventivité et un comique rares.
C’est avec trois fois rien – un carton, une ficelle, un plumeau, un pipeau… – qu’ils s’attaquent bravement au Grand Siècle, coupant le texte et le ponctuant hardiment, mais toujours le respectant.

Un ballon de baudruche se fait grenouille, une boîte de lait vache, un grand carton âne… les déguisements sont à l’avenant – le bonnet de laine fait la brebis – et cette économie de moyens crée une grande poésie.

Des intermèdes musicaux ponctuent un spectacle au rythme parfait, musardant à l’occasion, trépidant parfois, et là aussi le lien entre les époques se fait très naturellement : ici quelques pas de danse de Cour, là un clin d’œil (léger) au disco, plus loin une chanson de troubadours.

Du Meunier, son fils et l’Ane aux Animaux malades de la peste en passant par le Le Coq et le Renard, pour ne citer que trois des meilleurs morceaux, c’est près d’une quinzaine de Fables que les talentueux comédiens évoquent, restituant merveilleusement l’esprit moqueur, si juste et si fin de Jean de la Fontaine, ciseleur de mots dénonçant les travers de l’Homme avec une actualité hélas jamais dépassée…

Fables
d’après Jean de la Fontaine
Mise en Scène Olivier Benoît
Sur une idée originale de Jean-Baptiste Fontanarosa, Asier Saenz de Ugarte, Olivier Benoit
Interprétation Jean-Baptiste Fontanarosa, Olivier Benoit
Création lumières et son Jorge García / Sadock Mouelhi
Décor et marionnettes Maria Cristina Paiva
Production Cie Tàbola Rassa
Durée 1 h 15
Théâtre de Belleville
94, rue du Faubourg du Temple – Paris 11°
Places 20 euros (TR 15 euros, moins de 26 ans 10 euros)
Jusqu’au 9 juin 2013, relâches du 8 au 12 mai

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J’avais un beau ballon rouge au Théâtre du Rond-Point

J'avais un beau ballon rouge

La pièce écrite par la dramaturge et comédienne italienne Angela Dematté dresse une fresque historique qui se déroule du début des années 1960 au milieu des années 1970 en Italie.

Margherita Cagol, fille de la petite bourgeoise catholique, entreprend des études de sociologie – qui s’appelaient alors pudiquement "sciences-politiques" -, découvre le système de classes et les institutions qui verrouillent la société, la possibilité d’un combat collectif et aspire à la Révolution.
Son père, bon fond et ouvert sur son prochain, demeure un conservateur qui n’entend pas que l’on puisse remettre en cause les valeurs et l’autorité – notamment celles de l’Eglise – sur lesquelles il a fondé sa vie et l’éducation de sa fille.
Mais plus le temps passe, plus Margherita s’enthousiasme pour les luttes radicales à mener pour transformer la société. De Léniniste, elle évolue vers le Maoïsme, puis participe à la fondation des Brigades Rouges, où elle laissera sa vie, tombée sous les balles des carabiniers lors d’affrontements de plus en plus violents.

Sur scène, Richard et Romane Bohringer, complémentaires, sont tout simplement parfaits : extrêmement justes, ils rendent leurs personnages tirés d’histoires réelles plus que crédibles.
Portée par une mise en scène classique et efficace, la pièce, fort bien écrite, évite le simplisme, la prise de parti facile. Aucun des deux personnages n’a totalement tort ni raison. Et, ce qui est sans doute le plus beau, malgré les affrontements incessants et inévitables, jamais le dialogue ne se rompt totalement. Toujours, la tendresse demeure, et avec elle la tentative de continuer à se comprendre mutuellement.

Loin du "gueulard" auquel on pourrait s’attendre, Richard Bohringer montre tous les questionnements intérieurs d’un père tiraillé entre l’idée qu’il se fait du bonheur pour sa fille et la réalité où il la voit s’épanouir dans une lutte altruiste, où elle s’oublie elle-même.
Romane Bohringer, habitée à 200 % par son personnage, restitue son extraordinaire engagement et sa foi inébranlable en la Révolution, mais aussi sa gravité lorsqu’elle voit son père vieillir, au point de devoir lui cacher certaines choses pour l’épargner.
A l’image de cette relation forte dans cette période plus que chamboulée en Italie comme ailleurs, la pièce non dénuée d’une résonance universelle dans l’affrontement des générations, conquiert vite le public, et finit par l’émouvoir profondément.

J’avais un beau ballon rouge
de Angela Dematté
mise en scène Michel Didym
avec Richard Bohringer et Romane Bohringer
Théâtre du Rond-Point
A 18 h 30, durée 1 h 25
Jusqu’au 5 mai 2013

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