Edvard Munch, l'Oeil moderne

Exposition Munch, l'Oeil Moderne à BeaubourgIl ne reste plus beaucoup de temps pour aller voir l’exceptionnelle exposition Munch (1863-1944) au centre Pompidou, qui fermera ses portes le 9 janvier prochain.

Exceptionnelle, elle l’est assurément puisqu’elle réunit à Paris des tableaux majeurs de la longue carrière du plus célèbre des peintres norvégiens, malgré tout bien peu connu en France en dehors du "Cri".

Au printemps 2010, le public français avait pu admirer à la Pinacothèque de Paris un bel ensemble de lithographies et de peintures. Ici, un programme différent permet de compléter à merveille la connaissance de la production de cet artiste passionnant.

Dans ses vastes espaces, le centre Beaubourg propose une fois de plus une exposition riche, lisible et très bien pensée, à travers 140 œuvres : des tableaux bien sûr, mais également des œuvres gravés et, ô surprise, des photos et même un bout de film, le tout réalisé par Munch. Grâce aux salles thématiques, préférées à un parcours chronologique, au terme de la visite on a l’agréable impression d’avoir "saisi" l’artiste.

Les deux premières salles sont formidables à tous points de vue. Elles présentent les mêmes sujets, traités à des périodes différentes, en commençant par celles du XIXème siècle. Toutes sont des chefs-d’œuvre : L’enfant malade, Puberté, Jeunes filles sur un pont, Baiser, Vampire, Les amants solitaires. La touche est douce, parfois marquée par l’impressionnisme, mais les sujets sont déjà totalement singuliers. Dès le début, Munch a exprimé des thématiques et des sentiments troubles et forts. On est à mille lieux de la peinture de paysage, d’histoire, de la scène de genre, de l’esthétisme.

Ce qui est sous nos yeux ce sont des personnages qui ne sont que souffrance, inquiétude, mélancolie, abandon. Même le tableau des jeunes filles, avec sa ligne de fuite caractéristique du style de Munch, semble plonger les calmes demoiselles dans une solitude infinie, dans un lointain vide et source de bien des questions.
Dans la salle suivante, les mêmes motifs se retrouvent, mais peints au XXème siècle. La touche a considérablement évolué. Entre temps, Munch a découvert Paul Gauguin et Vincent Van Gogh et cela se voit : coups de brosse détachés, formes simplifiées, parfois stylisées, impression d’inachevé : sa manière, synthétique, est bien celle de la pleine modernité. Il n’empêche que ses œuvres antérieures étaient déjà très modernes à bien des égards, que ce soit par le choix des sujets, par le cadrage (L’enfant malade vue du dessus) ou encore les compositions qui mêlent profondeur du regard et simplicité d’ensemble.

Ces deux salles sont l’occasion de souligner à quel point Munch a repris les mêmes thématiques tout au long de sa vie (six versions de L’enfant malade, une dizaine de Vampire, etc), animé par les mêmes problématiques existentielles mais sans doute épris aussi du besoin d’évolution. Or, quoi de mieux que de reprendre le même sujet pour constater comment on peut l’aborder différemment au fil du temps ?
Cette obsession se retrouve dans les salles consacrées aux autoportraits, qu’il s’agisse des peintures ou des photographies : Munch qui malgré ses problèmes de santé et ses souffrances morales a tout de même vécu jusqu’à 80 ans, n’a jamais cessé de se peindre ou de se photographier, réalisant ainsi une sorte de "journal" de soi-même, comme des écrivains l’ont fait à l’époque à leur manière.

L’importance que les nouveaux media ont eu pour Munch est également mise en évidence : le cinéma, la photo, le reportage de presse. Certains de ses tableaux montrant des "faits divers" (encore des scènes d’une folle gaité !) sont de véritables témoignages journalistiques. Cela étant, l’artiste va plus loin, grâce à son pinceau qui à la fois épure la forme et renforce les sentiments, montrant au fond des thèmes universels.
L’on découvre aussi un Munch "social", qui a peint de poignantes sorties d’usine, des groupes de travailleurs dans la neige…

Munch, l'Oeil moderne, expositions à PompidouLa neige, une autre voie magnifiquement exploitée par le peintre Norvégien, jamais en tant que sujet mais toujours au service du sujet. Voir par exemple sa scène inspirée de Van Gogh La nuit étoilée : une splendeur placée en face d’une autre Le Soleil, et dont, de l’une comme de l’autre, l’on est bien en peine de s’éloigner…

Edvard Munch, l’oeil moderne
Centre Pompidou – 75004 Paris
Métro Rambuteau
TLJ sauf le mardi, de 11h à 21h
Nocturne le jeudi jusqu’à 23h
Tarifs: 12 € plein tarif (9 € tarif réduit)
Jusqu’au 9 janvier 2011

Images : Puberté, Nasjonalmuseet et Le soleil, Munch Museet, Oslo © ADAGP

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