Daum, Variations d'Artistes

Arman, L'âme de Vénus, pâte de cristal et or (2009), pâte de cristal et argent (2008)
Arman, L’âme de Vénus,
pâte de cristal et or (2009), pâte de cristal et argent (2008)

Art et artisanat se tiennent la main sur la butte Montmartre, grâce à l’exposition visible à l’Espace Dalí jusqu’au 3 janvier 2016.

Y sont présentées des créations de la maison Daum imaginées par des artistes célèbres depuis les années 1960. Le premier d’entre eux est bien sûr l’hôte des lieux : Salvador Dalí, dont la première rencontre avec le maître-verrier nancéien eu lieu en 1968. Au cours de vingt années de collaboration et d’amitié entre l’artiste catalan et Jacques Daum, vingt-et-une œuvres furent élaborées. On les découvre à l’espace Dalí, voisinant avec celles d’autres artistes de la période récente et contemporaine tels César, Arman, Ben, Richard Texier, Jérôme Mesnager

Chacune d’elles témoigne d’un mariage réussi entre la tradition (la création artisanale à base de pâte de verre, dont le rendu a évolué avec la mise au point de la pâte de cristal, plus douce) et la modernité. Pour comprendre leur genèse, peut-être faut-il remonter aux débuts de la cristallerie de Nancy née en 1878. Dès 1893 en effet, Antonin, fils du fondateur Jean Daum, créé un département d’art : il sera fer-de-lance dans le développement de l’Art Nouveau, qui avait pour dessein d’abolir les frontières entre art et artisanat. Daum s’associe alors avec Majorelle ou encore Henri Bergé. A partir des années 1920, les lignes se simplifient, le verre se givre : c’est le style Art Déco qui commence à se déployer. La pâte de cristal (par ajout de plomb dans la composition du verre) permet d’obtenir cette matière claire et épaisse qui peut prendre des formes et des couleurs extrêmement variées, et qui est aujourd’hui encore la marque de reconnaissance des création de la belle maison lorraine.

Salvador Dalí, Porte-manteau montre, 1971
Salvador Dalí, Porte-manteau montre, 1971

Au fil des différentes sections qui jalonnent l’agréable déambulation, on aime perdre ses repères devant des œuvres qui semblent hors du temps, impression que la pâte de verre, matériau ancien, imprime fortement aux sculptures, y compris surréalistes.

Il faut dire que les artistes exposés ont largement puisé leur inspiration dans la mythologie (cf. le Pégase et le Cyclope de Dalí, l’ensemble de Venus de Milo de Arman et de Dalí ) et dans la nature (impressionnant regroupement intitulé « La nature transfigurée »).

Les couleurs, d’une audace folle, sont quant à elles à ranger plutôt du côté de la modernité. Ce sont des jaunes et des verts acides, des bleus turquoise ou Klein, des rouges et des roses profonds… Le tout magnifiquement éclairé (le contraire eût été dommage : la pâte de verre est tellement sensible à la lumière !) dans cet espace intimiste et un peu décalé joliment situé, qui justifie pleinement la volée de marches à expédier pour y accéder…

Daum, Variations d’Artistes

Espace Dali

11 rue Poulbot – 75018 Paris

Ouvert TLJ de 10h à 18h

Entrée : de 5,5 à 11,5 €

Jusqu’au 3 janvier 2016

 

Facebooktwittergoogle_plus

L’Affabuloscope au Mas d'Azil dans l'Ariège

mas_d_azil_affabuloscope2Mais qu’est-ce que « L’Affabuloscope » ? … C’est dans les Pyrénées que Andreossi l’a déniché. Il nous raconte sa visite : cela ne ressemble à rien d’autre. A découvrir absolument !

Mag

Claudius de Cap Blanc possède tout un monde, situé dans un grand hangar sur plusieurs niveaux, qu’il a baptisé Affabuloscope, dans ce village du Mas d’Azil en Ariège qui a donné son nom à une culture préhistorique vieille de plus de 10 000 ans, l’azilien. Bien heureusement, il nous offre la possibilité d’accéder à son univers, dont il garde des traces matérielles et littéraires grâce auxquelles notre imaginaire et notre réflexion s’excitent davantage que devant la technologie d’aujourd’hui tellement prosaïque.

Très habile artisan du bois Claudius crée des machines aussi indispensables que « le redresseur de torts », « l’auto-aliénateur » ou « la machine à creuser les déficits ». Mais on appréciera aussi les machines, évidemment bien plus complexes, qui visent par exemple à éradiquer les trois plus grands fléaux du monde (hypocrisie, cynisme et TVA), à produire le silence, ou encore à sisypher. Les vélos et motocyclettes en bois, avec leur jeu de couleur des diverses essences, sont des merveilles.

mas_d_azil_affabuloscope_1L’artiste aime les séries, et il consacre des salles entières à exposer des variations d’objets sur un même thème : la série des « sèches-larmes » nous propose divers moyens techniques aussi astucieux les uns que les autres pour tenter d’assécher les larmes1. Les « judas portatifs », qui permettent d’épier son prochain de manière discrète, sont exposés en de si nombreux modèles que chacun pourra trouver celui qui lui convient. Un parcours instructif nous montre les diverses étapes de l’histoire des « amidonnoirs », machines à amidonner, comme leur nom l’indique, de façon à « garantir une érection sans faille ». Une fascinante salle est entièrement consacrée à 388 pièces originales qui sont autant de manière de montrer « l’emboîtement l’un dans l’autre » dans une élégante « cosmogonie duale ».

Chaque objet est accompagné d’un commentaire, et l’écriture prend une grande place dans l’œuvre, ainsi qu’on peut le constater par l’énorme ouvrage manuscrit, consultable, qui conte en particulier maintes péripéties liées au travail de l’artiste : par exemple ses démêlées avec les autorités locales suite aux inscriptions de « pierres vulvaires », car il perpétue les traces préhistoriques du pays, bien sûr à sa manière d’ « enfant de la Matrie ». Pour Claudius de Cap Blanc l’Affabulatoire est une des modalités de l’être se faisant : « ce qui n’est pas, n’a jamais été, mais qui aurait pu être et qu’on peut amener à l’existence par un acte de création positivement délibéré ».

mas_d_azil_affabuloscope3Il se place dans la continuité aussi bien de Marcel Duchamp, que de René Char, ou Claude Lévi-Strauss : comme ce dernier il met en valeur les cultures mal connues. L’Affabuloscope nous fait découvrir celle des Pankous, une ethnie découverte par Jean-Baptiste Pauchard. Claudius présente dans des vitrines, comme dans les musées, des objets en bois, en os, en cuivre, finement travaillés, objets qui auraient pu être utilisés par les Pankous, mais que l’artiste a inventés : mais ne dit-on pas que le fouilleur qui trouve un trésor archéologique en est l’inventeur ? Tout cela nous amène à penser que les limites entre science et imaginaire sont bien ténues, et pour cela rendons grâces à Claudius de Cap Blanc et à son Affabuloscope.

Andreossi

L’Affabuloscope, zéro rue de l’Usine, 09350 Le Mas d’Azil

1 On trouvera à la rubrique « Histoire de larmes » de son site www.affabuloscope.fr plusieurs vidéos de démonstrations de ces précieux outils par l’artiste. Mais le site présente aussi bien d’autres richesses.

Facebooktwittergoogle_plus

Rodin, le laboratoire de la création. Musée Rodin

E. Druet, le Baiser vers 1898 épreuve gélatino argentique. ph373
E. Druet, le Baiser vers 1898 épreuve gélatino argentique. ph373

En attendant la fin de la rénovation de l’Hôtel Biron et la nouvelle muséographie prévue pour l’automne 2015, le Musée Rodin à Paris propose jusqu’au mois de septembre une passionnante exposition très justement intitulée « Le laboratoire de la création ».

Il s’agit de plonger dans l’atelier d’Auguste Rodin (1840-1917) pour approcher son œuvre d’un œil différent : découvrir les sculptures en train de se faire. Pour construire ce parcours, le musée a sorti de ses réserves quelques 150 plâtres et terres cuites et, plus inattendu, y a ajouté de nombreuses photos montrant l’artiste et surtout ses créations au cœur de son atelier ou telles qu’elles furent exposées à l’époque. Ces photographies rendent le propos particulièrement vivant, quand les œuvres plastiques soulignent toute la dynamique du processus de sculpture.

De L’Age d’Airain qui l’a fait connaître en 1877 à la Muse Whistler, en passant par les grandes commandes publiques que furent La Porte de l’Enfer (avec Ugolin, Le Penseur…) et les monuments aux Bourgeois de Calais, à Victor Hugo et à Balzac, le public peut ainsi redécouvrir l’ensemble de la carrière d’Auguste Rodin. Il peut aussi en profiter pour aller revoir, après la visite de l’exposition, les bronzes et les marbres exposés dans le jardin, plein de charme en toutes saisons, histoire de compléter ce joli tour d’horizon.

Charles Bodmer, tête de St Jean-Baptiste sur une sellette vers 1886
Charles Bodmer, tête de St Jean-Baptiste sur une sellette vers 1886

Outre la splendeur et la force de vie incroyables que dégagent les sculptures de Rodin, qu’elles soient d’ailleurs achevées ou en cours de modelage, l’importance et la qualité des photographies constituent l’autre point frappant du parcours.

En fait, Rodin s’est servi de la photographie tout au long de sa carrière, au début, pour illustrer les articles de presse qu’on lui demandait, puis tout simplement pour faire connaître et diffuser l’ensemble de son œuvre. Les photographes sont divers, qu’il s’agisse d’Eugène Druet, amateur imposé par l’artiste, de professionnels comme Charles Bodmer, Freuler et Victor Pannelier, Jacques-Ernest Bulloz, ou encore de photographes de l’école pictorialiste comme Edward Steichen, qui a passé une nuit entière à photographier le Balzac de Rodin sorti de l’atelier de Meudon. Le résultat, superbe, fit dire à l’artiste, pour qui cette sculpture fut un échec : « Enfin, le public va comprendre mon œuvre ! ». Les autres photographies méritent aussi le détour. Pour n’en citer que quelques unes : La tête de Saint Jean Baptiste en plâtre par Charles Bodmer (vers 1887), Le Penseur en terre retouché à la mine de plomb par Victor Pannelier (1882), Rodin au milieu de ses œuvres dans le pavillon de l’Alma à Meudon (1902) par Eugène Druet ou encore l’Essai d’installation du monument à Victor Hugo dans les jardins du Palais Royal en 1909 : comme si on y était !

 

Rodin, le laboratoire de la création
Musée Rodin

79 rue de Varenne – Paris 7ème

Du mardi au dimanche de 10 h à 17h45, le mercredi jsq 20h45

Entrée 9 euros (TR 5 et 7 euros)

Jusqu’au 27 septembre 2015

Facebooktwittergoogle_plus

Expériences immersives à la Fondation Cartier

cartier_verre

La Fondation Cartier pour l’art contemporain poursuit la célébration de son trentième anniversaire avec deux expositions qui – dépêchez-vous – se terminent ce dimanche 22 février.

La première répond au joli nom de Ballade pour une boîte de verre. Déployée dans tout le rez-de-chaussée de la Fondation, elle laisse de prime abord le visiteur non averti un peu perplexe : dans la grande salle de gauche, il n’y a… rien, si ce n’est un seau. Un vrai seau en plastique moche. Et qui se balade tout seul. Dans la salle plus petite, à droite, on aperçoit des visiteurs allongés sur des transats à roulettes, placés sous un grand plafonnier rectangulaire disposé très bas. Ils ont l’air de se faire bronzer sous un énorme lampadaire. Sauf qu’ils sont habillés et ne portent pas de lunettes de soleil. Peut-être parce que dehors, il pleut des cordes.

Heureusement, un dévoué représentant de cette nouvelle corporation née du milieu de l’art contemporain qu’est celle des « médiateurs » est là pour délivrer les clés de l’œuvre, c’est-à-dire répondre à la question que tout profane ne peut que se poser en pénétrant dans ce temple de l’art : de quelle démarche artistique ce seau est-il l’indice ? Grâce à notre jeune médiateur (mais en a-t-on jamais croisé de vieux ?), soudain, tout s’éclaire, et on peut commencer à « vivre » l’œuvre. Car comme chacun est tenu de le savoir désormais, en matière artistique, il ne s’agit plus simplement de regarder ou écouter une œuvre. Il s’agit de « vivre une expérience ». Et au cas où vous ne voudriez n’y aller que d’un orteil, on vous avertit : ici l’expérience est « immersive ». Ok, allons-y pour l’immersion, on est quand même venu pour ça.

Celle-ci est fort sympathique. Reprenons dans l’ordre. Grande salle : le seau seul au monde dans son cube de verre. Du plafond, une goutte tombe. Le seau se déplace pour la recueillir. Son. Petite salle : le plafonnier rectangulaire avec ses bronzeurs dessous. C’est en fait un écran. Qui montre : le plafond de la grande salle derrière un mouvement d’eau. Comment ? Une petite caméra au fond du seau. Ce qui fait que si votre copain a la bonne idée d’aller dans la grande salle pour se pencher au dessus du seau, vous verrez sa bobine sur l’écran,comme s’il était dans l’eau, le tout étendu sur votre transat de cuir. Avec lequel vous pouvez vous déplacer pour changer de point de vue. Bref, c’est très bien.

Ah oui, dans la grande salle, il y a autre chose à observer : à intervalles réguliers, les murs de verre s’opacifient progressivement, comme couverts de buée, puis lentement redeviennent transparents. Quand tout n’est pas gris à l’extérieur, ce doit être spectaculaire. Là, on a plutôt une impression de neige… mais l’idée, aussi simple qu’ingénieuse, a le mérite de rappeler l’originalité de l’œuvre de Jean Nouvel qui, il y a vingt ans, a pour la première fois conçu un espace d’exposition… sans murs ! (Histoire de renverser les conventions du « white cube » souligne notre ami médiateur. Évidemment. On avait – presque – compris).

Avec Les Habitants, l’expérience immersive proposée au sous-sol est beaucoup moins allègre. Installation du peintre argentin Guillermo Kuitca, elle mêle, en une unité parfaite, peinture, cinéma, sculpture, musique et poésie. Le tout sur la base d’une installation inspirée d’un living room conçu par David Lynch lors de son exposition The Air is on Fire à la Fondation Cartier en 2007. Toiles de Guillermo Kuitca, Francis Bacon, David Lynch, Tarsila do Amaral et Vija Celmins cohabitent (on n’ose plus écrire dialoguent, car à écouter toutes ces œuvres réputées dialoguer entre elles dans toutes les expositions aujourd’hui, on finirait par devenir sourd) avec des œuvres plastiques des mêmes Lynch et Celmins, mais aussi un film de 1970 de Artavazd Pelechian Les Habitants. Tandis que dans la pièce attenante, nous sommes invités à écouter le « concert » donné par David Lynch et Patti Smith en 2011, toujours ici. La musique et le texte sont du premier, que la voix grave de Patti Smith fait magnifiquement vibrer.

L’ensemble de l’installation, très cohérente, réunit l’Homme, le règne animal et le monde minéral dans une approche effrayée et violente de la vie. Au lyrisme des animaux menacés de Artavazd Pelechian fait écho le tragique de la femme violentée du poème de Lynch-Smith. C’est du grand art. Beau, très certainement. Mais, aujourd’hui, peut-être un peu trop contemporain, justement.

Ballade pour une boîte de verre
Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec David Lang et Jody Elff

Les Habitants
Une idée de Guillermo Kuitca
Avec Tarsila do Amaral, Francis Bacon, Vija Celmins, David Lynch, Artavazd Pelechian et Patti Smith

Fondation Cartier pour l’art contemporain

261, boulevard Raspail – 75014 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h, nocturne le mardi jusqu’à 22h
Entrée : 10,50 euros, tarif réduit : 7 euros

Jusqu’au 22 février 2015

Facebooktwittergoogle_plus

Bill Viola au Grand Palais

bill_violaL’exposition est à la fois un événement et une expérience. Événement car il s’agit de la première rétrospective de l’œuvre du vidéaste new-yorkais de 63 ans présentée à Paris. Expérience parce qu’au fil de vingt écrans et projections de films qui durent de 7 à 35 mn chacun, plongé dans le noir et démuni de toute explication, le public se trouve livré à lui-même pour découvrir ces œuvres déconcertantes.

Les premières datent des années 1970 (The Reflecting pool notamment), la plus récente de l’année dernière. Le tout constitue des heures de films. Autant dire qu’on ne peut pas tout voir en une seule fois. Peu importe, ce qui est vu est vu. Et en définitive, l’ensemble est tellement passionnant qu’on y revient.

Bill Viola met en scène des personnes tantôt seules, tantôt à deux, parfois en groupe. L’un de ses thèmes récurrents est celui de la disparition associée à l’eau, noyade, déluge qui emporte tout, eau dans laquelle on plonge pour semble-t-il s’anéantir. Mais ce n’est peut-être pas définitif. Formellement, d’abord, arrivée à sa fin, la vidéo revient à son début en un cycle d’apparition et d’évanouissement toujours renouvelé. Plus encore, Bill Viola montre la vie au-delà de la mort, l’eau qui a englouti revenant sous forme de pluie libérer les âmes.

Les hommages à la peinture et aux grands maîtres du passé sont saisissants (Goya avec The Sleeop of Reason, Jérôme Bosch avec The Quintet of the Astonished). L’œuvre la plus fascinante du parcours, Going Forth By Day, ensemble de cinq projections simultanées de 35 mn chacune dans une salle rectangulaire assez monumentale est une référence aux fresques de Giotto dans la basilique Saint-François d’Assise. Comme dans la plupart des œuvres de Bill Viola, le son est très présent. On suit ainsi l’un des films et les sons des autres viennent s’y superposer. Par exemple, dans First Light, pendant que les secouristes – qui n’ont pu secourir personne – s’endorment, épuisés et impuissants au bord d’un lac dans le silence assourdissant de leur détresse, le déluge qui s’abat sur la ville dans un autre film de la pièce, en un bruit de chute d’eau fracassant, vient recouvrir leur sommeil tel un terrible cauchemar.

L’expérience du visiteur est propre à l’art vidéo : planté devant une œuvre beaucoup plus longtemps qu’il ne l’est la plupart du temps devant un tableau ou une photo, à l’affût du moindre changement dans des films qui se déroulent très lentement, attentif à l’action qui forcément viendra (mais quand ?), le spectateur est obligé de ralentir, de se poser. Les vidéos ont un pouvoir hypnotique fort, qui met dans un état proche de la méditation, un état délicieux, et qui ne manque pas de questionner sur l’approche que nous avons de l’art en général : pourquoi passons-nous si vite devant les œuvres ? Que voyons-nous ? Et qu’en reste-t-il ?…

Bill Viola

Galeries nationales du Grand Palais

Square Jean Perrin, Champs-Elysées, avenue du Général Eisenhower, Paris 8ème

Ouvert de 10h à 22h (jsq à 20h le dimanche et lundi)
Fermeture hebdomadaire le mardi, fermeture le lundi 14 juillet

Entrée 13 euros (TR 9 euros)

Jusqu’au 21 juillet 2014

Bill Viola, Going Forth By Day (détail), 2002, « First Light » (panneau 5), installation vidéo sonore, cycle de cinq projections, 36 minutes, performers : Weba Garretson, John Hay, Collection Pinault, Photo Kira Perov
Facebooktwittergoogle_plus

Monumenta 2014. L'Etrange cité. Ilya et Emilia Kabakov

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, L'étrange cité Photos Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais,
Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, L’étrange cité Photos Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux – Grand Palais

On aime Monumenta pour plein de raisons, à commencer par son annualité, qui en fait une sorte de rituel – en oubliant qu’on en a été privé l’an dernier pour des motifs budgétaires – depuis 2007.

Pour le lieu ensuite, unique, tant par son volume incomparable que par la beauté et la surface de sa verrière.

Pour la surprise, enfin. Chaque fois, carte blanche est donnée à un artiste contemporain différent, d’envergure internationale, qui conçoit une œuvre spécifiquement adaptée au lieu ; pour le grand public, ce peut être ainsi l’occasion de découvrir un grand artiste d’aujourd’hui.

etrange_cite_coupoleL’édition 2014 de Monumenta renoue en quelque sorte avec la première dans le dispositif choisi. Comme Anselm Kiefer – dont Chute d’étoiles semble rétrospectivement le projet le plus abouti et le plus séduisant jusqu’à présent – Kabakov et son épouse ont installé un ensemble architectural dans la cathédrale de verre et d’acier. Aux « maisons » de l’artiste allemand répond L’Etrange cité des Kabakov. Ce n’est pas le seul lien. Là où Kiefer citait Céline et Paul Celan, le couple russe évoque L’Enfer de Dante. Il y ajoute une dimension musicale très forte, avec Wagner ou encore Bach, qui magnifie le tout. On retrouve aussi le lien avec l’histoire de l’art, accueillis aux portes de la cité par une coupole renversée qui rappelle les grands édifices, notamment religieux, et les vitraux multicolores des églises. Les couleurs des vitraux changent en fonction de la musique, selon la théorie de la synesthésie du début du siècle dernier. On parle « d’art total » : bien que l’expression soit un chouia snob aujourd’hui, il s’agit visiblement bien de cela.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa suite de la visite entraîne dans différentes constructions telles que Le musée vide (efficace), Comment rencontrer un ange (forcément poétique), ou encore Les Portails (poignant), qui chacune abrite un monde ou au moins l’expression d’une idée qui suffit à faire monde, et le tout forme l’univers cohérent qu’est cette cité toute blanche ceinte d’un double mur ouvert.

Ilya et Emilia Kabakov y évoquent la Renaissance, la peinture, l’architecture, la sculpture, la science, mais aussi la Bible, les croyances des civilisations anciennes, la mort et le passage dans l’autre monde.

C’est souvent très beau, parfois extrêmement émouvant. On avance doucement, on s’arrête, on revient, on poursuit. Le dispositif de Monumenta par les dimensions qu’il autorise se prête en lui-même à la promenade, on l’a souvent dit ici. L’appel à l’imaginaire et à la spiritualité de l’œuvre des Kabakov favorise particulièrement cette approche très personnelle, intime et méditative. Une très belle expérience que les visiteurs, qui vont d’étonnement en étonnement, vivent dans le calme et le recueillement.

Monumenta 2014

L’Etrange cité d’Ilya et Emilia Kabakov

Grand Palais – avenue Winston Churchill – Paris 8ème

Dim., lun., mer. de 10 h à 19h, du jeu. au sam. de 10 h à minuit

Entrée 6 euros, tarif réduit 3 euros

Jusqu’au 22 juin 2014

Facebooktwittergoogle_plus

Mapplethorpe-Rodin. Musée Rodin

Robert Mapplethorpe, Michael Reed, 1987, used by permission of the Robert Mapplethorpe Foundation /// Auguste Rodin, L’Homme qui marche, bronze, 1907 © musée Rodin, ph. C. Baraja
Robert Mapplethorpe, Michael Reed, 1987, used by permission of the Robert Mapplethorpe Foundation /// Auguste Rodin, L’Homme qui marche, bronze, 1907 © musée Rodin, ph. C. Baraja

A priori, le parallèle peut paraître un peu artificiel. D’un côté, Robert Mapplethorpe (1946-1989), photographe new-yorkais connu pour ses clichés ultra léchés et sophistiqués ; d’un autre, Auguste Rodin (1840-1917), le maître français dont les sculptures ont souvent l’air d’être inachevées, comme en cours de création.

Mais la démonstration – un peu appuyée il est vrai – est plutôt convaincante. Le dénominateur commun aux deux artistes est évidemment le corps. Chez l’un comme chez l’autre il est massif, tout en muscles. Les corps photographiés par Mapplethorpe peuvent d’emblée être qualifiés de sculpturaux. Les pleins et les déliés sont d’une netteté redoutable, les plastiques amoureusement caressées. Autant de caractéristiques qui font ressortir la sensualité des corps et sautent aux yeux quand on rapproche ses photographies en noir et blanc des superbes sculptures de Rodin. Mais si chez Mapplethorpe la sensualité se dégage de corps figés, lisses et appréhendés presque comme des objets, chez Rodin elle résulte tout au contraire de corps en mouvement. La chair de ses sculptures palpite de vie, quand on ne peut s’empêcher de déceler chez le photographe américain une forme de morbidité.

L’exposition multiplie les rapprochements à travers différents thèmes : le noir et le blanc, le goût du détail, le drapé, le mouvement et la tension… Un des plus intéressants est celui qui examine « la matière » chez le photographe, que ce soit celle d’un corps nu presque minéral, d’autres recouverts d’argile séchée et craquelée, ou encore une miche de pain rompue dont la dureté de la croûte s’oppose au moelleux de la mie. Autant de clichés très tactiles qui évoquent la matérialité des sculptures de Rodin, avec leurs irrégularités et leurs contrastes fondés sur la fragilité d’une chair tendue et tonifiée, parfois comme durcie par le mouvement et la torsion.

Pour compléter cette belle exposition et mieux connaître le travail de Robert Mapplethorpe, on pourra également se rendre au Grand Palais, toujours à Paris, où est organisée au même moment et jusqu’au 14 juillet 2014 une rétrospective de l’œuvre du photographe à la réputation toujours sulfureuse.

Musée Rodin

79, rue de Varenne – 75007 Paris

TLJ sauf le lundi, de 10 h à 17 h 45, nocturne le mercredi jusqu’à 20 h 45

Jusqu’au 21 septembre 2014
Certaines œuvres exposées sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs, particulièrement du jeune public.
Facebooktwittergoogle_plus

Le trésor de Naples. Musée Maillol

sainte_irene_naplesDans la galerie du rez-de-chaussée, des bustes de saints monumentaux déploient leur splendeur, œuvres des plus grands orfèvres du Baroque napolitain. Ils sont les renforts de San Gennaro – Saint Janvier – le saint protecteur de Naples depuis des siècles. Les tableaux qui les entourent illustrent quelques uns des malheurs dont les habitants ont cherché à se protéger : à côté de la peste et de la guerre, les éruptions du Vésuve constituent la menace la plus spectaculaire à mettre en scène, ce que le peintre Pierre-Jacques Volaire réussit avec éclat.

C’est dans ce contexte géographique particulier qu’en 1527 les Napolitains ont conclu un pacte avec San Gennaro : en échange de sa protection, ils s’engagent à lui construire une nouvelle chapelle et à lui constituer un trésor. En 1601, une société laïque est créée, La Députation. Elle existe encore aujourd’hui et c’est à travers elle que le trésor n’a cessé d’être enrichi depuis, par les souverains comme par le peuple de Naples.

Conservé dans deux ampoules, le sang séché du saint se liquéfie chaque année, donnant lieu à de phénoménales processions laissant la foule tour à tour dans la terreur que le miracle n’ait pas lieu puis dans la liesse une fois celui-ci accompli.

Quelques unes des plus belles pièces du trésor on fait exceptionnellement le voyage du Musée du Trésor de San Gennaro à Naples jusqu’au Musée Maillol à Paris.

naples_collier_san_gennaroOutre les quinze bustes d’argent massif de la grande galerie, tels ceux de Sainte Irène arrêtant de sa main droite la foudre et protégeant de sa main gauche la ville, l’exposition révèle des calices, croix d’autel et autres ciboires, ainsi que les chefs d’œuvres incomparables que sont le reliquaire du sang du martyre en vermeil, œuvre d’orfèvres angevins du XIVème siècle ; la mitre du saint réalisée en 1713 par Matteo Treglia, couverte de plus de 3 000 diamants, 168 rubis et 198 émeraudes parmi lesquelles figure le plus impressionnante collection d’émeraudes colombiennes, et un rubis si intense qu’il a été nommé « la lave du Vésuve » ; et enfin l’étonnant collier de San Gennaro, assemblage de bijoux réalisés entre les XVIIème et XIXème siècles. Le spectacle tient tant au faste des pièces qui le constituent qu’à son esthétique fortement composite. S’y mêlent en effet des dons d’illustres souverains comme Charles V de Bourbon, Joseph Bonaparte, Marie-Caroline de Habsbourg, sœur de Marie-Antoinette, ou encore la reine Marie-Amélie de Saxe, auxquels ont été ajoutés ceux de Napolitains anonymes.

Un tableau du début du XIXème siècle attribué à Hoffmann (celui des contes) montre le miracle de la liquéfaction du sang du saint en 1799, en présence des troupes françaises, quand San Gennaro est magnifiquement représenté par Luca Giordano (1675) et surtout par Francisco Solimena (1702).

Pour finir, côté récit, on pourra se reporter à celui d’Alexandre Dumas dans Le Corricolo (chapitre XXII), publié en 1843. Il narre l’épisode du miracle de San Gennaro avec une verve des plus savoureuses.

Le trésor de Naples – Les joyaux de San Gennaro

Musée Maillol

59/61 rue de Grenelle – 75007 PARIS

Ouvert TLJ y compris les jours fériés, les 1er et 8 mai

De 10h30 à 19h, le vendredi jusqu’à 21h30

Entrée 13 euros (TR 11 euros)

Jusqu’au 20 juillet 2014

Facebooktwittergoogle_plus

Le printemps de la Renaissance au musée du Louvre

Le printemps de la Renaissance au Musée du LouvreParmi toutes les expositions vues à Paris depuis la rentrée, plus belles les unes que les autres, celle du Louvre tient une place à part.
Tant par la qualité des œuvres présentées que par la clarté du propos qui se manifeste aussi bien à travers la mise en espace que les textes d’accompagnement, cette exposition joue dans une autre division. Nous sommes ici en effet dans le très haut de gamme, où tout converge pour donner au public les plus grands plaisirs, esthétiques comme intellectuels. Jusqu’à l’éclairage, qui permet de profiter des œuvres à plein – surtout quand il n’y a pas foule, comme en l’un de ces derniers mercredis en soirée. Si on se rappelle qu’il est plus facile d’éclairer des sculptures que des peintures – et pire encore, des dessins – beaucoup plus fragiles et sensibles à la lumière, encore faut-il savoir le faire. Et encore faut-il choisir les bons espacements entre les œuvres, les meilleures perspectives entre elles et présenter les sculptures de manière à ce que l’on puisse si besoin en faire le tour (c’est hélas loin d’être toujours le cas).

En collaboration avec le Musée National du Bargello et la Fondation du Palazzo Strozzi, le Musée du Louvre s’est saisi d’un moment fondamental de l’histoire de l’art – l’éclosion de la Renaissance à Florence au début du Quattrocento – et l’a traité de façon magistrale. Les deux commissaires Marc Bormand, conservateur en chef au département des sculptures du Louvre et Beatrice Paolozzi Strozzi, directrice du Musée du Bargello ont mis en place un parcours cohérent et varié à la fois, ont choisi les artistes les plus significatifs de leur temps et des œuvres parmi les plus belles de ces nouveaux maîtres. Enfin, ils ont rédigé des textes limpides et riches qui permettent de comprendre quelles ont été les innovations de la Renaissance et dans quel contexte elles ont pu naître et se développer. Le tout en 140 pièces, des sculptures essentiellement mais également des peintures, des dessins, des objets d’art décoratif et des maquettes.

Deux têtes de cheval, Antique et RenaissanceLa Renaissance, c’est un bouleversement artistique qui voit l’individu mis au centre des préoccupations dans le courant des idées humanistes, de la redécouverte des Antiquités grecque et romaine, aussi bien dans le domaine politique que formel (les deux n’étant pas dénués de liens), mais aussi dans le contexte de recherches et de découvertes plus techniques comme celle de la perspective linéaire.
Tous ces éléments s’émulsionnent à Florence qui bénéficie à l’aube du XV° siècle d’une conjoncture sociale, économique et culturelle florissante. La tradition fixe d’ailleurs le début de la Renaissance à Florence en 1401, date du concours pour le décor des secondes portes du baptistère San Giovanni placé devant le Duomo Santa Maria del Fiore, sur le thème du sacrifice d’Isaac.
Sont ici présentés les deux reliefs qui ont inauguré le nouveau style : celui de Brunelleschi et celui de Ghiberti, lauréat du concours. Tous deux ont puisé dans le répertoire antique : le Tireur d’épines pour le premier et Le torse de Centaure pour le deuxième.

De Brunelleschi, l’on découvre dans la même salle la maquette de la fameuse coupole du Duomo de Florence puis, plus loin, une délicieuse Vierge à l’Enfant en terre cuite décorée. Ces œuvres du même artiste sont significatives de l’évolution qui s’est faite au premier Quattrocento : au début du siècle, les commandes sont publiques (la cité est alors une République fondée sur l’idéal républicain romain), portant sur des sculptures monumentales à destination religieuse et civique. Les deux chefs d’œuvres que sont les immenses statues de Saint Louis de Toulouse en bonze doré (Donatello) et Saint Matthieu (Ghiberti) également en bronze, destinées à orner l’extérieur de l’église Orsanmichele en témoignent.
Puis la bourgeoisie marchande se met à passer de plus en plus de commandes, portant sur des œuvres plus petites et à usage privé. Les Vierges à l’Enfant se multiplient, en marbre mais aussi en terre cuite émaillée, technique mise au point par Luca della Robbia et dont on voit également de splendides exemplaires.

Les autres thèmes sont aussi bien étayés et illustrés, en particulier l’influence de la sculpture sur la peinture (superbes fresques déposées à l’appui) ; la réinvention des Spiritelli (petits anges ou petits génies) par un Donatello représentatif de ce mouvement de synthèse entre les sources antiques et la chrétienté réalisé par les artistes de la Renaissance ; la redécouverte de la statue équestre (ici aussi, parallèle est fait entre l’Antique et le Quattrocento, avec notamment une tête de cheval hellénistique placée en contre-point d’une monumentale tête de cheval de Donatello) ; celle des bustes à la Romaine (les Médicis qui forgeaient déjà leur future cour – et suprématie – en étaient friands)…
Citons pour finir une autres innovation tout aussi passionnante : la découverte de la perspective à travers la sculpture, que l’on peut admirer notamment sur les bas-reliefs de Donatello, Saint Georges et le dragon et Le banquet d’Hérode : pour figurer l’éloignement il réduit progressivement la profondeur de son incision. On appelle cette technique le stiacciato (le très bas-relief) et son résultat, d’une finesse extraordinaire, sur un marbre dont l’éclairage fait ressortir la délicatesse de la gravure et les veinures soyeuses, est tout simplement merveilleux.

Le printemps de la Renaissance
La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460
Musée du Louvre
Paris – 1er
TLJ sauf le mardi, de 9 h à 18 h, nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
Entrée 13 €
Jusqu’au 6 janvier 2014

Images :
Donatello, Spiritelli de la Cantoria de la cathédrale de Florence, Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André© 2013 Musée du Louvre / Philippe Fuzeau

Facebooktwittergoogle_plus

Laurent Grasso. Uraniborg au Jeu de Paume

Laurent Grasso, Jeu de PaumeCette exposition, parce qu’elle est la première d’envergure du Français Laurent Grasso, sera pour beaucoup une révélation.

Que ceux qui ignorent son travail s’y rendent sans délai – attention, elle finit le 23 septembre – car l’on affaire à un grand artiste, si l’on accepte de qualifier ainsi celui qui, en nous en offrant une lecture à la fois singulière et universelle, re-créé le monde, voire l’univers.

Le dispositif paraît sophistiqué ; l’appréhension en est pourtant fort simple.
Le parcours présente deux axes, que l’on suit ensemble sans se poser de questions. D’un côté, ce sont des oeuvres "matérielles", d’un autre, des films.

Dans la première catégorie, extrêmement bien mis en scène, points de lumière plongés dans l’obscurité que l’on observe à travers de petites ouvertures comme l’on découvrirait le contenu d’un cabinet de curiosités, ce sont des peintures (de la main de l’artiste) façon Renaissance italienne ou des pays du Nord, mais avec quelques détails anachroniques – si peu finalement – ; ce sont des livres (comme une édition originale de De re militari de Roberto Valturio de 1483, ou un livre d’astronomie daté de 1646, italien également) ; le fragment d’une vipère enroulée en terre vernissée de Bernard Palissy (1560) ; ou encore une inscription au néon prévenant Visibility is a Trap (Le visible est un piège)…

Dans la seconde catégorie, cinq films de Laurent Grasso réalisés entre 2008 et 2012, d’une durée de 15 mn environ chacun, que l’on peut regarder (notamment) dans des salles dédiées. L’un montre le jardin extraordinaire de Bomarzo en Italie, peuplé de sculptures aussi monumentales que fantastiques issues de de la mythologie ; un autre des nuées d’étourneaux mouvantes dans un ciel romain aux couleurs somptueuses ; un autre offre tour à tour les étoiles, la lune, la mer et le soleil à partir de l’île de Ven située entre le Danemark et la Suède. Le 4ème suit le vol d’un faucon à l’aide d’une caméra attachée au volatile, quelque part au dessus de paysages désertiques d’Arabie, tandis que le dernier filme la côte de Carthagène au sud de l’Espagne et ses installations militaires plus ou moins dissimulées.

Uranibord, GrassoLe propos de l’exposition tourne autour de la perception, du visible et du caché ; de l’observation et des croyances.
Ce que l’on voit est avant tout d’une admirable cohérence : historique, avec un ancrage puissant dans la Renaissance, qui a modelé notre culture, nos connaissances, notre perception de l’espace et de sa représentation. Cohérence aussi de l’objet montré, qui n’est pas moins que le cosmos, avec l’intervention des dieux dans la vie terrestre, dans le jardin créé par le comte Orsini au XVIème siècle et ses drôles de créatures dans le premier film ; avec le ciel dans les trois suivants, exploré avec les télescopes autant qu’à travers le vol des oiseaux ; mais aussi la mer, que ce soit au large de l’île de Ven ou au bord des côtes espagnoles.

Uranibord nous emmène dans le royaume de la curiosité, de l’observation, de la découverte et du mystère propre aux XV° et XVI° siècles européens. Dans celui du rêve aussi, et de l’imaginaire (fortement sollicité devant les nuées d’oiseaux migrateurs filmés depuis la Villa Medicis), dans celui de la contemplation enfin face aux mondes céleste, marin et minéral. Un peu comme si Laurent Grasso avait aboli les frontières historiques comme géographiques, nous invitant à regarder ce qui est et à deviner ce qui se cache, avec un esprit libre de toute limite et disponible à toutes les re-créations visuelles.

Laurent Grasso. Uraniborg
Jeu de Paume
1, place de la Concorde – Paris 8ème
Le mardi de 11 h à 21 h, du mer. au dim. de 11 h à 19 h
Entrée de 5,50 € à 8,50 €
Jusqu’au 23 septembre 2012

Facebooktwittergoogle_plus