La Méditerranée des Phéniciens, de Tyr à Carthage

La Méditerranée des Phéniciens, Institut du monde arabeLes Phéniciens sont connus pour avoir été le peuple de marchands et de navigateurs qui, au cours du 1er millénaire avant J.-C., depuis la côte du Levant (actuel Liban) aux côtes italiennes et espagnoles en passant par le nord de l’Afrique, la Sardaine, les îles égéennes, Malte et Chypre… a essaimé sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Leur civilisation garde pourtant, aujourd’hui encore, une part de mystère.

Peut-être parce qu’elle n’a pas laissé d’architecture de taille, peut-être en raison de l’éclectisme de son art, les explorateurs qui ont redécouvert les civilisations de l’Antiquité au XIXème siècle se sont moins intéressés à la Phénicie qu’à l’Egypte, à la Mésopotamie et à la Grèce.
Il faut ajouter à cela que peu d’écrits ont été retrouvés : quelques inscriptions sur des objets mobiliers et des stèles, mais point de littérature.
Ce qui ferait presque oublier que les Phéniciens ont inventé l’alphabet qui est à l’origine, notamment, de l’alphabet araméen (dont sont issus l’hébreu et l’arabe) et de l’alphabet grec, lequel, par l’intermédiaire des Etrusques a donné naissance à notre alphabet latin.
Ce que l’on sait d’eux provient donc surtout des témoignages que nous ont laissés leurs voisins, rapportés dans la Bible et les récits d’Homère, mais aussi des objets d’art et d’artisanat qui ont été retrouvés.
L’exposition de l’Institut du Monde Arabe, en éclairant certains éléments de leur production, de leur rites et de leurs croyances permet d’appréhender l’aspect à la fois métissé et original de leur culture.
Ainsi par exemple, les Phéniciens ont emprunté aux Egyptiens la pratique d’enterrer les morts dans des sarcophages anthropoïdes. Si les premiers de ces étonnants sarcophages, souvent faits de marbre importé de Paros étaient de style égyptien, ils prirent ensuite une allure grecque très marquée.
Pour décorer les objets mobiliers, ils adaptent à leur manière les motifs égyptiens et proche-orientaux anciens, tels le griffon (corps de lion, tête et serres de rapace), mais aussi le scarabée, le sphinx, le lotus, le papyrus, la palmette…
De petits médaillons sont l’occasion d’admirer cette iconographie composite et singulière. Mais surtout, les très belles coupes en argent, argent doré ou bronze, finement ciselées, le plus souvent à usage de présents diplomatiques, révèlent le savoir-faire des Phéniciens en matière d’orfèvrerie.
Grâce à leur commerce à grande échelle, ce sont eux qui ont répandu l’usage de l’encens dans tout le bassin méditerranéen : les thymiatères, ou brûle-parfums, qui étaient réservés aux cérémonies religieuses, font en effet partie de leurs créations originales.
Plus anecdotiques mais charmants, les tridacnes, grands coquillages originaires des mers chaudes étaient décorés et gravés pour servir de palette à fards : l‘umbo (charnière fixant les deux valves du coquillage) était fréquemment travaillé en ronde-bosse en forme de tête féminine évoquant une sirène.

Les Phéniciens, rois du commerce, transportaient dans les soutes de leurs navires tant de marchandises et de toutes sortes que l’on ne peut se contenter du trait quelque peu méprisant d’Homère décrivant des "marins rapaces dont les noirs vaisseaux emportent mille camelotes". D’une part, parce qu’ils ont fait preuve d’un art parfois très raffiné. Et surtout parce que, de l’alphabet à l’encens en passant par épices et productions artisanales, ces "colporteurs" ont à travers ces mille objets contribué à l’enrichissement et à l’échange entre les civilisations du bassin méditerranéen.

La Méditerranée des Phéniciens, de Tyr à Carthage
Institut du Monde Arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard, place Mohammed-V, Paris 5ème
Jusqu’au 20 avril 2008
Du mardi au vendredi de 10h à 18h
Les week-ends et jours fériés de 10h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Entrée 10 € (TR 8 € et 6 €)
Visite conférence 13 € (TR 11 € et 9 €) Tous les jours sauf le lundi à 14h30 et 16h.
IMA PASS (Musée & Exposition) : 12 € (TR 10 € et 8 €)
Catalogue de l’exposition (IMA / Somogy), 408 p., 59 €

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Le château de Seix, Centre d'interprétation des vallées du Haut-Salat

Château de Seix, centre d'interprétation du patrimoineComment les hommes et les femmes vivaient autrefois dans le Haut-Couserans et plus largement dans les Pyrénées, à l’époque où n’existaient ni routes ni automobiles ?

En parcourant le passionnant Centre d’interprétation des vallées du Haut-Salat au château de Seix (Pyrénées ariégeoises), on réalise que pendant des siècles, les modes de vie pyrénéens n’ont pratiquement pas changé.

Il faut attendre l’avènement de la révolution industrielle pour que ce « modèle » stable vole en éclats, laissant la place à un milieu géographiquement et économiquement marginalisé, ne devant sa survie, pour une grande partie, qu’au tourisme.
Si des éleveurs sont toujours en activité (et mis régulièrement sur le devant de la scène depuis quelques années avec l’affaire de la réintroduction de l’ours), ils ne sont que la survivance d’un pastoralisme autrefois dominant et ne peuvent masquer une transformation économique et sociale profonde.

L’enseignement le plus frappant de ce voyage dans l’histoire est d’ordre géographique finalement.
A savoir que la chaîne pyrénéenne ne fut pas toujours une barrière géographique pour l’homme !
A l’époque où il ne se déplaçait qu’à pied ou à cheval, les communications étaient presque aussi lentes en plaine qu’en montagne. En outre, comme les abords des rivières étaient soumis aux crues et étaient peu habités, les hommes ont évité d’établir les routes au fond des vallées…

Aussi, pendant longtemps, la montagne fut un territoire unitaire où les hommes se partageaient une culture et une vie économique commune.
Et la naissance de la frontière pyrénéenne n’a eu à cet égard que peu d’impact : en empruntant les nombreux sentiers de montagne, qui traversaient champs et villages, il n’étaient pas plus compliqué pour les habitants de la montage de se rendre en Espagne que de gagner la plaine.
Les échanges commerciaux entre la France et l’Espagne – en partie réalisés par colportage – allaient de soi, les différentes productions des deux versants se complétant : bétail, grain et vin quittaient la France pour l’Espagne, quand huile, sel et laine faisaient le chemin inverse.
Ajoutons que certains sentiers peu surveillés permettaient à une contrebande active de faire circuler bétail français et tabac, monnaie et sel espagnol, en dehors de tout contrôle douanier…
Mais les déplacements ne se limitaient pas aux marchandises : le décalage dans l’année des travaux des champs entre le nord et le sud des Pyrénées conduisait les paysans à enchaîner les « saisons ».

Les liens entre les habitants, qui impliquaient également des solidarités traditionnelles entre les populations autour du pastoralisme, n’étaient pas uniquement d’ordre économique.
Les hommes et les femmes ont longtemps partagé une vie religieuse commune, se déplaçant et participant aux mêmes fêtes et manifestations.
L’art roman est le reflet de cette unité. Il s’est épanoui sur toute la chaîne et les édifices romans étaient souvent réalisés par les mêmes artistes qui circulaient de Toulouse à la Catalogne.

Quelle était la nourriture habituelle des montagnards ?
A quoi servaient les granges ?
Qu’appelle-t-on « estive » ?
Quelles tâches de travail incombaient aux femmes ?
Pourquoi les habitants ont-ils quitté la montagne ?

Le Centre d’interprétation répond à ces questions et à de nombreuses autres, mettant en lumière ce « jadis », qui a persisté jusqu’au XIXème siècle, héritier d’une société millénaire que le pastoralisme avait façonné de manière unitaire.

A côté des explications simples et claires, des photos anciennes, des films, des maquettes raviront toutes les générations.

Abrité dans le château de Seix joliment rénové pour l’occasion, le Centre d’interprétation des vallées du Haut-Salat, moderne et savant, fournit à tous les amoureux des Pyrénées une approche indispensable – et souvent émouvante – qui permet de mieux comprendre le monde montagnard d’aujourd’hui.

Centre d’interprétation des vallées du Haut-Salat
Château de Seix (Ariège)
Tél. : 05 34 14 02 11
Office du tourisme du Haut-Couserans
Tél. : 05 61 96 00 01 (Mlle Pauline Chaboussau)
Entrée libre
Visites guidées gratuites

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Katagami, les pochoirs japonais et la japonisme

katagamiLes Katagami sont des pochoirs en papier utilisés au Japon dès le XIII° siècle pour décorer les tissus.

Les modèles en papier brun présentés dans la première partie de l’exposition nous donnent un aperçu de la variété des motifs choisis, qui puisaient leur source dans les mondes animal, végétal et plus particulièrement floral, avec une infinie poésie. Il n’y a d’ailleurs qu’à lire le nom de certains d’entre eux pour commencer à rêver : Feuilles de cerisier au fil de l’eau, Fleurs de prunier, motifs d’oxalides en arabesques

Des costumes, notamment des kimonos décorés à l’aide de ces pochoirs, avec leurs belles teintes profondes nous donnent une idée de l’élégance des réalisations rendues possibles grâce à cette technique.

Datant essentiellement des XVIII et XIX° siècles, âge d’or des Katagami, ils nous paraissent cependant d’une grande modernité.
La raison en est essentiellement que cette beauté épurée a plus tard séduit les Occidentaux : à la fin du XIX° et au début du XX° siècles, les mouvements Art nouveau puis Art déco vont trouver une formidable inspiration dans ce qu’on va alors appeler le japonisme : les volutes, courbes sinueuses et épurées, motifs stylisés inspirés de la nature seront repris dans l’architecture (Hoffmann à Vienne, Guimard à Paris), le mobilier, les arts décoratifs, les bijoux … Dans cette deuxième partie de l’expo, on admire meubles, afiches, frises de Gustav Klimt, couvertures de livres, mais aussi les splendeurs que, dans cette veine, Lalique a créées : vases en verre dépoli, bijoux aux lignes ondulées, d’un raffinement et d’une simplicité remarquables.


Le coup de coeur Mag :

A la finesse des motifs floraux de la première partie de l’exposition répond celle d’une écharpe de soie brodée simplement baptisée "Champ de marguerites", en teintes délicates et lumineuses. Du XVIII° siècle japonnais au XX° siècle européen : de superbes réinterprétations dont on ne peut que se réjouir.

Maison de la culture du Japon à Paris – 101 bis, quai Branly à Paris 15ème
Jusqu’au 20 janvier 2007, du mardi au samedi de 12h à 19h / Nocturne le jeudi jusqu’à 20h.
Tarif : 6 € (TR 4 €)
Catalogue de l’exposition : 30 €
M° Bir Hakeim/ Rer Champs de Mars Tour Eiffel

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