Producteur indépendant à
Paris, Grégoire Canvel choisit des films exigeants, le plus souvent refusés par
les autres producteurs. Seule la qualité des projets l'intéresse, jeune
scénariste inconnu ou réalisateur suédois insupportable.
On le suit dans son métier - et c'est passionnant - toujours entre deux coups
de fil, deux cafés, deux cigarettes ou deux excès de vitesse. Mais toujours
stoïque et sûr de ses choix. Quand arrive la fin de semaine, il rejoint ses
quatre femmes - son épouse et leurs trois filles - à la campagne, où rayonne le
bonheur familial. C'est à la fois doux, sur la corde et lumineux. Mais peu à
peu, un autre aspect de la réalité fait surface, versant cruel de la production
indépendante : le gouffre financier dans lequel Grégoire s'est
progressivement enfoncé au fil des années. Il ne voit pas de solution et se
résout au pire.
On passe alors dans la seconde partie du film, concentrée sur l'entourage de
Grégoire, sa femme en premier lieu, mais aussi l'un de ses amis, lui aussi
producteur, et enfin ses filles, les deux petites et Clémence, l'aînée,
adolescente silencieuse. La douleur de la perte est traitée avec sobriété, la
caméra de Mia Hansen-Love caresse ses personnages, les montrant tour à tour
déterminés dans l'action, celle de poursuivre l'entreprise de Grégoire, et
bouleversés par ce drame. Avec beaucoup de subtilité et de délicatesse, loin
d'aborder ce sujet en tire-larmes, la réalisatrice fait l'impasse sur la
classique scène d'enterrement pour explorer la vie de ses personnages dans cet
après, ce flottement, ce temps du deuil mais aussi des questions.
Secondaire au début du film, Sylvia l'épouse prend une épaisseur et un relief
inattendus. Clémence, la fille aînée, interprétée par Alice de Lencquesaing (la
propre fille de Louis-Do de Lencquesaing, qui joue Grégoire) étonnante de
maturité et de profondeur, devient le personnage le plus intéressant. Son nom
est à retenir, comme celui des autres comédiens, tous très "naturels" (les deux
petites, quelles merveilles !), à l'image de ce film plein de sensibilité et de
douceur, auquel on croit de bout en bout, inspiré d'une histoire réelle, celle
d'Humbert Balsan, producteur qui s'est donné la mort en 2005.
Le père de mes enfants
Un film de Mia Hansen-Love
Avec Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing
Durée 1 h 50

On était curieux de
découvrir l'adaptation cinématographique du livre sobre et fort de Cormac
McCarthy, La route, Prix Pulitzer 2007 et très grand succès de
librairie des deux côtés de l'Atlantique (
La réalisation est
superbe ; elle mérite peut-être à elle seule la Palme d'Or descernée à
Michael Haneke au 62ème Festival de Cannes.
Durant 2 h 35, le
réalisateur de Sur mes lèvres et De battre mon cœur s'est
arrêté nous plonge dans l'enfer du monde carcéral. On en sortira que lors
de brèves permissions, lesquelles ne sont d'ailleurs que le prolongement d'un
même univers : celui du trafic et de la violence.
C'est une
œuvre sombre, dans laquelle Christophe Honoré, après trois films
« parisiens » très séduisants, fait un détour par la Bretagne pour
aborder avec une force inouïe les difficultés d'existence d'une jeune femme
d'aujourd'hui.
Tourné entièrement en plans
fixes, avec une photo légèrement délavée qui évoque les vieilles pellicules,
inondé de soleil et de longs moments de silence, Le temps qu'il reste
plonge dans un univers d'immobilité et de réflexion.
S'il est un petit
bonheur qui réconcilie avec la Capitale à la rentrée, c'est bien la possibilité
d'aller au cinéma voir les films qu'on a loupés au moment de leur sortie.
Bertrand Tavernier
est allé en Louisiane pour tourner son dernier film, et il y a mis tout ce qui
fait l'histoire et l'essence des Etats-Unis : la guerre de Sécession, la
justice privée, les armes, les inégalités sociales, les rapports raciaux,
l'alcool, la drogue, la mafia, le cinéma, l'argent, la prostitution,
l'immigration mexicaine, les flics et le FBI.
Adapté du très beau roman de Pascal
Quignard, Villa Amalia est l'histoire d'une jeune femme qui, après
avoir aperçu derrière les grilles et les feuillages d'un jardin l'homme de sa
vie embrasser une autre femme, décide "d'éteindre sa vie".
Les 21° Rencontres des Cinémas
d'Amérique latine de Toulouse se sont achevées hier.
Walt Kowalski, vieil
homme à l'ancienne, droit comme un i (incarné par Clint Eastwood soi-même),
planté de longue date dans ses principes, enterre son épouse.