
Edward Hopper (1882-1967) présente le paradoxe d'être aussi célèbre que son
oeuvre est peu connue, en tout cas des Français qui n'ont pas eu la chance de
voyager aux Etats-Unis.
C'est une raison suffisante pour expliquer le succès de la rétrospective
présentée au Grand-Palais, qui est d'ailleurs prolongée jusqu'au 3 février 2013
avec de grandes plages horaires pour permettre au public le plus large de la
découvrir.
Présentée selon un plan chronologique, l'exposition répond pleinement aux
attentes du spectateur néophyte : elle montre les sources de son travail,
les différentes techniques explorées ainsi que son évolution.
Mais malgré les différentes étapes parcourues, ce qui frappe à l'issue de la
visite est la grande cohérence de son œuvre. Cohérence des motifs, cohérence de
la manière.
Biberonné à la peinture moderne française notamment, avec Degas, Marquet,
Vallotton, Pissarro (dont on peut voir de très beaux tableaux), il s'en
dégagera ensuite pour trouver sa propre voie.
Malgré tout, les paysages urbains, les scènes d'intérieur et les lieux de
spectacles peints par les impressionnistes et leurs suivants constituent des
thématiques que l'on retrouvera toujours chez Hopper.
Côté compatriotes, si c'est avec Robert Henri qu'il se forme, sa façon
d'appréhender les sujets sera beaucoup moins marquée par le réalisme que celle
de son maître et de ses contemporains américains (dont des œuvres sont
également exposées).
Avant de connaître le succès, Edward Hopper travaille dans l'illustration à
titre alimentaire. Bien qu'il n'en retire aucun plaisir, ce travail, après
avoir nourri l'homme, nourrira plus tard l'artiste.

Quand enfin il peut se consacrer à la peinture, il ne s'empêche pas quelques embardées du côté de l'aquarelle - qu'il abandonnera, car à la peinture sur le motif il préfère la peinture d'atelier - et de celui de la gravure. La visite de l'espace consacré à ce dernier médium est un ravissement. Non seulement parce que ces gravures sont très belles, mais encore parce qu'elles sont éminemment "hopperesques" : compositions ultra-travaillées, géométrie au cordeau, thématiques touchantes, jeux de lumière.
Ces caractéristiques-là se retrouvent bien sûr dans ses tableaux - des moyens et des grands formats - où il fait en outre claquer la couleur avec brio - avec de superbes oppositions froid/chaud - et créé des lumières toutes particulières. Ces lumières-là font beaucoup de "l'ambiance" des tableaux de Hopper : pointe du jour blafard, nuit froide comme livrée à elle-même, insolent soleil d'un jour d'été, lumière matinale ou vespérale n'éclairant du tableau que son mystère.
Et puis bien sûr, il y a les "sujets Hopper" : ses maisons, ses paysages, et surtout ses personnages, vus souvent d'une fenêtre ou d'une vitrine, pris dans leur environnement quotidien au possible (un café, un bureau, une chambre), pour ne pas dire dans leur cadre au sens littéral du terme. Des couples qui s'ennuient à périr et s'ignorent et, plus poignantes encore, des femmes seules qui lisent ou sont plongées dans leurs pensées. Elles sont belles, élégantes, et en même temps tellement sincères, comme désarmées, parfois carrément mélancoliques. On dit qu'elles attendent - elles en ont souvent l'air - mais peut-être certaines n'attendent-elles pas, contemplant simplement à travers une fenêtre ouverte ou sur le pas d'une porte la seule lumière d'un ciel d'été.
Edward Hopper
Grand
Palais
3 avenue du Général Eisenhower - Paris 8ème
Entrée : Square Jean Perrin
Jusqu'au 3 février 2013
Horaires :
Jusqu'au 28 janvier : lun. : 10h-20h, mer., jeu., ven. :
10h-22h, sam. et dim. : 9h-22h
Puis du 29 au 31 janvier de 9h à 23h et du 1er au 3 février jour et nuit
Plein tarif : 12 euros, réduit : 8 euros
Images :
Edward Hopper: Morning Sun, 1952. (Crédits photo: © Columbus Museum of Art,
Ohio)
Summertime, 1943 – Edward Hopper, Delaware Art Museum, Wilmington, USA / ©
Bridgeman 2012

L'art de Pierre Soulages
est presque une définition de l'art, quelque chose qui nous dépasse et qui nous
fait connaître en même temps une expérience de présence au monde parmi les plus
fortes, en nous rapprochant du réel, du tangible, de l'humain et de
l'infiniment beau.
Le musée
d'Orsay a souvent l'audace de proposer des expositions originales.
Deuxième
revival de l'Art nouveau, les années 1950 et surtout 1960 dans le
domaine du mobilier et des arts de la table : en réaction à la tyrannie du
modernisme fonctionnel et froid, le design organique se déploie, privilégiant
les courbes proches de la nature en général et du corps humain en particulier.
Légèreté, fluidité sont les maîtres mots de ce style qui effectivement - la
démonstration dans la grande salle est édifiante - s'est réapproprié pour les
réinterpréter, le plus souvent avec bonheur, les lignes de Bugatti et de
Guimard.
Des libellules,
des plumes de paon, des pivoines, des iris, des fleurs de chèvrefeuille, des
glycines, des jonquilles et des magnolias : ces splendeurs fragiles et
éphémères, Tiffany les a rendues éternellement vivantes, chatoyantes et
fraîches.
Tiffany a
également réalisé des bijoux et d'adorables objets décoratifs, comme cet
encrier en verre et argent, ou des flacons à parfum en or, tourmaline et verre.
Louis Comfort était bel et bien le fils du joailler new-yorkais Charles Lewis
Tiffany : dans sa jeunesse, il avait baigné tant et plus dans le célèbre
magasin dédié au luxe, où l'on trouvait aussi des vases en verre soufflé du
français Emile Gallé, des porcelaines de Sèvres, des pièces en verre vénitien,
ou encore anglais (superbe vase-camée signé Webb & Sons). Ces influences,
ce raffinement, ce goût pour les milles couleurs et l'éclat se retrouvent tout
naturellement dans les créations du fils. Mais lorsque Louis C. créé des
bijoux, lui ne les incruste pas de diamants... mais de verre - le tour de cou
aux scarabées bleus en est un bel exemple.
Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition
Tout en contrastes,
l'oeuvre du peintre belge James Ensor (1860-1949), présenté au Musée d'Orsay à
travers une exposition de 90 tableaux, dessins et gravures, ne cesse
d'intriguer au fur et à mesure de la visite.
Ces
squelettes et ces masquent amusent par le grotesque des scènes, oscillant entre
pure fantaisie et satire sociale - on pense aux caricatures de Daumier, au
Carnaval, à Guignol - non sans un soupçon d'effroi évidemment comme devant le
défilé de tristes mondains de L'intrigue. L'artiste ne craint pas
l'ambiguïté, au contraire, associant à ses figurations macabres un registre
chromatique gai avec des couleurs pures et pétillantes renvoyant à la fête.
D'ailleurs, sous les dehors de la farce, sourd une certaine violence : par
exemple dans Les poissardes, en dessous du message «Mort !
Elles ont mangé trop de poisson », les deux vieilles poissardes en
question rappellent sous une toute autre forme mais avec une force inouïe
l'ennui et l'absence de vie des tableaux naturalistes de jeunesse.
Rembrandt,
Vermeer : deux noms qui font rêver tant leurs œuvres, fort différents l'un
de l'autre, éblouissent encore par leur virtuosité. Tous deux renvoient à cet
âge d'or qu'à connu la Hollande au XVIIème siècle, quand, après les sanglantes
Guerres de Religion, les sept provinces du Nord, et notamment la Hollande
(majoritairement calviniste) font sécession et acquièrent leur autonomie. De
leur côté, les Pays-Bas du sud restent sous domination espagnole et deviennent
une base avancée du catholicisme.
Tout
n'est que douceur, chaleur et tranquillité. Deux jeunes filles sont plongées
dans leur lecture, serrées l'une contre l'autre. Tout près de là, on les
retrouve au piano, heureuses et concentrées. Une femme est penchée sur son
ouvrage, calmement absorbée. Un enfant dessine, sage et appliqué. Scènes
d'intérieur, quotidiennes, plongées dans la même ambiance lumineuse et
colorée.
C'est le cas de Picasso
(lequel s'est largement livré aux exercices d'admiration, comme l'exposition de
l'hiver dernier dans ces mêmes Galeries l'a souligné) mais aussi de Bonnard,
dont on peut se délecter de l'un de ses superbes paysages du Midi.
Maglm est en
vacances... mais les expos continuent ! Avant de partir, j'ai repéré pour
vous, chers lecteurs... à vous donc d'aller voir !
Dans le cadre de