L'Or des Incas. Origines et mystères. Pinacothèque de Paris

L'or des Incas à la Pinacotheque de Paris, Ornement frontal

L’exceptionnel semble devenir la règle à la Pinacothèque de Paris. Après Les soldats de l’éternité en 2008, révélant au public français quelques uns des 7 000 soldats de terre cuite découverts dans la tombe du premier empereur de Chine, Marc Restellini, le directeur de la Pinacothèque présente depuis vendredi une exposition de plus de 250 œuvres issues de la civilisation Inca et de celles qui l’ont précédée.

Venue essentiellement de musées péruviens, mais aussi de plusieurs institutions européennes, cette sélection inédite en France vient nous rappeler que les Incas, s’ils demeurent le plus connu parmi les peuples pré-colombiens de la cordillère des Andes, ne dominèrent en réalité la région que durant le XV° siècle. Pendant 3 000 ans, et jusqu’à ce que les Conquistadors envahissent le "Pérou" au début du XVI° siècle, une dizaine de cultures différentes, nommées Sicán, Chimú, Mochica ou encore Huari s’étaient en effet succédées – avec toutefois une vision du monde et des traditions, notamment religieuses, communes.

Après une présentation des différentes civilisations (appelées "horizons") à travers une sélection de leurs pièces les plus remarquables, l’exposition aborde les grandes thématiques des Incas et de leurs prédécesseurs : la tradition métallurgique (dont les importantes richesses naturelles régionales ont permis le développement) et les rituels, avec l’apparat de cérémonie, la musique, les rites sacrificiels, la cosmogonie, les pratiques funéraires.

Les objets d’or, symbole du soleil, divinité suprême dans le panthéon Inca, mais aussi du pouvoir, puisque l’empereur était considéré comme fils du soleil, prennent de multiples formes pour un usage essentiellement rituel – l’approche économique de l’or était étrangère aux civilisations préhispaniques. S’étalent ainsi sous nos yeux couronnes, coiffes, masques, pectoraux, colliers, boucles d’oreilles, ornements nasaux (nariguera), gobelets, coupes… en or soudé, laminé, moulé, repoussé, découpé, gravé, embouti ou filigrané.
L’on découvre aussi des pièces d’argent – métal associé à la divinité lunaire Quilla – ainsi que des objets associant les deux métaux, ou encore en cuivre. Certains s’ornent de pierres précieuses ou semi-précieuses.

L'or de Incas, Pinacothèque de Paris, coupe cérémonielleMais l’art des cultures andines ne se réduit pas à l’orfèvrerie : elles ont tout autant exprimé leur savoir-faire et leur talent créatif dans la céramique, comme en témoignent ces superbes vases et ces bouteilles à anse, ventrues, parfois très sculptées et le plus souvent richement colorées. La diversité stylistique des civilisations y est particulièrement visible. L’iconographie et la sculpture vont du symbolisme et du géométrique aux motifs zoomorphes et anthropomorphes (souvent hybrides d’ailleurs) – voire narratifs – les plus étonnants.

Sont également à découvrir des pièces d’apparat ornées de plumes multicolores, des objets en bois, des bijoux en coquillage, des instruments de musique, tels les sonnailles, qui, cousues aux vêtements, émettent des tintements à chaque mouvement, le contenu du trousseau funéraire autour d’une momie… Autant d’œuvres qui passionnent par l’Histoire et les histoires qu’elles révèlent, enchantent par leur extraordinaire beauté et ne cessent de fasciner par leur part encore demeurée mystérieuse.

L’Or des Incas. Origines et mystères
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu’au 6 février 2011
TLJ de 10 h 30 à 18 h (fermeture des caisses à 17 h 15)
Samedi 25 décembre 2010 et samedi 1er janvier 2011, ouverture de 14 h à 18 h
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h (fermeture de la billetterie à 20 h 15)
Entrée 10 euros, tarif réduit 8 euros
Réservation en ligne sur le site (11,50 euros et réduit 9,50 euros)
Exposition réalisée en association avec Artematica et la Fondazione Brescia Musei

Rendez-vous :
– A l’occasion de sa première participation aux Journées du Patrimoine, la Pinacothèque ouvrira gratuitement ses portes aux jeunes de moins de 25 ans les 18 et 19 septembre
– Nouveauté : les visites guidées organisées tous les samedis, à 14 h et 16 h. D’une durée d’une heure trente, elles comptent 20 personnes maximum et coûtent 5 euros en plus de l’entrée (inscription à l’avance ou sur place)
– Mercredi 29 sept à 19 h : concert-récital de Javier Echecopar, guitariste péruvien de musique baroque (en partenariat avec la Fondation de l’Alliance Française)
– Mercredi 13 oct à 19 h : table-ronde avec des spécialistes de l’Institut Français d’Etudes Andines (avec la Fondation de l’Alliance Française)
– Mercredi 27 octobre à 19 h : table ronde sur le thème Sociétés pré-Incas, de Chavin aux Incas, entre unité et diversité (avec Connaissance des Arts).

A lire et à regarder, à offrir et à se faire offrir :
Le catalogue, où de grandes photos des objets exposés et leurs notices alternent avec des textes thématiques clairs écrits par des spécialistes de l’art pré-colombien, chercheurs, professeurs et directeurs de musées. Il reprend les trois grandes sections de l’exposition : L’histoire du Pérou ancien ; Le travail du métal et de l’or ou le beau dans le Pérou ancien ; Les rituels : le divin dans le quotidien.
(Editions de la Pinacothèque de Paris, 364 p., 45 €)

Images : Ornement Frontal, Culture Chimú (900-1470 apr. J.-C.), Intermédiaire récent, Or laminé/repoussé/embouti/incrusté 250 x 55 x 300 mm Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach. Tête de félin orné de plumes, nez et bec d’oiseau. Deux singes dans la partie supérieure. Serpents bicéphales sur la partie inférieure (notice, Paloma Carcedo)
Coupe cérémonielle, Culture Chimú, Intermédiaire récent, bois, nacre sculpté/gravé/ pyrogravé/serti 399 x 167 x 165 Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach. Décor de la coupe : frise de 9 panneaux gravés représentant un personnage (à longue queue et aux pieds terminés en tête d’oiseau) associé à des êtres zoomorphes (félin) et à un singe (notice, Luisa Maria Vetter)

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Le Musée Gustave-Moreau à Paris

Escalier du Musée Gustave Moreau

Quand les expositions de l’été se finissent, alors que celles annoncées pour l’automne n’ont pas encore commencé, une idée pour le touriste désemparé ou le Parisien revenu au bercail est d’aller tout simplement faire un tour du côté… des musées.
Par exemple, ceux auxquels on ne pense jamais, parce que peu d’événements y sont organisés et qu’ils sont cachés dans quelque hôtel particulier de rues essentiellement résidentielles.

Le Musée Gustave-Moreau dans le 9° arrondissement est typique de ce délaissement.
En vous y pointant à cette saison, un samedi en fin de matinée, vous avez la chance d’y croiser : une vieille dame venue d’Italie, un séminariste Camerounais, un jeune couple de Français plus ou moins amusé et, juste avant la fermeture, un duo de Japonaises en jupes courtes courant de bas en haut et de haut en bas. En comptant un gardien par étage plus une caissière, le rapport visiteurs/personnel est dans ce cas presque de un pour deux…

Le premier étage du bâtiment – aménagé par Gustave Moreau soi-même, qui a fait de sa maison un musée – abrite l’appartement de l’artiste. Depuis la fin du XIXème, le temps semble s’y être figé : meubles et objets décoratifs (céramiques de Palissy, chinoiseries, pièces venues du Japon) sont ceux du goût de l’époque. Ils cohabitent étroitement (trop !) avec les copies de Gustave Moreau : celles que l’artiste a fait des grands maîtres lors de son séjour italien entre 1857 et 1859 (tel un Saint George terrassant le Dragon copié de Carpaccio à Venise), ainsi que des copies d’œuvres originales du peintre symboliste.

Les deuxième et troisième étages s’ouvrent sur de grands espaces entièrement tapissés de peintures et de dessins de Moreau. Là, le plaisir commence vraiment, et l’on a envie de s’installer un moment face à ces grandes compositions où fourmillent mille détails. L’artiste formé à l’école académique – pour ensuite s’en détacher, déçu n’avoir pas été reçu au Prix de Rome – a en quelque sorte réinventé la peinture d’histoire, puisant son inspiration dans les sujets bibliques et mythologiques, notamment dans les Métamorphoses d’Ovide – pour parfois d’ailleurs les transformer au gré de son imagination.
Le rapprochement avec la peinture d’histoire s’arrête là, tant Gustave Moreau a imposé un style bien à lui, reconnaissable entre tous, alliant au ciselé du dessin le sfumato des atmosphères, à l’étrangeté des couleurs des détails décoratifs presque persans, à la violence des scènes des poses hiératiques et moyen-âgeuses.

Énigmatique, passionnante "à lire" (pour cela, ses propres écrits sont nécessaires !), la peinture de Gustave Moreau vaut avant tout pour ce qu’elle est : belle, raffinée et singulière, une peinture dont les sujets mythiques et l’esthétique puissante emportent loin, impriment leur marque et laissent songeur.

Musée National Gustave-Moreau
14, rue de La Rochefoucauld -75009 PARIS
info@musee-moreau.fr
M° Trinité ou Saint Georges, bus : 67, 68, 74, 32, 43, 49
TLJ de 10 h à 12 h 45 et de 14 h à 17 h 15 sf le mardi
Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
Entrée 5 euros (TR 3 euros)
Gratuit pour les moins de 18 ans et pour tous le premier dimanche de chaque mois
Tarif réduit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’union européene

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Tournée. Mathieu Amalric

Tournée, Mathieu Amalric

Voici le film français le plus remarquable vu depuis un sacré bout de temps. Un de ces superbes moments de cinéma qui nous cueillent quand on ne les attend plus.

L’histoire n’est en réalité qu’esquissée – et ce flou même, qui est aussi celui de la caméra d’Amalric parfois, participe à la poésie folle du film : on sait peu de la vie Joachim Zand, producteur de spectacles joué par Mathieu Almaric soi-même. Lors de son escapade parisienne désespérée, entreprise pour trouver une salle, le voilà contraint de croiser son passé dont il n’a que des bleus à recevoir. Son frère lui voue une haine féroce – scènes magnifiques, si l’on ose dire, sur la rivalité fraternelle –, le monde de la télé dont il vient lui présente ses lettres de créance avec violence, son ex lui sert un plateau de reproches avec une douceur décapante, ses fils lui rappellent par leur seule existence d’enfants qu’il a aussi des devoirs de père.
On n’en saura pas plus sur sa vie au fil de ces heures à fond de train, entre verres et cigarettes, toujours border line, toujours en danger. Et puis il rejoint sa troupe. La troupe de sa tournée. De véritables strip-teaseuses venues des Etats-Unis, que Mathieu Amalric a découvertes en France, dans leur spectacle de New Burlesque où les danseuses inventent leur show, choisissent leurs costumes, jouent de l’humour et de la sensualité dans leurs corps hors norme, débordant des canons esthétiques.

Puisque ces danseuses existent vraiment, puisque le cinéaste a réellement filmé leur tournée, on peut parler de documentaire. Mais l’idée est troublante, car à l’écran l’on voit avant tout une histoire au plus beau sens du terme, une fiction, une incarnation romanesque. Des filles grosses et belles qui s’éclatent sur scène et n’arrivent pas à aller se coucher, à se séparer, à affronter le silence et la solitude. Un manager qui leur en promet, les déçoit, mais dont elles savent qu’elles sont pour lui les seules bouées. De ce décalage avec le prosaïsme, l’uniformité et l’aseptisation de la société, de cette mélancolie entêtante qui les réunit tous, combattue par la tendresse, le rire et le mouvement incessant, Mathieu Almaric semble avoir créé un monde, dont il nous montre comme par effraction trois longues nuits et journées, et dont même les apartés, tapant en plein mille, sont des perles inespérées.

Tournée
Un film français de Mathieu Amalric
Avec Mathieur Amalric, Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Roky Roulette, Kitten on the Keys, Evie Lovelle, Julie Atlas Muz
Durée 1 h 51
Sorti le 30 juin 2010

Photo © Le Pacte

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Copacabana. Marc Fitoussi

Copacabana de Marc FitoussiC’est sous le ciel gris de Tourcoing que Babou l’exubérante, la pétillante, la colorée a fini par poser ses valises avec sa grande fille, après l’avoir trimballée sur tous les continents. Esméralda, lassée de l’épuisante fantaisie de sa mère, étudiante sage, aspire au bonheur conjugal bien rangé avec un jeune cadre commercial insipide.
Elle annonce son projet à sa mère et, dans le même élan, lui intime de ne pas venir à son mariage : trop délurée, trop fauchée, pas présentable. Blessée au vif malgré son infaillible répartie, Babou part travailler à Ostende pour prouver à sa fille qu’elle est capable de gagner sa vie comme tout le monde et de payer sa part du mariage.

Babou l’ex-baba à Ostende hors saison (ciel blanc et tourisme vieillissant), en train de vendre des appartements en multipropriété (coquette illustration des arnaques du capitalisme), pour une société qui en matière de gestion des ressources humaines ne recule devant rien pour placer sa camelote via des salariés aux abois (mensonges, humiliations, compétition sauvage) : la situation est pour le moins cocasse. La comédie fonctionne à merveille. Isabelle Huppert, dont on connaît l’étendue du talent dans le registre dramatique, s’avère tout aussi à son aise dans celui de l’humour.
Elle campe un personnage guidé par ses seuls désirs et plaisirs, en apparence égocentrique, mais dont la générosité profonde se dessine peu à peu. Sa fille – dans le film comme à la ville – Lolita Chammah, joue Esméralda avec beaucoup de justesse, jeune femme à la fois effacée, en colère et très aimante. Les seconds rôles, féminins (Aure Atika, Noémie Lvovsky, Magali Worth) comme masculins (Luis Rego en particulier) participent de la totale incarnation de cette histoire improbable, mais dont les ressorts affectifs, économiques et sociaux sont criants de vérité.

Copacabana
Un film français de Marc Fitoussi
Avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah, Aure Atika, Noémie Lvovsky, Magali Worth, Luis Rego
Durée 1 h 47
Sorti le 7 juillet 2010

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Crime d'amour. Alain Corneau

Crime d'amourElles sont belles, intelligentes et mènent grandes carrières dans une entreprise internationale.
L’une est presque arrivée au faîte de sa gloire, avec peut-être un poste en vue à Washington : c’est Christine, interprétée par Kristin Scott Thomas, cynique maniant la glace et le feu pour arriver à ses fins. L’autre, Isabelle, est sa subordonnée, cadre supérieur aussi brillante que jeune, incarnée par Ludivine Sagnier. Entre les deux femmes, le jeu de séduction et de pouvoir fonctionne à merveille, jusqu’à ce que les masques tombent, à l’épreuve du monde impitoyable des affaires. Trahie, blessée, Isabelle ne le supporte pas et s’apprête à commettre le pire.

Histoire de vengeance très finement élaborée, Crime d’amour est un très bon polar à l’ancienne, avec placement d’indices, égarement du spectateur puis méticuleuse reconstitution des faits. Ce que l’on voit dans la seconde partie – certes peut-être un peu lente – est une démonstration de la puissance de l’intelligence au service de la machination. La première partie est, elle, plus riche sur le plan social, où le tableau des relations de travail et financières est brossé avec beaucoup d’efficacité. Les actrices forment un duo redoutable ; excellentes l’une comme l’autre. Si le talent de Kristin Scott Thomas est depuis longtemps établi, Ludivine Sagnier continue d’étonner film après film par la palette de son jeu.

Crime d’amour
Un thriller d’Alain Corneau
Avec Kristin Scott Thomas, Ludivine Sagnier, Patrick Mille
Durée 1 h 44
Sorti le 18 août 2010

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Tamara Drewe. Stephen Frears

Tamara Drewe Stephen FrearsCe fut LA comédie de l’été. Anglaise jusqu’au bout de l’humour. Verte campagne du Dorset bien peignée, parfaitement britannique. Jolie résidence d’écrivains, avec l’hôtesse-fermière en tablier à fleurs sur sa robe à carreaux coordonnée (ou l’inverse), qui confectionne avec soin de gros gâteaux dans sa cuisine aux reflets cuivrés. Un universitaire frustré en mal de reconnaissance les engloutit avec bonheur pour se consoler de ne point arriver à écrire. Le mari de l’impeccable fermière enchaîne lui les best-sellers, récolte le succès un brin blasé, et se venge de tout cela en courant le jupon avec non moins de succès. Deux adolescentes du cru s’ennuient à périr, passent le temps en épiant la vie du village, mais comme c’est bien peu, vont chercher le frisson en effleurant les pages des magazines people où, là au moins, s’étalent de beaux gosses.

Tel est le cadre bien planté dans lequel déboule la belle Tamara Drewe (Gemma Arterton), une fille du pays à l’époque peu gracieuse mais dont le nez raccourci et les jambes allongées sous son mini short ont fait d’elle une fille devenue irrésistible. Tous succombent, magazine people compris, et voilà la zizanie répandue aux quatre coins du domaine, pour le plus grand bonheur (enfin presque) de nos deux ados : adieu l’ennui !

Le spectateur est à la fête tout du long. Le scénario sans répit se déroule comme par magie malgré ses imperfections. Les dialogues se boivent comme du petit lait. Le trait satirique ne manque ni d’esprit ni de souffle. Et l’amour vrai fini par trouver sa place, quand le gougnafier prend les coups qu’il mérite : c’est que dans ce pays-là, les vaches savent rendre justice !

Tamara Drewe
Un film britannique de Stephen Frears
Avec Gemma Arterton, Roger Allam, Bill Camp
Durée 1 h 49
Sorti le 14 juillet 2010

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La vie est belle, avec Ben

La vie est belle, Frank Capra

Maglm m’invite à produire un billet de mon choix. Sur le cinéma, ai-je cru comprendre malgré tout. Alors, audace de timide, je choisis pour mon baptême d’écrire sur un « classique ». Osons ! Moteur !

George Bailey n’y croit plus. George Bailey veut mourir. George Bailey s’apprête à se jeter dans le fleuve. Clarence, un ange de seconde classe (comprendre, sans ailes encore) est dépêché sur Terre pour ramener George Bailey à de meilleures intentions. Son stratagème est le plus compliqué et le plus beau qui soit : montrer à George le monde tel qu’il aurait été s’il n’avait pas existé. George. Un gars simple, plein de rêves, plein d’amour, idéaliste dans un monde en crise (voir la saisissante séquence du Jeudi noir ). Un gars combatif mais peu à peu usé par le poids des responsabilités. Un gars riche d’une famille soudée et d’amis nombreux, mais rongé par la frustration. Un gars à la fois banal (mais pas médiocre) et exceptionnel (mais pas sans défauts). Un monsieur-tout-le-monde en somme. Son monde est le nôtre et le film nous suggère de ne pas oublier de l’apprécier. Véritable déclaration de foi envers les hommes, il nous montre aussi que l’accomplissement personnel et le bonheur peuvent prendre des voies détournées.

Bercé d’angélisme. Naïf. Tout cela a été dit du film. Une fois vos larmes séchées (j’exclus d’emblée la possibilité de ne pas avoir les yeux embués), vous culpabiliserez de votre « sensiblerie ». Mais vous aurez tort. Laissez-vous emporter par un lyrisme que plus personne aujourd’hui n’oserait assumer. Naïf ? Ce serait négliger la noirceur du film. Certes, le réalisateur sait ce que « happy end » signifie. Et alors ? Pour forcené qu’il soit, son optimisme n’est pas sans faille. Il laisse entrevoir un possible univers de désolation. Après tout, sans George ou sans l’apparition providentielle de son ange gardien, le cauchemar serait la réalité. Naïf donc ? Non, définitivement non. Alors quoi ? Émouvant ? Inquiétant ? Le film vous en apprendra sur votre humeur. Confrontez-vous à lui.

J’ajoute. Quand un film passe à ce point les époques, quand chacune de ses visions s’enrichit des précédentes et prépare les suivantes, quand la forme et le fond sont au diapason (ah, son noir et blanc !), quand la réflexion qu’il suscite dispute à l’émotion qu’il procure, quand il contient en lui les ressources pour accompagner les difficultés d’une vie, il vaut d’être connu. Un chef d’œuvre se distingue par sa capacité à éclairer et à se laisser approprier par le plus grand nombre. C’est ma définition. C’est aussi mon jugement sur le film. Je le dis après tant d’autres, parfois très illustres.

Le film ? Il date de 1946. C’est « La vie est belle » de Frank Capra. Il donne ses lettres de noblesse à la comédie dramatique et rappelle que les contes ne sont pas que pour les enfants. George Bailey ? C’est James Stewart. Avec ce seul film, il montre l’étendue de son talent. Discret mais immense.

La vie est belle (It’s a Wonderful Life)
De Frank Capra
Sorti le 10 décembre 1947
Avec James Stewart, Donna Reed, Henry Travers
Durée 2 h 09

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Tartuffe. Théâtre du Lucernaire

Tartuffe au théâtre du Lucernaire"Liberté incroyable et intacte : c’est ainsi qu’apparaît Molière près de 350 ans après sa mort" écrivait Philippe Sollers à l’occasion de la nouvelle édition des Oeuvres complètes du dramaturge dans la Pléiade (1). C’est tellement vrai : réécoutez Tartuffe, c’est un suc dont chaque vers vous délectera. Durant tout l’été, le Théâtre du Lucernaire en propose une représentation fort réjouissante.
La mise en scène de Philippe Ferran est adaptée à la salle du plateau : pas de décor spectaculaire ni d’amples mouvements tels que la grande scène de la Comédie-Française les autorise. Dans le Théâtre Rouge du Lucernaire, le spectacle repose sur la direction d’acteur et le talent des comédiens. Comme celle-là est habile et celui-ci au rendez-vous, deux heures durant on ne perd pas une miette de ce chef d’œuvre corrosif, au comique de tous les instants.

Tartuffe est, faut-il le rappeler, ce fieffé hypocrite, faux dévot et vrai séducteur qui s’introduit chez le naïf Orgon, le charme de ses doucereuses paroles et de ses pieuses poses, au point de recevoir de lui donation de tous ses biens, tout en cherchant, en coulisse, à obtenir les faveurs de son épouse…

Comme dans L’Avare, l’autoritarisme du père est rudement croqué, la fraîcheur et les élans spontanés venant des enfants. Mais c’est bien sûr la faux-culterie dans toute sa spendeur, que Molière applique ici à la dévotion, qui fait toute la saveur de la pièce.
Marc Chapiteau y fait un Tartuffe inattendu et un peu décalé, mais dont la suavité de la voix colle exactement au personnage. Jean-Paul Dubois est un Orgon parfait, calme, agaçant, attachant puis perdu. La scène de la dispute qu’il partage avec Dorine est un petit bijou, Patricia Varnay donnant à ce rôle de suivante tout le bagoût, l’aplomb et l’humour exigé par le personnage. Même bonheur avec Elmire l’épouse d’Orgon : Laurence Guillermaz va du grave au plus enjoué, mêlant les deux de façon très convaincante dans la scène des faux aveux avec Tartuffe.
L’on sort du spectacle enchanté, le rythme magnifique des vers de Molière résonnant encore en tête, mais aussi un brin songeur, car, pour citer à nouveau Philippe Sollers (1) "comment oublier les noms de ces merveilleuses marionnettes que vous retrouvez aujourd’hui dans la vie courante ?"

Tartuffe
De Molière
Mise en scène de Philippe Ferran assisté de Héloïse Martin
Avec Jean-Paul Dubois, Marc Chapiteau, Laurence Guillermaz, David Legras, Marine Segalen ou Patricia Varnay, Dominique Jayr, Hélène Gédilaghine, Cédrick Spinassou ou Bertrand Barré, Harold Girard, Walter Hotton
Le Lucernaire – Théâtre Rouge
53, rue Notre-Dame-des-Champs – 75006 Paris
Jusqu’au 11 septembre 2010
Du mardi au samedi à 21 h 30
Durée 2 h
Places de 15 à 30 €

(1) Le Nouvel Observateur du 27 mai 2010

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Le Palais Bénédictine. Fécamp

Le Palais Bénédictine à Fécamp, enluminuresA la fois palais Néo-Renaissance, musée et distillerie, le Palais Bénédictine est une curiosité de plus de cent ans d’âge à découvrir à Fécamp, sur la Côte d’Albâtre.

Le début de l’histoire remonte à 1863, lorsqu’un jeune homme nommé Alexandre le Grand (!) redonne vie à une vieille recette de liqueur inventée par un moine bénédictin de Fécamp au XVIème siècle. Il la baptise Bénédictine, dépose la marque, fait un habile usage de la publicité grâce notamment aux grands affichistes de l’époque, et voici l’affaire bien lancée, y compris à l’exportation.
Très vite, Alexandre le Grand se plaît à mêler les genres, exposant une collection d’œuvres d’art dans sa fabrique de spiritueux. Une veine qui depuis demeure : dans le drôle de palais, inauguré en 1900 après la mort du fondateur Alexandre, une aile abrite toujours un musée, tandis que dans une autre, la distillerie produit encore le précieux breuvage. Toutes deux valent la visite, qui s’enchaîne fort naturellement.

Palais Bénédictine, Christ en ivoireCôté art, le bâtiment est dans le goût de la fin du XIXème avec son style éclectique enchevêtrant Gothique et Renaissance, conçu par Camille Albert l’architecte de la ville de Fécamp. Y sont exposés des sculptures religieuses médiévales, des émaux, des ivoires, des albâtres, des vitraux, des manuscrits anciens, des sceaux et monnaies, une collection de ferronnerie, des lampes à huile romaines et même une petite pinacothèque ! Le parcours n’est pas bien long et permet, dans le calme absolu des salles dont le décor vaut à lui seul le coup d’œil, de détailler des petites pièces de haute qualité, tel un très beau Christ du XVIIème siècle taillé dans une seule défense d’éléphant, de somptueux livres d’heures enluminés des XV° et XVI° siècles, ou encore une sculpture en bas relief sur bois, marbre et ivoire, sorte de tableau de la Présentation au Temple daté du XVII°.

Dans la fabrique sont visibles de gros alambics de cuivre et grandes cuves. La célèbre liqueur (très prisée à l’étranger, dit-on) est élaborée à partir de plantes et d’épices (près de trente différentes), auxquelles on ajoute encore, après distillerie, du safran et du miel. On laisse vieillir en fûts de chêne une bonne année, on filtre, on embouteille… et on goûte… Verdict : puissante, complexe et très parfumée, avec un excellent équilibre entre amertume et sucré. Mais attention, la Bénédictine affiche tout de même 40°… La variante B&B, mélange de la précédente et de cognac est, elle, un peu plus forte, et beaucoup moins convaincante. Rien de tel que l’original.

Palais Bénédictine
110 rue Alexandre Le Grand – 76400 Fécamp
Ouvert TLJ sauf le 1er mai et le 25 décembre
Entrée 7 €

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La Malouinière de la Ville Bague

La chapelle Sainte-Sophie de la Malouinière de la Ville Bague, St MaloLoin des expositions parisiennes qui régulièrement tapissent les pages culturelles des journaux, et des vastes musées où s’engouffrent en longues grappes des touristes empressés, on tombe toujours sur quelque visite intéressante, porté ici ou là par sa curiosité ou par un bon conseil.

Ici, à Saint-Malo, notre hôte nous envoie découvrir la Malouinière de la Ville Bague.
En réalité, entre les remparts, les rochers de Rothéneuf, Dinard, Dinan et le Mont Saint-Michel, le programme ne nécessite aucun complément. Mais en province le temps s’étire d’une façon merveilleuse et, charmé par la grâce de quelque confiture maison, on finit par se rallier à la cause du patrimoine local. C’est ainsi qu’on se retrouve devant une grande maison de maître, au milieu d’une poignée de personnes âgées extrêmement enthousiastes.

Le gendre de la propriétaire actuelle fait office de guide et nous embarque pour 1 h 1/2 de visite historique, ambiance vieille famille-ouvrons nos armoires.
Comme leur nom l’indique, les Malouinières sont des villas typiques du pays Malouin : une centaine furent construites entre 1650 et 1730 autour de Saint-Malo, par des armateurs avides de grand air, mais aussi soucieux de vider leurs cargaisons hors la vue du percepteur, sans toutefois trop s’éloigner du port.
La Ville Bague date de 1715 ; un manoir la précédait, d’où l’existence dans son enceinte d’une chapelle et d’un pigeonnier de la 2ème moitié du XVIIème siècle. Construite par Guillaume Eon, elle en est pierres de pays enduites de crépi ; sa façade régulière est ornée de fenêtres encadrées de granit, sa haute toiture surmontée d’impressionnantes cheminées.

Dans le pigeonnier de la Ville Bague, le coffreDans la partie basse du pigeonnier, cartes anciennes, coffre ouvert avec un brin de cérémonial et armes que les visiteurs sont invités à soupeser.
Dans la demeure, on passe du salon à la salle à manger puis à quelques pièces à l’étage, en admirant la belle rampe de l’escalier. On réalise à quel point la visite d’une maison remplie de vieux meubles et objets, où vivent aujourd’hui des particuliers a quelque chose de profondément anachronique et décalé. Fait-on visiter son vaisselier, tâter ses toiles de Jouy capitonnées et admirer ses croûtes plus ou moins familiales ? C’est assez comique à vrai dire, mais l’ambiance ne se prête pas à ce genre-là.
Alors on se garde de tout second degré, on joue le jeu à fond et finalement les yeux sont plutôt contents. En bas, un papier peint panoramique de 1820 montre l’arrivée de Pizzare chez les Incas (tout un poème) : un papier peint aux couleurs magnifiques et qu’il est rarement donné de voir, issu de la manufacture Dufour et Leroy et classé Monument historique. A côté, dans la salle à manger où sont exposées des pièces de porcelaine et d’argenterie pas du tout repoussantes, le maître des lieux se plaît à nommer, pour le plus grand bonheur de ces dames, des objets devenus totalement inusités. A l’étage enfin, derrière des vitrines, d’adorables ivoires, tout petits objets sculptés par les marins. C’est fin, simple et joli, ça sent le temps long, la minutie, mais aussi la passion et une forme de solitude ; ça en deviendrait presque émouvant.

Malouinière de la Ville-Bague
35350 – Saint-Coulomb
Ouvert de Pâques à la Toussaint
Visites guidées à 10h30 (sur RV), 14 h 30 et 16 h
Fermé le mercredi sauf en juillet et août
Ouvert aux groupes toute l’année sur rendez-vous
Entrée 8 € (adultes)

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