Le Triptyque de Puccini à l'Opéra national de Paris

Philippe Jordan

Trois mots pour résumer ce spectacle, la première création de la saison de l’Opéra Bastille : très belles soirée.

Il Trittico est un ensemble de trois courts opéras d’une heure, que Puccini a composés pour être joués ensemble. Nécessitant beaucoup de chanteurs, il est rarement monté, et ne l’avait d’ailleurs pas été à Paris depuis près de vingt-cinq ans.

Ces trois pièces nous plongent dans des époques fort différentes. La première, Il Tabarro, se passe au début du XXème siècle sur une péniche à Paris, où l’infidélité de la femme du marinier conduit son époux à assassiner l’amant : c’est un mélodrame à l’intérêt narratif assez limité et d’humeur franchement sordide. La deuxième se passe au XVIIIème siècle, avec l’histoire tragique de Suor Angelica, fille de haut rang qu’un pêché de chair dont est né un enfant a conduit au couvent. Remontant encore le temps, Gianni Schicchi se passe au Moyen-Age à Florence, mais apparaît certainement comme la plus actuelle : il s’agit d’une farce, et les traits dont le personnage de Gianni Schicchi fait la satire – la cupidité et l’hypocrisie d’une famille endeuillée – sont bien éternels.

Du sombre Paris populaire d’il y a cent ans au flamboiement trompeur de l’Italie médiévale en passant par la cruelle clarté du couvent, les atmosphères se suivent et ne se ressemblent pas. Les décors portent ces ruptures – gris dans Il Tabarro puis blanc et bleu ciel d’un kitsch total dans Suor Angelica, rouge et noir enfin dans Gianni Schicchi – et ne dérangent pas.

Le reste est bien mieux que cela : une qualité vocale homogène, une direction d’acteurs des plus vivantes qui soutient la curiosité et le plaisir, et une direction musicale qui fait elle aussi ressortir les reliefs et les contrastes du Triptyque. Il est si merveilleux, après avoir commencé par le plus terne, de poursuivre dans l’émotion la plus bouleversante avant de finir dans l’amusement le plus débridé, digne de la Commedia dell’arte. Il est magnifique de vibrer sous la voix touchante de Tamar Iveri pour découvrir la douceur puis la douleur déchirante de Suor Angelica ; mais aussi de se laisser séduire par un autre inconnu, Saimir Pirgu dans le rôle du fiancé dans Gianni Schicchi, jeune homme à la voix très en place, puissante et suave, et au jeu d’acteur au plaisir communicatif – il faut dire qu’il s’agit pour ce ténor albanais de 29 ans de sa première distribution à l’Opéra de Paris.
Il est divin, enfin, d’écouter Puccini joué par l’orchestre à la fois posé et pétillant de Philippe Jordan, dont les mains sublimes qui s’agitent avec grâce constituent à elles-seules un spectacle chavirant.

Le Triptyque (Il Trittrico)
Trois opéras en un acte composés par Giacomo Puccini
Opéra national de Paris
Prochaines représentations les 25 et 27 octobre 2010
A 19 h, durée 3 h 45 avec 2 entractes
Places de 5 € à 180 €

Direction musicale Philippe Jordan
Mise en scène Luca Ronconi
Décors Margherita Palli
Costumes Silvia Aymonino
Lumières Gianni Mantovanini
Chef de Chœur Alessandro Di Stefano
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-De-Seine / Choeur d’enfants de l’Opéra national de Paris
Décors et Costumes du Teatro Alla Scala, Milan
en coproduction avec Le Teatro Real, Madrid

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Le pavement de l'église San Michele à Anacapri

Pavement de majolique de l'église San Michele à Anacapri, CapriImaginez une petite église baroque au plan octogonal, dont le sol est entièrement couvert d’un pavement polychrome en faïence napolitaine.

Ce ravissement d’art presque naïf a été réalisé par Leonardo Chiaiese en 1761 à Naples.

Jaunes, verts, bleus, c’est une illumination de couleurs douces, dont on fait délicatement le tour sur un rebord de bois longeant les murs.
Les dessins se lisent aisément : ovins, bovins, cheval, licorne, dromadaire, singe, tigre et lion, mais aussi canard, faisan, autruche, paon, porc-épic, ours et éléphant. Tous les animaux sont là, c’est le Paradis terrestre, dont Adam et Eve sont déjà chassés, couverts de peaux félines.
En haut, au centre, l’Arbre de la connaissance du bien et du mal sur lequel repose un hibou, tandis qu’autour de son tronc s’enroule le terrible serpent. De part et d’autre, la lune et le soleil, et au dessus, l’azur constellé d’étoiles.

Pour admirer la majolique dans son ensemble, empruntez le petit escalier de fonte qui s’élève en colimaçon depuis l’entrée de l’église. Vous surplombez alors le tout pour contempler tranquillement le Paradis…

Eglise San Michele
Place San Nicola, Anacapri
Capri, Italie

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La Villa San Michele à Capri

Vue depuis la Villa San Michele, Anacapri, CapriLa Villa San Michele est l’un des joyaux soigneusement conservés de l’île de Capri – laquelle est, dans son ensemble, et conformément à sa réputation, un joyau en tant que tel.

Arrivé sur cette île de la baie de Naples en 1876, le médecin suédois Axel Munthe acquit une chapelle en ruines et une vieille ferme situées à 327 mètres d’altitude pour y construire une villa entourée de jardins. Amoureux de l’île, de sa villa et de la nature, cet humaniste déploya à Capri ses multiples talents : scientifique, écrivain, architecte, collectionneur d’art…
Ainsi, sa maison, sa chapelle et ses jardins recèlent aussi bien des antiquités égyptiennes, des sculptures romaines, des meubles du XVIIIème que des espèces végétales protégées. L’on apprend aussi que ce protecteur des animaux a beaucoup fait pour le développement de l’ornithologie sur l’île et que ce gourmet délaissait volontiers la viande pour se nourrir de mets simples comme les légumes et les pâtes.
De son œuvre à San Michele, il a tiré une autobiographie quelque peu romancée, Le Livre de San Michele publié en 1929, largement traduit et très lu à l’époque.

La villa n’est ni immense ni somptueuse, mais à parcourir ses pièces intimement aménagées, sa cuisine d’époque, son patio d’antiquités, sa loggia de sculptures et ses délicieux jardins, à admirer la vue imprenable depuis la chapelle, au dos de laquelle il a fait installer, face à la mer, un sphinx dont on ne peut voir le visage, on devine la passion brûlante de cet homme venu du froid qui, bien avant de nombreux autres nordiques, a dû trouver dans le calme, la lumière et la sensualité de Capri, les moyens de se réaliser.

Le sphinx de la Villa San Michele à Anacapri

Villa San Michele
Anacapri, viale Axel Munthe
Capri, Italie

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La Cerisaie. Théâtre de l'Odéon

La Cerisaie, théâtre de l'Odéon, mise en scène J Brochen

On lui en veut un peu, à Julie Brochen – et aussi à sa scénographe Julie Terrazzoni.
Pourquoi faire dire le texte à toute vitesse ? Pourquoi faire crier les comédiens ? Pourquoi couvrir parfois leur voix de musique, au point de rendre les mots inaudibles ?
Et non contente de nous troubler l’ouïe, pourquoi nous priver également de la vue ?

Julie Brochen fait courir les acteurs dans tous les sens sans que le procédé en ait toujours un, les dirige de façon outrancière (cris perçants des uns, minauderies de Jeanne Balibar dans le rôle de Lioubov) et, de surcroît, les conserve soigneusement dans une demi-pénombre, réservant sans doute le plaisir de les voir aux deux premiers rangs de l’orchestre.

C’est vraiment dommage. Le talent des comédiens n’est pas en cause, ni la beauté de la musique, encore moins celle des décors – les superbes volumes du plateau sont majestueusement occupés par d’anciennes verrières venant évoquer la splendeur révolue de la Cerisaie et les ravages du temps à travers des vitres brisées.
Le problème est que La Cerisaie est un texte magnifique, montrant des personnages passionnants, atypiques et attachants qui forment un ballet émouvant et amusant à la fois. Or, cette direction d’acteurs, qui sans doute se veut énergique et inventive, alors qu’elle n’est souvent que chichiteuse et ostentatoire, vient gâcher bien des passages, en particulier les longues tirades de Trofimov l’éternel étudiant, et de Lioubov la propriétaire, mais aussi les échanges avec et entre ses filles Ania et Varia. La pièce y perd donc beaucoup.

Deux personnages sont bien-heureusement tout à fait sauvés. Jean-Louis Coulloc’h interprète Lopakhine avec toute la netteté qui sied à ce personnage de fils de moujic devenu riche marchand, incarnant le triomphe de la vulgarité sur la poésie, du travail sur l’oisiveté, mais aussi de l’acquis sur le reçu. Il se trouble à merveille lorsqu’il se fait "bûcheron" (il était d’ailleurs déjà celui de Lady Chatterley dans le film de Pascale Ferran) et fossoyeur de la Cerisaie : la scène de retour de la vente aux enchères est sans doute la plus réussie de la soirée. Quant à André Pomarat, il fait de chacune des apparitions de Firs, le vieux serviteur, des moments d’humour et d’émotion souverains. Dans la scène finale – dont à nouveau l’on ne comprend guère le choix de mise en scène donnant à lire les didascalies au lieu de faire résonner pour de bon les coups de hache qu’elles indiquent -, il bouleverse en exprimant l’anéantissement de ce monde fait d’héritages, de splendeurs et d’asservissement.

La Cerisaie
Anton Tchekhov
Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon – Paris 6e
Durée 2h10, sans entracte
Places 10 € à 32 €
Jusqu’au 24 Octobre 2010

Mise en scène Julie Brochen
Texte français André Markowicz & Françoise Morvan
Scénographie Julie Terrazzoni
Lumières Olivier Oudiou
Costumes Manon Gignoux
Musique Carjez Gerretsen & Secret Maker (Gérard Tempia Bondat & Martin Saccardy)
Avec Abdul Alafrez, Muriel Inès Amat, Jeanne Balibar, Fred Cacheux, Jean-Louis Coulloc’h, Bernard Gabay, Carjez Gerretsen, Vincent Macaigne, Gildas Milin, Judith Morisseau, Cécile Péricone, André Pomarat, Jean-Christophe Quenon, Hélène Schwaller

Créé le 27 avril 2010 au Théâtre national de Strasbourg
Production Théâtre National de Strasbourg
coréalisation Odéon-Théâtre de l’Europe, Festival d’Automne à Paris

Photo Franck Beloncle

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Heinrich Kühn. Musée de l'Orangerie

Heinrich KUHN Nature morte : verres et carafe, Musée d'OrsayVoici une exposition aussi inédite que fascinante.
Heinrich Kühn (1866-1944), photographe allemand du courant pictoraliste, proche des groupes Photo-Club de Paris et Linked Ring à Londres, participant de la Sécession viennoise, demeure en effet relativement peu connu, contrairement à ses contemporains d’avant-garde Alfred Stieglitz et Edward Steichen.
La toute nouvelle exposition de l’Orangerie à Paris, visible jusqu’à fin janvier, est d’ailleurs la première grande rétrospective consacrée à l’artiste. Il est heureux de voir ce long oubli enfin réparé tant les travaux de Kühn témoignent d’expérimentations audacieuses aux résultats très emballants.

Les techniques d’impression photographique qu’il utilise ont pour noms gomme bichromatée, platinotypie, gommogravure, photypie ou encore tirage et report à l’huile… Une pause à mi-parcours les explique.
Malgré leur lecture, pour une grande part, et pour les non-initiés aux secrets du pictoralisme, le mystère reste entier.
Dans quelle mesure s’agit-il de tirages photographiques au sens classique du terme, dans quelle mesure ont-ils été peints ? L’œil a du mal à le déterminer et ce doute, et le léger trouble qu’il engendre, accroissent encore l’attention des visiteurs – assez remarquable de bout en bout.

Après avoir présenté un panorama de ses axes d’investigation, l’exposition suit un fil thématique autour de ses différents modèles, des portraits d’atelier, des natures mortes et des paysages, pour finir avec les autochromes, premier procédé photographique en couleur inventé par les frères Lumières.

Le « plein air » est chez Heinrich Kühn particulièrement enthousiasmant. Les nuances de lumière, les ambiances de clair-obscur à la fin du jour, la « matérialité » des végétaux, l’impression de proximité d’un paysage de montagne, alors même qu’un léger flouté peut border les contours confèrent à ses photographies une admirable force poétique.
L’esthétique est encore sublimée par un sens du cadrage très assuré – le rapprochement avec la peinture de Manet saute aux yeux. On retrouve cet art de la composition dans les portraits, notamment ceux de Mary Warner, qui fut la gouvernante de ses enfants, sa maîtresse et son modèle. Une robe, un sofa, un miroir : alors que la prise risquait le déjà vu ou le surchargé, le résultat est au contraire magnifique d’équilibre, dans les courbes, dans les volumes comme dans l’éclairage.

Lorsqu’il travaille plus intensément sur les effets de lumière – on est chez les impressionnistes ici encore -, il crée des natures mortes simplissimes autour d’un verre d’eau ou d’une carafe, d’une coupe en étain. La transparence scintille, c’est à la fois précis et ouaté, domestique et surnaturel.

Contrairement au célèbre Edward Steichen, Kühn ne s’est lui jamais tourné vers le spectaculaire et le glamour, que ce soit pour ses paysages ou ses portraits ; il a choisi uniquement des sujets familiers. Le regard qu’il leur a porté, inventif, noble et amoureux rend ses œuvres plus émouvantes encore.

Heinrich Kühn
Musée national de l’Orangerie
Jardin des Tuileries – 75001 Paris
TLJ sf mardi de 9 h à 18 h
Entrée (avec musée) 7,5 € (TR 5 €)
Jusqu’au 24 janvier 2010
Exposition organisée par l’Albertina de Vienne en collaboration avec les musées d’Orsay et de l’Orangerie à Paris et le musée des Beaux Arts de Houston

Image : Heinrich Kühn, Nature morte : verres et carafe © DR – RMN (Musée d’Orsay) – Béatrice Hatala

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Le salon littéraire de Madame Récamier

Compagnie Cyclone, Dans le salon littéraire de Mme Récamier

Recréer l’atmosphère des salons littéraires tels qu’ils se sont tenus du XVIIème jusqu’au milieu du XIXème siècles, tel est le propos de la pièce-lecture qui sera donnée ce samedi 16 octobre à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris dans le Marais.

Accompagnées de deux musiciens, Agnès Valentin et Florence Carrique-Allaire interprèteront des textes de différentes époques, allant du Grand Siècle à la période Napoléonienne : récits de batailles, textes révolutionnaires mais aussi plus intimes comme « La France n’est plus qu’un vaste théâtre de carnage… », extrait des Mémoires particuliers de Madame Roland.

La Compagnie Cyclone a créé ce spectacle dans une version courte en 2009 lors de la Nuit des Musées à l’Hôtel National des Invalides à Paris, puis l’a repris avec beaucoup de succès lors des Journées du Patrimoine.
L’ambiance plus feutrée de la Bibiothèque historique, sans compter sa vocation même, sont l’occasion de l’enrichir, en nous faisant suivre la grande Histoire à travers ses auteurs illustres tels Racine, Corneille, Molière, Voltaire, Condorcet, Sieyès, Robespierre, Michelet, Napoléon, mais aussi à travers les plumes effilées de madame de Sévigné, Olympe de Gouges, la duchesse d’Abrantès ou encore Juliette Récamier.

Le salon littéraire de Madame Récamier
Lecture-spectacle mise en espace par Philippe Penguy
Avec Agnès Valentin et Florence Carrique-Allaire
Musiciens Jean-Michel Deliers et Denis Zaidman
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris
24, rue Pavée – 4° – M° St-Paul
Samedi 16 octobre 2010 à 18 h 30
Durée 1 h
Places au tarif unique de 10 €
Compagnie Cyclone

Photo Stefania Iemmi

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Trésor des Médicis. Musée Maillol

Famille de banquiers florentins richissimes à partir de la fin du Quattrocento, la dynastie des Médicis a donné des princes, des papes, et même deux reines à la Couronne de France, Catherine épouse du futur roi Henri II puis Marie épouse d’Henri IV en 1600.

Leur fortune, ils l’ont en partie consacrée aux arts, mais aussi à la science et à la connaissance du monde.
Du XVème au XVIIIème siècles, ils ont accumulé des collections fabuleuses, d’antiques et de « curiosités » notamment ; mais ils ont aussi beaucoup fait travailler les artistes de leur temps.

Le musée Maillol retrace cette éblouissante épopée dans le règne du beau et du savoir à travers 160 œuvres, tableaux, dessins, sculptures, meubles, objets d’arts décoratifs, livres et même instruments de musique et… astronomiques.

De Cosme l’Ancien qui fut le premier grand collectionneur après son retour d’exil à Florence en 1434, à Anne-Marie Luisa, la dernière des Médicis qui, à sa mort en 1743 légua le trésor familial à l’État Toscan à condition que jamais rien ne quitte Florence et que les collections des Médicis soient mises entièrement à la disposition du public, l’on suit au fil des siècles les engouements de ces fous d’art qui, s’ils ne l’ont pas inventé, furent les premiers à développer le mécénat à une telle échelle.

L’exposition est de toute beauté, rendue plus agréable encore par la scénographie de Bruno Moinard. Dans une ambiance empreinte de richesse et de raffinement, la visite commence dans un très beau corail cuivré pour finir dans les tons de vieil or et de gris anthracite, tandis que les œuvres sont mises en valeur grâce à une installation aérée.

Remontant le temps, l’on s’arrête, tour à tour, devant d’admirables statues et camées romains, devant la Sépulture des saints Côme et Damien et de leurs trois frères de Fra Angelico, L’Adoration des Mages de Botticelli, un David de Michel-Ange, ou encore la crosse du pape Léon X…

Hommage incontournable aux illustres florentines qui ont lié leur destin à celui du royaume de France, une salle est consacrée aux fastueux portraits de deux Reines. L’on voit ainsi Marie de Médicis ornée d’une robe robe comptant quelques 300 grosses perles fines et plaques de diamants… Dans un coin, cette huile en grisaille de Rubens, qui a peint les grands épisodes de sa vie pour son palais du Luxembourg.

Dans le Cabinet des Merveilles de François 1er de Médicis, se côtoient des œuvres d’art premier venus d’Amérique Latine, d’Afrique et de l’Océan indien et des objets décoratifs aussi fins qu’originaux. Voici donc un manteau de plumes rouges de la culture tupinambá, un vase en forme de navire en lapis-lazuli, une verseuse en nacre et vermeil gravé composée de deux coquilles…
Parmi les raretés, l’on découvre, plus loin, les merveilleuses marqueteries de pierre dure sur marbre, avec notamment un cabinet en ébène du XVIIème siècle composé de 17 compartiments ornés, ou encore deux tables sur fond de marbre noir, justement appelées A la grenade et Au collier de perles.

La curiosité et les terrains d’investigation des Médicis étaient sans limites, comme en témoignent les objets d’astronomie liés aux découvertes de Galilée. Les livres n’étaient pas moins prisés, à voir les véritables œuvres d’art que sont le Livre d’Heures de l’une filles de Laurent le Magnifique ou encore les Editions princeps des œuvres d’Homère extraits de la bibliothèque médicéenne.

Trésor des Médicis
Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle – 75007 Paris
Métro Rue du Bac, bus : n° 63, 68, 69, 83, 84
TLJ de 10 h 30 à 19 h sf 25 déc. et 1er jan., nocturne le ven. jusqu’à 21 h 30
Entrée 11 € (TR 9 €)
Exposition prolongée jusqu’au 13 février 2011

 

Images : Pierre Paul Rubens Les trois Grâces, 1627-1628 Huile en grisaille sur panneau, 47,5 x 35 cm Florence, Palazzo Pitti, Galleria Palatina Inv. 1890 n. 1165 Photo: Archivio fotografico della soprintendenza di Firenze
et Giusto Utens (Bruxelles ?-Carrare 1609) Vue du palais Pitti et du jardin de Boboli 1598-1599 Huile sur toile, 143 x 285 cm Inscription : en bas, au centre « Belveder (con Pitti) » Museo Storico Topografico Firenze com’era

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Les naufragés du fol espoir. Théâtre du soleil

Les naufragés du Fol Espoir, théâtre du SoleilC’est indéniablement le plus spectacle de théâtre vu depuis des mois et des mois. Il est donné à Paris jusqu’au 9 janvier prochain puis partira en tournée en 2011. Mais attention, le succès est au rendez-vous et il faut réserver longtemps à l’avance !

Créé en février dernier, Les Naufragés du Fol Espoir est le dernier spectacle du Théâtre du soleil, la compagnie d’Ariane Mnouchkine qui fête cette année ses 45 ans d’existence.

Mise en abyme magnifique, il parle de création artistique, de construction, de passion, d’engagement politique, de travail et de vie ensemble : il parle du Théâtre du soleil sans le dire et, en détournant le théâtre au profit… du cinéma ! Mettre le cinéma au théâtre sans montrer une once de pellicule, d’image cinématographique au sens propre, il fallait le faire, et Ariane Mnouchkine et sa troupe l’ont fait. C’est un coup de maître.

Nous sommes en 1914, dans le grenier d’une guinguette des bords de Marne dont le patron, fou de cinéma a mis son espace sous les toits à la disposition d’une équipe de cinéma dont le directeur vient de rompre avec la Pathé. Ils tournent un film sur les suites de l’assassinat de l’archiduc Rodolphe de Habsbourg en Autriche en 1889. De ses conséquences politiques en Europe aux appétits colonialistes – notamment victoriens – à l’extrême Sud de l’Amérique Latine, le film nous emmène à bord d’un navire, le Fol Espoir où, après avoir subi les tempêtes du Cap Horn, il croise les quelques Indiens de Patagonie non encore exterminés et en état de sursis.

Au moment du tournage, dans la vie "réelle", l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche est assassiné à Sarajevo ; quelques semaines après, c’est Jaurès qui succombe ; la déclaration de guerre est imminente, il faut se dépêcher de finir le film. Le directeur propose d’arrêter le tournage, mais toute l’équipe, en grande partie constitué du personnel de la guinguette au dessous, invitée à voter la poursuite ou non, décide de continuer.

Tout est dit dans ce spectacle de la passion qui anime l’entreprise cinématographique du temps du muet, du temps des débuts du cinéma. Mais c’est aussi le temps des innovations technologiques et scientifiques source de progrès social, des idéaux politiques, de la fondation de l’idée d’Europe, de l’espoir d’une société égalitaire, d’un nouvel humanisme.
Ces élans magnifiques vont se trouver confrontés, fracassés à la réalité, la réalité historique de l’époque du film et la réalité des événements de 1914.

Que d’intelligence et de sensibilité, cela en est presque vertigineux. La mise en scène est une merveille de beauté et d’invention, l’humour délicieux, le jeu des comédiens fascinant, la musique de l’époque enjouée ; le tout débordant d’énergie.
Il faudrait aussi parler de la neige, du vent, de l’oiseau, de la poésie… ; et encore du plaisir partagé, entre les comédiens, avec les spectateurs, autant de manières de dire le plaisir du spectateur tout court.

Les Naufragés du Fol Espoir
Théâtre du Soleil
Une création collective mi-écrite par Hélène Cixous, librement inspirée des Naufragés de Jonathan de Jules Verne sur une proposition d’Ariane Mnouchkine
La Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
M° Château-de-Vincennes, sortie nº 6 en tête de train vers la station d’autobus où une navette commence ses voyages 1 h 15 avant le début du spectacle et les termine 10 minutes avant – Desservi également par le bus 112
Réservations au n° 01 43 74 24 08 , TLJ de 11 h à 18 h
Mercredi, jeudi, vendredi à 19 h 30, samedi à 14 h et 20 h, dimanche 14 h
Durée : 3 h 50 avec entracte
Places : Individuels 27 € — Collectivités 22 € — Étudiants et scolaires 15 €
Jusqu’au 31 décembre 2010

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Laura, à moitié réelle, à moitié rêvée

Laura, Otto PremingerAvez-vous vu Laura ? Quelle que soit votre réponse, on ne sait qui envier le plus tant sa rencontre transforme ? Demandez à Waldo Lydecker, demandez à Mark McPherson, les protagonistes du film… demandez moi. Il y a tant à dire sur Laura, le film. Mais ce serait dévoiler l’intrigue. Alors je parlerai de Laura, la femme.

Laura est morte assassinée. Qui était-elle ? Pour le découvrir, le détective Mark McPherson fouille le passé. Ses relations la décrivent idéale et irrésistible. Mark est sceptique, c’est son métier. Pourtant, la vision de son portrait, un soir, le subjugue. Il s’en dégage une émotion trop forte. Le détective va utiliser son enquête pour assouvir sa curiosité et l’alcool et les cigarettes pour calmer son trouble.
Laura n’est pas une femme fatale. Elle n’en a pas le caractère vénéneux. Il n’empêche qu’on succombe à son érotisme innocent. Paradoxe direz-vous. Et pourtant. Sans qu’elle cherche rien, tous les hommes éprouvent à son contact des sentiments exacerbés. D’amour et de jalousie, même après sa mort.
Certes Laura est belle, très belle même. Son image un peu lisse aurait pu suffire pour que chaque homme y greffe ses fantasmes. Mais ces messieurs en ont vu(es) d’autres. Non, la vérité, c’est que Gene Tierney qui incarne Laura est envoutante parce que… parce que…. Au fait, pourquoi l’est-elle à ce point ?
À moitié réelle, à moitié rêvée, Laura je vous l’ai dit, transforme. À son contact, le faible devient fort, le cérébral devient impulsif, le romantique devient cynique. Et vice versa. On veut la posséder mais elle décide de tout. Belle, intelligente, sensible, moderne, Laura est un des plus beaux portraits de femmes de l’histoire du cinéma. Moi, comme Waldo, comme Mark, comme Shelby Carpenter (Vincent Price, second rôle de luxe), et comme tous ceux qui l’ont vu, nous effaçons devant elle. Mais pour vivre plus fort.

Revenons au film. Dans sa forme, il est un modèle de maîtrise. Sa construction rigoureusement symétrique nous donne à voir Laura, d’abord à travers les yeux de Waldo Lydecker, puis à travers ceux de Mark McPherson. Hormis leur assurance et un même amour pour Laura, tout les oppose, de leurs manières à leurs destinées en passant par leur physique. La première scène du film est éloquente à ce sujet. Waldo (vous n’oublierez pas de sitôt Clifton Webb), intellectuel, brillant, arrogant et influent est confronté à Mark (Dana Andrews dans son meilleur rôle), un être taciturne et désabusé qui ne s’en laisse pas conter. Dans le deuxième acte du film, qui lui aussi se divise en deux parties, il faut voir Mark se débarrasser de sa douleur pour renaître à la vie, dans une trajectoire inverse à celle de Waldo.
Pour combler votre plaisir, pensez aussi à admirer les cadrages et lumières du débutant Joseph LaShelle (oscar), reconnaissez le thème musical de David Raksin et surtout, savourez l’intelligence des dialogues de ce film qui commence sur cette phrase culte pour tout cinéphile : « I shall never forget the weekend Laura died ». Tout est dit.

Laura (Laura)
Film noir d’Otto Preminger
Avec Gene Tierney, Dana Andrews, Clifton Webb
Durée 1 h 25
Sorti le 11 octobre 1944

© Action Cinémas / Théâtre du Temple

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L’heure, le feu, la lumière. Galerie des Gobelins

Exposition aux Gobelins, l'Or, la lumière, le feuL’exposition qui ouvrira ses portes au public mardi 21 septembre entre en résonance avec l’actualité du moment – Journées du Patrimoine ce week-end, Biennale des Antiquaire au Grand Palais à Paris. Mais elle est en même temps tout à fait inédite.

On la doit aux recherches approfondies de sa commissaire, Marie-France Dupuy-Baylet, qui a exhumé du Mobilier National plus de quatre-vingt pendules et des bronzes d’ornements issues des collections impériales et royales, datées de 1800 à 1870.

Tout ce qui brille n’est pas d’or et l’on en a ici la preuve éclatante, face aux sculptures en bronze qui ornent les pendules, candélabres, torchères, flambeaux et autres feux, pour beaucoup montrées au public pour la première fois et dont la caractéristique commune est le faste de grand apparat.
Ces objets ont en effet été commandés pour décorer les palais et les appartements impériaux et royaux, ainsi que ceux des ministères.

Le XIXème siècle vit un grand engouement pour les pendules : chacun voulait la sienne, d’où une impressionnante variété de modèles. Il y avait une sorte de "code" dont l’aspect représentation sociale n’était pas le moindre : on n’exposait pas le même modèle selon que l’on était homme ou femme, selon le poste occupé par le commanditaire, ou encore selon qu’elle était destinée à la salle à manger ou à la chambre à coucher.

L'heure, le feu, la lumière, Galerie des GobelinsMalgré tout, de grandes tendances se dessinent, résultant des choix des régimes politiques qui se sont succédé. Dans les premières années de 1800, apparaît le "Renouveau", où sont soulignés tous les symboles du savoir et de l’enrichissement, avec l’idée que du premier dépend le second. Voici donc le thème de l’Etude largement décliné, celui de l’eau, des motifs de blé, des cornes d’abondance, des fêtes de Bacchus et des quatre saisons. Les arts décoratifs – comme l’ensemble des arts – sont ainsi des vecteurs de propagande, où l’on voit les valeurs prônées par le régime symbolisées sur les objets.
Ceux-ci n’échapperont pas à la vogue de l’architecture monumentale, avec des éléments décoratifs spectaculaires, comme des pendules-arcs de triomphe, des lustres à se damner ou encore la pendule-monument à la mémoire de Frédéric II roi de Prusse, curiosité de taille que l’on n’aimerait pas forcément voir chez soi.
"L’Egyptomania" consécutive aux conquêtes napoléoniennes va également se traduire dans les pendules, les ornements d’éclairage et le mobilier – dont un certain nombre de pièces est également exposé -, avec un registre iconographique (sphinx, sphinges et griffons) typique de l’Empire.
Autre aspect passionnant de la visite, dès lors qu’elle a pu les identifier, la commissaire a établi un rapprochement entre la sculpture ornementale de la pendule et l’œuvre d’art, peinture ou sculpture qui l’a inspirée. Tel est le cas notamment d’une pendule d’après le tableau de David Le serment des Horaces, avec en bas-relief une réinterprétation de l’original, afin de mieux encourager le départ au combat… Parfois, c’est l’objet d’art décoratif qui se retrouve sur un tableau, comme cette pendule montrant l’Etude assise sur un globe, suggérant que c’est par l’étude que l’on asseoit son emprise sur le monde, que l’on retrouve sur une peinture du peintre néo-classique François-André Vincent.
Impossible de décrire toutes les splendeurs, mais citons aussi pour finir, la pendule dite sympathique pour souligner l’osmose entre la pendule et la montre que l’on pose dessus : une tige sort de la pendule pour mettre la montre à l’heure à midi et à minuit…

L’heure, le feu, la lumière
Bronzes du Garde-Meuble impérial et royal 1800 – 1870
Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins 75013 Paris
Ouverture tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h
Fermé le 25 décembre et le 1er janvier
Entrée 6 euros (tarif réduit 4 euros)
Du 21 septembre 2010 au 27 février 2011

Images : Pendule, Les adieux d’Hector et Andromaque, bronze doré, Acquise en 1805 aux horlogers Lepaute, oncle et neveu, pour le grand salon des appartements du Petit Trianon Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau
et Paire de candélabres bronze doré et patiné dans le Salon de l’Empereur en 1805 Début du XIXe siècle Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

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