Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne. Pinacothèque de Paris

Gustav Klimt Judith 1901 Huile sur toile 84 x 42 cm  © Belvédère, Vienne
Gustav Klimt
Judith
1901
Huile sur toile
84 x 42 cm
© Belvédère, Vienne

Près de dix ans après l’exposition événement Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka au Grand Palais, la Pinacothèque de Paris nous donne l’occasion de replonger dans l’aventure fascinante de la Sécession viennoise.

Si l’artiste majeur que fut Gustav Klimt (1862-1918) dans ce mouvement qu’il a co-fondé en 1897 est mis en avant à travers une vingtaine d’œuvres picturales, c’est toute l’histoire et les différentes facettes de la Sécession qui sont retracées ici.

Pas moins de 180 œuvres ont été réunies, pour l’essentiel venues du musée du Belvédère de Vienne (dont le conservateur Alfred Weidinger assure le commissariat), mais également de collections privées.

Les débuts de Klimt, fils d’orfèvre et élève de l’école des Beaux-Arts, qui reçoit très vite des commandes publiques, s’inscrivent dans le courant de la peinture d’histoire conformément au goût de l’époque. Mais le projet qu’il conçoit pour le grand hall de l’Université de Vienne, Philosophie, Justice et Jurisprudence, rencontre l’hostilité des commanditaires, heurtés par le naturalisme des scènes et des nus représentés. Le peintre se détourne alors définitivement de l’académisme et fonde la Sécession. Celle-ci se dote d’un lieu d’exposition, le Palais de la Sécession, sur le fronton duquel on peut lire sa devise : « A chaque époque son art, à chaque art, sa liberté ». Mais ce qui est haï à Vienne ne l’est pas forcément à Paris : lors de l’Exposition universelle de 1900, le projet de décor de Klimt pour l’Université de Vienne est récompensé de la médaille d’or…

De lui, on retient avant tout ses frappantes représentations de figures féminines, souvent ambiguës, entre femmes fatales et femmes fragiles, dont le pouvoir de séduction est vu comme un danger. Pile dans cette veine, la très sensuelle Judith, présentée à la Pinacothèque. Autre œuvre majeure du peintre viennois, la Frise Beethoven, reproduite ici à son échelle monumentale originale.

Pour autant, on ne saurait réduire la Sécession viennoise à Gustav Klimt. Les liens avec les artistes de l’Empire d’Autriche émigrés à Paris à la fin du XIX° sont ainsi soulignés, notamment à travers le Tchèque Alphons Mucha.

L’importance du développement des arts décoratifs, à partir de la création, en 1903, des Ateliers viennois par Josef Hoffmann et Koloman Moser est brillamment illustrée. Meubles (fauteuils et tables en particulier), bijoux (superbes broches dessinées par Hoffmann) et céramiques (très jolie série de statuettes blanches de Mickael Powolny) ponctuent le parcours, rappelant la volonté des artistes de la Sécession de mettre les arts décoratifs et les beaux arts sur un pied d’égalité.

Une très belle section est dédiée aux paysages, que ce soit en peinture, dans un style qui emprunte tour à tour ou tout à la fois au romantisme, au symbolisme et à l’impressionnisme (Mediz-Pelikan et Moser notamment), ou en photographie, avec les œuvres pictorialistes de Khün.

Heinrich Khün que l’on retrouve avec plaisir dans la salle suivante où sont exposés les portraits. Sous l’influence de la pensée psychanalytique élaborée par Freud, les artistes viennois ambitionnent de représenter la nature intime des êtres. Le résultat en est très émouvant, sans doute grâce à la façon très évocatrice qu’ont Klimt en peinture ou Khün en photographie de saisir la profondeur d’un regard ou le naturel de la posture d’un corps.

Héritage de la Sécession viennoise, l’expressionnisme clôt cette riche exposition à travers quelques œuvres de Moser, Kokoschka ou encore de Schiele. On mesure alors le chemin parcouru par les artistes à Vienne en une vingtaine d’années à peine…

 

 

Au temps de Kilmt, la Sécession à Vienne

Pinacothèque de Paris

8, rue Vignon – Paris 9°

M° lignes 8, 12 et 14

Jusqu’au 21 juin 2015

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Expériences immersives à la Fondation Cartier

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La Fondation Cartier pour l’art contemporain poursuit la célébration de son trentième anniversaire avec deux expositions qui – dépêchez-vous – se terminent ce dimanche 22 février.

La première répond au joli nom de Ballade pour une boîte de verre. Déployée dans tout le rez-de-chaussée de la Fondation, elle laisse de prime abord le visiteur non averti un peu perplexe : dans la grande salle de gauche, il n’y a… rien, si ce n’est un seau. Un vrai seau en plastique moche. Et qui se balade tout seul. Dans la salle plus petite, à droite, on aperçoit des visiteurs allongés sur des transats à roulettes, placés sous un grand plafonnier rectangulaire disposé très bas. Ils ont l’air de se faire bronzer sous un énorme lampadaire. Sauf qu’ils sont habillés et ne portent pas de lunettes de soleil. Peut-être parce que dehors, il pleut des cordes.

Heureusement, un dévoué représentant de cette nouvelle corporation née du milieu de l’art contemporain qu’est celle des « médiateurs » est là pour délivrer les clés de l’œuvre, c’est-à-dire répondre à la question que tout profane ne peut que se poser en pénétrant dans ce temple de l’art : de quelle démarche artistique ce seau est-il l’indice ? Grâce à notre jeune médiateur (mais en a-t-on jamais croisé de vieux ?), soudain, tout s’éclaire, et on peut commencer à « vivre » l’œuvre. Car comme chacun est tenu de le savoir désormais, en matière artistique, il ne s’agit plus simplement de regarder ou écouter une œuvre. Il s’agit de « vivre une expérience ». Et au cas où vous ne voudriez n’y aller que d’un orteil, on vous avertit : ici l’expérience est « immersive ». Ok, allons-y pour l’immersion, on est quand même venu pour ça.

Celle-ci est fort sympathique. Reprenons dans l’ordre. Grande salle : le seau seul au monde dans son cube de verre. Du plafond, une goutte tombe. Le seau se déplace pour la recueillir. Son. Petite salle : le plafonnier rectangulaire avec ses bronzeurs dessous. C’est en fait un écran. Qui montre : le plafond de la grande salle derrière un mouvement d’eau. Comment ? Une petite caméra au fond du seau. Ce qui fait que si votre copain a la bonne idée d’aller dans la grande salle pour se pencher au dessus du seau, vous verrez sa bobine sur l’écran,comme s’il était dans l’eau, le tout étendu sur votre transat de cuir. Avec lequel vous pouvez vous déplacer pour changer de point de vue. Bref, c’est très bien.

Ah oui, dans la grande salle, il y a autre chose à observer : à intervalles réguliers, les murs de verre s’opacifient progressivement, comme couverts de buée, puis lentement redeviennent transparents. Quand tout n’est pas gris à l’extérieur, ce doit être spectaculaire. Là, on a plutôt une impression de neige… mais l’idée, aussi simple qu’ingénieuse, a le mérite de rappeler l’originalité de l’œuvre de Jean Nouvel qui, il y a vingt ans, a pour la première fois conçu un espace d’exposition… sans murs ! (Histoire de renverser les conventions du « white cube » souligne notre ami médiateur. Évidemment. On avait – presque – compris).

Avec Les Habitants, l’expérience immersive proposée au sous-sol est beaucoup moins allègre. Installation du peintre argentin Guillermo Kuitca, elle mêle, en une unité parfaite, peinture, cinéma, sculpture, musique et poésie. Le tout sur la base d’une installation inspirée d’un living room conçu par David Lynch lors de son exposition The Air is on Fire à la Fondation Cartier en 2007. Toiles de Guillermo Kuitca, Francis Bacon, David Lynch, Tarsila do Amaral et Vija Celmins cohabitent (on n’ose plus écrire dialoguent, car à écouter toutes ces œuvres réputées dialoguer entre elles dans toutes les expositions aujourd’hui, on finirait par devenir sourd) avec des œuvres plastiques des mêmes Lynch et Celmins, mais aussi un film de 1970 de Artavazd Pelechian Les Habitants. Tandis que dans la pièce attenante, nous sommes invités à écouter le « concert » donné par David Lynch et Patti Smith en 2011, toujours ici. La musique et le texte sont du premier, que la voix grave de Patti Smith fait magnifiquement vibrer.

L’ensemble de l’installation, très cohérente, réunit l’Homme, le règne animal et le monde minéral dans une approche effrayée et violente de la vie. Au lyrisme des animaux menacés de Artavazd Pelechian fait écho le tragique de la femme violentée du poème de Lynch-Smith. C’est du grand art. Beau, très certainement. Mais, aujourd’hui, peut-être un peu trop contemporain, justement.

Ballade pour une boîte de verre
Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec David Lang et Jody Elff

Les Habitants
Une idée de Guillermo Kuitca
Avec Tarsila do Amaral, Francis Bacon, Vija Celmins, David Lynch, Artavazd Pelechian et Patti Smith

Fondation Cartier pour l’art contemporain

261, boulevard Raspail – 75014 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h, nocturne le mardi jusqu’à 22h
Entrée : 10,50 euros, tarif réduit : 7 euros

Jusqu’au 22 février 2015

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Marcel Duchamp. La peinture même. Centre Pompidou

Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q, 1919, readymade rectifié© Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q, 1919, readymade rectifié© Collection particulière © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, un billet écrit par Andreossi, dont on conclut que la visite de l’exposition Duchamp à Beaubourg est vivement recommandée… vite, vite, elle se termine le 5 janvier !

Une exposition d’œuvres entretient avec l’artiste qui les a travaillées un rapport plus ou moins étroit avec sa biographie. Marcel Duchamp. La peinture même oblige le visiteur à s’intéresser à l’homme Duchamp autant qu’à l’artiste, pour une raison qui tient d’abord à lui : sa vie, dans ses modes d’expression, dans les valeurs qu’il a défendues, dans la délicate relation qu’il a entretenue entre son personnage public et sa personne, relève elle-même de l’art.

A 25 ans, peintre très doué né au milieu d’une fratrie de peintres, passé par la caricature, le fauvisme, le symbolisme, le cubisme, il a fait le tour de son art. Habilement, ses tableaux de jeunesse ne sont pas forcément présentés au tout début de l’exposition. Lorsqu’on découvre que Marcel Duchamp a peint, comme tant d’autres, des membres de sa famille, on reçoit un choc : cet homme, auteur de LHOOQ (La Joconde moustachue et barbue) de Fountain (l’urinoir), de Porte-bouteilles (un porte- bouteille) nous présente son père dans une attitude familière, ses sœurs et sa mère dans leur salon jouant de leurs instruments. Où est l’iconoclaste qui a tué la peinture ?

La vie de Duchamp s’inscrit totalement dans son temps : quelle peinture est possible à côté de la photographie, du cinéma, de la machine ? Il s’est intéressé à tout cela, a participé à des recherches sur le mouvement. Son  Nu descendant l’escalier, et d’autres œuvres qui s’attachent à représenter l’action attestent de sa tentative de tirer l’art vers le maximum de ses possibilités dans ce registre : le thème des « nus vite », la représentation de la machine (même s’il s’agit de broyer du chocolat), ses notes concernant la géométrie et les mathématiques, participent de cette fascination jusqu’au-boutiste.

Mais le pan principal de son œuvre à venir montre que pour lui l’art offrait encore des possibilités d’expression dans un domaine bien précis : l’érotisme. Les arts « mécaniques » comme la photographie et le cinéma ne peuvent tout dire du mystère de l’érotisme. Le « grand verre » (La mariée mise à nu par ses célibataires, même), est le contraire des ready-made, dans le sens où, peinture inachevée, loin de se donner comme « tout fait » (il a demandé des années d’élaboration), nécessite un « discours d’accompagnement ». En cela Duchamp est aussi très novateur : aujourd’hui la plupart des œuvres contemporaines sont accompagnées d’un discours de l’artiste, qui commente lui-même son travail.

L’exposition du Centre Pompidou est une magnifique exposition, à la fois pour découvrir Duchamp et pour compléter sa connaissance de l’artiste. Dans le premier cas on est amené à se convaincre que derrière l’urinoir se cache un artiste sincère, d’une grande honnêteté dans ses recherches. Dans le second cas, même si beaucoup d’interrogations demeurent, on est séduit par la grande cohérence qui relie les nus fauves de ses débuts à l’installation Etant donnés 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage, dont on nous présente ici une maquette. Marcel Duchamp nous a donné quelques réponses à la question : qu’est- ce que voir ?

 

Marcel Duchamp. La peinture même

Centre Pompidou

Jusqu’au 5 janvier 2015

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Sept ans de réflexion. Musée d'Orsay

sept_ans_reflexion_orsayOn tient sans doute ici « l’Exposition de l’hiver » 2014-2015 à Paris. Voyez cela : 180 chefs d’œuvres parmi les quelques 4000 pièces entrées dans les collections du musée d’Orsay depuis 7 ans, c’est-à-dire depuis le début de la présidence de Guy Cogeval. Cinq raisons – au moins – de s’y précipiter.

1. Ce ne sont que des œuvres de haut vol. Parmi toutes celles acquises ou reçues par le musée depuis 2008, sont ici présentées quelques unes des plus belles et/ou des plus rares. Juste dans la première salle, consacrée aux peintres Nabis et garnie de mobiliers de la même période, on tombe en amour devant un superbe paysage de Bonnard (La Symphonie pastorale), placé au-dessus d’une splendide commode de Clément Mère, toute simple, toute légère, dont les lignes géométriques annoncent les développements à venir en matière d’art décoratif. Un deuxième Bonnard, adorable Ballet voisine avec une bergère de Ruhlmann qui déjà en 1914 préfigurait les lignes de l’Art Déco. Vallotton, avec un hilarant Toast (tout le monde dort autour de la table), Denis, Majorelle, Ranson sont aussi de la partie.

On retrouvera Maurice Denis plus loin avec, en pied, le Portrait d’Yonne Lerolle en trois aspects, une fierté du musée et on comprend pourquoi : tonalités pastel, sensualité des traits, jardin d’Eden, tout n’est que douceur dans ce grand tableau de la toute fin du XIX°.

2. La sélection est très variée et traduit l’interdisciplinarité propre au projet du Musée d’Orsay depuis le début, tout en couvrant l’ensemble de sa période dédiée (1848-1914) : peintures, arts graphiques (dessins, pastels…), sculptures, photographies, dessins d’architecture, arts décoratifs. Une période fort riche dans tous ces domaines, et plus encore quand on se tourne, comme le fait le Musée, vers les créations de toute l’Europe.

3. C’est ainsi que l’on découvre des pans entiers jusqu’ici assez peu connus et présentés. Deux salles sont à cet égard particulièrement remarquables. D’abord celle consacrée aux œuvres des pays de l’Est et du Nord de l’Europe (Allemagne, Autriche, Finlande, Norvège et Suède), où l’on admire aussi bien une grande toile de Lentz, peintre co-fondateur de la Sécession, offerte par la Société des Amis du musée d’Orsay, qu’une magnifique chaise de Moser (Sécession viennoise quand tu nous tiens) ou encore d’originales pièces d’orfèvrerie venues de l’Allemagne du début du XXème. Une autre salle est dédiée à l’art et au design (avant qu’on appelle cela comme ça) italiens : les découvertes y sont encore plus belles. On est épaté par la modernité des meubles, signés Tesio ou Quarti, par la créativité des pièces de table en argent de Bugatti, par l’audace d’une étonnante Scène de fête au Moulin-Rouge de l’Italien Boldini ou d’un symboliste Le Mille et una notte de Zecchin.

4. En visitant l’exposition, on comprend mieux la politique d’enrichissement du Musée. C’est-à-dire, comment elle se fait : par acquisition (grâce à un budget propre prélevé sur 16 % des droits d’entrée du musée), par dons et legs (ils sont parfois impressionnants), par dation en paiement enfin (quand un particulier paie des droits de succession en nature, en remettant une œuvre). Mais on apprend aussi comment les choix sont opérés : faire entrer une pièce dans le musée, c’est engager les générations futures. Alors il faut réfléchir sur ce que l’œuvre apportera par rapport à ce que le musée possède déjà (couvrir un pan absent ou famélique, compléter un ensemble déjà en place pour parfaire sa cohérence, etc).

5. Enfin, grâce à ce parcours on se remémore avec bonheur toutes les expositions vues à Orsay au cours de ces sept dernières années, où certains des chefs d’œuvres présents ici avaient été montrés, ou certaines thématiques développées. Ainsi la salle dédiée aux dessins d’architectes montre des compléments au passionnant accrochage Paris probable et improbable. Dessins d’architecture du musée d’Orsay, où l’on avait pu découvrir des dessins de projets non réalisés. La grande toile de James Tissot mettant en scène l’élégant Cercle de la Rue Royale, acquise en 2011, avait été montrée avec L’impressionnisme et la mode il y a deux ans. Nous avions vu l’académique Bouguereau à L’Ange du bizarre (Dante et Virgile) puis à Masculin-Masculin (Egalité devant la mort), deux tableaux reçus par dation en 2010. Impossible d’oublier la sculpture de Gustave Doré A Saute-mouton, qui nous avait amusé à la remarquable exposition Gustave Doré, L’imaginaire au pouvoir. Et la photographie Vierge à l’enfant, de l’Anglaise Julia Margaret Cameron, bien qu’il s’agisse d’une acquisition visiblement plus récente, elle nous rappelle les délices de Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde et de Une ballade d’amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875. Quant à l’un des « clous » de l’exposition, s’il ne faut qu’en citer qu’un, restons avec les Préraphaélites et L’adoration des mages, une somptueuse tapisserie signée Burne-Jones, qui domine avec joie la salle anglaise de ce superbe parcours.

7 ans de réflexion. Dernières acquisitions

Musée d’Orsay – Paris 7°

Jusqu’au 22 février 2015

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Jean Fautrier. La pulsion du trait

Dessin de femme pour L'Alleluiah, Catéchisme de Dianus de Georges Bataille, 1947 ADAGP 2014 © Musée du Domaine départemental de Sceaux. Photo Philippe Fuzeau 
Dessin de femme pour L’Alleluiah, Catéchisme de Dianus de Georges Bataille, 1947 ADAGP 2014 © Musée du Domaine départemental de Sceaux. Photo Philippe Fuzeau

Notre ami Jean-Yves est allé à Sceaux visiter l’exposition consacrée à Jean Fautrier. Voici son compte-rendu… allez-y vite, elle se termine le 14 décembre. Et merci à JYL ! 

Le 50ème anniversaire de la mort de Jean Fautrier (1898-1964) donne l’occasion au Musée du domaine départemental de Sceaux de rendre hommage à l’artiste en exposant une centaine de ses œuvres graphiques. Celles-ci proviennent en grande partie du fonds détenu par le Musée auquel le peintre avait fait une importante donation peu de temps avant sa mort.

On sait qu’après avoir commencé à exposer en 1923, Fautrier, faute de ressources, s’était retiré pendant 5 ans comme moniteur de ski en Savoie. Revenant à la peinture à l’aube des années 1940, il rompt avec l’expression figurative de ses débuts, représentée ici un « Nu féminin » peint à la sanguine et à la pierre noire en 1924, et s’oriente vers l’abstraction. La critique le désigne alors, avec Wols et Dubuffet, comme un des pères de l’art informel.

L’exposition présente quelques beaux tableaux, comme « La jeune fille » (1942) ou encore « Le bouquet bleu » (1960), mais ces huiles apparaissent ici trop isolées pour rendre compte des réalisations picturales de Fautrier et notamment de sa technique de « hautes pâtes ». Il semble, en effet, que l’essentiel de l’œuvre peint fasse actuellement l’objet d’une rétrospective de référence consacrée à Fautrier au Japon.

En revanche, l’exposition de Sceaux donne à voir les célèbres « Otages », propriétés du Musée. Ces œuvres (encres, héliogravures et eaux-fortes) ont été dessinées par Fautrier sous le coup de l’émotion qu’avait provoquée en lui l’exécution de résistants à Châtenay-Malabry. Ces figures attirèrent, lors de leur première exposition en 1943, les réactions hostiles de certains, mais aussi l’admiration de Malraux, qui y voyait des « hiéroglyphies de la douleur », Ponge ou encore Dubuffet.

On découvrira aussi la série de dessins originaux de nus réalisés pour illustrer l’ « Alleluiah » de Georges Bataille : élégantes arabesques qui donnent tout son sens au titre de l’exposition, « La pulsion du trait », et, qui sous cette forme stylisée, sont un hommage aux femmes, dont Fautrier disait qu’elles étaient, avec la peinture, sa seule raison d’exister.

L’exposition se prolonge par les dessins érotiques accompagnant un autre texte de Bataille, « Madame Edwarda », paru en 1945.

Relativement courte, cette présentation n’a pas d’autre ambition, semble-t-il, que de mettre en valeur les œuvres de la donation Fautrier conservée au Musée, auxquelles s’ajoutent quelques prêts. Elle est déjà intéressante à ce titre. Espérons qu’elle fournira le prétexte pour monter une nouvelle rétrospective (la dernière à Paris date de 1989) que mérite cet artiste solitaire, rétif à tout embrigadement, « insurgé » selon Jean Paulhan, mais qui fut aussi le pionnier d’une nouvelle forme d’art moderne au XXème siècle.

Jean Fautrier. La pulsion du trait

Petit Château et Château du Domaine départemental de Sceaux

Horaires : tous les jours sauf le mardi, de 10h à 13h et de 14h à 17h

Jusqu’au 14 décembre 2014

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Le Pérugin, maître de Raphaël

Le Pérugin, Saint Jérôme pénitent, Fin du XV siècle, Huile sur bois, 29,7 x 22,5 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie © Kunsthistorisches Museum Vienna
Le Pérugin, Saint Jérôme pénitent, Fin du XV siècle, Huile sur bois, 29,7 x 22,5 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie © Kunsthistorisches Museum Vienna

L’art a ceci de merveilleux qu’il ne finit jamais de nous révéler ses splendeurs, et notamment celles issues des grands maîtres du passé que les siècles ont quelque peu éclipsées.

Tel est le cas du Pérugin, de son vrai nom Pietro di Christoforo Vannucci, né vers 1450 près de Pérouse et mort en 1523, grand peintre de la Renaissance italienne dont le musée Jacquemart-André a réuni une cinquantaine d’œuvres.

Si la plupart des tableaux ont été prêtés par de grandes institutions italiennes, d’autres viennent de Washington (magnifique Vierge à l’enfant), du Royaume-Uni, de musées français, notamment du Louvre, comme un Apollon et Daphnis, longtemps attribué à tort à Raphaël. D’ailleurs, le musée Jacquemart-André donne en quelque sorte tout son sens à cette confusion, en soulignant, en fin de parcours, l’influence du Pérugin sur le jeune Raphaël, dont on ne ne sait pas s’il fut directement le maître, mais dont l’héritage est visible à travers les dix œuvres de Raffaello Sanzio exposées. On admire notamment une douceur des traits qui semble relever d’une commune parenté. Si par la suite Raphaël ira plus loin dans ce soin apporté au dessin des visages et des corps, Pérugin n’est pas allé jusqu’à cette idéalisation, privilégiant quant à lui un certain naturel. Et c’est tant mieux ! Malgré les nombreuses influences des artistes entre eux à cette époque d’ébullition artistique, d’échanges, d’enrichissements mutuels et d’émulation, chacun a développé son art, son propre style.

Celui de Il Perugino, tel que le restitue la très belle exposition concoctée par Vittoria Garibaldi, ex directrice de la Galleria Nazionale d’Ombrie, apparaît comme une heureuse synthèse des différents apports du Quattrocento renaissant. La perspective et le recours à l’architecture initié par Piero della Francesca et des maîtres florentins, le modelé de Botticelli, le sfumato des paysages de Léonard, la lumière et les gammes chromatiques des Vénitiens et notamment de Bellini… et même la virtuosité que permettait l’usage de la peinture à l’huile venue des maîtres flamands.

Le Pérugin Sainte Marie Madeleine, Vers 1500-1502, Huile sur bois, 47 x 35 cm, Florence, Galleria Palatina, Palazzo Pitti © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della Città di Firenze
Le Pérugin Sainte Marie Madeleine, Vers 1500-1502, Huile sur bois, 47 x 35 cm, Florence, Galleria Palatina, Palazzo Pitti © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della Città di Firenze

Avec  cela, un sens de la composition tout en souplesse et une expressivité des traits tout humaine. Pas étonnant qu’il ait été, au tournant du XVI° siècle, le peintre de la péninsule le plus admiré de ses contemporains. Laurent de Medicis et Isabelle d’Este furent de ses nombreux commanditaires. Le pape lui-même, Sixte IV, le fit venir à Rome sur le grand chantier de la chapelle Sixtine, où il peint des épisodes de la Vie de Moïse et de la Vie du Christ, œuvres dont témoigne un petit film en introduction à l’exposition. En témoignent également à leur façon les portraits exécutés par certains des peintres ayant participé avec lui à la décoration de la célèbre chapelle de Saint-Pierre-de-Rome : Botticelli et Rosselli. Ils sont présentés à côté de portraits du Pérugin, parmi lesquels celui représentant Francesco delle Opere, dont il place avec modernité une main sur le bord du tableau. Le spectateur ne saurait en être plus près.

Huit salles, dont les dernières sont plus spécifiquement consacrées au rapprochement avec Raphaël, retracent les grandes étapes de la carrière du peintre de Pérouse. Des vierges pleines de grâce et de douceur sur arrière-fonds paysagers empreints de sérénité. Une Marie-Madeleine on ne peut plus méditative. Un diptyque composé d’un Christ en couronne d’épine et d’une Vierge d’une remarquable efficacité : simplicité, beauté, émotion, tout y est. Des saints poignants, tels ce Saint-Jérôme pénitent. Citons encore le splendide polyptyque de San Pietro, qui réunit avec bonheur des tableaux venus de Nantes et de Rouen, notamment un Baptême et une Résurrection dont la clarté, l’harmonie des couleurs, l’humanité des expressions et la perfection de la composition n’en finissent pas d’enchanter le regard.

 

Le Pérugin, maître de Raphaël
Jusqu’au 19 janvier 2015
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Nicolas de Staël. Lumières du Nord. Lumières du Sud

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Cette semaine, Jean-Yves nous fait l’amitié de nous livrer un compte-rendu de sa visite de l’exposition que le Musée d’art moderne du Havre consacre au peintre Nicolas de Staël… tentant ! Merci JYL et bienvenue sur maglm !

Situé au bord de la mer, le Musée André Malraux du Havre abrite, dans une architecture moderne remarquable par son espace et sa lumière, une très belle exposition consacrée à Nicolas de Staël. Intitulée Lumières du Nord – Lumières du Sud et très bien documentée, elle regroupe près de 130 œuvres (80 peintures et 50 dessins), dont une très grande partie provenant de collections particulières.

Construite en respectant la chronologie, l’exposition donne à voir des toiles peintes entre 1951 et 1955, date de la mort de Nicolas de Staël. Les premiers tableaux présentés ont donc été réalisés à une époque où le peintre, sans l’abandonner totalement, s’écarte de l’abstraction pure à laquelle il s’était adonné depuis plusieurs années et s’oriente progressivement vers davantage de figuration. Staël, qui n’oppose pas l’abstrait au figuratif, ressent le besoin d’accorder sa vision au monde réel et travaille de plus en plus sur le motif. Le peintre écrit à René Char, avec qui il vient d’entamer un dialogue pour la réalisation du livre Poèmes, qu’il retrouve ainsi une passion toute enfantine « pour les grands ciels, les feuilles en automne et toute la nostalgie d’un langage direct sans précédent ». Il est intéressant de voir s’opposer les tons bleus et gris (très beau Face au Havre) qui occupent les œuvres peintes aux alentours de Paris et en Normandie, et les couleurs plus contrastées et plus franches (des rouges, des jaunes, des ocres) retirées de la lumière fulgurante des paysages de Provence où s’est installé l’artiste en 1953. Mais c’est dans les tableaux peints à l’occasion d’un voyage en Sicile que l’emploi des couleurs vives, saturées de lumière, atteint son paroxysme (comme dans Agrigente et Plage à Syracuse). Nicolas de Staël qui varie alors sa palette et simplifie les formes, modifie aussi sa technique. Il se détourne de la pâte épaisse travaillée au couteau pour gagner en fluidité et en transparence.

Le peintre remplit également des carnets de dessins aux lignes épurées (paysages d’Italie, bateaux) qui serviront de premiers jets pour de futurs tableaux.

Le retour aux rivages de la mer du Nord en 1954 ramènera Staël vers des teintes plus neutres (ciels plombés, mers émeraude …) que l’on retrouvera aussi dans les dernières marines peintes à Antibes, son ultime lieu de séjour.

Il ne faut pas manquer cette exposition. Aux visiteurs qui connaissent l’œuvre, elle donne à voir des peintures et des dessins inédits ou qui n’ont jamais été présentés en Europe (un quart des accrochages). Mais elle offre à tous, intimes de l’œuvre de Staël ou « néophytes », un superbe aperçu du trajet de cet artiste majeur, qui avoue dans sa correspondance son besoin absolu de penser peinture, de faire de la peinture, et qu’une tension et une inquiétude extrêmes pousseront jusqu’à la rupture.

 

Nicolas de Staël. Lumières du Nord. Lumières du Sud

Musée d’art moderne André Malraux – MuMa Le Havre

2, boulevard Clemenceau – 76600 Le Havre

Horaires : lun. de 11 h à 18 h, mer. à ven. 11 h à 18 h, sam. et dim. de 11 h à 19 h

Plein tarif : 9 € / Tarif réduit : 6 €

Jusqu’au 9 novembre 2014

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Carl Larsson, L'imagier de la Suède

 

 Carl Larsson, Le peintre en plein air, 1886, huile sur toile © Nationalmuseum, Stockholm

Carl Larsson, Le peintre en plein air, 1886, huile sur toile
© Nationalmuseum, Stockholm

Quelle découverte merveilleuse ! Carl Larsson (1853-1919), grand peintre suédois, fait pour la première fois l’objet d’une rétrospective en France. Elle est présentée au Petit Palais à Paris, « en contre-point de l’exposition Paris 1900 » ainsi que le souligne le musée.

Mais attention, si cette dernière exposition, qui rencontre un grand succès est visible jusqu’au 17 août, en revanche celle dédiée à Carl Larsson s’achève dès le 7 juin.

Cent vingt œuvres sont réunies, en majorité des aquarelles, mais aussi des peintures à l’huile, des dessins préparatoires et quelques eaux-fortes. Tout enchante. Carl Larsson, qui fit ses débuts dans la peinture d’histoire et dans l’illustration de presse, manifestant d’emblée un don pour le dessin évident, s’installa en France dès 1877 et pour une bonne dizaine d’années, espérant s’y faire connaître. Il passa quelques temps avec l’école de Barbizon et fréquenta la colonie d’artistes anglo-saxons et scandinaves établie à Grez-sur-Loing près de Fontainebleau. Mais ses espoirs furent déçus : ce n’est pas en France qu’il connut le succès.

 Carl Larsson, Dans le jardin potager, 1883, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm
Carl Larsson, Dans le jardin potager, 1883, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm

L’exposition s’ouvre avec ces tableaux, peintures à l’huile et surtout aquarelles, exécutés France. Ce sont des scènes d’extérieur montrant des paysans et des potagers, peints d’une main douce et vaporeuse, avec des teintes printanières claires et gaies, que les touches blanches d’une coiffe ou d’un tablier font joliment twister.

Déjà, on remarque le regard respectueux, presque aimant, de ce peintre d’extraction très modeste à l’égard des travailleurs. On admire aussi dès le début le sens de la composition et le cadrage moderne de l’artiste suédois – cadrage qui deviendra de plus en plus audacieux avec le temps. Le superbe Le peintre en plein air réalisé en Suède en témoigne. La perspective de cette scène de neige est construite en douce diagonale, qui permet de montrer le peintre entouré des siens sur le côté, tout près du spectateur, et en même temps la profondeur du paysage si simple et si beau qu’il s’apprête à peindre. Ce que l’on découvre enfin dès ces premières oeuvres est la façon dont Carl Larsson donne vie à tout ce qu’il représente. Il est en cela un illustrateur extraordinaire. Avec lui, on n’est jamais dans la théorie ou la poésie. Les personnages, personnes pour la plupart mais aussi animaux domestiques, sont vibrants de vie. Leurs regards parlent – il n’a pas son pareil pour restituer la naïveté ou l’espièglerie dans les yeux d’un enfant -, leurs corps expriment l’abandon du repos ou l’attention soutenue de l’activité qui les anime. Les portraits, tels l’impressionnant dessin au fusain d’August Strindberg, son vieil ami devenu ennemi, ou celui, ô combien touchant de son menuisier, sont ceux de personnalités qu’il nous semble pouvoir connaître.

 Carl Larsson, "Murre". Casimir Laurin, 1900, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm
Carl Larsson, « Murre ». Casimir Laurin, 1900, aquarelle © Nationalmuseum Stockholm

La suite de l’exposition confirme ces talents, magnifiquement épanouis dans le genre qui lui valu un très grand succès dans son pays et en Allemagne : la peinture d’intérieur. Sur ses aquarelles d’une grande finesse s’étale le bonheur familial du peintre à l’enfance malheureuse, entouré de son épouse, de leurs enfants, de leurs domestiques, sans oublier ni le chien ni le chat. Un film de cette vie-là montré vers la fin du parcours confirme l’ambiance gaie et apaisante des scènes représentées par Carl Larsson. Mièvre ? Pas du tout ! D’abord parce que comme on l’a dit, tout cela regorge de vie, mais aussi parce que les intérieurs – à savoir la maison de campagne de la famille – sont très surprenants. Ce sont des meubles aux couleurs vives (orange, vert, bleu), des murs aux décors plein de fantaisie (et néanmoins très harmonieux), des tissus clairs et modernes, des plantes souples et des fleurs du jardin en veux-tu en voilà… bref, tout sauf les atmosphères bourgeoises confinées voire étouffantes de l’époque.

Il faut dire que Mme Karin Larsson – peintre elle-même avant son mariage – était également dotée d’un grand sens artistique. Elle tissait ses propres tissus, dessinait des meubles (son support à plantes n’est-il pas extra ?), composait de splendides bouquets. Tout cela fait le cadre frais et chaleureux d’une vie domestique calme et joyeuse, si brillamment exécutée que l’on se demande pourquoi la France a boudé – ou tout au moins ignoré –  l’œuvre de Carl Larsson si longtemps.

Carl Larsson, L’imagier de la Suède

Petit Palais

Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

Tous les jours sauf lundi et jours fériés, 10h-18h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h

Entrée : 8€ / 6€ / 4€ (gratuit jusqu’à 13 ans)

Jusqu’au 7 juin 2014

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Tsutsugaki au Musée Guimet

Tsutsugaki au Musée GuimetLe Musée Guimet met le Japon à l’honneur cet été avec l’exposition consacrée aux arts de la table autour de l’artiste Rosanjin Kitaoji (1883-1959), poète, céramiste, calligraphe et cuisinier (jusqu’au 9 septembre).

En complément, le Musée présente une exposition dédiée à une autre forme de l’art japonais traditionnel, beaucoup moins connue mais très belle : le tsutsugaki, à fois technique de peinture et œuvres textiles qui en procèdent.

Le tsutsugaki, kézako ?

Par le tsutsugaki (de tsutsu, tube et de gaki, dessin), on apposait sur un tissu de coton ou de lin, à l’aide d’un cône dur, une colle réalisée à base de pâte de riz qui permettait de constituer une réserve avant le bain de teinture d’indigo. Puis on garnissait les motifs ainsi réservés, généralement de couleurs chaudes.
Les pièces de tissu étaient ensuite délicatement assemblées pour réaliser des futons, des kimonos, des paravents, des bannières, parfois de très grande taille, aux coutures invisibles.
Tsutsugaki désigne dès lors aussi ces objets textiles qui apparurent dès le XVIème siècle, connurent leur apogée à la fin de l’ère Edo au XIXème et disparurent progressivement au début du XXème.

A quoi servait le tsutsukaki ?

Art populaire, résultat de savoir-faire associant dessinateurs, artisans et teinturiers, le tsutsugaki avait pour principal objet de porter bonheur à ceux qui le recevaient en cadeau. On en offrait à l’occasion des mariages et des baptêmes, on en ornait les temples lors des fêtes religieuses. Puisqu’on entendait s’assurer de la bonne fortune des bénéficiaires (virilité, descendance, longue vie…), les motifs étaient soigneusement choisis en fonction de leur force symbolique.
Sur de magnifiques fonds indigo, se détachent ainsi en de somptueux jaunes et rouges, des singes, des lions japonais, des dragons, des fleurs de pivoine et de chrysanthème, des branches de prunus…

Une exposition rare

Les pièces présentées, quoiqu’en nombre relativement resserré, sont exceptionnelles : elles proviennent pour partie d’une collection privée japonaise (pour la première fois présentées hors du Japon), pour partie du fonds Krishnā Riboud conservé par le Musée, et complétées d’une oeuvre tsutsugaki que le peintre Léonard Foujita conserva toute sa vie.

Tsutsugaki, textiles indigo du Japon
Une exposition organisée par le musée national des arts asiatiques Guimet et Ueki et Associés
Musée Guimet
6, place d’Iéna- 75116 Paris
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h
Entrée avec le billet des collections permanentes : 7,50 € (TR 5,50€)
Jusqu’au 7 octobre 2013
Visites commentées de l’exposition les sam. et dim. à 14h (durée 1h) sf le 25 août
Plein tarif : 4,20 €, tarif réduit : 3,20 € (hors droit d’entrée), sans réservation dans la limite des places disponibles

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L’heure, le feu, la lumière. Galerie des Gobelins

Exposition aux Gobelins, l'Or, la lumière, le feuL’exposition qui ouvrira ses portes au public mardi 21 septembre entre en résonance avec l’actualité du moment – Journées du Patrimoine ce week-end, Biennale des Antiquaire au Grand Palais à Paris. Mais elle est en même temps tout à fait inédite.

On la doit aux recherches approfondies de sa commissaire, Marie-France Dupuy-Baylet, qui a exhumé du Mobilier National plus de quatre-vingt pendules et des bronzes d’ornements issues des collections impériales et royales, datées de 1800 à 1870.

Tout ce qui brille n’est pas d’or et l’on en a ici la preuve éclatante, face aux sculptures en bronze qui ornent les pendules, candélabres, torchères, flambeaux et autres feux, pour beaucoup montrées au public pour la première fois et dont la caractéristique commune est le faste de grand apparat.
Ces objets ont en effet été commandés pour décorer les palais et les appartements impériaux et royaux, ainsi que ceux des ministères.

Le XIXème siècle vit un grand engouement pour les pendules : chacun voulait la sienne, d’où une impressionnante variété de modèles. Il y avait une sorte de "code" dont l’aspect représentation sociale n’était pas le moindre : on n’exposait pas le même modèle selon que l’on était homme ou femme, selon le poste occupé par le commanditaire, ou encore selon qu’elle était destinée à la salle à manger ou à la chambre à coucher.

L'heure, le feu, la lumière, Galerie des GobelinsMalgré tout, de grandes tendances se dessinent, résultant des choix des régimes politiques qui se sont succédé. Dans les premières années de 1800, apparaît le "Renouveau", où sont soulignés tous les symboles du savoir et de l’enrichissement, avec l’idée que du premier dépend le second. Voici donc le thème de l’Etude largement décliné, celui de l’eau, des motifs de blé, des cornes d’abondance, des fêtes de Bacchus et des quatre saisons. Les arts décoratifs – comme l’ensemble des arts – sont ainsi des vecteurs de propagande, où l’on voit les valeurs prônées par le régime symbolisées sur les objets.
Ceux-ci n’échapperont pas à la vogue de l’architecture monumentale, avec des éléments décoratifs spectaculaires, comme des pendules-arcs de triomphe, des lustres à se damner ou encore la pendule-monument à la mémoire de Frédéric II roi de Prusse, curiosité de taille que l’on n’aimerait pas forcément voir chez soi.
"L’Egyptomania" consécutive aux conquêtes napoléoniennes va également se traduire dans les pendules, les ornements d’éclairage et le mobilier – dont un certain nombre de pièces est également exposé -, avec un registre iconographique (sphinx, sphinges et griffons) typique de l’Empire.
Autre aspect passionnant de la visite, dès lors qu’elle a pu les identifier, la commissaire a établi un rapprochement entre la sculpture ornementale de la pendule et l’œuvre d’art, peinture ou sculpture qui l’a inspirée. Tel est le cas notamment d’une pendule d’après le tableau de David Le serment des Horaces, avec en bas-relief une réinterprétation de l’original, afin de mieux encourager le départ au combat… Parfois, c’est l’objet d’art décoratif qui se retrouve sur un tableau, comme cette pendule montrant l’Etude assise sur un globe, suggérant que c’est par l’étude que l’on asseoit son emprise sur le monde, que l’on retrouve sur une peinture du peintre néo-classique François-André Vincent.
Impossible de décrire toutes les splendeurs, mais citons aussi pour finir, la pendule dite sympathique pour souligner l’osmose entre la pendule et la montre que l’on pose dessus : une tige sort de la pendule pour mettre la montre à l’heure à midi et à minuit…

L’heure, le feu, la lumière
Bronzes du Garde-Meuble impérial et royal 1800 – 1870
Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins 75013 Paris
Ouverture tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h
Fermé le 25 décembre et le 1er janvier
Entrée 6 euros (tarif réduit 4 euros)
Du 21 septembre 2010 au 27 février 2011

Images : Pendule, Les adieux d’Hector et Andromaque, bronze doré, Acquise en 1805 aux horlogers Lepaute, oncle et neveu, pour le grand salon des appartements du Petit Trianon Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau
et Paire de candélabres bronze doré et patiné dans le Salon de l’Empereur en 1805 Début du XIXe siècle Paris, Mobilier national © Isabelle Bideau

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