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mercredi 5 août 2009

DreamTime. Temps du rêve. Grotte du Mas d’Azil

Exposition au Mas d'AzilAprès l’univers des grottes évoquées (voire reconstituées) par l’art au Musée des Abattoirs de Toulouse, nous voici dans cette cavité aux volumes imposants qui accueille les œuvres des mêmes artistes : la grotte du Mas d’Azil en Ariège.

Voûte bien vaste ouverte par la rivière ancienne, où passent même les automobiles, sans se douter qu’elles longent les « favelas d’Azil » de Pascale Marthine Tayou, faites de centaines de petites maisons de carton, accrochées à la pente.
Bien au-dessus de la rivière, comme tracé à la craie, un dessin qui rappelle à la fois les thèmes des aborigènes d’Australie et le relevé topographique d’un réseau souterrain est projeté sur le plafond de la voûte.
Dans la fraîcheur et l’opacité du monde sous terre, Delphine Gigoux Martin a pensé à l’éclairage : deux lustres de tessons de bouteilles ont attiré les papillons pendant que l’ombre de chauves souris tourne sans cesse. La salle du chaos est immense, et permet l’installation de plusieurs œuvres. Les plus frappantes sont celles de David Altmejd. Sept êtres fantastiques, plus ou moins ailés, ressortent terriblement blancs, juchés sur des hauteurs différentes, en attente du visiteur qui vient chercher l’aire de départ pour le rêve. Paul-Armand Gette ne déroge pas à sa réputation, sa photo de figue ouverte fait bien écho à un thème exploré par les spécialistes de l’art pariétal : la représentation symbolique des sexes. Jean-Luc Parant a profité d’une pente naturelle pour installer au sommet un « Parantosaure », pondant des milliers d’œufs qui dévalent la pente. Les bronzes de Miquel Barceló sont posés sur le sol du petit musée et renvoient aux objets archéologiques de la vitrine.

Exposition Dream Time au Mas d'AzilCharley Case et Thomas Israel ont assimilé un des caractères de la peinture paléolithique : son apparence mouvante, lorsque la figure, qui a profité des reliefs de la paroi, semble bouger à la lumière vacillante des torches. Ici, point de torches, mais une vidéo intègre astucieusement dans le creux de la roche l’image d’une femme qui donne la vie. Sur une surface plus plane, passe une femme nageant. Une belle réussite. On retrouve dans un coin de la « salle des chamans » le travail de Serge Pey avec ses bâtons de mots et ses dessins à la craie. Les trois squelettes d’ours des cavernes de Mark Dion surgissent grâce à leur peinture fluo et Virginie Yassef nous fait vivre l’orage tellurique juste avant de revenir à la lumière du jour.

L’amateur d’art contemporain se déplace ici dans un milieu inhabituel : la température, qui reste basse, l’impression d’humidité, les odeurs de roche, l’irrégularité du sol. Les œuvres, du coup, se respirent autrement. Parfois, cet amateur devra s’échapper quelque peu de l’emprise des sympathiques guides de la grotte, dont le rôle premier est de conter la préhistoire…

DreamTime. Temps du rêve
Grotte du Mas d’Azil
09290 Le Mas d'Azil - Tél : 05 61 69 97 71
Jusqu'au 11 novembre 2009
Visites guidées de la Grotte et de l’exposition DreamTime :
En juillet et août,TLJ de 10h à 18h
En septembre, du mar. au dim. de 10h à 12h et de 14h à 18h
Visites libres de la Grotte et de l’exposition DreamTime :
En juillet et août, TLJ de 10h à 13h et de 17h à 18h30
En septembre du mar. au dim. 10h à 12h et de 16h30 à 18h
Visites guidées spécifiques « Art contemporain – DreamTime » :
En juillet et août TLJ à 17h
Tarifs : Adultes : 6,10 € (TR 4,60 €), enfants de 6 à 15 ans : 3,10 €

Cette exposition est présentée parallèlement à celle du Musée des Abattoirs de Toulouse (lire le billet du 1er juillet 2009), où sont présentés les travaux préparatoires ainsi que des œuvres existantes des mêmes artistes ou des productions conçues en écho à la grotte du Mas-d’Azil. Une contremarque « DreamTime » donnant droit au tarif réduit pour l’entrée de la Grotte est remise aux visiteurs du Musée des Abattoirs et inversement.

mercredi 22 juillet 2009

PHotoEspaña. Años 70. Fotografía y vida cotidiana

William Eggleston, anos 70, photoespana 2009, Madrid
Dans l'immense Centro de Arte de la Fundación Banco Santander à Madrid (Teatro Fernán Gómez), PHotoEspaña 2009 présente une passionnante exposition réunissant une vingtaine d'artistes qui dans les années 1970 se sont consacrés au thème du quotidien. Dans cette prolifique veine de la photographie du "commun", la singularité des artistes fait mouche. Et la diversité de l'ensemble transforme la visite de ce "banal" en un enchaînement de surprises et de reliefs.

L'espagnole Fina Miralles montre ainsi des moments insignifiants, de ceux où l'on n'accomplit aucune action importante, sans même faire rien de particulier, mais qui sont certainement les plus fréquents et parfois même les plus agréables de la vie : toucher le bois de la rampe d'escalier, regarder le soleil par la fenêtre, se laver, boire, respirer...

Christian Boltanski, lui, a constitué L'album photographique de la famille D.. Dans cet ensemble de photos de la famille de l'artiste Marcel Durand, les plus ordinaires qui soient (tous les membres alignés en rang d'oignon pour les besoins de la cause ; famille dans le jardin, à la plage ; repas...), on a l'impression de voir les clichés éculés de sa propre famille. Sous nos yeux, le particulier devient quelconque, mais immensément partagé, tellement inscrit dans un temps et une société donnés...

Karen Knorr, photoespana 2009, anos 70Quotidien vu très différemment avec Karen Knorr et sa série Belgravia : ici est montrée la bourgeoisie anglaise cantonnée dans une zone résidentielle du centre de Londres. Chaque photo est accompagnée d'un texte court qui n'en est pas la description, mais résulte de l'entrevue au cours de laquelle le cliché a été soigneusement préparé. La tranquillité, l'assurance, pour ne pas dire l'arrogance d'une situation et d'un mode de vie privilégiés sont mis en scène avec revendication. Un homme assis dans une chambre tirée à quatre épingles (couvre-lit, tête de lit, murs et plafonds tendus du même tissu) affirme : "Chaque matin, je me lève et je fais 50 pompes. Je mange du müesli et du germe de blé au petit déjeuner. Tu es ce que tu manges."

Il est impossible de citer tous les grands artistes présents dans cette captivante exposition-fleuve : y sont ainsi notamment réunis des clichés très seventies de l'Américain William Eggleston mais aussi de belles et mystérieuses photos de rue du Tchèque Viktor Kolar.

La série Les dormeurs de Sophie Calle mérite elle aussi une jolie petite pause.
Du 1er au 9 avril 1979, elle a invité chez elle 28 hommes et femmes à dormir à tour de rôle pendant 8 heures dans son propre lit (elle exclue, bien entendu...). Sophie Calle observe, photographie, note les mots, les occupations et le sommeil de chacune de ces personnes qui ne font que se croiser à chaque "relève". Faisant la narration écrite et photographique de cette réalité-fiction, elle montre comment ses "invités", certains connus d'elle, d'autres pas, non seulement se comportent pendant l'expérience, mais aussi ce qu'ils en disent avant et après. On voit un tout jeune Fabrice Luchini succéder à une jeune belle personne. Petite conversation à l'occasion de cette "passation de lit" ; commentaire de Sophie Calle : "L'entretien commence de bonne humeur et finit dans la tension ; Béryl semble agacée". Le dernier dormeur est Roland Topor, venu accompagné. Il s'est ainsi décrit : "Roland Topor, pseudonyme de Jean-Pierre Clément. Célibataire à la force du poignet. L'âge... 40... 2 ans"...

Años 70. Fotografía y vida cotidiana
Jusqu'au 26 juillet 2009
PHotoEspaña 2009
Teatro Fernán Gómez - Centro de Arte de la Fundación Banco Santander
Plaza de Colón 4 - 28001 Madrid
Du mar. au sam. de 10 h à 21 h et le dim. de 10 h à 19 h

Images : William Eggleston. Los setenta Volumen dos 1970
et Karen Knorr, Belgravia

mercredi 15 juillet 2009

PHotoEspaña 2009. Madrid

Photoespana 2009, Resiliencia, Instituto CervantesFestival de photographie et d'arts visuels réunissant grands noms et jeunes découvertes, PHotoEspaña célèbre cette année sa 12ème édition.
Le thème choisi, Le quotidien, est une nouvelle occasion d'approcher la photographie sous les angles historique et sociologique, comme c'était déjà le cas en 2005 notamment avec La Ville, sous le commissariat d'Horacio Fernández.

Concentrée à Madrid pour l'essentiel, la manifestation se déroule aussi à Cuenca en Castille et à Lisbonne, dont est originaire le commissaire général 2009, Sérgio Mah.

Selon la directrice actuelle de PHotoEspaña, la française Claude Bussac, Lo cotidiano est une tendance lourde du travail photographique contemporain.
De fait, cette thématique permet de rassembler un grand nombre d'artistes d'hier et d'aujourd'hui, dans une profusion d'expositions soutenues majoritairement par des fonds privés - les institutions publiques, dont la Communauté de Madrid et le ministère de la Culture assurant le tiers du financement.
A Madrid, la manifestation bénéficie d'espaces aux volumes impressionnants. Les œuvres y sont donc abondantes, les présentations claires et les conditions de visite très confortables. Sans compter la gratuité des quelques soixante-dix expositions proposées, leur concentration géographique, la largesse des heures d'ouverture (le plus souvent jusqu'à 21 h)... et la qualité des artistes choisis.
De quoi justifier la popularité du festival qui, en moins de deux mois réunit chaque année plus de 600 000 visiteurs.

Inauguré le 3 juin dernier, PHotoEspaña se clôture officiellement le 26 juillet 2009.
Un certain nombre d'expositions se poursuivront tout de même plus avant dans l'été.
Tel sera le cas de celles de Sergey Bratkov à la Communidad de Madrid et de Gerhard Richter à la Fundación Telefónica, toutes deux visibles jusqu'au 30 août, mais aussi du conceptuel The Atlas Group (1989-2004. Un proyecto de Walid Raad (sur la vie des habitants de Beyrouth entre 1989 et 2004, à voir au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia jusqu'au 31 août).

Côté découvertes, l'exposition collective Resiliencia à l'Instituto Cervantes présente jusqu'au 20 septembre les productions de dix jeunes artistes retenus lors de l'édition 2009 de Descubrimientos PHE en Amérique Latine, dont certains sont particulièrement frappants dans leur façon de révéler les mutations de leur continent.
Dans ses grands clichés, le péruvien Morfi Jiménez a trouvé une distance si juste vis-à-vis de ses sujets, vieillards, enfants, déshérités, avec ce regard respectueux digne des plus grands photographes humanistes, que l'émotion qu'ils procurent feraient presque oublier la superbe esthétique de la photo, ni tout à fait noir et blanc ni tout à fait couleur.

Photoespana 2009, Annie LeibovitzOn pourra également parcourir jusqu'au 6 septembre Vida de una fotógrafa 1990-2005 d'Annie Leibovitz à la Communidad de Madrid, rétrospective de près de 200 photos que les Parisiens ont eu l'occasion de voir à la Maison européenne de la photographie l'été dernier (lire le billet du 20 juin 2008 ''Annie Leibovitz, A photographer's life, 1990-2005'').

PHotoEspaña 2009
XIIème édition Lo Codidiano
Madrid, Cuenca, Lisbonne, du 3 juin au 26 juillet 2009

Images : Óscar Fernando Gómez Rodríguez, série "La mirada del taxista", 2008 © Óscar Fernando Gómez Rodríguez
et Annie Leibovitz. Nicole Kidman, New York, 2003. From "Annie Leibovitz : A photographer's Life © Annie Leibovitz

mercredi 8 juillet 2009

Max Ernst. ''Une semaine de bonté''. Les collages originaux

Max Ernst, une semaine de bontéFondateur avec Jean Arp du mouvement Dada de Cologne, Max Ernst (1891-1976) s'installe à Paris au début des années 1920, où il participe à la première exposition surréaliste. Arrêté au début de la Seconde Guerre Mondiale, l'artiste allemand s'enfuit aux Etats-Unis avant de revenir définitivement en France dans les années 1950.

Durant l'été 1933 il séjourne dans le nord de l'Italie où, en trois semaines seulement, il réalise une nouvelle série de collages selon une technique qu'il a initiée à l'époque Dada et poursuivie à partir de 1929 sous forme de romans graphiques avec La femme 100 têtes et Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel. Puisant dans la bibliothèque de ses hôtes, il découpe dans des livres illustrés de la fin du XIXème siècle les motifs qui l'inspirent pour en tirer pas moins de 184 collages, réunis dans Une semaine de bonté, roman graphique en sept parties publié en cinq cahiers l'année suivante à Paris.

Le public peut enfin découvrir ces collages originaux, présentés au Musée d'Orsay jusqu'au 13 septembre 2009. Parler de première serait inexact, mais de peu : ils n'ont été exposés qu'une seule fois. C'était à Madrid en 1936.

Une semaine de bonté, titre ironique tant le décalage avec son contenu est grand, se lit effectivement comme un roman. Le parcours suit l'ordre des sept chapitres, chacun représentant un jour de la semaine, auquel est associé un élément et un exemple. Les cinq volumes étaient revêtus d'une reliure de couleur vive que l'exposition reprend pour chacune des salles : mauve pour Dimanche, vert pour Lundi, rouge pour Mardi, bleu pour Mercredi et jaune pour le tome réunissant Jeudi, Vendredi et Samedi.

Ici chez Max Ernst, le premier jour est en effet Dimanche, et sa semaine commence fort. Avec la boue pour élément et le Lion de Belfort pour exemple, l'artiste met en scène la domination constante des faibles, des (belles) femmes en particulier. La bête humaine triomphante à tête féline enchaîne, menace, effraie, torture, tue. Ernst l'a muni de toutes sortes d'armes et a placé ça et là des serpents, crânes et autres éléments symboliques.
Le deuxième jour a pour élément et exemple l'eau. Ce Lundi n'en est pas moins chargé de violence, de peur et de mort : il envoie des flots jusqu'en haut des monuments parisiens, aux pieds des lits ou se trouvent de belles prisonnières, parfois endormies.
Ici aussi Ernst joue avec les corps et leurs positions, insère l'ambigüité et l'érotisme.
La narration, toujours aussi critique, se poursuit avec Mardi et sa Cour du Dragon, où, alors que dans l'ombre un reptile est toujours prêt à se déployer, la bourgeoisie est montrée dans soute son hypocrisie, son désordre intérieur et ses luttes.
Mercredi raconte le mythe d'Oedipe tandis que Jeudi place les menaces dans le signe du coq gaulois - l'Etat français. Vendredi et Samedi sont eux beaucoup plus symboliques et même proprement surréalistes avec L'intérieur de la vue et La clé des chants (ah, ces titres !) où les femmes, enfin libérées, s'envolent vers les cieux, au bord de l'extase, portées par l'étoffe, les nuages et le vent.

La qualité des collages, le soin que Max Ernst a mis à découper et à coller les motifs est tel qu'il est le plus souvent impossible d'en déceler les "coutures". Mais l'extraordinaire tient naturellement aux œuvres elles-mêmes, par lesquelles l'artiste a inventé des scènes allant du quasi-rationnel au totalement onirique, reliées entre elles par des thématiques et des éléments symboliques récurrents.
On peut également voir des planches des livres dont sont issus les motifs prélevés par Ernst, présentées à côté du collage réalisé : la façon dont il retourne les corps, ajoute des personnages, créé des relations entre eux et insère les mouvements est passionnante. Son imagination, son audace, sa férocité et les thèmes traités font de sa Semaine de bonté un livre indispensable. A dévorer des yeux tout l'été à Orsay.

Max Ernst. "Une semaine de bonté". Les collages originaux
Jusqu'au 13 septembre 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf lun. de 9 h 30 à 18 h, le jeu. jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR 5,50 €)

Exposition organisée en partenariat avec l'Albertina de Vienne, le Max Ernst Museum de Brühl, la Kunsthalle de Hambourg et la FUNDACION MAPFRE de Madrid

mercredi 1 juillet 2009

Dream-Time. Temps du rêve aux Abattoirs à Toulouse

Exposition à Toulouse, les Abattoirs, DreamtimeOn peut commencer la visite par entrer dans la grotte de Xavier Veilhan.
Si la structure extérieure paraît étrange, hérissée de liteaux de bois, l’intérieur est tout à fait une grotte : on s’arrête dans la très faible clarté avant de traverser en silence et lentement.

L’idée du musée des Abattoirs est très alléchante : une exposition en diptyque qui se présente en même temps (avec des œuvres différentes mais les mêmes artistes) dans la grotte du Mas d’Azil en Ariège et au musée d’art contemporain toulousain.

Avant de parcourir les quelques 80 kilomètres qui séparent les deux sites, poursuivons la visite devant les peintures et totems aborigènes. Car c’est sous la thématique du temps du rêve des Aborigènes d’Australie que nous découvrons comment les artistes d’aujourd’hui évoquent l’univers de la grotte.
Les peintures aborigènes, schématiques, aux cercles concentriques ou cheminements sinueux, aux couleurs souvent de terre, sont habiles à rappeler le monde onirique. Les préhistoriques d’Ariège rêvaient-ils les animaux qu’ils dessinaient sur les parois ? Sans doute, et Pascale Marthine Tayou reprend un thème fréquent de l’art pariétal paléolithique : ses animaux dessinés sur les murs sont parsemés de sexes masculins érigés, et son évocation de dessins de Picasso nous fait penser que lui-même s’est inspiré des images de la préhistoire. L’artiste a dressé des totems aux têtes de poupées en tissu fichées sur des pattes en pâte de verre, le tout hissé sur des troncs d’arbre verticaux.
David Altmejd a pris le contre-pied de l’obscurité naturelle des profondeurs. Tout est construit en miroirs : grands panneaux pour les parois, personnages de plusieurs mètres de haut constitués de fragments de miroirs, ou constructions géométriques complexes toujours terriblement réfléchissantes. Cet univers hyperlumineux peut renvoyer à ces grottes où la calcite miroitante se révèle à la lumière des lampes.

Une des plus intéressantes installations est celle de Charley Case : une modeste caravane toute noire est encadrée de murs sombres aux reproductions de dessins de la préhistoire. Des petites fenêtres présentent des vidéos pendant que le bruit caractéristique de gouttes d’eau qui tombent avec de l’écho nous entête. Au-dessus, la voie lactée. La caravane apparaît comme le lieu d’arrivée, au fond de la grotte, et devient le point de départ pour un autre univers. Une sorte de fenêtre fente nous permet de voir, sur le plancher de la caravane, la vidéo d’une femme sur qui l’eau passe.

D’autres artistes, et non des moindres ont laissé des traces ici : Miquel Barcelo par l’humour, Paul-Armand Gette par l’érotisme, Jean-Luc Parant par les boules, bien sûr. Mais on retiendra particulièrement le travail de Serge Pey, poète performeur, qui a dressé plusieurs groupes de ses bâtons où sont écrits ses textes quasi microscopiques. Sur les murs, des reproductions des bisons d’Altamira ou du sorcier des Trois Frères, mais surtout l’histoire écrite à la main de la « Venus Hottentote », devenue Saartje Baartman et exhibée devant les foules européennes au début du 19ème siècle, disséquée ensuite par Cuvier… Nous avons commencé par le temps du rêve aborigène et finissons par le rêve cauchemar occidental.

DreamTime - Temps du Rêve
Grottes, Art Contemporain & Transhistoire
Jusqu'au 30 août 2009
les Abattoirs, 76 allées Charles-de-Fitte - 31300 Toulouse
Tel. 05 62 48 58 00
M° Saint-Cyprien République, bus : n°1, arrêt les Abattoirs
Vélo Toulouse : 2 stations à quelques dizaines de mètres du musée
Parking Roguet, place Roguet, 2 places handicapés réservées rue Charles Malpel
Mercredi, jeudi et vendredi de 10 h à 18 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h
Du 8 juillet au 6 septembre 2009 du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h
Gratuit le 1er dimanche de chaque mois
Entrée 7€ / 3,5€, demi-tarif sur présentation du ticket de l'exposition du Mas d'Azil
Gratuit le 1er dimanche de chaque mois.

Grotte du Mas-d'Azil (09)
Du 16 mai au 14 novembre 2009
Ouvert tljs 10h-12h / 14h-18h - Eté : 10h-18h

le site des Abattoirs

mercredi 17 juin 2009

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium

Italiennes modèles au musée d'OrsayCette présentation d'œuvres du peintre Ernest Hébert (1817-1908) est l'une des manifestations dédiées à l'Italie à voir en ce moment au musée d'Orsay autour de l'exposition Voir l'Italie et mourir.
Elle nous mène dans les pas du voyage entrepris en 1853 par Hébert en compagnie de deux de ses amis peintres paysagistes, Édouard Imer et Eugène Castelnau. Partis de Marseille avec Naples en ligne de mire, c'est dans les monts Simbruini qu'ils s'attardent. Les croquis et peinture qu'ils en tirent soulignent la fascination que les autochtones ont dû exercer sur les jeunes Français.
Certes, les nombreuses études de villageois en costume traditionnel traduisent l'emballement des peintres pour un certain pittoresque. Mais le charme opère toujours face aux grands et magnifiques tableaux montrant ces jeunes et belles paysannes, sereines près de leurs sources et de leurs rochers. Elles font effectivement de parfaits modèles : ovale du visage, dessin de la bouche charnue, chevelure brune et épaisse surplombant un corps aux courbes charnelles et harmonieuses. Si ces portraits ne sont pas sans évoquer un regard empreint des canons de l'Antique, Hébert a pourtant saisi des femmes pleines de vie, dont les grands yeux noirs immobiles et les traits impassibles semblent voiler bien des pensées, un certain orgueil, un insondable mystère, et peut-être même une grande mélancolie.

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium
Musée d'Orsay
Jusqu'au 19 juillet 2009
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Hébert Ernest Antoine Auguste (1817-1908), Les Filles d'Alvito, 1855, 220 x 152 cm, huile sur toile, Paris, musée national Ernest Hébert © RMN - Franck Raux

mardi 9 juin 2009

Commémoration de la Retirada : expositions Joan Jordà dans l'Aude

Expositions Joan Jorda à Montolieu et CarcassonneDe fin janvier à début février 1939, près d'un demi-million de Républicains fuient l'Espagne, où la victoire de Franco - soutenu par les régimes totalitaires allemands et italiens - a sonné le glas de la 2ème République.
La France n'est pas préparée à les accueillir et, lorsque la plupart d'entre eux arrivent en Languedoc-Roussillon, tandis que les femmes et les enfants sont répartis dans des centres d'hébergement, les hommes sont groupés sur les plages du Roussillon (à Argelès-sur-mer notamment) à même le sable en plein hiver. Ils sont ensuite internés dans différents camps dans le sud de la France. Beaucoup de ces exilés sont enrôlés dans des Groupements de Travailleurs Etrangers, certains sont déportés vers les camps d'extermination nazis. D'autres s'engagent dans la Résistance Française.

Soixante dix ans après, d'octobre 2008 à l'été 2009, la région Languedoc-Roussillon a voulu commémorer la Retirada (Retraite en espagnol), en encourageant la recherche historique et en organisant des manifestations avec les partenaires associatifs et institutionnels, afin que le passé ne soit pas oublié, et transmis aux jeunes générations.

Montolieu dans l'Aude (aujourd'hui, village du Livre et des Arts graphiques - véritable paradis des bibliophiles en terre cathare) hébergea l'un de ces camps. A son emplacement, outre quelques cachots, on peut y lire une plaque inaugurée le 11 avril dernier : "Ici dans l'ancienne usine furent internés du 30 février au 2 septembre 1939 des Républicains espagnols (au moins 400 détenus) fuyant le fascisme franquiste. Passant souviens-toi."

Expositions Joan Jorda dans l'AudeAgé de dix ans lors de la Retirada, Joan Jordà connaît l'exil, le dénuement, les camps et l'éclatement de la famille. Il se fixe définitivement à Toulouse en 1945. Pratiquement en auto-didacte, il se lance dans la peinture dès 1947. Sa première exposition personnelle, en 1976, montre son engagement dans la dénonciation de la violence des pouvoirs dictatoriaux. Egalement sculpteur, il créé pour la ville de Toulouse le mémorial en bronze L'Exode des Républicains d'Espagne. Il a aussi illustré des ouvrages de Joseph Delteil, Miguel Hernandez, Arthur Rimbaud...

On peut voir les différents aspects de son travail à travers deux expositions complémentaires, à Montolieu et à Carcassonne, la première consacrée aux œuvres sur papier et la seconde aux toiles, sculptures et livres illustrés.
Si certaines œuvres sont abstraites, la plupart des figurations sont des scènes de souffrance, d'enfermement ou d'exil. Les corps des hommes comme ceux des animaux sont brisés, désarticulés ou ligotés. L'œil est effrayé et on croit entendre des cris s'échapper des bouches.
Dans les thématiques et dans certaines compositions, on pense au Picasso de Guernica, alors que la manière, larges aplats, peu de volumes, parfois couleurs pures, cernes noirs, évoque Miró. Quoi d'étonnant à ce que le peintre, qui s'inscrit dans l'Histoire, soit influencé par ses compatriotes, eux-mêmes marqués par leur culture nationale ? On retrouve ainsi chez Jordà la présence de la tauromachie, mais surtout des oppositions, des luttes et la thématique du chaos, dans une recherche de sens et d'humanité qui lui est propre et qui fait de ses peintures des œuvres fortes et émouvantes.

Joan Jordà, Oeuvres sur papier
Jusqu'au 30 septembre 2009
Musée des Arts et Métiers du Livre
Rue de la Mairie - 11170 Montolieu (Tel. 04 68 24 80 04)
Du lun. au sam. de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
Le dim. de 14 h à 18 h
Entrée libre
Joan Jordà, Peintre et sculpteur
Jusqu'au 13 juin 2009
Centre Joë Bousquet et son Temps
53, rue de Verdun - 11000 Carcassonne (Tel. 04 68 72 50 83)
Du mar. au sam. de 9 h à 12 et de 14 h à 18 h
Entrée libre

A paraître : Joan Jordà, Peintre et sculpteur (coédition Centre Joë Bousquet et son Temps / Association Montolieu Village du Livre et des Arts graphiques), 112 p. sur papier ivoire, souscription 10 € au Centre Joë Bousquet et son Temps

Programme des manifestations organisées pour la commémoration de la Retirada sur le site de la région Languedoc-Roussillon

Voir également le billet consacré au livre de Jordi Soler "Les exilés de la mémoire".

mercredi 27 mai 2009

Henri Cartier-Bresson à vue d'oeil. MEP, Paris.

HCB à vue d'oeil à la MEP, Berlin« Ma passion n'a jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s'oubliant soi-même, d'enregistrer dans une fraction de seconde l'émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c'est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui est offert.
Le tir photographique est un de mes carnets de croquis. »
(HCB, 8 février 1994)

L'exposition réunit cent vingt tirages parmi les quelques trois cent quarante du fonds détenu par la Maison européenne de la photographie. On ne peut que la conseiller, tant Henri Cartier-Bresson (1908-2004) reste le plus grand et le plus émouvant des photographes du XXème siècle.

Un grand nombre des clichés présentés ici, appartenant aux séries Les Européens et Paris sont très connus, comme celle de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts en 1946, Giacometti traversant le passage clouté de la rue d'Alésia sous la pluie en 1961, ou encore les photos des bords de Marne à l'époque des premiers congés payés.
Pour autant, on ne se lasse pas de les regarder.

Muni de son Leica, celui qui fonda avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger l'agence Magnum en 1947 est allé partout dans le monde, au Mexique, en Europe de l'Est, aux Etats-Unis, en Afrique, en Extrême-Orient. Il était en Inde lorsque Gandhi fut assassiné, en Indonésie durant l'indépendance, en Chine au moment de l'avènement de la République Populaire.
En 1954, après la mort de Staline, il fut le premier photographe étranger à se rendre à Moscou. Sur ses photos de centres de vacances organisés par les usines, on voit de petites filles courir à la douche et s'amuser dans un décor constitué d'immenses portraits des hommes forts du régime soviétique.

Aux quatre coins de l'Europe, à Dublin, à Séville, à Varsovie comme à Aubervilliers, le pionnier du photojournalisme a montré la misère, les maisons dénudées, les baraquements de fortune. Il a photographié les rues et ceux qui s'y trouvaient, révélant, sans juger, les inégalités ; là, des enfants pauvres, ici, les privilégiés de la bonne société. Et partout, l'humain dans sa vérité et son émotion, comme ces visages bouleversés, pris de très près, aux funérailles de victimes de Charonne à Paris en 1962.

Henri Cartier-Bresson a témoigné des guerres, des déchirements du siècle dernier, en mettant toujours l'homme au centre de son objectif, comme ces hommes dans Berlin coupée en deux, hissés pour voir « de l'autre côté », ou encore cette fameuse photo prise à la libération d'un camp de déportés en Allemagne où une femme reconnaît l'indicatrice de la Gestapo qui l'a dénoncée. Tout un pan de l'histoire de l'Europe à nouveau éclairé, et, une fois encore, le sentiment que les photographies de celui que Pierre Assouline a baptisé « l'œil du siècle » ne sont pas usées, qu'elles n'ont en rien fini de parler.

Henri Cartier-Bresson à vue d'œil
Jusqu'au 30 août 2009
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy - Paris 4ème
M° Saint-Paul et Pont-Marie
Du mer. au dim. de 11 h à 20 h
Entrée 6,50 € (TR 3,50 €), gratuit le mercredi à partir de 17 h
Les actes du colloque Revoir Henri Cartier-Bresson, publiés aux éditions Textuel, accompagnent l'exposition.

A voir aussi bientôt : Henri Cartier-Bresson, l'imaginaire d'après nature, une exposition présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris du 19 juin au 13 septembre 2009.

Image : Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

mardi 19 mai 2009

Cai Guo-Qiang : Je veux croire au Guggenheim à Bilbao

Le musée Guggenheim à BilbaoL’étonnement tient d’abord à l’architecture de Frank O. Gehry : certaines photos peuvent faire croire à un monstre de métal.

Les écailles miroitantes qui recouvrent la structure annulent l’effet métal, et la forme qui ne renvoie pourtant à aucune forme pré définie efface l’effet monstre.

Avant d’entrer, déambulez le long du Nervión qui coule aux pieds du musée, remontez vers le parvis où est assis le grand chien végétal, de façon à capter les métamorphoses des volumes proposés par Gehry.

A l’intérieur, Richard Serra nous plonge dans la Matière du Temps. Sept énormes sculptures faites de plaques d’acier invitent à déambuler autour, dedans, à se perdre dans des univers où les parois se mettent à pencher dangereusement, à déformer les sons, à figurer des villes fantomatiques grâce à l’activité des oxydes sur les surfaces. Dans une salle à côté, on découvre les maquettes de Serra : les formes sont étonnamment simples, et banales, et c’est bien la monumentalité des plaques d’acier qui nous renvoie à notre dimension petitement humaine.

Cai Guo-Qiang à BilbaoLes expositions temporaires nous proposent des œuvres de Cai Guo-Qiang, artiste chinois connu pour ses feux d’artifice déployés au cours de la cérémonie d’inauguration des derniers Jeux olympiques, et de Takashi Murakami, peintre Japonais représentant de la génération néo-pop. Seules certaines œuvres du premier nous ont arrêté.

Cai Guo-Quiang est un artiste du feu. Des vidéos, hélas souvent projetées sur des écrans trop exposés à la lumière qui rendent les images bien ternes, montrent sa passion pour les flammes qui courent, (sur la Muraille de Chine), les feux qui embrasent (le drapeau rouge à Varsovie), la fumée qui se déploie (un sombre arc en ciel). Il fait aussi dessiner le feu, en enflammant la poudre à canon disposée sur de grands panneaux de papier marouflé.
Ses installations peuvent être particulièrement spectaculaires. Sa thématique privilégiée ressurgit à travers ces 8 voitures blanches, comme jetées dans les airs, desquelles partent des bouquets de feu d’artifice en tubes fluorescents.

De plein fouet, Cai Guo-QiangCe sont celles qui témoignent d’un autre registre, celui de la longue durée, qui provoquent davantage de méditation. « De plein fouet » : 99 loups se précipitent en un grand bond contre une paroi vitrée, en ressortent plus ou moins assommés, et repartent, à terre, d’où ils viennent. Si les 99 loups sont figés dans leur mouvement, l’ensemble est perçu comme dynamique, et on entend presque le choc contre le verre.

« Réflexion ? Un cadeau d’Iwaki », est l’œuvre la plus sensible : une vieille et grande barque a été déterrée d’un marécage japonais par la population locale. Il en reste une charpente élaborée, puissante et en même temps défaite. Les clous qui tenaient les chevrons dépassent, les rafistolages en fer montrent combien cette barque a vécu. Elle est à moitié recouverte par des débris de porcelaine blanche, comme si son chargement ancien s’était répandu à l’échouage. Une vie rude de marins s’évade de l’installation et nous atteint.

Musée Guggenheim
Avenida Abandoibarra, 2 48001 Bilbao - Espagne
L'exposition Cai Guo-Qiang : Je veux croire est visible jusqu'au 6 sept. 2009
et l'exposition © Murakami jusqu'au 31 mai 2009
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 20 h

Sur le travail de Richard Serra, voir aussi ''Promenade'' - Monumenta 2008

dimanche 10 mai 2009

Elégance et modernité 1908-1958 : un Renouveau à la Française

Elégance et modernité, exposition à la Galerie des Gobelins, paravent PyrénéesLes amateurs d'arts décoratifs ne peuvent que trouver leur bonheur dans la nouvelle exposition visible depuis le 5 mai à la Galerie des Gobelins. La quatrième depuis sa réouverture en 2007 et, une fois de plus, une démonstration de la richesse et de la qualité du fonds détenu par le Mobilier national et les Manufactures nationales.

Avec Elégance et modernité 1908-1958, la sélection embrasse cinquante ans de production mobilière, période passionnante puisqu'elle fut celle d'une étroite collaboration entre les trois établissements des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie (réunis administrativement en 1937 seulement). De plus, phénomène tout aussi nouveau, l'association entre les artistes qui dessinèrent les meubles et ceux qui en réalisèrent la "peinture" en tapisserie fut également très forte.

Ce processus créatif a eu pour résultat une nette cohérence entre la forme et le motif. D'où l'élégance parfaite des meubles, un régal pour l'œil, qui tourne autour des dossiers finement sculptés, descend vers les pieds délicatement courbés, caresse les laques et les essences de bois précieux, flatte la marqueterie, la dorure, le galuchat et la patine.
Ces joliesses constituent l'écrin de pièces de tapisseries tout aussi recherchées. Car à partir de 1908, le directeur des Gobelins, puis celui de Beauvais en 1917, et ensuite leurs successeurs ont initié un renouvellement des motifs pour ce mobilier destiné à orner les palais de la République, demeures présidentielles et ambassades.
Représenter le savoir-faire et le bon goût français encore et toujours, mais en le modernisant. On fait appel aux grands décorateurs de l'époque pour créer les cartons : Raoul Dufy, Paul Vera, Odilon Redon, André Groult, proches du monde de la haute-couture et du luxe national.
Avec Paris, ensemble composé d'un spectaculaire paravent et de multiples sièges, Dufy réalise un tableau de la capitale des plus bucoliques, où les monuments les plus célèbres sont magnifiés dans un décor tout de rose, de bleu et de mauve, réalisé sur un tissage extrêmement serré, héritage de la finesse de travail atteinte au XIXème siècle.

Sac à main à l'exposition Elégance et modernité de la Galerie des GobelinsCe renouveau thématique est visible tout au long de l'exposition. On représente (en poétisant beaucoup) les régions de France, les Pyrénées, la Provence..., les fleuves, mais aussi des oiseaux exotiques et des scènes arabes ; on illustre les contes de fées ; on montre les villes et la nature à la manière des peintres. En haut de l'escalier d'honneur, il ne faut pas manquer (sa pâleur pourrait la faire passer inaperçue, à côté d'une profusion de couleurs) "l'adaptation tapissière" des Nymphéas de Monet : quelle délicatesse, quel fondu, et quel contraste aussi entre la transparence du motif et la chaleur du support !
La production du Mobilier national reflète aussi les aspirations de son temps. Apparaissent ainsi les thèmes du sport et des loisirs, vogues nées dans cette première moitié du XXème siècle. Dans ce registre, au rez-de-chaussée, l'on découvre avec ravissement, sur canapé et fauteuils, Les beaux dimanches de Paul Vera et René Prou, ode nette et pimpante à l'heureux temps des loisirs, ou encore le surprenant Plaisirs de la plage, où modernité et histoire se mêlent : sur un divan aux formes pures et contemporaines, dans des coloris très clairs et lumineux, les plaisirs de la plage prennent les traits de figures mythologiques, comme pour faire un dernier clin d'œil à la tradition du noble motif...

Galerie des Gobelins
42, av. des Gobelins - Paris XIIIème
Jusqu'au 26 juillet 2009
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Visite avec conférencier les mer., ven. et sam. à 15 h 30 et 17 h (10 €, TR 7,50 €)
Gratuité le dernier dimanche de chaque mois

Images : Augustin HANICOTTE et Eric BAGGE, Les Pyrénées, paravent, 1926 © Isabelle Bideau / Mobilier national
et CHOUASNARD, sac à main, 1928, © Isabelle Bideau / Mobilier national

mercredi 29 avril 2009

Voir l'Italie et mourir, au musée d'Orsay

Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, la place saint marc au clair de luneLa mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se développer au cours des siècles suivants.

Il s'agissait, pour les membres de la bonne société, de parfaire leur éducation en accomplissant le Grand Tour, lequel passait inévitablement par l'Italie, où l'on allait, comme on le fait encore aujourd'hui, se cultiver et se pâmer devant les ruines antiques et les œuvres de la Renaissance.
La vogue connut un souffle nouveau au XIXème siècle, à la suite des fouilles des sites de Pompéi et Herculanum, mais aussi avec l'invention de la photographie.

A travers une large sélection de peintures, dessins, sculptures et surtout photos, l'exposition du musée d'Orsay éclaire un pan - celui du XIXème siècle - de l'histoire de cette inlassable attrait des Européens pour l'Italie. Le parcours est conçu comme un petit voyage en soi - déambulation entre diverses salles aux volumes différents et peu séparées les unes des autres. L'espace central est surplombé d'un faux plafond reproduisant en maxi-format des fresques italiennes. De petites statues typiques des personnages de la tradition - musiciens en particulier - œuvres de Carpeaux notamment, placés au milieu des salles viennent figurer le centre d'imaginaires petites places, alors que les murs prennent de douces teintes vertes et taupes.
Le charme est complet, d'autant que sur les murs s'étale une succession de splendeurs architecturales. Du Duomo Santa Maria di Fiore à la Basilique Saint-Marc, de Santa Maria de la Salute à la basilique Saint-Pierre, du Grand Canal au Colisée en passant par la cathédrale de Prato, sont ici réunies des vues de voyages dont campaniles, coupoles et arcs antiques ont été les étapes.

Voir l'Italie et mourir, Musée d'Orsay, CorotPour autant, l'exposition réserve bien des surprises. L'une de ses révélations est la singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un rendu de la lumière du sud tel que l'on croit la "sentir", mais aussi des contrastes d'une remarquable précision. L'architecture et les perspectives en sont encore magnifiées. L'on y découvre aussi des photos et des peintures d'une grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait extraordinaires.
Beaucoup moins romantiques, mais très inattendus, sont les clichés des moulages effectués dans les empreintes des cadavres retrouvés avec la découverte des sites de Pompéi et Herculanum. Face à ces corps immobilisés en plein mouvement, on saisit toute l'horreur de ces hommes et ces femmes pris vifs dans la lave du Vésuve, autre motif de fascination pour les Européens voyageurs du XIXème siècle qui eux, découvraient alors cette tragédie de l'histoire.

Voir l'Italie et mourir. Photographie et peinture dans l'Italie du XIXème siècle
Jusqu'au 19 juillet 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Images : Friedrich Nerly, Venise, la place Saint Marc au clair de lune, vers 1842, huile sur toile, 58,5 x 46,5 cm, Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum (inv. PNM 971) © Niedersächsisches Landesmuseum, Hannover
et Camille Corot, La Vasque de l'Académie de France à Rome, 1826-1827, huile sur toile, 25 x 38 cm, Beauvais, musée départemental de l'Oise © RMN / Hervé Lewandowski

dimanche 26 avril 2009

Filippo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato

Exposition Lippi au Luxembourg, NativitéLe pan de l'histoire de l'art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd'hui a pour cadre la ville de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
Pourtant, Prato connut son heure de gloire, du milieu du XIVème au XVème siècle, époque où le commerce de tissus et de la soie vint enrichir la cité. Pour manifester ce faste, on fit élever un duomo et passa des commandes pour décorer églises et couvents.

C'est dans ce contexte que le florentin Filippo Lippi (1406–1469) fit son entrée à Prato, sollicité par la ville pour orner la cathédrale.
Les commandes se multiplièrent et l'atelier de ce frère carmélite compta de nombreux disciples.
Certes, ce foisonnement artistique ne dura guère - dès le début du XVIème siècle, Prato fut écrasée par sa grande rivale Florence sous la férule des Médicis - mais il donna naissance à des œuvres magnifiques. L'exposition du Luxembourg en témoigne.

Y sont réunis une soixantaine de tableaux et sculptures, issus en grande partie du musée de Prato (en cours de rénovation) et montrés en France pour la première fois.
Si ces œuvres permettent de se rendre compte de l'intense activité artistique de Prato à cette époque, elles révèlent également l'importance des échanges avec les artistes florentins. La présence d'Uccello, de Fra Angelico - maître de Filippo Lippi -, de Botticelli - dont Lippi père fut le maître avant que Lippi fils en deviennent l'élève - montre les influence entre ces deux cités, il est vrai séparées d'une quinzaine de kilomètres seulement.

Exposition au musée du Luxembourg, Lippi, Vierge à la ceintureDe ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la composition.
Les trois grands tableaux religieux que Lippi a exécutés avec son élève et ami Fra Diamante, présentés côte à côte sont à cet égard des merveilles : La Présentation au Temple, avec ses éléments d'architecture très Renaissance ainsi que La nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, où l'artiste a multiplié les groupes de personnages à différents plans : anges, musiciens, enfants, et enfin les saints tout devant, réunis autour d'une scène très familière, pleine de tendresse et d'humanité. Les deux peintures entourent le clou de l'exposition : la Vierge à la Ceinture.
Cette splendide composition, comme les autres éclatante de couleurs, fourmillant de détails, de riches étoffes, mais aussi pleine de délicatesse dans les traits, de transparence dans les chairs, est une évocation de l'histoire de la ville. Selon la légende en effet, la ceinture de la Vierge lui appartient depuis qu'un marchand de Prato l'a ramenée de Terre Sainte au XIIème siècle.
Mais la Vierge à la ceinture rappelle également la vie de Filippo Lippi. Celui-ci a peint ce tableau pour le couvent Sainte-Marguerite en donnant à la sainte les traits de sa belle, Lucrezia Buti, une nonne échappée du couvent. De cette scandaleuse aventure, en 1457, naquit Filippino Lippi, peintre comme son père, et dont les œuvres présentes ici soulignent l'influence de son maître Botticelli.

Filipo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 2 août 2009
Ouvert TLJ
Lundi et vendredi de 10 h 30 à 22 h
Mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10 h 30 à 19 h
Dimanche et jours fériés de 9 h 30 à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 € et 6 €)

Images : Filippo Lippi, Fra Diamante, Nativité (ou Adoration de l’Enfant) avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, c. 1456, Détrempe sur panneau, 158 x 168 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato
et Filippo Lippi, Fra Diamante, Vierge à la Ceinture entre saint Thomas et la commanditaire Bartolomea de 'Bovacchiesi et les saints Grégoire, Augustin, Tobie, Marguerite et l'archange Raphaël c. 1456-1465 Détrempe sur panneau, 199 x 191 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato

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