Le côté de Guermantes. Albertine, l'après-première fois

proust2Dans Le côté de Guermantes, le narrateur obtient d’Albertine à Paris ce qu’il avait fortement désiré en vain à Balbec.

A cette première étreinte se succèdent des réactions bien différentes.

Albertine :

Elle semblait gênée de se lever tout de suite après ce qu’elle venait de faire, gênée par bienséance, comme Françoise, quand elle avait cru, sans avoir soif, devoir accepter avec une gaîté décente le verre de vin que Jupien lui offrait, n’aurait pas osé partir aussitôt la dernière gorgée bue, quelque devoir impérieux qui l’eût appelée. Albertine – et c’était peut-être, avec une autre que l’on verra plus tard, une des raisons qui m’avaient à mon insu fait la désirer – était une des incarnations de la petite paysanne française dont le modèle est en Pierre à Saint-André-des-Champs. De Françoise, qui devait pourtant bientôt devenir sa mortelle ennemie, je reconnus en elle la courtoisie envers l’hôte et l’étranger, la décence, le respect de la couche.

Quand est-ce que je vous revois ? ajouta-t-elle comme n’admettant pas que ce que nous venions de faire, puisque c’en est d’habitude le couronnement, ne fût pas au moins le prélude d’une amitié plus grande, d’une amitié préexistante et que nous nous devions de découvrir, de confesser, et qui seule pouvait expliquer ce à quoi nous nous étions livrés.

Comme les courtes relations que nous avions eues tout à l’heure ensemble étaient de celles auxquelles conduisent parfois une intimité absolue et un choix du cœur, Albertine avait cru devoir improviser et ajouter momentanément aux baisers que nous avions échangés sur mon lit, le sentiment dont ils eussent été le signe pour un chevalier et sa dame tels que pouvait les concevoir un jongleur gothique.

Quant au narrateur, voici ce que cette nouvelle situation lui inspire :

C’est la terrible tromperie de l’amour qu’il commence par nous faire jouer avec une femme non du monde extérieur, mais avec une poupée intérieure à notre cerveau, la seule d’ailleurs que nous ayons toujours à notre disposition, la seule que nous posséderons, que l’arbitraire du souvenir, presque aussi absolu que celui de l’imagination, peut avoir faite aussi différente de la femme réelle que du Balbec réel avait été pour moi le Balbec rêvé ; création factice à laquelle peu à peu, pour notre souffrance, nous forcerons la femme réelle à ressembler.

Très bon week-end à tous.

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Cabu et Paris

cabuCabu a débarqué à Paris en 1956 et, depuis plus de 50 ans, entre celui qui a publié ses premiers dessins à Châlons-en-Champagne à l’âge de 15 ans – alors signés K-BU – et la capitale, c’est une véritable histoire d’amour.

De cette conquête quotidienne, sont nés d’innombrables dessins.
Quoi de plus naturel que ce soit l’Hôtel de Ville de Paris qui consacre à Cabu sa première exposition personnelle.

Accompagnés de commentaires bien sentis ; ses croquis font mouche.
Fouillés, parfois fouillis en apparence, ils regorgent de détails et d’annotations. Il faut prendre le temps de « lire » le trait et le texte pour les savourer.

Car il ne s’agit pas, avec Cabu, de rire aux éclats, mais de goûter le talent du caricaturiste-reporter, qui observe et pointe du crayon ce qui irrite : une part de modernité que décidément on n’accepte pas tout à fait, lorsqu’elle est synonyme de toujours plus de boutiques et de moins de poésie.
Bref, lorsqu’on trouve que Paris perd son âme. Car la plume de Cabu porte l’histoire de la capitale, celle de son décor, celle de ses habitants, celle dont notre imaginaire était déjà chargé, lorsque, comme lui, on a débarqué un beau jour sur les quais de Paris.

Paris qui émerveille toujours au détour d’une rue, sur la banquette d’un café, au bord d’un comptoir. Paris qui amuse, avec ses petites japonaises en goguette viuttonisées ; qui surprend lorsque le métro se fait soudain aérien, émeut inlassablement lorsqu’au regard s’offre la Seine.
La Seine, en éternel énamouré, Cabu n’en finit pas de la dessiner. Il traverse, retraverse, prend l’eau, le ciel, les ponts, les monuments, les lumières.

Alors, sous son trait sarcastique – qui relève pour nous, tel un comptable, toutes les mutations de Paris – se cache, mais à peine, une immense tendresse.

Celle que l’amoureux éprouve pour la belle, qu’à force d’arpenter, tracer, croquer, moquer, il a fait sienne.
Lui qui se dit, désormais, Parisien.

Cabu et Paris
Salon d’accueil de l’Hôtel de Ville
29, rue de Rivoli – Paris 4ème
Jusqu’au 24 mars 2007
De 10 h à 19 h tlj sauf dimanches et fêtes
Entrée libre

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L'Evénement, les images comme acteurs de l'histoire

evenement1Le Jeu de Paume ouvre ses grands espaces à une réflexion sur l’image.
Le titre et le sous-titre peuvent paraître un peu pompeux ; ils soulignent en réalité un travail d’exposition remarquable.

Au delà de la question du propos, le parcours a le mérite de nous entraîner, d’emblée, loin des sentiers battus.
Départ immédiat pour la guerre de Crimée. C’était entre 1853 et 1856. On commençait à photographier et, compte tenu de l’état de la technique, il fallait beaucoup de temps pour prendre un cliché.

Le résultat est troublant : des tranchées désertes dans la steppe russe, avec leurs sacs de sable, leurs soutènements d’osier. Le front paraît abandonné ; on se sent loin des combats.
De magnifiques vaisseaux pris dans la glace surgissent dans une étendue de blanc, leur silhouette inquiétant et fascinante n’est pas sans nous rappeler quelque chose (le Rivage des Syrthes ? …)
Un siècle et demi nous sépare du moment où ces belles et grandes photos en noir et blanc, légèrement jaunies mais bien nettes, ont été prises. Il se dégage de ces images lointaines un calme et une beauté inattendus.
Puis les dessins de Durand-Brager saisissent le mouvement et viennent nous rappeler qu’il s’agissait de combats, d’assauts, de luttes, de violence. A cette époque, le trait du crayon était le plus à même de rendre compte de l’action, du « direct », de l’événement, que la photographie.

Le 2ème sujet choisi (il y en a 5 en tout, dont la chute du Mur de Berlin, les congés payés et les attentats du 11 septembre) traite d’une belle et passionnante aventure : celle de la conquête de l’air.
Louis Blériot réussit la traversée de la Manche en 1909 : il n’y a qu’à regarder les photos (et le film) de son départ et de son arrivée pour comprendre ce qu’a pu représenter cet exploit aux yeux de ses contemporains. En particulier, celles d’un groupe de personnes à terre, photographié de loin et de dos, regardant un petit point qui s’éloigne dans le ciel … ou de son épouse portant à ses yeux des jumelles pour mieux suivre son parcours. Tout le miracle du vieux rêve de l’homme en train de se réaliser se lit dans ces images – et peut-être aussi dans le film d’actualités, montrant le sourire timide et fier, mais finalement franc et très émouvant du victorieux Blériot.
Suivent des prises de vues alors inédites : l’objectif se met à la verticale, vise d’en haut, ou bien d’en bas (ne pas louper la photo prise de la tour Eiffel).
Suivront aussi, dans la presse, des mises en page nouvelles : des exemplaires de « La vie au grand air » (chouette titre !) montrent que le bon vieux journal illustré commence à bousculer la platitude des maquettes, à en oser de plus complexes pour mieux rendre compte de l’événement … on se dirige alors doucement vers la presse magazine telle qu’on la connaît aujourd’hui … VU naîtra moins de 20 ans plus tard

Après ces deux passionnantes salles, on poursuit la visite – et la réflexion – demain avec l’espace consacré à la couverture médiatique des attentats du World Trade Center.

L’Evénement, les images comme acteurs de l’histoire
Jeu de Paume – Concorde
1, place de la Concorde – Paris 8ème
Jusqu’au 1er avril 2007
Ouvert tlj sauf le lundi de 12h à 19h, le week-end dès 10h et le mardi jusqu’à 21h.
Entrée 6 € (TR 3 €)
Catalogue de l’exposition : 30 €

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Rodin. Les figures d'Eros. Dessins et aquarelles érotiques 1890-1917

Rodin1Auguste Rodin a commencé à dessiner très jeune, bien avant de devenir le sculpteur admiré que l’on sait.
Parallèlement à son activité de sculpteur, il a continué à dessiner, et son oeuvre graphique est riche d’environ 9000 dessins.

Dans les années 1880, ses dessins son essentiellement liés à ses travaux pour La porte de l’enfer, dessins appelés « noirs » par Bourdelle, très beaux, tourmentés, dont quelques uns sont présentés au début de l’exposition.

Puis, à partir des années 1890, sa fascination pour le corps féminin va l’amener à tenter de saisir, inlassablement, le nu féminin et sa puissance érotique.
L’ensemble de 140 dessins et aquarelles réunis ici montre qu’il y est largement parvenu.

Le trait ondule, place au centre de ses courbes fesses, seins, sexe, cuisses largement ouvertes.
Les poses sont osées, voire acrobatiques ; visiblement, Rodin parvenait à obtenir de ses modèles une confiance, une impudeur complètes.

Les aquarelles sont magnifiques de teintes roses, violettes, brunes ; la couleur déborde largement des contours, l’inspiration est presque japonisante.

Mais les oeuvres les plus réussies sont peut-être celles où Rodin ne se contentait plus que du crayon graphite, l’estompant parfois légèrement – on dit que l’artiste laissait la mine glisser sur le papier, sans quitter le modèle des yeux.

L’expression du visage est à peine esquissée, mais pleine de sensualité ; un jupon se soulève jusqu’à la taille, un kimono s’ouvre, le corps s’abandonne, confiant, désiré, désirant.

Une intimité d’un érotisme extrême que le visiteur recueille en pleine face, dans un silence d’église.

Musée Rodin
79, rue de Varenne – Paris 7ème
Jusqu’au 18 mars 2007
De 9h30 à 16h45, tlj sauf le lundi
Tarif : 6 € (TR : 4 €)
Catalogue : 39 €

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Le Musée des Arts décoratifs

lanvinLe Musée des Arts décoratifs a rouvert récemment, après une totale réhabilitation.
Le résultat est très réussi et mérite une bonne visite.

En suivant le parcours chronologique, on embrasse en quelques heures l’évolution des arts décoratifs du Moyen-Age aux années 2000.

L’équipe du musée a fait des choix d’exposition (6 000 pièces sur les 150 000 que comptent les collections), évitant ainsi de surcharger les salles, ce qui accroît la limpidité et le plaisir de la visite.

Toutes les périodes sont bien représentées ; mais, évidemment, une grande place est faite au magnifique dix-huitième siècle, particulièrement fécond.
Certaines salles méritent vraiment une pause : notamment celle consacrée à l’inénarrable style « Rocaille ». Sous le règne de Louis XV, il brise le carcan du style « Grand Siècle » de Louis XIV : tout à coup, les lignes prennent vie, ondulent, on ose l’asymétrie, l’exubérance ; des motifs de fleurs, de coquillages se posent ça et là … Un style un peu chargé mais dont on apprécie la fantaisie, dont on s’amuse à observer les détails.

Au fil du parcours, des « period rooms » donnent une idée de l’ensemble du décor d’une pièce à une époque donnée : de la chambre à coucher d’un aristocrate de la fin du XV° siècle, qui était alors un véritable lieu de vie et de réception, avec lit imposant et coffre sculpté, tapisseries … à l’appartement de Jeanne Lanvin dans les années 20 (photo), tout de soie, stuc, marbre, cristal avec son petit boudoir à vitrines, en passant par le goût néo-renaissance d’une chambre Louis Philippe… que de chemin parcouru !


Les coups de coeur Mag :

Bien sûr, de très belles pièces Art Nouveau et Art Déco.
Mais aussi les Chinoiseries, qui suscitent l’engouement en France sous Louis XVI : d’adorables petits meubles se parent de panneaux de laque, et deviennent de véritables « peintures », la porcelaine est finement décorée de scènes de la vie chinoise ; délicatesse des formes, des motifs, des couleurs … un véritablement ravissement face à ces « petites choses » qu’on ne se lasse pas de détailler.

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli – Paris 1er
Du mardi au vendredi de 11h à 18h
Samedi et dimanche de 10h à 18 h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
M° Palais-Royal, Pyramides, Tuileries
Tarif : 8 € (TR : 6,5 €)

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Katagami, les pochoirs japonais et la japonisme

katagamiLes Katagami sont des pochoirs en papier utilisés au Japon dès le XIII° siècle pour décorer les tissus.

Les modèles en papier brun présentés dans la première partie de l’exposition nous donnent un aperçu de la variété des motifs choisis, qui puisaient leur source dans les mondes animal, végétal et plus particulièrement floral, avec une infinie poésie. Il n’y a d’ailleurs qu’à lire le nom de certains d’entre eux pour commencer à rêver : Feuilles de cerisier au fil de l’eau, Fleurs de prunier, motifs d’oxalides en arabesques

Des costumes, notamment des kimonos décorés à l’aide de ces pochoirs, avec leurs belles teintes profondes nous donnent une idée de l’élégance des réalisations rendues possibles grâce à cette technique.

Datant essentiellement des XVIII et XIX° siècles, âge d’or des Katagami, ils nous paraissent cependant d’une grande modernité.
La raison en est essentiellement que cette beauté épurée a plus tard séduit les Occidentaux : à la fin du XIX° et au début du XX° siècles, les mouvements Art nouveau puis Art déco vont trouver une formidable inspiration dans ce qu’on va alors appeler le japonisme : les volutes, courbes sinueuses et épurées, motifs stylisés inspirés de la nature seront repris dans l’architecture (Hoffmann à Vienne, Guimard à Paris), le mobilier, les arts décoratifs, les bijoux … Dans cette deuxième partie de l’expo, on admire meubles, afiches, frises de Gustav Klimt, couvertures de livres, mais aussi les splendeurs que, dans cette veine, Lalique a créées : vases en verre dépoli, bijoux aux lignes ondulées, d’un raffinement et d’une simplicité remarquables.


Le coup de coeur Mag :

A la finesse des motifs floraux de la première partie de l’exposition répond celle d’une écharpe de soie brodée simplement baptisée "Champ de marguerites", en teintes délicates et lumineuses. Du XVIII° siècle japonnais au XX° siècle européen : de superbes réinterprétations dont on ne peut que se réjouir.

Maison de la culture du Japon à Paris – 101 bis, quai Branly à Paris 15ème
Jusqu’au 20 janvier 2007, du mardi au samedi de 12h à 19h / Nocturne le jeudi jusqu’à 20h.
Tarif : 6 € (TR 4 €)
Catalogue de l’exposition : 30 €
M° Bir Hakeim/ Rer Champs de Mars Tour Eiffel

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